‹ Histoire de la papautë pendant le XIV" sic̀cle, avee des notes et des pièces justificativesChapitre 35 sur 66 · AVENTURES DE RIEN · texte numérisé non relu

AVENTURES DE RIEN

portée par cette révélation inattendue vers ses anciens projets de grandeur» lui persuada de suiyre la vocation di* vine(l). (Voir aux Pièces jmlificativei, n* i2.)

Toutefois, son cœur n'en était |tris si fort préoccupé qu'il ne se sentît attiré vers cette Rome pleine de ses souvenirs, et il y reparut dans la première moitié de Tannée 1550. Cette année, comme nous Tavons. vu» ramenait le jubilé séculaire, et Rome, encombrée de la multitude des pèlerins qui accouraient visiter les tombeaux des saints apôtres, faisait sans doute espérer au tribun une occasion favorable d'organiser une révolution. Il y eut, en effet, deux hardis coups de main tentés par Rienzî. Le premier fut l'attaque du palais du cardinal Aniiibai de Ceccano; le second un attentai sur la personne même de ce légat (2). Ces deux coups de main manquèrent. Alors Rienzi, excommunié de nouveau et craignant de tomber entre les mains de ses adversaires, quitta Rome pour la troisième fois, et, déguisé en religieux cordelier, se mit en route pour Prague, où il arriva vers le milieu de juillet 1550 (5). Il parut devant l'empereur et lui dit qpi'un ermite du Monterajella, nommé Fra Angelo, Tenvoyait auprès de sa personne. Charles le pria d'exposer l'objet de sa mission. Rienzi annonça alors pour une époque foK rapprochée une grande persécution contre le clergé, la mort du pape, et à sa place l'élection d'un pauvre qui bâtirait à Rome un temple au Saint-Esprit, plus beau que celui de Salomon ; puis, au

(1) Lettre de Cote A Charles lY, dans Papeneordt, aux Pièces justiflca* tiires, p. 366. Pour les prophéties, Toirles détails corienx qu'en donne Papencordt, p. 826.

(2) Fragmenta, 1. U, c. i et n. — Bay^ald, ann. ÎZSO, n* 4.

(5) Anno Dmnini (il faut lire 4SB0), venit Nicolaus Lanrentîi de uense julti, olim tribunns ironianns, Pragam incognitas tnibi. (Alb. Argent., Rerum gerro. Script. Urtiiii, p. 1ST.) — Papencordt, p. 234 .

S43 HISTOIRS Dfi U PAPAUTÉ, UV. IX.

bout de quinze années, la réunion du inonde ent ier dans une même foi et sous un même pasteur; enfin, le pape, l' empereur et Rienzi, offrant rimage de la sainte Trinité sur la terre, Charlesdevant régner en Occident et Rienzi en Orient. En attendant, il s'offrait à l'empcreiir pour aller en Italie lui frayer le ehemiu à cette merveilleuse domination (1). Charles n'entendit pas sans étonnement cette étrange prophétie, et, fixant avec attention le personnage singulier qui la lui débitait : c< Serais-tu celui que je pense? dit-il. a Que pensez-vous que je sois? répondit Rienzi : — Je « pense que tu es le tribun de Rome, répliqua Tempece reur (2),. — Oui, sérénissime prince, dit alors aTCc assu- « rance le tribun, je suis ce Cola di Rienzi à qui Dieu a « fait la grâce de gouverner dans la paix, la justice et la c< liberté Rome et son territoire; qui a eu sous son obéisc< sance la Toscane, la campagne de Rome et les côtes ma- <c ritimes ; qui a humilié l'orgueil des puissants et ré- « formé les abus ; mais que Dieu, pour le punir d'avoir « changé la verge de fer en roseau, a livré aux persécucc tions des puissants (5). » L'empereur promit à Rienzi la sécurité et le pardon, parce qu'il était venu avec confiance. 11 le pria ensuite de rédiger par écrit tout ce qu'il avait dit. Mais les doctrines de T ex-tribun ayant paru étranges aux archevêques, évéques et théologiens de la cour, Charles crut devoir le remettre, comme suspect d'hérésie, entre les mains de l'archevêque de Prague, Arnest de Parbubitz, pour être rigoureusement gardé, et informa Clément YI de

(1) Papencordt, p. 229 et 230, et, aux Pièces jusliÛcatiYes, la lettre de Cola à Charles IV, p. 868.

(2) Si ta cotai, il quale io pênio? — Clie' pensite voi cli' io na?— lo penso che ta Bîa il tribano di Roma. (Polistliore, ap. Horat., Reram ital., t. XXIV, e. xun, p. 819«)

(3) Fragmenta, !• II, e. xu.

Page 1