GRANDES COMPAGNIES DE FRANCE
fier à d'autres mains le soin d'achever une entreprisé dont l'issue n'était plus douteuse, et mettre à profit sur un autre théâtre le génie de celui qui avait détruit tant d'armées et abaissé tant de tyrans.
Parmi les embarras qu'avait alors la cour romaine, nous ne devons pas oublier ceux que lui causaient des ennemis semblables à ceux qui, sous la conduite du comte Lando, faisaient trembler l'Italie. Dès le commencement de l'année i557, une compagnie d'aventuriers ou routim (1) s'était formée dans la province de Limoges, sous le nom de Société de l* Acquisition (â). Cette compagnie reconnaissait pour chef un certain Arnaud Quénole ou Cervole^ Périgourdin de nation, et qu'on appelait TArchiprètre de Vezzins (o), apparemment de ce que, quoique chevalier, il possédait un archiprêtré de ce nom. Le but de ces aventuriers, assemblés de tous les pays, était de s'enrichir par des brigandages, que la France, épuisée par la guerre et presque réduite à l'anarchie, était incapable de réprimer. Le meurtre, le ravage, la désolation, tous les fléaux marchaient à leur suite. Après avoir parcouru, durant la première moitié de Tannée 1557, l'Auvergne, le Forez, le Lyonnais et les bords du Rhône, recrutant partout sur la route les bandits qu'animait la soif du pillage, ils entrèrent le 13 juillet en Provence, du consentement d Amédée des Baux, de Raymond des Baux, comte d'Âvellino, et de plusieurs autre» seigneurs du pays. Ces barons ne cherchaient qu à venger la morl d'un autre Raymond, comte d'Avellino, sénéchal de Naples, que Louis, roi de Naples, avait fait, diUm, assassiner. La Provence était alors sous
(1) Ed latin ruptuarU, ruktrii, (Ducange.)
(2) Baliiie, t. î, p. 360. Socielas del Acquisto. (S) Arcbipmbyter de Yeraiig. {Mut», p. 954.)
M HfôTOIRE DE U PAPAUTé, LIV. X.
le gouvernement de Pliilippe, pi luce de ïarente, frère du roi Louis (i).
Peu de jours suffirent à rarchiprétre pour réunir au
pont de Sorgues, entre le Rliône et la Durance, plus de quatre mille homnios, presque tous de cavalerie. De là, comme un torrent, il inonda tout le pays situé entre Orange et Garpentras, prit Salon, Saint-Maximin et plusieurs autrès châteaux. Philippe de Tarente voulut, avec les troupes qu'il possédait, s'opposer à cette invasion, et vint prendre position à Orange. Mais il reconnut Lien vile que c était avec une armée entière et non avec une poignée de soldats qu'il fallait entrer en campagne contre de tels ennemis. La lerreur était partout, et la cour romaine surtout tremblait pour Avignon, dont T opulence devait vivement tenter la cupidité de ces handits.
Cependant, les capitaines députèrent au pape pour l'assurer, lui et sa cour, qu'ils ne leur feraient aucun mal, el qu'ils respecleraient les terres du Saint-Siég-e. Ils offraient même de coniirnier cette promesse par serment, protestant qu'ils n'avaient d'autre intejition que de faire la guerre au prince de Tarente. Mais Innocent YI, comptant j)eii sur les serim iits de gens sans foi, implora le secours de Charles IV, du dauphin de France, du comte d'Armagnac, et, en attendant, arma quatre mille Italiens, la plu* part de ses vassaux, et mit la ville en état da défense. Le comte d'Armagnac accourut de Montpellier à la têle de mille lances, avec lesquelles il reprit quelques châteaux et remporta plusieurs avantages. Mais les rotUiers n'en continuèrent pas moins leurs déprédations. On prit enfin le parti
(I) BalQze, 1. 1, p. 960. — UaU. Yill.p 1. VII, e. uxxtii.— Froîssart, 1. 1, part. II, c. Lx.~ Bouche, IIi»t. de Pmence, t. II. p. 879.— Hîst. da Lan* guedoc, l. IV, p. 292. — Mémoire de M. de Zurlaubcn sur les routiers, etc., dans Uber, GoUeclion des meUleares dissertations, t. XVIII, p«