‹ Histoire de la papautë pendant le XIV" sic̀cle, avee des notes et des pièces justificativesChapitre 19 sur 66 · LUTTE DE CHARLES ET DE LOUIS · texte numérisé non relu

LUTTE DE CHARLES ET DE LOUIS

légal, Charles était empereur ; mais il lui restait à con* quérir la réalité du pouvoir qui résidait aux mains de son

adversaire. Son premier pas fut une déconvenue. Il était d'usage que le prince élu empereur allât recevoir sa première couronne à Âix-ia-Ghapelle. Charles, en effet, se mit en devoir de se rendre dans cette ville poul* cette cérémonie. Mais Louis de Bavière, dont les événements venaient de réveiller l'activité, l'avait prévenu. Suivi d'une armée entière, il parcourait les villes situées sur le Rhin, s'assurant partout de la fidélité des peuples (1), et Charles dut renoncera faire son entrée dans Aix-la-Chapelle. 11 ne fut pas plus heureux à Cologne, quoiqu il eût dans Tarchevéque de cette ville un de ses plus dévoués partisans, et il lui fallut se contenter de recevoir la couronne à Bonn, en présence d'un petit nombre de barons, parce que le plus grand nombre suivait encore le parti de son adversaire (-2).

Ce mécompte ne fut pas le seul. Son élection* loin d'être * approuvée partout, fut mal accueillie dans la plupart des États de la haute Allemagne; on blâmait là ouvertement les procédures du pape contre Louis, et Charles y était appelé, par dérision, l* empereur dei prêtres (^). Dans une diète assemblée à Spire, Louis trouva même les esprits disposés à faire en sa faveur les plus grands sacrifices (4). Charles avait d'abord compté sur la France, dont rînfluence avait été puissante dans son élection; mais la France, enf]^agée de nouveau dans une guerre désastreuse

avec l'Angieierre, venait, après des échecs répétés, de

(M llenrici Rebdorll Annales, p. 458.

(2) Id., p. 457.— Giov. Yill., 1. XII. c. lxxvu. — Alb. Argent., p. 158. — Mulius, Gerra. Chron., 1. XXIV, p. 885.

(3) Giov.Viil., 1. XII, c. cv. — Empereur des Tçiréiiti{der Pfaffenkayêer)

(4) Convocatis civitatibus Spira; , ipsas coucordiler reperit îâ sua devetione ferventes. (Alb. Argent., p. 130.)

m mmiM de la papauxe, liv. vu.

Yoir, le 29 août, ses forées anéanties à la meurtrière bataille de Crécy ; il avait perdu son père à celle haLaille, et lui-même» qui y assistait en chevalier, n'avait dù son salut qu à une fuite précipitée (!)•

Réduit à ses seules ressources, Charles courut en Bohême, y rassembla une armée à laquelle il joignit le contingent du duc de Saxe, et, au commencement de 1 année 1347, il essaya de tenter la fortune des armes en se portant sur le Tyrol, qu'il revendiquait justement comme un héritage de fanulle. Clément Yl avait préparé celte expédition en lui assurant, par d'habiles négociations, 1 appui de Luchino Yisconti, seigneur de Hilan ; de Mastino délia Scala, seigneur de Vérone ; du patriarche d'Aquilée et du sei^rneur de Manloue, qui envoyèrent au camp de Charles un renfort considérable d'infanterie et de cavalerie. Avec ce puissant secours il mit le siège devant Haraâo. Mais •le marquis de Brandebourg, accourant aussitôt avec des forces supérieures, le battit et l'obligea à se replier sur Trente (2). Tout semblait crouler sous les pas de Charles, et Louis de Bavière, profitant de ses premiers succès, se disposait à porter la guerre en Bohême, lorsque tout à coup, le 11 octobre 1347, au milieu d'une partie de chasse, ce prince tomba frappé d'une attaque d'apoplexie et mourut (3).

Le trépas dè Louis fut la vie de Charles, dont la fortune se releva aussitôt. Malgré l'opposition de quelques électeurs qui tentèrent d'élire d'abord Edward d'Angleterre, qui était trop habile pour accepter, puis Frédéric, marquis dellisnie, dont le refus fut acheté à prix d'argent,

(1) Froissart, 1. 1, c. ccixixvm.

(2j Mural., Annali d Ilalin, aiin. 1347.

