LI6UE CONTRE LES VISCONTI. SIS
la ville de Milan, et cita de nouveau le prélat rebelle pour . le 8 avril. Pendant ce temps-là, l'évèque de Padoue parcourait les cités de la Lombnrdie et de la Toscane, se présentait à Mastino délia Scala, à Vérone, au marquis de Ferrare» aux seigneuries de Florence, de Sienne et de Pé" rouse, annonçant partout que l'ambition de Visconti menaçait l'indépendance de Fltalie entière, et qu'il n'y avait qu'un moyen do se soustraire à l'oppression, celui de se liguer contre le tyran. Ces excitations de Févêque produisirent leur efTet : toutes les nationalités s émurent, et, pour les unir plus étroitement dans une même haine contre l'ennemi commun, le nonce proposa un congrès, dont il fixa l'ouverture au mois de mai 1551 , 5 Arezzo (1). Les représentants de lout^ les puissances guelfes se trouvèrent exï eiïet à Arezzo au terme indiqué. Mais, comme il n'arrive que trop souvent, la diversité des intérêts particuliers empêcha de s'entendre. Les choses traînèrent en longueur ; on perdit beaucoup de temps en de vaines discussions. Giovanni Visconti trouva le moyen de mêler aux délibérations ses puissantes intrigues. Par surcroit de malheur, Mastino délia Scala mourut, et les conférences furent rompues sans qu'aucune conclusion eût été prise (2).
Entre toutes les puissances qui composaient la diète» Florence seule eut le courage de seconder le Saint-Siège contre le redoutable Visconti. Celui-ci, voulant profiter de l'isolement de sa rivale, se lifiia de commencer la guerre contre elle. Mais heureusement la présence du danger rallia à Florence Sienne et Pérouse. Ces trois républiques, réunissant donc leurs efforts» résolurent de tenir tête au tyran ;
(I) Onpeutfoir eombim la puiiuoce des Visoonli înspirail de terreur, «nx rdpullUiues îtàlienDes daas les pièces publiées par rArcbivio stofioo italiano, iinef*, Ftrenie, n* il, ^«-975 et seq.
(S) Ihtt. VÛL, 1. 1, c. mvi.
214 HISTOIRE DE U PAPAUTi. UV. IX.
:ct, comme elles apprirent, par les ambassadeurs qu'elles avaient à la cour d'Avignon, que le pape, découragé par le peu de succès du comte de Romagne, était disposé à faire la paix avec Tarchevêque, elles^léputèrent vers Tenipereur Charles lY, qui se préparait à aller à Rome recevoir la couronne impériale, pour représenter à ce monarque qu'il était dans ses intérêts de mettre un terme aux envahissenients des Visconli , lui promettant de le seconder de toutes leurs forces dès qu*il mettrait le pied sur le sol de Tltalie. Charles IV écouta plus favorablement une pareille proposition qu'on aurait osé Tespércr, et se mit en devoir d'y répondre. Les choses allèrent au point que le chancelier de l'empereur se transporta à Florence, et que les conditions d'un traité d'alliance furent sérieusement arrêtées. Ces conditions étaieut connues du public au commencement de mai 1552. Mais, déjà avant cette époque^ le bruit de cette négociation avait fait réfléchir l'archevêque. Jnsque-là les voyages des empereurs en Italie avaient été, j)uur les États de cette péninsule, le signal des révolutions. U était difiicile à la pru* dence humaine de prévoir les commotions qu'allait probablement exciter la présence de Charles lY, surtout quand à l'avance le parti guelfe, naguère si hostile à l'Empire, s'alh'ait à lui. Sans doute, lui, Visconti, avait dans le parti gibelin, dont il était le chef, dans l'étendue de sa dorniiiaiiou, dans son immense trésor, dans les séductions de su politique, de puissants moyens d'entraîner Charles de son côté et de faire repentir les républiques guelfes de l'avoir appelé ; mais aussi, d'un autre côté, à considérer les ressources de ses adversaires, le caractère personnel de Charles IV et son dévouement absolu à l'Église romaine, que de chances contré luit Or, Tarcbefêque était trop clairvopnl pour méconnaître ce qu'il y avait de
NÉGOCUTIONS DKS VlSCONTl A AVIGNON. 21o
hasardeux dans un pareil événement, et trop sage pour l'attendre dans la disgrâce du Saint-îSiége, il résolut doncde
faire sa paix avec l'Église. Il était même si pénétré de la nécessité de celte paix, qu*en envoyant ses ambassadeurs à Avignon, il leur recommanda de n'épargner, pour Toblenir, ni intrigues, ni dons, ni promesses, ni argent (I).
