LIVRE DIXIÈME
SOMMAIBE.
Premières opéntkmt d'AftonMs c<Mitr« Giovmm dt Vko. -> Grande eompagnie. — > Comlitt de 8«mt4jauf«it. — Prise de Cersidio et de Toeesiidlla. Crmnté de Tieo. — Combat de Castellaccio. — Siège d'OrTîeio. — Soumistum do Yieo. Qonquéle du duché de Spolete. — Invasion de la Marche d'Ancône par le légat.
— Genlilp de MogH ino. — Ligue df"? tvrnns de la marche d'Ancône et de la Romap:ne. — Souniission de Rodolphe de Camerino. — Charles IV en Italie. — Le légal le visite à Sienne. — Lus Malalesta de Rimini. — Leur défaite et leur soumissten. — Opéniiaos de Timée penttfiaile en Remagiie el dans le Pstrinotee.
— Reddition de Saule Ardnngelo, de Safignano, de Ravenne et de Gervia. — Soumission de Bernardino da Polenta. — Ordetaffl de Forli. — Sa emauté. — Expédition de Fcrnaïul Blnsco sur le Tronto contre la grande compagnie. — Défaite de ManlVcdi do Faeiizi. — Le K't:at s'apprête à attaquer Ordeladi. — Préparatifs de ce tyran. — llérolsmc de &a ft-inme Marzia, chargée de défendre Cé« scne. — Capitulation de cette place- — Siège de ForIL — Rappel d'Âlbornoz. — L'abbé de Clany, Androin de la Roche, le remplace. — Rdceptioa d'Albomoa à AvignoD. — Cismpsgiijes de France, les ioiilier« et les Tard^Ytnm. — Leiura ra> ▼âges. — Ils raoçomient Avignon. Sac de Pont-Saint-Esprit. — DeuxIème Mgati^n d'AU>nrnnz en Italie. — 11 aclu'lc l'éloi^^nement de la grnnJc compagnie. ■ — Reddiiion de Forli. — Tyrannie d Oleggio h Bologne. — Portrait de Benubos» neveu et successeur de Giovanni Visconti. — Ce tyran convoite Bologne.
— Oleggio remet cette ville entre les mains d'Àlbomoz. — Guerre entre le légal et Remaboe. — Détresse do légat. — Apparitioa des Hengrois. Retraite de Rernabos. — Nouvelle détresse du légat. — Il négocie en vain avec le roi de Hongrie. — Succès de Bernabos. — Situation critique de Bologne. — Stratagème du vipux Halatcsta en faveur du lép:at. — Bataille de San RufFeUo. — Défaite do Bernabos. — Soumission entière des Étals de 1 Kglise. — A faire d'tlspagne; Pierre le Cruel. — Aflaire de France et d'Angleterre. — Négociations infructnenses d'Innocent VI pour la paix. — Rataille de Poitiers. — Chagrin d'Innocent TI. —Paix deRréligny. — AfEures d'Allemagne. — Hiasioiide Philippe de fiabaasole. — ' Le bienheurein Pierre Thomas : ses commoMemenli, aeslégitiona en Orient, aea succès contre les Turcs. ^ Hert dîmiecent VI.
Pendant que les révolutions agitaient la ville de Rome, ^ le légat ^gidius Albornoa avait commencé cette longue sé«
256 mSTOlRE DE LA PAPAUTÉ, UV. X. >
rie d'exploits tpn rétablirent si glorieusement raulorité du Saint-Siège dans les États de FÉglise. Dès qu'il eut mis le
pied sur les terres du Patrimoine, les portes de Monlefiascone, de MoDtefellro, d'Aqiiapendentc, de Bolsena, s'ouvrirent devant lui; mais Trani, Amelia, Nami, Orvieto, Yiterbe, Marta et Canino, où dominait le préfet 6io< vanni di Vico, lui restèrent obstinément fermées. Ce fut avec un douloureux ctunnement que le cardinal mesura du regard le faible coin de terre que T usurpation avait laissé à rËglise (I). Il fixa son quartier général à Montefiascone* Mois, avant même de faire son entrée dans cette ville, il avait essayé si la voie des n ♦Associations ne réussirait point ù ramener Giovanni di Yico au parti de la justice, et les deux conseillers de rarchevéque Yisconli étaient partis de Sienne pour Titerbe. À force de bonnes paroles, ces envoyés dcterminèreuL le prefetto à venir à Monteliascone saluer le légat et s'aboucher avec lui quaud il y serait arrivé.
