‹ Histoire de la papautë pendant le XIV" sic̀cle, avee des notes et des pièces justificativesChapitre 24 sur 66 · GOISQDÊTË DU ROYAUME DE NAPLES · texte numérisé non relu

GOISQDÊTË DU ROYAUME DE NAPLES

en observation devant Capoue. Pour lui^ toumani à gauche par les comtés d'Alife et de Murcone, il se rendit A

Bénévenl. Il se trouva dans cette ville à la tête de six mille cavaliers, sans compter une nombreuse infan* terle de Hongrois, de Lombards et de Romagnols (1) ; mais il n eut pas besoin d'en faire usage. Pendant qu'il était occupé à Bénévent à faire le dénombrement de ces foirces et à recevoir Thommage des barons du pays, tout était déjà décidé.

Arrivé en face de Capoue, le comte de Fondi ayant trouvé le pont du Vulturne fortement gardé, réussit à dérober un mouvement au prince de Tarente et à passer le fleuve à gué sur un autre point, après quoi il se dirigea promptementvers Capoue par Urticelli. Au lieu d'attendre son ennemi dans sa position, le prince de Tarente se porta audevant du comte et osa lui offrir le combat. 11 fut battu; ses Napolitains efféminés luttèrent à peine contre les soldats hongrois : la majeure partie succomba (2). Aussitôt tous les seigneurs qui accompagnaient le prince l'abandonnèrent lâchement et accoururent à Bénévent faire leur soumission au roi de Hongrie et lui rendre hommage (5). Quant au prince de Tarente, il se sauva k Capoue (4).

Jeanne, réduite aux seuls remparts de la citadelle de Naples pour se défendre contre une invasion si rapide, songea à la fuite avant que Fennemi arrivât sous les murs de la capitale. Trois galères se trouvaient dans le port, elle y fit transporter sa famille et le peu qui lui restait du trésor de son grand-père, quitta secrètement Naples dans la nuit du i 5 janvier 1348, et lit voile vers la Provence, où

(1) Giov. Vm., loc. cil.

(2) Dom. de Grav., p. 577.

(5) Giov. Vill., loc. cit.

(4) Dom. de Grav., loc. cil.

434 HISTOIAE HB LA PAPAUTB, UV. VIL

le prince de Tarcnlc ne devait pas tarder à la suivre (i).

Devenu maître, comme par enchantement, de la moitié de ritalie, le roi Louis s'occupa d'y affermir sa puissance en s'assoranl des personnages qui pouvaient troubler sa conquête. Dans ce dessein, il quiita Bénévent le 16 janvier; et, au lieu de marcher directement à Naples, il vint d*abord à Mattalona» puis à Âversa. De là, il envoya à tous les princes du sang royal Tordre de se rendre auprès de lui. Tous obéirent, aucun ne s'en dispensa, pas même le duc de Duras* quoiqu'il eût reçu plusieurs avis secrets de ne point se conGer au monarque hongrois (2), Celui-ci les invita h souper, et, tant que dura le repas, fui aimable pour tous. Mais, au moment où les convives allaient se séparer, le roi changea tout à coup de visage, et, pinçant un air sévère et irrité : «Scélérat! » s'écria-t-il , en se tournant du coté du duc de Duras, « je suis maître de toi, a et ta mort est résolue ; mais, avant de subir un supplice a mérité, avoue que tu as conspiré contre notre royale « maison ; avoue que ce sont tes intrigues avec le cardia nal de Talleyrand qui ont retardé le couronnement de a mon irère et causé sa mort (5) . » A celte foudroyante apostrophe, le duc, d'une voix tremblante, murmura quelques excuses et demanda pardon. <c Ah ! tu veux t'excu- « ser! » reprit le roi, dont le courroux était au comble; a comment oses-tu l'entreprendre? » Àiors, tirant des lettres : <c Eh bien 1 reconnais-tu cette écriture, ce nom, ce «t sceau? ne sont-ee pas là tes lettres à Charles-Artus, dans « lesquelles tu traitais avec lui de la mort d'André? Peux- « tu récuser de pareils témoins (4)? M'est-ce pas aussi

(1) GîoT. VUl., cap. cit.

