ÉLECTION DE CHARLES IV
du même œil ses projets sur l'Empire; et, soit que Louis de Bavière eût réussi à se gagner des partisans dans le Sacre Collège, soit que Charles de Luxembourg y cât des
ennemis secrets, les cardjiirnix g-ascons. h la tête desquels figurait le cardinal de Comminges, étaient opposés à ce qu'un concurrent fût donné au vieux monarque. Dans le consistoire où la question d'élire un nouvel empereur fut agitée, il s'éleva sur ce point une discussion orageuse et passionnée. Les cardinaux de Comminges et de Périgord allèrent jusqu'aux personnalités les plus offensantes. Ces deux prélats, si éminents dans le Sacré Collège, oubliant tout à coup leur dignité personnelle et le respect qu'ils devaient au chef de l'Église, luttèrent d'injures, se renvoyèrent le nom de traître ; et, dans l'exaltation de la colère, ils se seraient peut-être frappés si les autres cardinaux, si le pape lui-même ne se fussent interposés (1).
Malgré l'opposition qu'il trouvait dans son conseil, malgré les décisions des théologiens de Paris et de Bologne, Clément VI n'en poursuivit pas moins ses projets contre Louis de Bavière. Le 13 avril 1346, il publia une seconde bulle, dans laquelle il renouvelait et confirmait toutes les anciennes sentences dont Jean XXII avait frappé ce moiiai(|ue, le privait de la diLnufi' niipénale, dchait. ses sujets du serment de fidélité, et ordonnait aux électeurs de l'Empire de procéder sans délai à l'élection d'un nouvel mipereur, menaçant de faire lui-même cette élection, en vertu de la puissance apostolique, si ceux-ci s'y refusaient (2).
(1) Si dissoDO onta e TiHania ÎRMeme... chianando Vudo Taltro traditore di lanta Ghiesa ; levandosi ciaseuoo da aedere par offeoderai inaieroe, e ftUo rbambbono... «e non fossono queUi cb* entrarano in meno (GioT. VilL, 1. XII, c. ux.) Petrareb. egl.| vu. , (S) Baynald, aon. 1540, d*« S et aeq. •
m UiSTOiRË I>£ U FAPAUTi, LIV. Yll.
Quoique le caractère de Charles de Luxembourg inspirât la plus grande coniiance, toutefois, avant que son nom sortit de l'urne électorale, le pape voulut s'assurer d*une manière positive que ce prince ne trahirait point la
cause de l'Eglise rnmaiae. En conséquence, le 22 avril, il eut avec lui, dans le secret de son cabinet, en présence de douze cardinaux; une conférence à la suite de laquelle Charles signa la promesse que, s'il était élu empereur, il abrogerait toutes les procédures faites par son aïeul Henri de Luxembourg contre le roi de Naples, Floreoee et Rome ; qu'il conlirmerait toutes les concessions octroyées par son prédécesseur à TÉglise romaine et au Saint-Siège apostolique ; qu'il leur prêterait aide et secours contre les entreprises de Louis de Bavière; qu'il cass^^tles actes de ce prince ; qu'il respecterait les domaines de TÉglise en Italie, mainti^drait de tout son pouvoir la liberté ecclésiastique, n'entrerait point à Rome avant le jour fixé pour son couroiinernenl, et en sortirait aussitôt. Le roi de Bohême approuva et contirma cet acte, qui rassura pleinement le souverain pontife (1).
Cinq électeurs s'assemblèrent à Renss, savoir : Baudoin de Lûtzelbourg, archevêque de Trêves ; Waldemar de iur tiers, archevêque de Cologne ; Gerlac de Nassaw, ardie* vêquedeMayence; Rodolphe, duc de Saxe, Jean, roi de héme, et le 20 juillet 134ë, sur l'ordre qu'il en avaient reçu du pape, ils élurent empereur Charles de Luxembourg (3). Le iO novembre suivant, Clément VI conflrma solennellement, et en consistoire public, cette élection (3).
Autant qu'on peut l'être par la possession d'un titre
(I) BaynsM» ann. IS46, d*>» 19 et seq.
n Henrid Rebéorff Annales, p. 4Se.<-Alb. Argent., ISBu^-^Hutiiis, Germ. Gkron., p, (8) Gior. Vin., l. XII, c. Luvu.-^ Ail. Argent., p. m.