Ën effet, il ; eut à Montefiascone, entre le cardinal et le prefetto, une conférence dans laquelle ce dernier, après de lonp^iies hésitations, promit de rendre à l'Église les forteresses qu'il tenait de sa libéralité. Dt\jà la nouvelle que tout allait se terminer par un accommodement excitait l'allégresse des peuples, lorsque, de retour à Orvieto, le prefetto refusa de tenir ses engagements. Toutes les sollicita-* Lions pour l'y amener furent inutiles. Alors le légat, déployant le pouvoir de i Église, irappa Giovanni d'une sentence d'excommunication (2).
(1) Legaliis paucas adeo cîvllalcs et loca, Ecclcsiœ subesse videns suni« mopero obstupuii. (Fragmeola Uist. romanœ , ap. Murât., Antiq. iulicje,
t. in, c. Y.)
(2) Sppulvcda, 1. !. n»^ 10 et 15. — Lescale, l. I, p. r»2 el 62. — Fragm. iiist. romana;, ubi supra. — Malt. Vill., 1. III, c. cix. — Chron. d'Orvielo, Mural,, t. XV, p. 688.
^ GUERRE D'ALBORNOZ CuMRE YICO. 257
Mais, pour réduire ce perfide et puissant ennemi à l'obéissance, il fallait un moyen plus énergique que les censures canoniques, dont se moquait Giovanni. Ici Albornoz se trouvait dans la situation la plus critique. Quoiqu'il eût reçu les milices de Pérouse, de Florence et de Sienne, son armée était bien mfcneuie à celle du prefetlo, surtout en cavalerie, et chaque jour les désertions ralTaiblissaient eneore« car la disette y régnait. Les subsides qu'Innocent YI avait promis n'arrivaient point ; et, quoique l'évêque de Badajoz, envoyé à la cour d'Avignon, mît tout en œuvre pour en bâter l'expédition, elle était toujours différée, vu la pénurie du trésor. D'un autre cdté, le patriarche d'Âquilée, l'évêquc de Todi, et plusieurs autres qui avaient promis des vivres, manquaient à leur parole, et les vaisseaux qui devaient en apporter de Corse et de Sardaigne tombaient aux mains des pirates. Ce fut en vain que le légal essaya d'attirer sous ses ilr,i j»eaux la compagniedc Montréal; après bien des négociations avec son chef, tout ce qu'il put en obtenir fut qu'elle ne ferait rien- contre les intérêts de l Église. " "
Ainsi, malgré son foudroyant manifeste, Albornoz se vit contraint de rester derrière les remparts de Honteûascone, au pied desquels le prefetto poussait chaque jour des partis, comme pour insulter à la faiblesse de son adversaire (4).
Déjà plus de trois mois s'étaient écoulés dans cette inaction forcée. Le légat .comprenait que, au début d'une expédition comme la sienne, la cause de l'Église était perdue s'il ne frappait un coup vigoureux, et il eut recours au stratagème. A Tépoque dont nous écrivons l'histoire, ce
(1) Sepuh., 1. 1, n« 16 et n. *- Lescak, 1. 1, p. 64, 66 et 66.— Gom« pendio délia guerra memorab., iii4% Sologna, 1. 1, e. vj, vn et seq.