(2) Dom. de Grav., p. S80.

(5) Dom. deGrav., p. 882.

(4) Corne te puo* tu scnsare? HonsCrandogli letlere con aud aigello,

GONQUiTE DU ROYAUME DE NAPL68. 4S5

ce pour nous trahir et te défaire de nous que tu nous as « appelé dans cé royaume? » Leduc était atterré ; il reprit pourtant : « Seigneur roi, vous me montrez un visage ter- « ribie, c'est pourquoi je suis glacé de Irayeur. Pardonce nez-moi si je vous ai offensé, mais Dieu m'est témoin « qu'en vous appelant dans ce royaume je n*ai eu aucune « pensée perfide. Ce sont de mauvais conseillers qui vous €( ont irrité contre moi. Je n'ajouterai rien de plus» Votre <c Majesté ne m'éeouterait pas : j'attendrai que son courc( roux soit passe. » Le roi ne répondit point, mais il ordonna que les princes fussent tous renfermés jusqu'à ce qu'il eût pris une décision à leur égard. Le lendemain matin, des soldats hongrois vinrent dire au duc de Duras que le roi les envoyait pour le mener au lieu où le prince André avait été assassiné et Ty faire mourir. À cette nouvelle» le malheureux duc devînt pâle comme la mort; mais il se souvint quUl avait des péchés à confesser. On appela donc un moine du couvent voisin, qui se hâta d'accourir. Les exécuteurs attendirent que le duc se fût réconcilié avec Dieu, puis ils le conduisirent à la funeste galerie ; là, un le lit mettre à genoux, et l'un des soldats, nommé Philippe, le saisit par les cheveux et lui trancha la téte. On précipita ensuite son cadavre dans le janlin. Le roi voulul qu'il y demeurât trois jours sans sépulture. Quant aux autres princes du sang, ils furent menés à Ortona, d'où on les transporta en Hongrie pour y être gardés dans la citadelle de Wisgrad (1). Le duc de Duras était-il coupable de l'assassinat «l'André? Des historiens contemporains et graveê

ch' elli havea mandate a Carlo d'AsLurgio dei Irattalo délia morte d'Andreasso. (Giov. Vill., 1. Xli, c. cxi.) — Et siquidem npgare voliieris haec non fuisse per te patrata, ecce quas sigillo tuo liltcras tu scripsisti; licet clam scripscris-, in piiblico le accusant. (Dom. de Grav., p. f>82.) (i) Dom. de Grav., p. S83. — Giov. Yill., l. XII, c. eu.— Bonûni, Rerum

136 UISTOIRË DË U PAPAUTÉ,- UV, Vil.

disent que non (i). Il est certain, en effet, que sa conduite

depuis la mort du prince avait été de nalure à repousser tout soupçon de complicité dans cet attentat. Mais nous ne connaissons pas la valeur des preuves que le roi Louis pouvait avoir entre les mains, et les lettres à Charles-Àrtus, dont Gravina et Yillani ne nous ont point donné le contenu, et dont on ne retrouve la copie nulle part, seront longtemps encore un terrible mystère.

l/épouse du duc apprit bientôt à Naples Tatlerrante nouvelle du supplice de son époux. Cette princesse infortunée, toute en larmes, demi-nue, et traînant avec elle deux filles en bas âge, s'enfuit d'abord an monastère de Sainte- Croix, pour se soustraire à la colère de Louis ; mais bientôt, ne se croyant point en sûreté dans cet asile, elle le quitta déguisée en religieuse, et, sous la conduite de révéque de Gaserte, suivie de peu de gens, elle se rendît à Montefîascone, auprès du cardinal de ^aint-Maïc, d où elle parvint à rejoindre, en Provence, la reine sa sœur (2).

L'exécution du duc de Duras avait eu lieu le 24 janvier;

le même jour, à la tôle de son armée, couverL de ses armes et revêtu d'un manteau de pourpre semé de perles, le roi de Hongrie marcha vers Naples, et fit solennellement son entrée dans cette capitale. Son air était sombre et irrité. Les habitants avaient prépaie un Jais pour le recevoir; il refusa cet honneur, ne voulut écouler aucun compliment, se contenta d'accueillir la soumission et le serment dé fidélité de tous les ordres de TÉtat, et alla s'énfeN mer au château Neuf, d*où il se mil à traiter Naples en

IIiinL^nr , loc. cit. — Sumnioote, t. U, ]. Ul, p. 430. — Thwrocz, GhroQ. Hungar., 1. III, c. xi.