(ri) Denrici RebJorff Aunales, p. 437. — Alb. Argent., p. i4l.~-Giov. VUL, 1. XII, c. cv.

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KÉGOCIATIONS EN PAVEUR DE LA FRMGB. 109

et enfin Gonler, comte de Schwarzembourg, qui mourut au bout d*un an (i)» tous les suffrages se réunirent sur le roi de Bohême. Ainsi, grâce au bonheur de Clément TI et de Charles lY, se termina la longue querelle de l'Empire avec le Saint-Siège.

Les affaires de France étaient bien loin de recevoir une pareille solution. Aussitôt après la funeste bataille de Crécy, et pendant que le roi d'Angleterre assiégeait Calais, le pape s'était hâté d'envoyer aux deux monarques des légats pour les exhorter à terminer par h paix une guerre qui ruinait également les deux royaumes. Ces légats étaient Annibal de Geccano, cardinal-évéque de Tusculum, et Étienne Aubert, cardinal du titre de Saint-Jean et de Saint- Paul. Arrivés sur le théâtre des événements, ces deux prélats c< se mirent en grand'peine tantôt d'aller de Tun « ost à l'autre, et volontiers eussent vu que le roi d'Ana gleterre eût brisé son siège, » ce qu'ils ne purent jamais obtenir. A force de prières pourtant, ils réussirent à amener entre les deux partis des conférences où figurèrent, du côté de la France, les ducs de Boiubon et d'Athènes, le chancelier de France, le sire d'Oflemont et Geoffroy de Gharny ; du côté de l'Angleterre, les comtes de Derby et de Northampton, messire Regnault de Cohehen, messire Gauthier de Mauny et Barthélémy fiurghersh, chambellan du roi. Mais les prétentions émises par le* vic^ torieux Edward étaient trop exorbitantes pour être accep* tées de Philippe de Valois, tout vaincu qu'il était. Après trois jours de débats, les plénipotentiaires furent forcés de se séparer; les hostilités recommencèrent, et les cardinaux découragés s'en retournèrent à Saint-Omer, n'ayant

(1) Fahricius, Origines saxonica», î. VI, p. 654. — Mural., Aiinali d'Ualia, ann. 1^7. — Slruvius, Corpus Uist. germanica;, t. J, p. 720 et 721.

110 OISTOIRE hiL lA PAPAUTÉ, UV. VU.

réussi, par tous leurs bons offices, à procurer « cpi'un a répil lût pris entre les deux rois et leurs gens» là étant « au siège et sur les champs seulement (1); y> car Edward voulait avoir Calais. Après que cette place eut été rendue, les deux légats revinrent, et, trouvant le monarque anglais plus traitable» ils parvinrent à moyenner entre les deux rois une trêve qui fut signée, le S8 septembre ^ 547 , sous les murs de Calais, pour durer jusqu'au 24 juin de l'année 1548 (2).

Tandis que les efforts réitérés de Clément YI n^obte-

naient en France qu'un si faible résultat, une gî^aode révolution' s accomplissait à Naples et bouleversait de fond en comble cet antique fier du SaintrSiége. Les événements qui amenaient cette subversion remontent jusqu'à Tannée 1«542, À celle époque, le 49 janvier, le roi Robert était .mort après un règne de trente-trois ans, emportant dans la tombe, avec les regrets de son peuple, la réputation du monarque le plus sage et le plus éclairé de sou siècle (5). Hais il n'avait laissé, pour tenir les rênes de l'Ëtat, que deux filles, dont Tainée était à peine âgée de dix-buit ans. 11 est vrai que la prudence du défunt monarque semblait avoir remédié à cet inconvénient ; car, quelques années avant de mourir, inquiet des faibles mains auxquelles il allait confier les destinées de son royaume, il s'était occnjK de leur donner un appui* Cet appui, il Tavait cherché dans celte portion de la dynastie angevine que la fortune avait placée sur le trône de Hongrie. Muni des dispenses du pape Jean XXlIet accompagné du roi Charles, André, second fils de ce monarque, avait été marié à Jeanne, fille ainée du duc de Calabre,

(1) Froissart, 1. 1, c. cccxix.

(2) Du Tillet, Recueil des traités, p. 227.

(Sj Bouche, Histoire de Provence, t. I, p. 5o7 et suiv

AFPAOtJSS D8 NAPLES. M

aux applaviUssements réciproques des deux royaumes, dont cette ùnion cimentait ramitié (1 ) .

