ASSASSINAT DU ROI ANDRÉ
prix d'une rétribution de ^4,400 marcs d'argent (1), et un intemonee spécial, Févéque de GhartreSt Guillaume
Amici, se rendait à iVapIes pour accomplir cette cérémonie (2). Celle nouvelle, rendit le courage à André; Ion dit qu'il fit faire une bannière sur laquelle, à côté de ses armes, étaient peints des signes emblématiques de vengeance (")), et 1 on ajoute que sa bouche laissa échapper contre ses adversaires d'imprudentes menaces (4).
Ceux-ci résolurent d'en prévenir TefTet. Le couronnement était lixé au 2(3 septembre, et l'inlernonrc arrivait à Naples lorsque, le 18 , éclata le plus horrible des complots. La veille, les conjurés se présentèrent au prince, et lui dirent : « Seigneur roi, si Votre Majesté y consent, nous « irons demain du coié d'Urticelli avec nos chevaux, nos c( meutes et nos faucons, jouir des plaisirs de la chasse, a Nous nous rendrons ensuite à Capôue , puis à Aversa, « visitant ainsi, l'une après Tautre, les résidences royales « de la Terre de Labour. » Simple et sans mauvais soupçons, le jeune prince répondit qu'il y consentait. Le lendemain, de bonne heure, André, Jeanne, sa femme, suivis des seigneurs de la- cour, étaient à cheval, et partaient pour la chasse. Le soir, on arriva à Aversa. Après un joyeux festin, qui se prolongea assez avant dans la nuit,
(1) Tliwiocz, cap. cit. — Bonfini. Decnd. cil.
(2) Ep. Clemenlis pap<T, ap. Hayuald, nnii. 1346, n" et i.ï.
(3) In quodam vexillo suo regali fado de novo, priXter arma sua rcgalia, depiogi fecit quanid ini mannram ei cippum quod omnibus publiée de» monstravit. (Dom. de Grav., p. 559.)
(I) Ipse, lanquam virluosus et audnx, verbo rt fado monslrabal se vellc punire aliqiios quos vidcbat criminosos et maie se habcnles. (Baluze, I' Vita démentis VI , p. 246.) — Cum quidam e rcgni proceribus jam praecognilnm scvcrilalcm legii jiivenis cl forte meritam indignalioueiu li« mereut, conjuraïUes in cum. (Boccacio, de Cas. vir. illust.)
m mSTÛlB£ D£ U PAPÂliTÉ, UV. VII.
les convives se séparèrent pour se livrer au repos. Déjà le silence se faisait dans le palais, et li n'y restait plus que les gardes destinés à veiller sur le sommeil des deux souverains, le prince André et la reine, retirés dans leur apparlement, venaient de se mettre au lit quand une voix, partie du vestibule, appelle le prince, ajoutant que des nouvelles importantes, venues de Naples, réclament incontinent sa présence. Surpris, le jeune André se donne à peine le temps de passer une robe de chambre, de chausser des pantoufles , et se rend dans- le vestibule. Là, il trouve Gayasse de Dyonisiaco, comte de TerUce; Charles Gambatezza, comte de Murcrone, gendre de la Catanatse ; Robert de Cabanes, comte d'Evolî, son fils, grand sénéchal du royaume; Charles Artus, grand chambellan, et Bertrand, son fils ; Jacques de Cabanes, grand maréchal ; le comte de Leonessa; Thomas Pace et le notaire Nicolas Miliczano, chambriers du prince. Mais ceux-ci, au lieu de parler d'affaires, se précipitent sur lui avec fureur. Le prince, agile et vigoureux, résiste d'abord à cette attaque imprévue, se défendant avec les mains, faute d'armes. Seul contre tous, la partie n'était. point égale : il cherche à se réfugier dans l'appartement de la reine ; niais Nicolas Miliczano lui en ferme la porte ; il se retourne vers les autres issues, et les Li ouveinterceptées. Alors il appelle du secours, mais sa voix retentit en vain. 11 recommence une lutte que l'épuisement de ses forces rend de plus en plus inégalcl Bertrand le saisit par le milieu du corps, tandis que les autres lui passent une corde auluur du cou; puis, tous ensemble, ils le traînent vers une galerie., Tétranglent, et précipitent dans le jardin son cadavre palpi* tant et défiguré par d'affreuses blessures. Les clameurs d'une femme hongroise, nommée Isolda , nourrice du prince André, que le tumulte de cette horrible scène avait
ASSASSINAT BU ROI mm. m
tirée du sommeil, empéclièrent les meurtriers de faire dis* paraître les traces de leur forfait (I ) .