(1) MaU. Villani, 1. I, c. x.

(2) Dom. de Grav., p. ô84.— Giov. Vili., 1. XII, c. cxi.

CONQUETE DU BOYAUME DE iSAPLES. 157

ville conquise (1). Le roi de Hongrie était naturellement cruel, et alors il avait besoin de vengeance. La mort du duc de Duras ne fut que le signal des châtiments qu'il se proposait d'exercer. Les informations recommencèrent avec activité. Un grand nombre de coupables, qui s'étaient soustraits aux premières enquêtes, furent découverts et subirent le dernier supplice. Parmi ces derniers, on doit compter Goffridi de Marsan, comte de SquiUaee, et Conrad Gataiizane. Plusieurs alors, comme il arrive souvent dans les réactions politiques, prolîtèrent de la circonstance pour se défaire, par de fausses délations, de leurs ennemis personnels, et il y eut des victimes innocentes. Louis s'en aperçut, et ordonna contre les délateurs des enquêtes sévères qui les réduisirent au silence (2). Peu de complices de la mort d'Ândré restèrent impunis.

Cependant, celui de tous que Louis jugeait le plus coupable, (juil aurai! eu le plus à cœur de punir, lui avait échappé. Jeanne, après cinq jours d'une navigation assez heureuse, aborda au port de Nice. Mais ses épreuves n'étaient pas finies. Elle avait à peine mis le pied sur le rivage, qu'elle se vit arrêtée par ordre des seijrneurs provençaux, et menée, avec toute sorte d'égards sans doute, mais menée prisonnière au château d'Âix. Villani donne pour motif cette arrestation extraordinaire d*une reine par ses propres sujets, la crainte de ceux-ci (|ue Jeanne ne fût venue pour traiter avec ie dauphin de France, qui se trouvait à la cour d'Avignon, d'un échange de la Pro-

(1) Gîov. Vill., 1. XII , c. m.— Gaufridi, DUl. de Provence, l. I, 1. VI, p. 219. — Sponde, Annales, ann. 1348, p.495.— Bom. de Grav. p. 584. . (2) MuUi alii NeapoUUoi et regnicol» accusantnr, quis odiose ficto mendacio œmulorum... rex aulero viden» quamplurium accusalorum ma- Utiain, mitigato furore, ordine juridico contra Ules accuttntes procedi mandant. (Dom, de Grav., p. 585.)

438 fllSTOlRE DE U PAPAUTE, .UV. VIL

vencc contre d'autres domaines (I). Le prince de Tarente arriva lui-même le 11 février à la vue de Nice; mais, ayant appris sur son bord la manière dont Jeanne a^ait été reçue, il passa oiitrn, et alla prendre terre à Aigucs-Morlcs, d'où il se rendit à Avignon par le Rhône (2). 11 n eut aucune peine à obtenir Télargissement de Jeanne; il sV péra sur un ordre de Clément Y! (3). La captivité de cette princesse avait duré plus d'un mois. Dès qu'elle eut recouvré la liberté, elle se mit en roule pour Avignon, où tout était préparé pour la recevoir en reine. Elle fit son entrée dans la cité papale sous un dais, le 13 mars lo48. Tous les cardinaux allèrent au-devant d'elfe en cavalcata. Clément VI Taccueillit ayec cette politesse et cette courtoisie qui le rendaient le plus aimable des hommes, et lui donna audience en plein consistoire (4). Sur la réquisition des ambassadeurs hongrois, il avait été donné commission aux cardinaux Bertrand de Deux, Gaillard de la Motte et Guillaume d'Aure, de taire des procédures relativement à la mort du prince André (5), et d'examiner si Jeanne ne s'en était pas rendue complice. Mais, dans ce célèbre consistoire, cette reine se justifia, dit-on, elle-même si pleinement, que le pape et le Sacré Collège prononcèrent son innocence tout d'une voix (6) . La principale raison de la dé>

(f) La reina coa cortese guardia meoaroao al caslello Araaldo... imperè ek'erano entraUi In aospetto e (jfelosia, ch'eUa noa facesse acanibio deUa coDtea di Francia con messer GiaDoi. (Giov* YiU.» I. XQ, c. cm.) Gaufridi, Uist. de Provence, 1. YI, p. 21 9,

(2)6i0Y.VilL, loccîl.