Ces ambassadeurs rencontrèrent à la cour pontificale les ambassadeurs de Florence, de Sienne et de Pérouse, qui les y avaient précédés. Ces derniers virent bientôt que Farchevêque voulait à tout prix une réconciliation. Ce fut pour eux une raison de travailler de toutes leurs forces à l'empêcher ; ils ne cessaient de rappeler les torts de Visconti, ses violences, ses injustices, auxquelles ils joignaient celles de ses prédécesseurs, tandis qu'il faisaient de longues et fréquentes apologies de la fidélité, du dévouement des républiques toscanes au Saint-Siège apostolique. Et la cour, impressionnée par ces discours, semblait peu disposée à un accommodement (2). Lus plénipo* tentiaires de rarcbevéquc eurent d'abord tout contre eux. Mais c'étaient les plus intimes confidents de leur maître (5), des négociateurs rompus aux aiiaires, que les obstacles ne rebutaient point, eiffd savaient que la persé* vérance met toujours un poids décisif dans la balance delà politique. Ils allaient sans cesse chez les cardin mx, chez les parents du pape, demandant grâce pour 1 archevêque et répandant avec adresse de riches présents. La comtesse de Turennc , dont le cràlit auprès de Clément TI
{i) Matt. VilL, l. Il, c. n. Gon pienomandatft a operare e fare con doni, «colloro indusUia, e con promesao, sama bavera rig^iiarda alla peconia 4*haTer« la reconcUiaaione dî sauta Chiesa.
(2) M., 1. H, c. LXTi.
n Snoi Gonfideoti uominî spoti e dî grande autorita. (Matt. Vitl., l. H,
c. II.)
était connu, ne fut pas oubliée. Il n'y eut pas jusqu'au roi de France dont les ambassadeurs milanais ne cherchassent à exploiter rinlliience (l). Ils y réussirent. Ceux qui s'étaient d'abord ic plus opposés à la réconciliation sadoucirent peu à peu, les passions se calmèrent, et le pape, dont on attisait naguère les ressentiments contre Tarchevéque, se vit bientôt obsédé de sollicitations en sa faveur.
Le pape n'avait pas besoin d'être excité à la clémence; U désirait vivement lui-même d'en finir avec le prélat; mais il craignait de s'aliéner les trois républiques tosca* nos, dont les ambassadeurs opposaient toujours une indomptable résistance à toute pensée de conciliation. L'habileté de Clément YI lui su^^cra un heureux moyen de vaincre cette résistance, ce fut de mettre les ambassadeurs des trois républiques dans la nécessité de choisir eux*4né^ mes la paix, à moins de passer pour vouloir compromettre , à propos de querelles particulières , l'intérêt général de toute l'Italie. Ën plein consistoire, après avoir pompeusement exalté l'amour et la fidélité que Florence, Sienne et Pérouse avaient toujours professés envers TÉglise romaine ; après avoir déploré les tristes divisions qui menaçaient d'anéantir leur liberté, il ae tourna du coté des ambassadeurs, et, s' adressant à eux : ce Trois partis vous sont ofa ferts, dit-il : le premier est une bonne paix avec l'arec chevêque; le second, une ligue avec l'Église; le Iroi- « sième, l'invitation à i empereur de passer en Italie : « choisissez l'un de ces trois partis, mais choisissez sans «c délai. ï> Les ambassadeurs , sommés ainsi de s'expliquer, virent bien que le pape était résolu de faire la paix, et répondirent qu'ils s'en rapportaient à sa décision (2).
(1) M&u.vm., I. U,c.uvi.
(2) Id., 1. II, c. ni.
PAIX AVEC LES VlSGOl^Tl. 347
Tous les obstacles étant donc levés, le traité de récoiiciliation fut définitivement conclu le 5 mai i 552, au milieu d'un consistoire solennel. L'archevêque fit ofKicieliem^t sa soumission, reconnut que la ville de Bologne était une propriété dje TÉglise romaine ; après quoi le pape annula les procédures faites contre lui et ses neveux, et l'investit pour douze ans de la seigneurie de Bologne, moyennant un trihul iiiiiuel de 12,000 florins, avec charge, ce temps ex[)iré , de rendre Bologne au Saint-Siège. De plus, 400,000 florins durent être comptés par l'archevêque à la Chambre apostolique, comme indemnité des dommages soufferts par Tarmée du comte de Romagne{l).
. Clément VI aurait ardemment désiré mener à bout trois
autres réconciliations importantes. La première était celle de l'Église grecque et de l'Éj^lise latine, il y eutàcel égard, pédant les années 1548, 1549 et 1350, entre le pape et l'empereur Cantacuzène, des échanges de lettres et d'ambassades, à la suite desquelles Cantacuzène coiisentit à Tunion, pourvu que cette grave affaire fût traitée de nouveau dans la solennité d'un concile général qui serait convoqué « d.ms un lieu où les prélats d'Orient et d'Occident pourraient se réunir librement et se livrer à la discussion des points contestés entre les deux Églises. Clément YI promit la convocation de cette assemblée ; mais d'insurmontables obstacles s^y opposèrent constamment : d'abord ia discorde qui régnait parmi les divers États de la chrétienté; ensuite la mauvaise foi des Grecs, qui ne proposaient un retour à r unité que pour exciter l'ardeur belliqueuse des chrétiens d'Occident contre les Turcs» De toutes ces négociations il ne résulta rien. D'ailleurs le pontificat de Clé^
ll)MaU.YilUl. 111, c. IV.