2a» HISTOIRE DE U TAPALTÉ, LIV. X.
n'était fins avec deâ soldats nationaux, intéressés à la con*
servation et à la gloire de la patrie, que les Étals d'Italie faisaient la guerre. La même erreur qui avait autrefois perdu Carthage se répétait choz les républiques de la Pé. ninsule pour les perdre à leur tour. Tandis que les citoyens des villes se livraient aux opérations de l'industrie, aux jouissances de la fortune, anx intrigues de la politique, ils confiaient le soin de les défendre à des amdoitieri, ou aventuriers gagés, qui faisaient une spéculation des batailles, un Iraiic de leur sang ; qui, sans haine et sans affection, servaient toutes les causes, combattaient sous- tous les drapeaux. Étrangers sans patrie, et guerriers sans honneur, la solde était Tunique aiguillon de leur courage. Comme leur profession n avait d'autre but que le gain,,on les voyait toujours prêts i quitter le maître qui les payait pour se vendre à un plus haut enchérisseur. Ainsi, la guerre n'était pl^s qu une afiaire d'argent, et, quelque grands que fussent les revers éprouvés sur les champs de bataille, la cause d'un État n*était jamais perdue tant qu'il était assez riche pour acheter ces milices mercenaires. L'armée de Giovanni di Yico était en grande partie composée de pareils soldats. Il vint à Tesprit du légat de tenter leur cupidité. D'iiabiics émissaires, à l'aide d'une solde plus forte et de promesses. brillantes, réussirent à gagner quelques chefs, et cinq cents cavaliers avec leurs capitaines se détachèrent du prefello et passèrent sous les drapeaux de rÉgiise (1).
Désormais assez fort pour tenir la campagne, le cardi^ nal s'ébranla de Montefiascone au commencement de mars 1354, etsepor Ui sur Orvieto. Non loin de cette ville se trouvait une église dédiée à saint Laurent, bâtie sur
(l) Sepulv., l. i, c. xx.~ Lescalc, h I, p. 7t.
GDEBB£.D*ÂLBORKOZ CONTRE TICO. m
une éminence que l'ai t avait encore fortifiée. C'était \h un poste avancé dont Giovanni di Yico avait senti l'importance, car une nombreuse garnison le défendait. Le cardinal fait attaquer cette église, l'emporte en un jour, y jette cent cinquante hommes, la protège par la construction d'une redoute, dans laquelle il place un détachement, et, après avoir ainsi menacé Orvieto, il feint de retourner à Bolsena avec son armée. Ce qu'il avait prévu arriva.. Giovanni di Yico voulut pro6ter de la retraite de son adversaire pour assaillir le poste de Sainl-Laurent et le reprendre. Déjà ses colonnes touchent à la redoute, et aucun mouvement ne s'y manifeste. Inquiet d'une embuscade, il s^arréte pour faire éclairer son front et ses flancs; mais, pen« dant cette manœuvre, il est attaque Li usijuement en queue par toutes les troupes d'Albornoz ; eu même temps, les garnisons de l'église et de la redoute exécutent une sortie. Vico, -surpris et presque enveloppé, ne combat que pour oblenir sa retraite sur Orvieto, où il se renferme précipitamment. A la suite de cette victoire, le cardinal court à Gorsidio, l'assiège, s'en empare, et, sans s'arrêter, emporte Toscanella (1).
Le prefetto, que ces échecs étonnaient sans le décourager, entreprit de les réparer en opérant une diversion, qui aurait, eflectivement» entraîné les plus.graves inconvénients pour le légat. Dans cette vue, il sort une seconde Ibis d'ON vielo, el se porte rapidement sur Aquapendente, dans l'intention de surprendre cotte place et de se rendre ainsi maître des magasins de son adversaire. Mais, celui-ci, bien servi par ses espions, avait été instruit à temps de ce dessein. Giovanni trouva tout à coup sur sa route un des
{i) Sepulv., i. I, vP* 81 et 9^,-^ Leseale, 1. 1, p. 74 et 79. Goinpendio, 1. 1, c. ii; Ghron. d*Orvie(o, p. 6e0«
260 fllSTÛlRE DE LA PAPAUTÉ^ UY. X.
lieutenants pontiflcaux, Salmoncellit avec lequel il fallut
engager un combat meurtrier, et qui l'obligea à se replier sur Orvielo.