(SÔ Raynald, ann. 1348, n"" ii.

(4) Gior. VîH., 1. XH, Cw cnr. — Summonte, t. H, 1. III, p. 432.

(5) Ep. Cleraenlis VI, ap, Raynald, ann. 1318, n'* 4.

(6) In iniblico consisloro, con lanto ingcgûo e facondia difesc la sua cosa, che papa Clémente con il suo collegio... havcndo cntmoscinto che la regina veramente non era colpeta in cosa alcuna. (Sumnionie, loc. cit.)

JEAimE A AVIGNON. 4Sa

fense de Jeanne se bornait pourtant à dire que Tantipathie pour son mari avait été l'effet d'un maléfice auquel la faiblesse de sa nature ne lui avait pas permis de résister, antipalliiequi avait inspiré à des méclianis le coupaiile projet de la servir en faisant mourir le prince André (i). Mais il faut croire que le spectacle d'une reine si jeune, si belle, d'une reine en pleurs, s' humiliant devant la plus haute puissance de la terre, d'une reine malheureuse, réduite à mendier un appui, et les raisons d*Ëtat, plaidèrent alors plus efficacement en sa faveur qu'un argument semblable, qui ne l'a poinF justifiée au tribunal de la postérité. Les ambassadeurs du roi de Hongrie* qui assistai^t à cette plaidoirie, s'efforcèrent vainement d'en empêcher l effet. Ils échouèrent encore dan^ une autre tentative : ils demandaient pour leur maître Tinvestitore du royaume de Naples. Cette demande leur fut constamment rcAisée, et Clément VI ne cessa de protester contre l'occupation arbitraire' de cet Ëtat par le roi Louis (^. Le pape savait que la considération personnelle est nécessaire pour régner avec autorité, et il avait à cœur de rétablir celle de Jeanne, si fortement ébranlée, il finit par confirmer son mariage avec le prince de Tarente, le 27 mars. Il lui offrit la rose d'or, quoique le roi de Majorque se IrouvcU à Avignon, et, ce jour-là, il fut permis aux deux époux de se donner en spectacle à toute la ville, ornés des insignes de la majesté royale (ô). Clément VI leur assigna ensuite pour résidence le palais que le cardinal Napoléon des Orsini avait fait bâtir à Villeneuve, et qui était devenu la propriété des papes (4).

{i) Sponde, Anii.4les, aiin. 1331, p. 509.

(2) Ep. ClcmenlLs VI, ap. Raynald, aun. n*» 8 et 9.

(5) Giov. Vill., loc. cil.

(4) Manuscrit de Teyssier, t. Il, p. (lûbliolhéque d'Avignoo).

440 mSTOIRË DE U PAPAUTÉ. LIV. Vil.

La forlane se retournait peu à peu du côté de Jeanne.

Le roi de Hongrie, maiLre de Naples coMuaenÇjail à éprouver qu'il est plus facile de conquérir un royaume que de le conserver; qu'un peuple vaincu n'esl pas soumis; que l'honneur national ne compose point avec la tyrannie, et qu*à la lutte avec les armées en succède une autre plus difficile, plus longue, avec 1 esprit public. Entouré d'iiommages parce qu'il était victorieux et puissant, croyant sa domination suffisamment consolidée parce qu'on tremblait sous elle, il licencia une partie de ses troupes mercenaires, et, comme la peste faisait déjà sentir ses ra* vages, il quitta Naples après un séjour de quatre mois» se rendit à Barlette vers la fin de mai 1348, s y embarqua pour éviter le lléau et retourna en Hongrie, laissant, pour défendre et gouverner sa nouvelle conquête, Conrad Wolfart, son frère Vlric Wolfart, auxquels il joignit Étienne, fils de Laczk, wayvode de Thinsjlvanie, avec douze cents

hommes d" armes (1).