ment VI ne dura point assez pour les terminer (!)•
La seconde réconciliation était celle des Génois et des Vénitiens. Ces deux peuples, rivaux de gloire et de puis- 8<ince dans l'empire des mers, étaient devenus ennemis^ et, s'attaquant en toute occasion, usaient à se détruire les movf ns (jirils auraient* du employer à repousser les progrès des Ottomans. Déjà le pontife les avait sollicités inutilement, par ses lettres, à déposer, pour Thonneur du nom chrétien et le bien de Tllalie, leurs haines réciproques. 11 députa eniin aux doges des. deux républiques, avec des pleins pouvoirs, le patriarche de Grado, auquel il adjoignit encore rarchevéque de Gènes et l'évéque de Citta di Castello, pour proposer un rapprocheinent entre les deux puissances (2). Mais, au moment où les négociations se poursuivaient avec le plus d'activité, la flotte de Gênes, commandée par Paganino Doria, et celle des Vénilieus réunis aux Aragonais, par Pisani, se livrèrent, dans les eaui du Bosphore, une des batailles les plus acharnées dont l'histoire fasse mention, et dans laquelle les Vénitiens fuient horriblement battus (5). Toute l'Europe déplorait une lutte où la gloire des Génois ne compensait pas des flots de sang inutilement versés et raffaij)lissement des deux républiques les pi us brillantes de Tltalie. Âlors Clément Vï cita à sa cour les trois parties belligérantes : leurs représentants s'y rendirent. Le roi de France, TempereurCharlesIV, vinrent appuyer de leur influence la médiation du pape. On put croire un ia^^lant que les esprits allaient se rapprocher ; mais, quand la voix de la modération aurait dû parler seule, le roi d'Aragon osa demander
(1) GantacuzéDe, 1. IV, c. i}^.
(2) Raynald, ann.
(5) Cantaciiz., i. IV, c. m.— BîMrus, Rer. Perstcanim, in-fol ., 1. VIIi> 1». «T.
MORT D£ GLÉMEm* VI. m
comme condition première de la paix que les Génois abandonnassent la Corse conc{uise par leurs armes, ainsi que leurs acquisitions en Sardaigne. On n'en aurait pas demandé plus à des vaincus (1). Les Génois, viclorieux, rejetèrent avec hnTïleur une semblable prétention, et tout fut encore arrêté. Plus tard, les Génois durent se repentir d'à* voir rompu les négociations ; battus à leur tour par leurs adversaires dans les parages de la Sardaigne, et manquant, dans les revers, de celte constance héroïque qui les répare, ils implorèrent la protection de Farchevéque Visconli, qui la leur vendit au prix de leur indépendance (2).
La troisième réconciliation était celle de la France et de l'Angleterre. C'était là le vœu suprême de Clément VI, et, plus que jnmais, il croyait la circonstance favorable pour le réaliser. Jean de Valois avail succédé à son père, Philippe, mort en l'année 1350, et il était permis d'espérer qu'Edward, qui n'avait jamais eu avec le nouveau monarque de démêlé personnel, se montrerait plus traitable. Pour obtenir cette importante pacification, le pape fit choix du négociateur qui avait terminé le difTérend du roi de Hongrie et de la reine Jeanne, et le cardinal Gui de Boulojjne partit au mois de septembre pour Paris. Mais Clément VI ne devait point voir i issue de celle grande affaire: la vie abandonnait rapidement ce pontife. Dès les derniers jours de Tannée .i35i, une humeur, qui s'était répandue dans la masse du sang, lui avait fait enfler le visage. 11 s'était trouvjé fort mal à cette époque. Depuis, la maladie, sans cesser tout à fait, lui laissa de bons intervalles, qui faisaient espérer une giiérison , et dont on proiita pour tenir les consistoires où les affaires de Napies et
(1) Raynald, ann. 1552, n«» ii et 15. — Sponde, anu. 4552, n" 8.
(2) MaU. Vill., 1. m, c. lxxix ei luxvi.
220 HISTOIRE DB lA PAPAUTÉ, LIV. IX.
de Bologne furent terminées (1). Mais , vers la lin de 1353, le mal fit de nouveaux progrès, la fièvre ne quitta plus le pape ; il reçut alors les sacrements de TËglîse avec
une grande piété, et, le 5 décenila e 1Ô52, il expira siihîtcment. Quand on fit Tautopsie du cadavre, on trouva qu'un abcès, 'qui s'était formé dans le dos , avait, par sa rupture, submergé le coeur (2). Le règne de Clément YI avait duré un peu plus <li\ an.s. On di'posa d'abord son corps dans r église cathédrale d' Avignon; puis on le transporta plus tard, avec une ^nde pompe, au monâstère de La Gbaiee-Dieu, qu'il avait choisi dans son testament pour le lieu de sa sépulture (5).
Clément VI est une grande et belle figure dans l'histoire du quatorzième siècle. £n effet, quand d'un côté on regarde à sa conduite au milieu des- graves événements qui remplirent son pontificat, à l'habileté qu'il déployait dans les affaires les plus épineuses, h son activité, à sa prudence, à sa fermeté, à sa juste appréciation des hommes et des choses, à ce ton de grandeur et de supériorité qu'il mé* kit à tout, à cet éclat qui rayonnait de son trdnç, aux glorieux résultats de son règne, on avouera que peu de pontilès ont porté avec plus de talent que lui le sceptre de l'Église. D'un autre côté, quand on regarde à son caractère personnel, à cette générosité qui n'avait d'autres limites que celles de son pouvoir, h cette bonté de cœur qui lui avait appris l'art précieux de coiileuler ceux mêmes qu'il ne pouvait satisfaire (4), à cette douceur, à celte aifahilité de manières qui lui gagnaient tous les cœurs, on recon-
(1) Ik Sade, Mémoires, t. 111. p. 190.