Ces rapides succès grandirent prodigieusement la renommée du cardinal AJbornoz. L'astucieux Yiseonli, qui avait attendu l'issue des événements pour accomplir ou retirer ses promesses, se hâta d'envoyer le contingent de troupes qu'il s'était engagé à fournir. Plusieurs seigneurs giliclins, frappés de Lei reiir, rappelèrent, de leur coté, les secours qu'ils avaient donnés à Giovanni di Vico pour se mettre eux-mêmes en défense ; et» ce qui était plus précieux encore, des subsides et trois cents chevaux français arrivèrent au camp ponhlicil (1).
Le prefetto, déjà affaibli par les batailles et les défeo .tions, se trouvait encore sans argent. Pour s'en procurer, ' il imagina de frapper une forte contribution sur les Guelfes d'Orvieto. Cet expédient rétablit un peu ses finances, à la vérité, mais mécontenta les Orviétins, au point qu'un grand nombre d'habitants sortirent de la ville. Un acte inouï de cruauté, que Vico ajouta à celle spoliation, acheva de le ruiner dans l'opinion. Comme il se sentait détesté, il voulut se défaire de ses ennemis. Dans ce but, il envoie à la fois à Orvieto et à Yilerbe des agents cliai gés d'organiser une émeute. Tout à coup le cri : a Aux armes! Vive le peuple 1 » se fait entendre. Les ennemis du tjran se réunissent à'ce signal, dans l'espoir de le renverser; mais Giovanni à Yiterbe et son fils à Orvieto se tenaient tout prêts; ils entrent, chacun de son côté, suivis de leurs hommes d'armes, fondent sur les séditieux et en font un effroyable massacre (2).
{i) Sepulv., 1. 1, n« ^ et 24.— lescale, I. I f, 76. (2) HaU. Vill., 1. 111, c. xcviii. — Chron. d'Orvielo, p. 080.
biyiiizeo by Googlè
GUEARË D*ALBORNÛZ CO»TR£ YICO. m
Après cette ex^ation sanglante, le prefetto, croyant sa,
doiiiiiialion affermie, se prépara à tenter de nouveîiu la fortune de la guerre. Le légat.avait détaché vers Rome Giordano et Femand Blasco, avec ordre d'y rallier le contingent de cette ville, résolu qu'il était d'attaquer Gometo. Giovanni envoya sùr-le^shamp, au secours de cette place, Victorio, un de ses meilleurs capitaines, avec cinq cents chevaux. Celui-Kii, chemin faisant, forma le projet d énie* ver Nontefiascone à l'Église.