£ntre les Hongrois et les Napolitains il y avait toute la dislance qui existe entre des hommes à peine sortis de la barbarie et des hommes parvenus à la mollesse de la civilisation. Ceux-ci se lassèrent bientôt de l admiuistration dure et sévère, quoique juste et intègre, de leurs conquérants. La noblesse surtout se rappelait avec regret la cour si brillante de Jeanne, dont les divertissements et les fêles donnaient un air d'allégresse et de splendeur à cette capitale, aujourd'hui morne et silencieuse. On se reprochait d'avoir abandonné cette reine pour se mettre sous le joug de Tétranger, et tous les regards se tournèrent bientôt vers le pays où elle avait été chercher un asile. Jeanne fut bientôt avertie de cette heureuse révolution, et, soigneuse

(1) Dom. de Grav., Ghron*, p. â86. — MaU. Villani» 1. i, c. ziu et nv. — Tbwrocs, Ghron. fluogur., pars lU, c. xit.

ACQUISITION D'AVIGNON PAR LË SALNT-SiKGE. 141

de ne point laisser refroidir les sympathies de ses sujets, elle résolut de retourner promptemenl au milieu d'eux (1). Mais son trésor était épuisé. Pour en combler le Tide, elle sollicita d'abord près la cour d'Airignon un avancement de fonds. Le mauvais étal des affaires de Jeauue avait anéanti son crédit; depuis plusieurs années les arrérages du tri^ but qu elle devait au SaintpSiége s'étaient accumulés; cette demande fui donc repoussée (2). D'ailleurs le pape, qui travaillait à amener une réconciliation entre la reine et le monarque hongrois, craignait à juste titre qu'un secours fourni diroctement par le Sacre Collège ne cuinpromît aux yeux de ce dernier son caractère paciiique et médiateur. Hais il ouvrit volontiers Toreille à la proposition que fit la reine de lui vendre la propriété d'Avignon, Celte ville, bien qu'enclavée dans le domaine ecclésiastique, appartenait encore aux souverains de I^aples ; les papes n*y étaient point chez eux. Clément VI ne pouvait qu'accepter avec joie une offre qui lui donnait l'occasion d'acquérir une belle capitale ; il traita donc avec Jeanne, et Avignon avec ses dépendances fut échangé contre la somme de 80,U0() llorins, que le camérierde la chambre apostolique paya comptant, comme en fait foi l'acte de vente, relevé par Nouguier, sur l'original gardé dans les archives de la mIIo. (Voir aux P'icrcii jmtilkatii'LS, 4 cl 5.) L'empereur Charles lY , qui conservait des droits de suzeraineté sur Avignon comme fief détaché de l'ancien royaume d'Arles , ratifia le contrat par une lettre patente donnée à Goritz sous la date du mois de novembre 1348 (5j.

(1) SumfflODte, t. U, L ni, p.

(2) rfullnm in caria poterant reperire snlisîdiiiin. (Baluie, 1. 1, II* Vita Cl«ment» VI, p. Matt. Villani, 1. 1, c. xmi.

(3) Fantooi, ktoria ddla dtta d'Avigiionc, i. Il, 1. II, c. v, n^^ti,-^ Kooguier, p.

442 HISTOIRE DE LA l'APALIK, LIV. Vil.

L'on a dit <pie les 8U»000 florins n'avaient jamais été comptés à Jeanne; que la vente d'Avignon n'était qu'une

vente simulée pour compenser les arrérages que le royaume de Naples.devait à la Chambre apostolique et pour obtenir une absolution (i). Hais en face de l'acte de vente, de

la dccl.aaLiuii qu'y fait la reine, une assertion semblable n'est qu une chicane. D'ailleurs, outre l'acte de vente, nous avons une charte authentique qui justifie le payemeift et l'eniplui du prix énoncé par le conlrat. (Voir aux Pièce* jmtilicaiices, n" 5.) il est vrai que la faible somme de 80,000 florins ne pouvait être le prix d'Avignon ; mais, dans la situation où elle se trouvait, Jeanne n'éuiit pas libre de faire la loi à l'acquéreur. D ailleurs, elle avait de réelles obligations au pape; elle le reconnaît quand elle dit que, o comme il vaut mieux donner que recevoir, « elle faisait don au pape el au Saint-Siège de ce qu'Avi- « gnon pouvait valoir de plus (2). y> Quoi qu'il on soit, l'aliénation d'un aussi beau fief déplut fortement aux Provençaux, qui la lioniinèrent ni.illieureuï^e et 7nmidile (5). | Les habitants d'Avignon refusèrent tout d'abord de rendre hommage à Clément VI, et ils ne consentirent à reconnaili e le pape pour leur seigneur qu'après la mort de ce pontife (4). .