(2) Baluzc, ViUu paparum, t. I, p. 518.
(3) Id., p. 278 et 299.
(4) Suuii) proiidiuiii nt juvamen implorâmes muiqaaiit «nisit «ne consolattone rcoK ani verbaU. ( Id., p. M.)
JUGEMËNT SDR CLÉMENT VI. 221
naîtra que, s'il y a eu des pontifes, plus saints, aucun ne
fut meilleur que lui. On lui a reproché d'avoii prodigué les trésors de TÉglise ; mais c'était pour soulager les pauvres (1), pour faire exécuter des travaux utiles, pour relever de grandes familles tombées dans l'infortune» pour venir au secours de la France, sa patrie, épuisée par la . guerre (2). f]n pouvait-il faire un plus noble usage?
Matteo Villani est le seul qui ait soulevé, à propos des relations (le Clément VI avec les grandes dames du siècle, des soupçons injurieux à la mémoire de ce brillant pontife (3). J'ai regret d'entendreMuratori, un écrivain aussi grave, ren-* chérir sur les malignes allégations du chroniqueur rancuneux, et y ajouter des particularités donl il ne prend aucune peine de citer les sources, comme si c'était peu de chose d'accuser un pape ({). La plupart des contemporains uni au contraire exalté la vertu de Clément YI, et quelques-uns Tout fait avec enthousiasme (5). Pétrarque , lui-même, si sobre d'éloges envers les papes d'Avignon, rend hommage à sa clémence (6). J'ai parlé de la bonté de
(1) En 1346, Clément YI Gl faire des distributions de pain, que la disette la plus affirease avait rendues nécessaires. Des pluies continnellet et des inondations fréquentes avalent gâté les semences et occasionné la disette. La générosité du pontife remédia aux maux qu'elle causait én pourvoyant A la subsistance des misérables. Le pain qn*on distribuait avait une forme particulière : elle ressemblait i la tiare des papes ou à une pomme de pin, et s'appelait papioUa, Ce mol désigne encore un pain A Rome, (llanusc. de Teyssier, Hîst. de la viHe d'Avignon, t. Il, p. 14.)
(2) Baloie« vit» paparom, p. 264 et 2frS.— Matt. Yiil., 1. 11, c. iv.
Id. Délie femine non si guardo, ma trapasso il modo de* aeculari gîovanni baronni, e nel papato non se ne seppe oontenere , ne oocultare. (Loc. cit.)
(4) Huratori, ap. Rer. iUl. Script, t. XIV, p. 606, in nota, h Vita démentis VI, ap. Baluie, 1. 1.
(6) Nulli major incsi clemcntia : aomen tb iptts Dignum rébus habet.
(Carmen cardinali Joanni de Columna, éJii. Basil., p. 100.]
son cour; en voici un trait qui montrera que celte qualité n'ëtait pas seulement chez lui une iieureuse disposition de la nature, mais encore une vertu laborieusemeal acquise par la piété. Un homme, de qui il avait reçu une grave offense, osa lui présenter un placet ; le pape rouvrit, et son premier aiouvemeut fut de le jeter à terre et de le fouler aux pieds. Mais un remords le saisit aussitôt, et, relevant le placet, il s'écria de manière à être eptendu de ses serviteurs : ce Ta, Satan, tu ne me forceras pas en- « corc aujourd'hui à me venger!» El li M-^na la grâce qu un lui demandait (1).
Lorsqu'il s*agit de donner un successeur a Clément YI, une pensée de réforme parut un moment s*emparer de ces cardinaux qui avaient partagé les magnificences du pape défunt, et leurs vues se tournèreiiL luul d'abord sur le général des Chartreux, Jean Birel, personnage d'une haute réputation de sainteté. Peu s'en fallut que Ton ne vit alors se répéter le fait, peut-être Terreur, du conclave de 1294, et qu'un autre solitaire comm ■ l*ierreMorone ne fût arraché au désert pour occuper le liône pontKical. Ce fut le cardinal de Talleyrand dePérigord qui ramena le conclave à d'autres idées. « Je m'aperçois, dit-il, mes frères, que « vous voulez élire le général des Chartreux. Sans doute, « nul mieux que lui ne mérite un si grand honneur; « mais vous n'avez pas fait une importante réflexion : tt l'amour du monde et de sa gloire respire en nous» et « votre candidat a horreur de la gloire du monde. Une fois « chi, son premier soin sera de nous rappeler à la simplic< cité des mœurs antiques, de proscrire nos somptueux c< équipages et d'envoyer à la charrue nos superbes che- « vaux. Ni la noblesse ni la puissance des personnes ne
(I) Baiuze, ubi supra, p. 264.
TROISIÈME COIHCUVE O'ÂViGNOM. ^
a Teffraye; mais, comme un lion généreux, il estincapa*
« ble de terreur quand il s'agit du Incu de l'Église (1).»
