‹ Histoire de la papautë pendant le XIV" sic̀cle, avee des notes et des pièces justificativesChapitre 41 sur 66 · GRANDES COMPAGNIES DE FRANCK · texte numérisé non relu

GRANDES COMPAGNIES DE FRANCK

^ui ne s'adressaient qu'à la conscience. Non-seulement ils les méprisèrent, ils envoyèrent encore, à leur tour, sommer le pape de rélracler les procédures commencées coiilreeux, menaçant démettre toute la chrétienté en combustion. Alors lé pontife en appela à la force; il lit publier une croisade, accorda à tous ceux qui viendraient se ranger sous les bannières de l Eglise les faveurs spirituelles des guen^cs saintes, et nomma chef de la croisade Pierre Berlrandi, cardinal d'Ostic, qui établit son quartier général à Carpentras(l). Six cents hommes d armes ethiille. fantassins, ^uc le roi d'Aragon envoya au secours de 1* Église, arrivèrent dans CCS entrefaites ; d'un antre côté, le sénéchal de Carcassonne et le connélable de Tienne étaient en marche avec les milices du Languedoc. Tous ces secours, joints aux croisés qui s* assemblaient à Bagfiols, lirent baisser le loii aux routiers. Ils envoyèrent au souverain pontife des députés avec des propositions d^accommodement. Innocent VI renvoya cies députés avec Jean-Ferdinand d'Uéré* dia, châtelain d'Empostes, grand prieur de Saint-Gilles, et l'on négocia. « Or, nvinl (|ue le paj)c et les cardinaux « s'avisèrent d'un moult gentil chevalier et bon guercc royeur, le marquis de Monlferrat, qui avoit grand temps ce tenu guerre contre les seigneurs de Milan et encore lai- « soit : si le mandèrent; et il vînt en Avignon, si y fut « moult honoré du pape et de tous les cardinaux. Là fut « traité devers lui que, parmi unt grande somme de llocc rins qu'il devoit avoir, il mettroit hors de la terre du ^ pape et delà environ les compagnies, et les emmeneroit « en Lombardie. » Le maniois s'entendit avec les capitaines, et les fit consentir, moyennant une prime de 60^000

(1) Lettre d'Innoc^Dt VI, dans Marleunc cl Durand, Thes. anccd., t. II, p. 831 il seq.

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florins (1), à le suivre en Italie : le pape ratifia tout et accorda de plus aux routiers l'absolution de leurs péchés. À ces conditions, le pays fîit délivré de ces terribles bandes (2).

La cour romaine élait à peine délivrée de ce fléau, qu'elle se trouva en proie à un autre plus terrible, et contre . lequel la force ni la prudence ne pouvaient rien* La peste reparut en Provence, et, en général, dans tout le royaume de France, et y sévit avec tant de rigueur, ffue, dans la seule ville d'Avignon, depuis le 29 mars jusqu au 25 juillet, il succomba dix-sept mille personnes, dont cent évêques et cinq cardinaux (5). Un grand nombre de clercs et d'officiers de la cour romaine moururent, et le nombre total de membres que perdit le Sacré Collège lut de neuf (4). La grande pesie de A 348 n avait point fait, à beaucoup près, tant de nobles victimes.

Ces événements nous ont fait perdre de vue la situation des domaines ecclésiastiques d'Italie. Le successeur d'Âlbornoz, après son départ, vint mettre le siège devant Forli. La vigoureuse résistance d'Ordelaffî l'obligea à le lever vers la fin de 1557. Il le peprit au mois d'août 1558, avec une armée augmentée par des renforts considérables. Mais, quoiqu'il environnât la ville assiégée de ses travaux, quoique ses assauts répétés laissassent peu de repos aux assiégés, ses progrès furent nuls. Ordelaffi se montra constamment supérieur à son adversaire, et repoussa victorieusemeut toutes les attaques. Les débris de la grande compagnie du comte Lando, qu'une expédition

(1) La IP Vie d'Inuocent VI, dans Baluze, ne nola i^iie 55 (X)0 florins.

(2) Froissart, 1. I, part. U, c. cxlviii et cxux. — Hisl. du Languedoc, t. IV, p.S1i«tSfS.

(3) Rebdorir, Annales, p. 445.