(1) Nougmcr, p. 452. — Bouche, l. II, p. 575. — Gaiifridi , p. 220.—- Pandolfo CoUcnuccio. Ilist. Neapoh, 1. V, p. 218.

(2) Nouguier, p. -154.

(5) U y avait, du temps de Fornery (Manuscrit, 1. V, p. 417), un original ou une copie «lulhentique de cette vente dans le Uésor des titres i Aix, qui était endossée : Maledicia venditio.

(4) Bouche, t. U, p. 576. — Après la vonte d'Avignon, les Avignonnaîs mirent dans leur écusson , au lieu de la ville cnrréc qu'ils avaient reprise depuis leurs podestats, trois clefs d'or sur un fond de sable» et ne conservèrent de leurs anciennes armoiries que les gerfauts pour support et la devise : À hec <it g^iff^s, qui faisait allusion à leur fidélité pour leurs maîtres. (Teyssier, Manuscrit, p. 19.)

DEUXltME INVASION DU ROYAOHE DE NAPLES. 145

I^e produit de la vente d'Avignon, joint à un subside que votèrent les états de Provence et à un emprunt hypothéqué

sur les joyaux de la couronne, mil la reine en état de lever une armée (1), Le Florentin î^icolas Àcciâjoli, naguère gouverneur du prince de Tarente et devenu grand sénéchal du royaume, prit les devants pour examiner l'élal des choses et préparer les voies. Jeanne et son époux ne tardèrent pas à le suivre. Ds partirent de Marseille, à la fin d'août 1348, sur dix galères génoises, et, après une heureuse navigation, ils prirent terre à Gastel del Carminé, où les bfirons du pays accoururent en foule pour rendre hommage à leur souveraine. Son entrée dans la capitale iut triomphante; les Napolitains saluèrent le retour de Jeanne avec d'autant plus d'enthousiasme qu'ils avaient à se reprocher un plus lâche abandon de sa cause (2).

Cependant, au milieu de ces sympathiques démonstrations, Jeanne n'était pas maîtresse paisible dojNaples; les forteresses de cette ville se trouvaient entre les mains de ses ennemis. Elle fut incmc obligée, pour renU cr dans son palais, de le conquérir sur les Hongrois. Heureusement, à son arrivée, elle avait trouvé une armée prête. Acciâjoli avait soudoyé un certain nombre de troupes mercenaires avec lesquelles le prince de Tarente put s'opposer sur-lochamp à Conrad Woifart et au virayvode de Transylvanie. D serait fastidieux de relater des opérations militaires accomplies sans talent, dans lesquelles d'ailleurs les succès et les revers furent également partagés. La guerre, telle qu'on la faisait alors en Italie, était surtout une guerre de ravages et de déprédations. Le cardinal de Ceccano, légat du pape à Rome, suspendit un instant ces brigandages en

(1) Bouche, t. II, p« 374.

(S) Dom. de Grav., p. 687.