Si les cardinaux avaient voulu complètement la réforme somptuaire de la cour romaine, le discours du cardinal deTalleyrand, bien loin de les dégoûter de Jean Birel, les aurait au contraire confirmés dans leur choix. La promptitude avec laquelle ils renoncèrent au saint religieux don^ ïierait h penser que leurs projets de réforme étaient eirconscrits dans certaines limites, et qu'ils craignaient de dépasser leur but. Pour une fm louable sans doute, mais dont il est malaisé de pénétrer les motifs, un certain nom* bre d'entre eux, aussitôt après avoir rejeté leur premier candidat, redigèrent une sorte de compromis dont ils signèrent et jurèrent tous Texécution. D'après ce compromis, le nombre absolu des cardinaux était fixé à vingt ; le pape ne pouvail eu iiDjimiei* de nouveaux avant qui' le nombre des anciens fût réduit à seize; le pape ne pouvait nommer les cardinaux, les déposer, les frapper d'anathème, leur ôterle droit de voter, que du consentement du Sacré Collège. En outre, le même consentement du Sacré Collège étaitnécessaire au pape pour donner à fief ouà bail, ou de quelque manière que ce fût, les provinces villes, forteresses de TÉglise romaine, pour nommer et destituer les grands oHiciers de la cour romaine. Tout parent ou allié du pape ^tait par là même exclu des charges de maré< chai de cour ou de gouverneur des domaines ecclésiasti^ ques. Le pape futur devait, le jour même de son élévation, ratifier ces engagements. Si un tel compromis eût pu devenir la loi suprême du chef de l'Église, le papo aurait bien pu encore être entouré de louLes les magnificences
H) Peiri Dorhindi Chron. Cartliusionse, 1. IV, c. xxn. — Brevis Uisloria ordinis Gortaus., ap. Martene et Durand, Yeler. sctipt. CoUecl., t. VI, p. 187.
m UISTOIRË DE LA PAPAUTÉ, U.Y. IX.
pontificales, sa dignité aurait pu être encore l'objet de la
vénération des peuples; mais, dans le fait, il n'aurait été qu'un fantôme; le Sacré Collège eût régné. Les esprits lès plus sages du conclave sentirent combien la Papauté allait être énervée par cet engagement. Hais, comme dans le moment ils ne pouvaient résister aux circonstances, ils se réservèrent le droit de les renier en ajoutant à leur serment la formule suivante ; a si Tacte est conforme au droit (1).» Cet engagement survécut à peine au conclave qui T avait produit.
Jean Birel devenu impossible, les cardinaux se replièrent sur eux-mêmes, et la cabale aurait été capable de retarder indéfiniment Télection du pape si la nouvelle ne se fût tout à coup répandue que le roi de France se rendait à grandes journées à Avignon pour faire passer une de ses créatures. Les cardinaux, redoutant que la présence du monarque ne gênât la liberté du conclave, se hâtèrent de prévenir son arrivée en réunissant leurs suffrages sur le cardinal d'Ostie, Étienne Aubert, qui prit le nom d'Innocent Yl. Comme son prédécesseur, le nouveau pontife était Limousin. 11 avait vu le jour dans un petit village appelé Mont, annexé à la paroisse de fieyssac, près du château de Pompadour. Au dix-seplième siècle, on montrait encore une ruine ijue les habitants du pays nommaient la maison du. pape Innocent Yl. La tradition attribue à ce puntifela construction de l'église de Beyssac. L'architecture de l'édiûce est, en effet, dans le style de l'époque, et Ton voit à la voûte les armes d'Innocent p). Les noms de ses parents sont à peu près inconnus; il fut la seule illustration de sa famille, quiretomba dans l'obscurité après lui. La première
(4) Rayoald, ann. 1352, n** 26.— Alii » jure niterenturj jurejurando adjunxerunl. (N» 27.) (2) Baluze, Vitoe papariun, 1. 1, p. 948.
ÉLECTION DINNOCBNT VL m
moitié de sa vie a laissé peu de traces ; il ne commençja à se faire connaître avec un certain éclat qu'en 1335, àToulouse, d'abord comme professeur en droit, puis comme juge-mage de la sénéchaussée de la même ville, d'où il futtiré, en 4357, pour être promu à révéché deNoyon, qu'il échangea, en -1540, contre celui de Clermont. L'annéesuivante, une députation dont le roi de l^'rance le chargea près de Benoit XII le lit connaître avantageusemoit de ce pontife, qui l'aurait dès lors revêtu de la pourpre si la mort ne l'en eût empêche. Mais Etienne Âubcrl ne tarda pas à la recevoir des mains de Clément VI, avec le titre de Saint-Jean et de Saint*Paul d'abord, puis bientôt après avec révéché d'Ostie et de Yelletri, et la charge de grand pénitencier de l'Eglise romaine. Le nouvel élu reçut, le 50 décembre, la couronne pontificale des mains du cardinal Gaillard de la Motte, sans aucune pompe remarquable (!)•
On dit qu'Innocent VI, parvenu à la dignité suprême, qu'un autre que lui avait été si près d'obtenir, voulut alors dédommager son concurrent, en apparence moins heureux, et fit offrir le cardinalat à Jean Birel. Mais ou ajoute que cet humble religieux, dont la paisible existence s'était jusque-là écoulée si loin des pompes humaines, refusa cet honneur à sa vieillesse, et qu'aucune importunité ne put vaincre ses résistances. Cette âme sublime, qui entrevoyait déjà les splendeurs éternelles, dédaignait à bon droit ces grandeurs d'un jour que le temps emporte et que la mort efface (2).
