AFFAIRES DE NAPLES
ciété gâtée par. tous les vices de la civilisationt fuyait la solitude, haïssait le travail, rêvait de plaisirs, et n*aimait que les soirées, les prumenades et les réunions brillantes, où une femme jeune, belle et aimable, peut déployer ses réductions (1) . L'effet de cette opposition de caractère et de goûts fut d'inspii er à Jeanne une précoce antipathie pour son époux* Néanmoins, tant qu'elle vécut sous l'inquiète surveillance du vieux roi, la dissimulation, cette pr^ière science des cours, ne lui permit pas de laisser éclater celle antipathie. Mais, le roi mort, Jeanne, devenue maîtresse de ses actions, ne se mit plus en peine de la déguiser. Cette antipathie devint bientôt une haînedéclaréCr De là tous les malheurs de Jeanne et de son royaume.
Quand le souverain manifeste quelque goût ou quelque répugnance, tous ceux qui Tentourent et Tobservent se précipitent aussitôt dans le sens de ce goût ou de cette répugnance. La cour de Jeanne était pleine de seigneurs et de dames sans moralité, corrompus par tous les vices qu'en- ' Il aîrie r habitude des plaisirs. La reine n'eut pas plutôt trahi l'éloignement qu'elle ressentait pour le prince André, que tous ces seigneurs et toutes ces dames, ceux-ci par complaisance, ceux-là par ambition, d'autres par des vues plus coupables encore, s'empressèrent à Tenvi d'entretenir cet éloignement. On lui persuadait de ne donner à son époux aucune part dans les affaires, d'empêcher surtoutqu'il rorût la couronne de peur qu il ne devînt par là le chef de l'État, et que la concession des grâces lui étant attribuée, l'autorité de la reine fût annulée (2). Parmi ces flatteurs intéressés, trois se distinguaient des autres par leurs adulations ; c'étaient Louis de Tarente, dont tout ie mérite con-
(i ) Bouche, lieu cité. — Gaufridi, lieu cité. (%) Bouehe, p. 508,
ii4 HISTOIRE DE LA PAPAUTÉ, LIV. VIL
sistait dans une beauté efféminée; sa mère, Catherine de
Valois, dite l'impéralrico de Constaiiiino^ilc , princesse d'une réputation équivoque (1), et Charles de Duras, qui trouva plus tard le moyen d'enlever Marie, sœur de Jeanne, et, après avoir surpris au Saint-Siège, par le crédit du cardinal de Périgord, son oncle, une dispense de répouser, dans Tespoir d'arriver par là un jour au trône (2). Entourée de ces courtisans assidus, Jeanne passait les jonrs dans des amusemeiils et des fêtes dont le ! prince André était soigneusonent écarté, et sur lesquels la légèreté, Tindiscrétion, les mœurs faciles de Jeanne faisaient planer les soupçons les plus désavantageux (3).
Le mouvement de toutes ces intrigues politiques et galàntes était habilement dirigé par une femme de la cour, h laquelle elles ont fait une odieuse célébrité. Cette femme était Philippia, dite la Calanaise, du nom de la ville où elle avait pris naissance. Le roi Robert Tavait autrefois tirée du métier de laveuse pour en faire la nourrice de son fils Louis. Attachée par cet emploi à la maison royale, elle n'en | était plus sortie et avait vu naître tous les enfants et petitsenfants du roi. Belle^ souple, insinuante, consommée dans l'art de la parure et possédant au suprêsie degré le secret de plaire, elle avait successivement joui de toute la confiance des princesses Yolande et Sancia, femmes de Robert, et de la duchesse de Calabre, mère de Jeanne, qui lui confia Téducation de sa fille. Son habileté avait fondé
(4) Bi corpo 8110 non havet bona famn. (Giov. Vill., 1. X0, e. t.)
{%) DomiDici de Gravina, p. I»S6. — Dîssersi ch'l duca di Duraxio... «?eiP per moglie la sirocehia délia moglie accioche se la prima morisse sanza redo, a lui succedesse U reame. (Gîot. VîU., I. XII, c. l.) j
^) Consorti realL.. gaaalano ogniitene colla aeelerato vizio délia dt- | sordooata lussurîa délia moglie i che palasamente si disse, che stava ia avoUerio con masser Luigi dl Tarento sao cngino. (Gîot Vill., loc. cit.) — Dominici de Gravina, p. 5S4 et seq.