Pendant que celte catastrophe s'accomplissait presque sous les yeux.de Jeanne, que faisait cette reine? Aucun historien ne dit qu'elle ait interposé ses efforts pour sauver son malheureux époux. ( Voir Pièces justificatives, n? 2. ) Le bruit public Taccusa d'avoir été le complice du meurtre, et un chroniqueur affirme même qu'elle en avait tissu rinstrument (2). Elle reprit, le lendemain, la route de Naples, où le corps d* André, non par ses ordres, mais par ceux du duc de Duras, du prince de Tareiile et de Bertrand des BmKf comte de Montecaglioso, fut bientôt rapporté. On lui fit, sans pompe, dans l'église de Saint-Janvier» des obsèques auxquelles le peuple de Naples et les amis particuliers du prince mêlèrent seuls quelques larmes; après quoi ces derniers, ne trouvant aucune sécurité pour eux dans le royaume, s'enfuirent en Hongrie. L'intemonce Guillaume Âmici et Philippe de Cabassole avaient, pour ainsi dire^ été les témoins de cet attentat; Effrayés, ils se hâtèrent de quitter, le plus tôt qu'ils purent, une terre souillée d'un si grand crime. Le premier retourna tout d*un trait à Avignon, où il en porta la nouvelle. Le second, rappelé à. Naples par la reine, y revint d'Hercu-
(1) Dom. de Grav., p. 3o0. — Giov. Vill., 1. Xll, c. l. — Chron. Estense, t. XV, p. 421. — Bahize, !• et II» Vila Clcmcnlis VI.
(2) Si disse che con ordino dolla moglic... se vero fu, corne corse la fama piuvicamenle , ordinaruno di furc ïnoriic... re Andreasso. (Giov. Vill., 1. XII, c. L.) — FerUir etîainnum publiée Napoli Andn nsMim aliquando cum reginam cernerel bene crassam cordam aureis iilis loxere et adornare, quœsivisse ex illa... iu quos usas lam crassam cordam pararet, et respondisse illam subridcndo, ut ipsum suspenderet; alque ille lioino simplex, non muilum curavit : secutus est tanien evcnlus. (Collemuccii, llist. Neapol., Basil., in-4°, 1622, 1. V.) — Nauclerus dit : couscia uxore, t. Il, p. 389. — Boufiui ; coiisentieute uxore Joanna, 1. X, dec. ii.
W HISTOIRE DB U PAPAUTÉ, UV. Vif.
lanum pour tenir sur les fonts du baptême un cnrnnf dont elle venait d'accoucher, et qu'on nomma Charles MarteL Mais, la cérémonie achevée, Févêque se remit en mer (1).
La nouvelle de la catastrophe d' A versa se répandit bien» tôt dans toute TËurope, où elle souleva la plus vive indi« gnation. Pétrarque nous a laissé un monument de la sienne, dans une lettre à Barbate de Sulmone : « J'avais prédit « des caiauiiiés au royaume de IS^aples, dit-il« mais je n.a- « vais pas prévu qu*un jeune roi innocent serait la prea mière victime qn'on immolerait. Une barbarie de celte « espèce ne s éiait pas présentée à mon esprit. Je n'ai rien « lu dans les tragédies anciennes qui ait pu m'en faire « naître l'idée. Notre siècle, si fécond en crimes, a proa duit des scènes d'horreur inconnues aux siècles passés « et qui pourront servir de consolation à la postérité.
« 0 malheureuse Aversa! qu'ajuste titre tu porles ce c< nom odieux ! c'est dans ton sein qu on a violé les droits « les plus sacrés de la fidélité que les sujets doivent à leur « roi et à l'humanité même... Un jeune prince a été a étranglé comme un voleur, des bétes féroces i'ont déc< chiré (2). d La ville de Marseille envoya an souverain pontife une adresse spéciale pour demander lin châtiment exemplaire des auteurs d'un si .illreux attentat (5). En effet. Clément YI, qui n'avait pu le prévenir, s'apprêta à le venger. Après en avoir fait, devant le consistoire, le sujet d'une véhémente allocution, il lança tous les anathèmes de r£glise sur les meurtriers du prince (4), et nomma,
(1 ; De Sade, t. U, p. 2o0. — iiuiiue, II' Vita Clementis VI, p. 270.