* n y avait, non loin de Montefiascone, un château du
nom de Gaslellaccio, qui appartenait au prefetto. Victorio appelle à lui le stratagème : il se concerte avec le commandant de Gastellacciot qui écrit confidentiellement à Charles Âduadula» gouverneur de Montefiascone> de se rendre, le lendemain avant le jour, sous les murs de la forteresse, pour en recevoir les clefs. Aduadula, charmé, répond au commandant qu'il se trouvera au rendez-vous. Mais» ' comme il n'était' pas complètement rassuré sur la bonne foi de cet officier, il prît avec lui rélitède la garnison de Montefiascone, marchant en" bon ordre. Vietorio l'attendait; derrière un bois dont il avait masqué ses cinq cents chevaux, Âduadula éUiit perdu s'il eût débordé l'embuscade. Mais, arrivé à la* hauteur du bois, il arrête ses soldats et détache en avaiiL cent cinquante hommes vers le château pour s'assurer des bonnes dispositions du commandant. Â. la vue de ce petit corps, cet officier s'imagine que c'est Tesoorte d'Adjtiadula, que le stratagème a réussi, et fait pous« ser le cri de : «Vive rÉglise! » : c'était le signal convenu. Aussitôt la garnison du fort fait une décharge de traits, et Victorio» sortant de son embuscade, s'élance sur les cent cinquante homines pour les écraser; mais, dans Télan même de cette charge, il est assailli par Aduadula, qui accourait au .secours de ses gens, et auquel
mSTOIRE DE LA PAPAUTÉ, LIV. X. •
il cède bientôt le champ de bataille et la victoire (1). Ce succès ouvrait au lë^at les portes de Cometo ; il y
courut en eiïet. Mais \ico étant parvenu à jeter des renforts dans la place avant l'arrivée d'Albornoz, celui-ci se contenta d en ravager les environs, ainsi que ceux de Geleno et deYetralla; puis il vînt mettre le siège devant Orvieto (2) . Vico se déballait en vain contre sa mauvaise fortune. Un instant il avait compté sur ia compagnie du chevalier de Montréal, puis sur les sympathies du parti gibelin. Mais, d-un côté, le cardinal s'était assuré de la neutralité de la * compagnie ; de Tautre, les villes gibelines, effrayées du progrès des armes pontificales, s'empressaient 5 Tcnvi par des traités de prévenir T attaque du légat (5). Battu de toutes parts, voyant ses châteaux les plus forts aux mains de son adversaire, Orvieto dévouée au parti guelfe, n'opposant aux assauts qu'une résistance molle qui faisait présager une reddition prochaine, ses troupes cclaircies et découragées, il se convainquît, en homme prudent, que la lutte n'était plus possible, et il songea à faire sa soumission. Ses envoyés se présentèrent au camp du légat, devant Orvieto, et, sans demiïnder aucune condition, remirent entre ses mains tout ce que leur maître avait usurpé sur rÉglise* Le iils même de Giovanni, laissé en otage» devait garantir là sincérité d'une telle soumission, qui fut sur-le-champ acceptée. L'archevêque de Saragosse etrévéque deBadajoz allèrent, avec deux cents chevaux, prendre possession de Yiterbe, et, le 9 juin, le légat fit aon entrée solennelle dans Orvieto avec toute son arméèl' au milieu de r allégresse générale. Les clefs de la ville lui furent i^e-
(1) Sepulv. , 1. 1, n« 27 et 28. — Lescale, k U, p. 84, 8» et 86. — Cornpendio, 1. I, c. XI.
(2) Malt. Vill., 1. IV, c. ix. — Fragm. Hist. romanœ, 1. III, c. v.
(3) Sepulv., 1. 1, passira.