éloignant, au moyen de 420,000 florins, une compagnie

de mercenaires allemands, qui remirenl enlre ses mains tout ce qu'ils avaicnl occupé dans la Terre de Labour et les Abruraes (!)• Celle heureuse intervention procura au prince de Tarente un avantage : celui d'affaiblir les chefs hongrois, qui, réduits dès lors à leurs seules forces, durent se borner à faire une guerre de partisans. Mais, en 1550, le roi Louis reparut de nouveau en Italie et débarqua à Manfredouia, amenant avec lui dix mille chevaux. Ces forces, jointes à celles qui restaient au wayvode de Transylvanie et& Conrad Wolfart, portèrent l'armée hongroiise à quatorze mille chevaux. Le prince de Tarente n avait rien à opposer à de pareilles forces. Aussi le roi Louis se renditril en peu de temps maître de Bari, Bitonto, Baroli, Canosa, Melfi, Mattalona, Trani, Salerne, enfln de toute la Terre de Labour, à l'exception d Aversa* Une seconde ibis Jeanne, réduite aux seuls murs de sa capitale, prit le parti de la fuite et se sauva à Gaëte. Heureusement pour elle, le roi de iiougrie perdit beaucoup de muinie au siège d'Aversa* Son ardeur conquérante se ralentit; il commençait h se lasser de ces expéditions lointaines qui épuisaient ses trésors et n'étaient suivies en réalité d'aucun résultat. Deux circonstances dans lesquelles sa vie courut de sérieux dangers achevèrent de le dégoûter, et il prêta aisément Torcille aux propositions d'accommodemenl que vial lui adresser, de la part de Clément Vl, le cardinal Gui de Bologne (â). On arrêta d* abord une trêve, puis on statua que les choses resteraient dans Tétat où elles étaient de* puis le mois d'octobre 1350 jusqu'au 21 avril 1551; que,

{i) Doin. de Grav., p. 679.~MaU. Villani, }. 1. c. t..

Mnratori, Annali d*lulia, ad ann. 4380. — Thwrocz, Ciiron. HuDgnr., pars ni, a cap. xm usipie ad c. xxt. — Bonfini, Rer. fiuogar., l. X, dee. a

PÂIX ËNTRË LA HONGRIE ET NAPLËS. 145

pendant cet espace de temps, le roi et la reine quitteraient

«îgalemoiil le royaume cl aUeiidraicnl la décision du Saint- Siège dans le procès intenté à Jeanne sur la prévention de complicité dans l'assassinat de son époux. Sr Jeanne était jugée coupable, elle devait perdre son royaume, qui serait adjugé au roi de Hongrie ; si, au contraire, son innocence était reconnue, le roi de Hongrie devait lui restituer les conquêtes qu'il avait faites, moyennant une indemnité de 300,000 florins pour couvrir les frais de la guerre (1).

Les ambassadeurs des deux partis se rendirent à la cour d'Avignon; on y recommença* le procès de Jeanne» déjà jugé en 1348, Il était facile de prévoir l'issue de cette seconde épreuve. Le pape elles cardinaux étaient dévoués à la branche de la maison d'Anjou qui régnait à Maples ; mille raisons d'État dominaient les procédures, que ne poussaient plus, du reste, avec vigueur les représentants hongrois, et, une deuxième fois, l'innocence de Jeanne fut proclamée (2). Après cet acquittement, on arrêta les éléments du traite dëtinitif qui devait pacifier le royaume de Naples* On négocia sur les bases de la trêve ; le roi renonça h toutes ses conquêtes, consentit à reconnaître Jeanne pour reine et à relâcher les princes napolitains qu'il avait jusque-là tenus captifs dans la forteresse de Wisgrad. Restaient les 500,000 florins que devait payer Jeanne pour les frais de la guerre. Un iiiblaul on put craindre que cet article ne fit naître quelques difficultés ; mais, quand on en vint là, les plénipotentiaires hongrois déclarèrent, contre l'attente de tous, que leur mâitre, n ayant point fait la guerre pour amasser de l'argent, mais, seulement pour venger la mort de son frère, remettait vp-: :v

(1) Matt. Vill., 1. 1, c. xcm. Ghron. Eslenie, p. 468* (S) Mitt. Vill., L U, c. niv«

T. n. iO

146 HISTOIRB D£ LA PAPAUTÉ, UV. VU.

lonLaircment à la reine les 500,000 florins. Des acclamations spontanées s'élevèrent dans le consistoire à cette magnanime déclaration. Le traité fut ensuite signé par les ambassadanrSy et ratifié par le pape le 14 janvier 1352(1).

(1) Malt. Vill., 1. II, c. Lxv.— Raynald, ann. i552, n" 1. — Bonfioi, Ker. Huogar., 1. X, dec. u. — Tliwrocf» Gbron. Huogar., pars 111, c. xxr.

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