(2) Fam., l.VI, cp. V.
(3) Raynald, aan. 1315, n° 50.
(4) Raynald, ann. 1546, n"* 44, a rapporté en entier celle bulle. Comme sa forme a quelques rapports avec la lettre de Pétrarque, de Sade pense que le poète pouirait bieo en être l'auteur. (Tr II, p. 255.)
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PUNITION DES HEURTIUEBS. m
pour informer contre eux et remplacer Tevêque de Ga- Taillon dans radministraiion des.affaires» le cardinal de Saint-Marc, Bertrand de Deux (I). On a dit que ce prélat avait l'ordre de pousser l' enquête jusqu'à la reine et aux princes du sang. Toutefois, les lettres pontificales qui lui furent adressées recommandaient de ne point ébruiter les informations, au casque la reine et les princes du sang lussent chargés par quelques dépositions. On devait, en effet, d autant plus craindre de trouver les véritables auteurs de l'attentat, que Topinion publique n'avait qu'une voix pour en accuser la reine et les princes du sang, et que la politique aurait suscité de grands embarras à la justice (2).
Quoique la commission donnée au cardinal de Saint- Marc fut datée du mois de février 1346, ce légat, à cause de sa sauté, ne put se mettre en route pour l'Italie qu'au mois d'août (3). 11 fut mal reçu à Napies par la reine et les princes. On ne lui permit point d'exécuter son mandat, et il %e vit obligé de se retirer à Bénévent ({). Clément \1 donna alors *la commission des informations à Bertrand des Baux, comte de Montecaglioso et grand justicier du royaume. Ce magistrat fut plus heureux que le légat. T/ impunité des coupables commençait à faire niuimurer le peuple. Jeanne fut donc obligée de permettre au justicier d'instruire un procès (5). Le duc do Duras, qui
(1) lU.yiiald, ann. 1546, ;9.
(2) Ponliûcem enim BerlranJo linperia dédisse vidimus, ut si regina legUve principes criniiiiis pailiLipes rcpcrirentur, rem silenllo premcret... iudiquc apONlolicai referret, ne reguum in majores tumullus conjlceret, sibiquc rcgins judicium resemret. (Raynald, ann. 1346, n** 51.) — Co$« tanxo, 1.VI, p. 461.
(5) Raynald, idd: 1346, n"" 44.
(4) Id., ann. 4546, n« S».
^) Histoire de Jeanne l**, c. vi, p. 104.
m mSTOUlË DE U PAPADTë. uv. yu.
voulait sans doute par là montrer son innocence, rendit un
vrai senice à la justice en lui prêtant l'appui de son aulorilé (1). Thomas Pace et le notaire Nicolas Mîliczano, convaincus d'avoir tué le prince de leurs propres mains, furent condamnés h être traînés à la queue de chevaux indomptés Le comte de Terlice et Sancia, femme de Charles Gambatezza, furent ensuite arrêtés et appliqués àla question. Jeanne voulait sauver, on ne sait pourquoi, les deux accusés; elle envoya Raymond de Calane et quelques-uns de ses conseillers pour réclamer leur mise en liberté; mais le duc de Duras*, sur Tordre duquel les prévenus avaient été saisi, leur fit répondre que, sauf Thonneur de la reine, la justice devait avoir son cours. A cette réponse, les envoyés proférèrent des paroles menaçantes. Ces paroles furent rapportées au duc; on s'empara de Raymond de Catane^ on l'appliqua lui-même à la question, et il chargea laCatanaise, Sancia, RuLcrt de Cabanes, Charlas Artus, Bertrand son ûls, les comtes d'Ëvoii et de Murcrone, Jacques de Leonessa, et plusieurs autres. Aussitôt on court au château de TOEuf, et l'on en arrache tous ceux de ces personnages qui n'claienl point déjà en prison. Charles Arlus el Bertrand son lils furent les seuls qui échappèrent aux investigations de la justice : ils s'étaient réfugiés sur les terres de Timpéralrice, qui refusa constamment leur extradition, iuus ces accusés, convaincus de • complicité dans le meurtre d'André, furent condamnés à mort. On leur fit souffrir les plus cruelles tortures; les bouirreaux les promenaient par les rues en leur arrachant la chair avec des tenailles brûlantes. La populace, toujours sans pitié quand elle est irritée, leur crachait au visage^
(1) Dom. de Grav., p. 564.
(2) Id., loc. cit.