SOUMISSION DE VICO. . m
mises* 11 alla prendre son logement à révécbé. Tous ceux que la tyrannie du prefetto avait forcés de s'exiler rentré*
rent à la suite du vainqueur, qui promit de respecter tous les statuts, règlements et (outes les franchises (lu peuple d'Orviçto. Après cette soumission importante, Sulri, Terni, Nami, Gelerio,€epignano, Spolete, A8sise,.Nuceria, vinrent d'elles-mêmes se ranger sous l'obéissance de l'Église (4). • Alboriioz savait allier la clémence à la victoire. Après avoir humilié Giovanni di Yico, il ne crul pas qu'il fût dans les intérêts de l'Église de l'anéantir, et il lui laissa pour douze ans le vicariat de Corneto, deCivita-Yecchia et de Respampano. Celle Iransaction était sage; car elle montrait aux autres chefs gibelins que le Saint-Siège voulait ses droits, non leur ruine; et toutefois; quand la nouvidle en fut connue à Avignon, elle y excita plus de mécontentement que la défaite du prefetto n'y avait répandu* de joie. Soit que la jalousie, ce mauvais génie qui habite les cours, eût prévenu Innocent \l contre son légat, soit ipie ce pontife ne vît, en cifetf de sûreté pour ses conquêtes que dans la ruine entière de Yico, il écrivit au cardinal que, laisser entre les mains d'un ennemi tel que celui qu'il venait de vaincre les places du domaine ecclésiastique, ce n'était'pas seulement une indécente récompense de la tyrannie, maïs encore une politique funeste à la tranquillité du domaine recouvré ; qu'ainsi il lui ordonnait de casser une pareille transaction et de compléter la ruine de l ennemi. Albornoz comprit, que ses succès deviendraient inutiles s'il souifrait que ses actes fussent contrélés par une autorité supérieure^ à la vérité, mais étrangère au théâtre des événements. 11 répondit au Saint Père avec
(1) Sepulv.,.1. 1, n« 57 el 58. — Malt. Vill., I. IV, c. x.<-GhrOQ. 4*0rrieto, p. 681.r-Fragm. flist. roman», I. III, c. v.
m msT0IBB4>E Lk PAPAUTi, LIV. X.
ie respect d*un fils soumis; mais il expliqua sa conduite, en fit ressortir Tà-propos ; ajouta qu'il y aurait un danger imminciU à revenir sur un Uaitc conclu ; qu'on pouvaiL, au resle, compter sur la fidélité de Giovanni di Vice. Puis il termina ainsi sa lettre a llaintenant, si ces raisons c( ne suffisent pas à Votre Sainteté et cfu*elle répugne à ee a que le vaincu reste en possession du vicariat que je lui « ai confié» je la conjure» au nom de Dieu»-de charger un « autre que moi de L*en pnver (i). »
Cette généreuse réponse suffit; Innocent VI n'insista pas; il comprit qu il fallait laisser faire les traités à celui qui savait gagner les batailles. Âlbomoz» sans perdre de temps, envoya sommer Giovanni de Cantuccio, tyran d'Aggobio, de restituer sans délai la ville qu'il avait usurpée sur le Saint-Siège, sous peine d'être frappé d anathèane tBt de voir toutes les forces de TËglise sous ses remparts. L'exécution de ces menaces ne fut pas nécessaire. Cantuccio sentit qu'il était trop faible pour lutter contre le vainqueur de Vice» et quelques négociations suflirent pour remettre le Saint-Siège en possession d'Âggobio, dont le vjcariat fut dévolu au brave Charles Âduadula (2).
Cette reddition eut lieu vers la fin de juin 1354. Ainsi, en quatre mois, le cardinal Albomoz avait restitué à l'autorité de l'Eglise romaine, soit par la force des armes, soit par rbabiieté de ses négociations, tout le patrimoine de saint Pierre et le duché de Spolete, et» réunissant ses forces, il se présentait sur les frontières de la Marche d'Ancone. C'était là que l'attendaient les grandes difficultés de sa mission; car, sur ce. nouveau théâtre» il allait se trouver aux prises avec des milices autrement
(1) Scpulv., 1. 1, vfi» 40, 41 «t 42.— Lewale, 1. Il, p. 123 et 124.— GonpeDdio, I. ^ c. xvii.— Firagm. BSt. roman», 1. in, c. t. (S) Sepulv., 1. 1, c. iun.^l(att. Vlll., 1. IV, c. m.
GUERRE D'ALBc RNOZ CONTRE LES MAUTESTA. 2tô *
belliqueuses qpie les condottieri du prefetto, et les deux
Malatesta de Rimini, Manfredi de Faenza, Ordelaffi do i^orii, qui ies commandaient, étaient les premiers hommes de guerre de l'Italie. Âlbomoz ne l'ignorait pas; mais il avait à leur opposer des lieutenants dévoués et intrépides, une armée nombreuse, aguerrie, victorieuse, électrisce par le prestige de sa renommée, et,. par-dessus tout, les inépuisables ressources de j»on génie militaire.