Il est des personnages sur lesquels l'histoire jette à peine un regard en passant, qui restent inconnus parce qu'ils
(I) Balme, Vilas paparum, 1. 1, p. SM, 919 et seq. — Fran^ia Dochesne, Dist. dea cardinanx feiDçaîa, t. H, p. S56 ol aniv.— Friaoii,.6alUa purpa-
rata, p. 74.
(i) Dorlandi, Gbron. Garthiu., 1. IV, c. xxn, p. et m
vivent étrangers à ce mouveiiieut qui emporte la société humaine ; des personnages à la physionomie calme et sereilie, et que l'on aime à contempler quand on les rencontre, parce
tju ils reposent les yeux fafi<]fués du ïourbillon des événements. Jean Birel est un de ces personnages. Deux circonstances nous Font révélé comme par hasard ; sans elles il serait h jamais resté enseveli dans robscurité d'une légende. Cependant la sainteté de Birel lui avait acquis une grande renommée de son tenps. Une piété expansivo, une douceur inexprimable, une charité sans bornes, formaîmit le cm .ictère de cette sainteté. Elle avait cela de remarquable, dit son pieux biographe, qu elle était également parfaite dans la contemplation et dans Tactîon ( I ) . Quelquefois, au milieu de la ferveur de roraison, son âme semblait se détacher de son corps, tant il paraissait étranger à tout ce qui Tcnvironnait» et alors on am^it dit nn ange plutôt qu'im homme (2). D'autres fois, il interrompait cette céleste con»' templation pour se mettre en rapport avec les grands du siècle; et alors il écrivait aux puissants de la terre, aux seigneurs, aux rois, aux cardinaux, au pape même, des lettres graves, fortes et terribles, dans lesquelles il leur disait des vérités utiles, leur recommandait la réforme d^eux-mémes et des autres ; et telle étiait l'autorité du saint homme, que ces lettres étaient reçues comme des oracles du ciel (r>). Selon le même biographe, si Innocent VI ne donna point dans les abus du népotisme, s'il se montra plus difficile dans la distribution des grâces, si les bénélices ecclésiastiques furent accordés sous son règne à des sujets généralement dignes, c est aux lettres
(1 ) Dorlandi, Ghron. carlhus., loc. cit., p. 238. (2) Rapiebatar enim pleramque vir aeraphicus in tam subllmem luen* tis excessum, ut non tam homo quam angelna videretur. (Id, P, (5) Id., p.
IBAN BIRSL S27
de l'homme de Dieu que l'Église en fut redevable (1). Jean Birel né survécut que peu d'années à la circonstance
la plus éclatante de sa carrière. Sa mort fut sublime coiiiin(i sa vie. Déjà entré en agonie, il trouva encore assez de force pour sortir de son lit et se traîner dans son oratoire. Là, prosterné à terre, il répandit une dernière fois ses làrmes avec sa prière. Ramené dans son lit, il entendit la lecture de la Passion du Sauveur» relevant lui-même les fautes du lec? leur, et, quand on commença les Litanies des saints^ il prit doucement son vol vers les cieux, écliangeant ainsi la socteié de ses frères contre celle des élus (2)« Lorsque le pape Innocent YI apprit cette mort précieuse» il s'écria en versant des larmes : « L'ordre des Chartreux vient de perdre « le plus saint de ses religieux, et TÉglise le plus excelieni « de ses prêtres (5). » Et, lorsque peu après il se trouva à son tour sur le bord de la tombe^ sur le point de paraître devant le souverain Ju^e, il répétait à ceux qui Fentou-* raient : c< Ah ! plaise à Dieu que mon âme apparaisse de- <K vant lui aussi pure que celle du père Jean Birel (4)! »
Le pontife qui rendait si sincèrement justice au concurrent de sa dignité était, h beaucoup d* égards, digne d'être placé à côté de lui. Sans avoir la piété sublime de Jean Birel, Innocent avait celle d*un prélat régnUer, édiliant. Sa réputation était intacte ; sa vie avait toujours été simple, sans éclat (5). Il se distinguait par l'austérité de
{i) OorUndi, €hroB. eirtIiQs., p. S9B.
(2) id., p. m .
(5) Heu ! inquit , sancUor religiosus, et toUns muiidi praestanlior clcrictts, modo Mmctns est. (M. p,. 239.)