4) Balute, td notas, p. 975.

RETOUR B'ÂLBORMOZ M iTALlE. • m

malheureuse dans les Apennins avait presque anéantie, se jetèrent alors sur les terres de l'Église, où ils exercèrent mille brigandages» sans que le faible légat se mit en devoir de les réprimer. (Jrdelafli put même prendre à sa solde une bonne partie de ces débris, et les introduire dans la ville assiégée sans trouver d'obstacle (1).

Ces fautes, et les fâcheuses conséquences qu'elles pro* duisaieul parmi les Gibelins des nouvelles conquêtes, ouvrirent les yeux au pape sur la faiblesse de son représentant en Homagne , et le cardinal Âlbomoz reçut Tordre (F aller en toule liàte reprendre une légation qu on n'aurait jamais dû lui retirer. L'Italie le revit vers la fin de décemhre 1358. U se rendit d'abord à FlorencOr où des négociations avecla république demandaient sa présence; puis, de cette ville, il se dirigea sur Imola par Bologne (2). Tout le monde s'attendait à le voir exterminer la grande compagnie. Florence, qui entretenait régulièrement dans Farmée pontificale une force de cinq cents cavaliers, en avait, dans cette espérance» porté le nombre à sept cents. Mais» ici, il y eut déception pour tous. Âu lieu de combattre les aventuriers de Lando, le cardinal, qui, dès son arrivée, avait entamé des ni'pociations avec ce chef, conclut avec lui» le 21 février loo9, sans l'aveu de la république» un traité par lequel, moyennant 45,000 florins à la charge de l'Église, et 80,000 à la charge de la république, Lando s^engageait à respecter le territoire de Florence et celui de l'Église durant l'espace de quatre ans (3). Leà Florentins élevèrent de vives réclamations contre ce traité, qu'ils regardaient comme attentatoire à Tindépendance de leur

({) Leacale, 1. V, p. Sepulv.» 1. UI» n* I. — ttatt. Vill.» 1. VIU» c. xuL et ui.

(2) Id., 1. Yin» c Gin et GiY.

(S) Id.» 1. IX, c. Vf»

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gouvernement et déshonorant pour tous» et firent répondre au légat qu ils ne souscriraient point à ses conditions.

Albornoz promit alors de coinhatlre. Mais, un mois cyprès, ayant trouvé le moyen de séparer la cause de l'Église de celle de la république, il conclut seul avec la compagnie un accord par lequel elle s'engageait, pour le prix de 50,000 llorins, à évacuer les terres de l'Église (1).

Le cardinal fut fortement blâmé d'avoir deux fois traité avec la grande compagnie lorsque, disait-on, il aurait pu la détruire, et il fut accusé pnr les uns rie lâcheté, par les autres de perfidie (i). Mais ce n'est point sur des blâmes iulcrcssés que Ton doit juger la conduite d'un homme tel qu' Albornoz. S'il cviUi constamment d'engager une lutte avec la grande compagnie, c'est qu'il voyait beaucoup d'inconvénients et peu de profit à se commettre avec elle. Quelque désastre qu'il lui eût fait essuyer, il n'aurait puiiit anéanti celle hydre qui renaissait d'elle-même, el il y aurait usé ses moyens. D'ailleurs, une expédition contre la grande compagnie l'aurait obligé à se déplacer, à in* lerromprc rexccution de ses plans, à laisser respirer ses ennemis : elle l'aurait écarté de son but. Une composition à prix d'argent évitait tout cela. L'bomme d'État doit avoir quelquefois assez de force d'âme pour résister à Topinion publique.

Dégagé des soucis que lui causait la grande compagnie, Albornoz put reporter toute son attention au siège de Forli, qui recommença plus vivement que jaiiîai.s. (Jiûelaflî le soutint jusqu'au mois de juillet; mais alors, voyant que de

(4) Malt. Vill., 1. IX, c. vi. — Cron. d'Orvieto, p. 85. — Crou. di liiiiiiiii , t. XV, p. 907.

(2) Tous les Klorenlins n'élaient pas également injustes envers Albornoz. Malleo Villani lor. cit.) dit qu'il était di grand' imprese, mais, ajoutet*il, era savio c discreto.

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