On se demande ici comment des hommes tels qu'OrdelafQ et les Malatesta» au lieu d'unir leurs efforts à ceux de Giovanni di Vico contre le légat, dont il était aisé de pénétrer lé dessein, pour Técraser et le rejeter en Toscane, l'avaient laissé tranquillement accabler le prefetto, et ne songèrent à lui résister qu'au moment où ils le virent se préparer à fendre sur eux. Les fautes des hommes poli* tiques s'expliquent le plus souvent par leurs passions. Les usurpateurs du domaine ecclésiastique étaient tous jaloux et ennemis les uns des autres. Ainsi, chacun d'eux avait vu avec un secret plaisir l'abaissement d'un voisih.puissant et dangereux, espérant éviter son sort en s'abritant à propos derrière les articles d'un traité favorable. De son côté, .Albomoz avait habilement bercé ces espérances en prêtant roreille à toutes les ouvertures qu'on lui faisait, gagnant à agir un temps que ses imprévoyants adver* saires perdaient à négocier. Dès son entrée en Italie, les députés des Malatesta étaient venus le trouver à Fomoue, et ils en avaient reçu des paroles rassurantes. Ils revinrent de nouveau à lui au moment où il achevait la conquête du duché de Spolete, et offrirent d'acheter la paix au prix de 12,000 ducats de li ibut annuel, et de trois cents chevaux qu'ils s'engageaient à entretenir pendant trois mois au service de l'Église. Mais Albomoz, qui n'avait phis besoin de délai, leur déclara nettement qu'une soumission expli-
2ti6 UiSTOiAË D£ LA PAPAUTE, UV. X.
cite et la remise entière de toutes leurs places les
mains du pape étaient la condition première et indispensable de la paix, el» sur leur refus de souscrire à cette condition, il lança contre les Malatesta nne sentence d'excèra* munication, et se prépara ;î la guerre (4).
Pour aller jusqu'aux Malatesta, il y avait deiix principautés, celle de Camerlno et celle de Ferme ; la première se trouvait aux mains de Ridolphé, la seconde en celles de Gentile de Mogliano. Ce dernier était peu l ami des Malatesta. Anciennement, des rÎTalités avaient eu lieu entre lui et ces deux seigneurs, provoquées par des intérêts ou des jalousies, et, si d'impérieuses circonsinnccs avaient fait taire ces rivalités, le souvenir n eu était point elfacé dans là mémoire du tyran de Ferme. Âlbornoz ne Vignorait pas; convaincu qu'en offrant à Gentile Foccasion de venger ses anciennes injures, il lui serait facile de le gagner à la cause de TEglise, il lui fit porter des propositions de paix et d' amitié, à condition qu'il se séparerait des Malatesta et se rangerait de son côté. Gentile n'hésita point; il était faible, le cardinal puissant; les intérêts de ses anciens ennemis devaient le toucher peu dès Tinstant qu'il pouvait en séparer les siens : il se décida donc à résigner Fermo et ses dépendances, à se contenter de la seigneurie de quelques châteaux, et vint lui-même apporter à Foligno sa soumission au légat. La ville de Ferme fut aussitôt occupée par une garnison pontificale (2).
Cette défection ouvrit les yeux* aux Malatesta; ils ré- ' solurent alors de faire ce qu'ils auraient dû accomplir vingt mois auparavant. Ils envoyèrent vers tous les seigneurs de la Romagne et de la Marche représenter que
{i) Sepulv., 1. 1, n° 9, et 1. II, H . — Compcndio, 1. Il, c. i. (-2) %Sepiiîv ., I. II, 5. — Lescale, l. U, p. 136.— Gomp^ndio, 1. Il, c. II et m. — MaU. Vill., 1. IV, c. xzxin.
Diyiiizeo by VjOOgle