(4)Utiiiam aDinu meataUter ante Beam appareat inmiunis, qualem eredô optimi Patris Joannis animam apparaisse! (Id., p. 259.)— Brevis Hist. Car* thus. Jam cîtata, ap. Martenne et Durand, t. p. 192.
p) Fa papa Innoeeiudo uomo di simpUce e onesta vita» e di hvooa Ana. (Hatt. YilL» 1. U, c. nvi.)
ses mœurs, et tous les conlcuiporains ont remarqué son amour pour la justice (1). La cour romaine se ressentit bientôt de l'esprit qui animait le nouveau chef de TÉglise. Sitôt n]M ès son couronnement il révoqua la constitution de Clément VI qui accordait aux (lif,mitaires ecclésiastiques et aui cardinaux des bénélices sur certaines églises cathédrales et collégiales, suspendit une foule de réserves et de commendes, s'éleva contre la pluralité des bénéfices, et intima à chaque bénéficier, sous peine d'eiLcommumcation, de garder la résidence, ce qui purgea la cour romaine d'une foule de courtisans inutiles qui ne s'y occupaient qu'à ourdir des intrigues et à satisfaire leur cupidité (^2). Naturellement économe de son bien et persuadé qu'il devait l'être surtout de celui de l'Église, il bannit de sa cour la magnificence, diminua les dépenses de sa maison et retrancha de sa famille tous les serviteurs qui n'y figuraient que pour le luxe. Les cardinaux furent forcés d'imiter la conduite du pape et de ramener la simpli* cité dans leurs maisons (5). Innocent sembla s'être proposé Benoît XIJ pour modèle. Moins les scrupules excessifs du cistercien, ce fut la même sévérité dans l'administration, le même zèle pour les réformes. Lés saints ordres et les bénéfices furent conférés au mérite, a Les dignités ecclésias- « tiques, disait-il, doivent être le prix de la vertu et non CL de la naissance (4) . » Il ne craignit pas de reprendre ouvertement les vices de quelques jeunes cardinaux qui abusaient de leur rang et de leur puissance pour satisfaire
(1) lUluze, Vitœ papm uni , t. I . p. 545 el 357. — Hîc rigidus et jusUis. (RebdoriT, p. 441 .) — ilic justus est reputalus. (Alb. Argent., p« 1â6.)
(2) Id., p. 357.
(4) IHovaez, Ëlementi delU Sloria dei sommi poutifici, t. IV, p. iM
et m.
îSlTUAliOiN DË L'EUROPE. 229
d'indignes passions, et les menaça même de les faire repentir du scandale qu'ils donnaient (1). Les historiens rendent en général hommage a son inslniction. Quelques-uns Texaltent comme un grand canoniale ('2). En effet» Etienne Àubert avait professé avec saccès le droit canon à Toulouse. Matteo Villani se trompe donc quand il l'appelle un homme de petite science (5). Mais que penser de Pétrarque, qui raconte gravement que ce pontife soutenait que lui, Pétrarque, était magicien parce qu'il lisait Virr gile (4) ? Quel conte ridicule l Si le poêle a voulu nous prouver par là qu'Innocent VI manquait de bon sens, il en a moiiiré assurément bien peu lui-même.
A Ja mort de Clément Yi, l'Europe se trouvait dans la situation politique la plus compliquée, et le nouveau pape allait être appelé à résoudre une foule de questions importantes et difficiles. Au nord, la France et TAnglelerre avaient rompu leur trêve et se préparaient, malgré tous les efforts du cardinal Gui de B(gilogne, à une troisième Jutte plus désastreuse encore que les précédentes. Au midi, la Casiille, désolée par les fureurs de son monarque, Pierre le Cruel, offrait le hideux spectacle de Fltalie sous le règne du plus sanguinaire de ses empereurs. L'Allemagne était tranquille. U triomphait la politique de Clément VI. Mais son chef, Charles IV, se préparait à aller bientôt prendre la couronne impériale à Rome, et ce voyage pouvait devenir un événement dont il était difficile de calculer les conséquences. A Naples, les deux souverains qui gouvernaient l'héritage du sage roi Robert,
(i) Matt. Vill., l. IV, c. Lxxvi.
{•Z) R tilpvinch , Fasc. Temp., ap. Pislor. — Trith. trou, llû'baug., p. 237. — GoDzalo de lllescas, p. 55.
(5) Uomo... di non grande scienza. (L. Ul, c. uiy.) (4) Senil., 1. I, ep. m.
m UlSTOiRS IMS hk PAPAUTÉ, UV. iX.
a]>pai]vris par ia guerre, faibles et sans considération, avaient peine à se soutenir. Les deux grandes républiques maritimes de l'Italie, Gênes et Veniset toujours ennemies, toujours acharnées l'une contre l'autre, semblaient, pour s'entre-déchirer, puiser une nouvelle lureur dans leurs pertes réciproques, tandis quau milieu d'elles Giovanni Visconti, profitant de ces divisions pour accroître sa puissance, menaçait de renverser l'équilibre delà i'âiiusule. Mais, de toutes les situations, celle qui était ia plus alarmante pour la Papauté était la situation où se trouvaient les domaines de l'Église en Italie • Les tyrans les avaient presque totalement envahis. La défaite du comte de Romague avait achevé d'y anéantir l'autorité temporelle des papes, et les choses en étaient au point qu'il n'y avait plus que la ville de Mon* lefiascone, dans le Patrimoine, et celle de Monlefalcone, dans le duché de Spoicte, qui la reconnussent encore (1).