Robert ne s'en était pas tenu là. Comme André n'était guère plus âgé que son épouse, il avait désigné, dans son testament, cinq administrateurs avec le secours desquels Jeanne devait gouverner jusqu'à fàge de vingt-cinq ans, sous peine de voir ses actes frappés de nullité. Ces cinq administrateurs étaient la reine mère Sanoia, Philippe de Cabassole, évèque de Cavaillon; Philippe de Sanguineto, com(e d AUoiiume; Goffridi de Marsan, comte de SquillacOt et Charles Artus» comte de Sainte-Agathe* Et, comme si ces précautions n'eussent pas sutB, il avait encore placé les jeunes époux sous la protection du pape et des cardinaux (2). La sagesse humaine ne pouvait, ce semble, rien faire de plus pour assurer la prospérité du gouvernement futur. Cependant, aux approches du moment suprême, les inquiétudes avaient ressaisi le vieux roi. lin contemporain dit qu'alors il fit appeler auprès de son lit la reine mère Sancia, le prince André, Jeanne sa femme et Marie leur sœur; Philippe, prince de Tarente, et ses frères, avec Catherine de Valois leur mère ; Charles, duc de Duras, ses frères et Agnès leur mère, avec quelques autres grands seigneurs du royaume, et que là, sur le point de rendre le dernier soupir, il déclara solennellement qu'au prince André et à la princesse Jeanne sa fenmae appartenaient les titres augustes de roi et de reine; que tous les autres eussent à les reconnaître pour leurs seigneurs, leur rendissent rhommagc lige, et, satisfaits de leurs droits et titres respectifs, ne songeassent point à les traverser dans

(1) Doniinici de Gravina, Chron. de Rébus in Apulin rrcstis, np. Murât., l. Xîî, p. 550. — Thwrocz, Chron. Hungaroi um, ap. Scripl. reruflj huagaricarum Schwandineri, Vindobonae, 1766, in-4", t. I. p. 20a.

(2) BoacheyUist. de Provence, 1. 1, p. SSê. Voir cette pièce, Pfeffel, p.8t .

m mSTOIRB DE U PAPAUTÉ, UV. Vit.

r exercice du gouvernement. Le mèuic témoin ajoute que tous- promirent qu'il en serait ainsi. Mais ce grand homme avaiL à peine fermé les yeux, que ces promesses étaient oubliées et que la cour des jeunes souverains se remplissait d intrigues (4). Nous allons voir que» si André fut le prétexte de ces intrigues, Jeanne en fût la cause.

A répoque dont nous parlons, la cour dcitaples était, après celle d'Avignon, la cour la plus cultivée et la plus polie de l'Europe. Ajoutons qu'ouverte, sous le dernier règne, à tous ceux qui savaient flatler les goûts brillants du monarque, l'art de jouir y avait fait des progrès étonnants. On y voyait déjà tout le faste, toute la mollesse, toute la galanterie de notre grand monde. La présence du prince hongrois au milieu de cette cour si avancée produisit tout d'abord un contraste désagréable. Ce n'est pas qu'André ne fut doué de précieuses qualités. « C'étaiL, dil Pétrarque, c( le plus doux, le plus candide des hommes, un prince d ' u ne «nature rare, un roi d'une grande espérance (2).» Mais, né sous les sombres cieux de la Germante, son esprit avait quelque chose de tardif et de lourd, ses manières manquaient d'élégance, ses goûts étaient excentriques, son humeur indolente, son caractère froid et concentré. Fuyant la société, où il Ln liait peu, il faisait ses délices de la table et du repos (o).

De pareilles mœurs étaient surtout opposées à celles de Jeanne, princesse vive, sémillante, légère, enjouée, et qui, élevée au milieu des pompes et des galanteries d une so-

{i) QiioJ sUntim feceninl, quod m iiuc niininie servaverunl. (Dominici de

(jlraviiia, Chron., p. uo5.)

(2) Mitissimus, innocenUssirous hoffliiium, rarie indolU putr, magDS spei rei. (Fam., 1. VI, ep. v.)

(3) Bouche, Hisl. de Provence, t. 11, p. 567. — Gaufridi, Uisi. de Provence, t l, 1. VI, p. 217.— JDe Sade, t. il, iiole 17.

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