Cette dernière situation attira tout d'abord Tattention d'Innocent VL II ne s'ag^sait rien moins que d'entreprendre une conquête. Le pape s'y disposa résoiùmeut. Mais» avant toutes cbos^, pour mener à bout un pareil desseii^ il fallait en confier l'exécution à un homme capable, à un honiuie qui réunît en sa personne le double talent du guerrier et du politique. Heureusement cet homme se trouvait dans les rangs mêmes du Sacré Collège, et Innocent VI eut le talent de le découvrir. Cette découverte décida du succès de l'entreprise.
iËgidius Alvarez CariUo d'Albomos, l'homme éminent dont il s'agit, avait reçu le jour à Cuença, quand? Tbisioire ne le note point; elle dit en revanche qu il tirait de son origine un sang royal, car son père, don Garcia d'Âlbornez, descendait d'Alphonse Y» roi de Léon, et sa mère,
(i) Baluze, Vibe paparum, 1. 1, p. 325.
liGATION DU CARDINAL ALfiQRKOZ. «M
Thérèse de Lana, comptait parmi ses ancêtres un roi d'Aragon. De bonne heure, Garcia Âlbornoz envoya son fils à Toulouse pour y étudier, et le travail assidu du jeune élève, joint à ses heureuses dispositions, lui fit faire de rapides progrès dans les sciences (i). Cependant, à travers les succès littéraires du jeune élève, perçaient déjà des goûts militaires qui se développèrent bientôt avec éclat. Devenu chevalier, il gagna par sa valeur les éperons d'or. Don Alphonse XI, juste appréciateur du mérite, se l'attacha étroitement, et le fît conseiller d'État et son porte-étendard (2), ce qui ne l'empêcha pas toutefois de devenir archidiacre de Calatrava, et, peu de temps après, en 1557, à la mort de don Ximenès de Luna, archevêque de Tolède, d'être choisi par le chapitre de cette église pour remplacer ce prélat (5). Don Alphonse, qui ne pouvait se passer des talents d'Albornoz pour la guerre, l'emmena avec lui, en 1540, dans sa célèbre campagne d'Andalousie contre les Maures d'Afrique. 11 assista à la bataille de Salado, dite de Tarifa, où il contribua si puissamment à la victoire en dii igeant par ses sages conseils la valeur impétueuse du monarque castillan, qui voulut être armé chevalier de sa main (4). il dirigea ensuite le siège d'Algésiras, après l'a-' voir préparé par d'hahiles négociations, et partagea la gloire de la reddition de cette place.
Mais le grand Alphonse étant mort, le crédit d'Albornoz diminua rapidement sous le règne de Piore le Cruel. C'é-
(1) Sepulvedi, Eemm gestanim AlborDoUi, ). I, I.^Lescale, Vio da graod cardinal Albornoz, 1. 1, p. 2 et 4. — Duverdier, Hist. des cardinanx ihustres, in 4% Paris, 1655, p. 818.
(2) Qistoriœ romancT Fragmenta, ap. Hiiratori, Antifoilales ilatica'
medii svi, t. III, 1. III, c. v.
(3) Lescale, 1. 1, p. 5.
(4) Id., 1. 1, p. 8 et 10 — Sepulv., 1. l, a" 1 . ~ Duverdier, Hi&t. des cardinaux illustres, p. 220.
« mST01U£ DE U PAPAUTÉ, LIV. IX.
taient des conseillers liherlins, sanguinaires, et non lîes ministres sages, qu il ihliait à un prince qui lit mourir la femme la plus accomplie de son siècle pour mettre h sa place une misérable concubine, à un prince qui fut le bourreau de ses sujets. De généreuses observations qu'il osa lui adresser sur ses excès lui attirèrent la colère de ce tyran ombrageux. Pour lui éviter un crime de plus, Albornoz quitta l'Espagne et vint chercher à Avignon un asile à l'ombre du trône apostolique. Sa réputation l'y avait précédé» e( Clément VI le ût cardinal du titre de Saint-Clément, dans sa promotion du 17 décembre 4550. 11 résigna alors son archevêché de Tolède, disant que s'il conservait cette église, où il ne résidait point, il serait tout aussi blâmable que le roi Pierre en retenant Padilla du vivant de son épouse légitime (1).
Jusque-là, iEgidius Albornoz n'avait fait que préludera sa destinée; la carrière où elle devait s'accomplir allait commencer avec sa légation. Nous le verrons pendant quinze ans déployer sur le théâtre de Tltalie la profondeur des desseins avec la rapidité-de l'exécution ; les stratagèmes les plus inconnus de Fart militaire avec les combinaisons les plus savantes de la politique, tout ce que le génie a de ressources dans les situations difiiciles , tout ce que Thabileté a de moyens pour profiter des occasions que présente la fortune, enfin Tintrépidité du héros unie à la constance inébranlable du sage. La bulle par laquelle le pape investissait le cai-dinal de sa mission renfermait les pouvoirs les plus étendus. Il devait étouffer l'hérésie, comprimer la licence, restaurer l'honneur du sacerdoce, relever la majesté lIu culte divin, imposer sileucc à la discorde, prêter secoui*s aux maiheu-
(1) SepuW,, K 1, 2.— Lescale, 1. 1, p. 27, 28 et 20.— Daverdier, p. 225.