‹ Histoire de la papautë pendant le XIV" sic̀cle, avee des notes et des pièces justificativesChapitre 5 sur 66 · MORT DE JEAN XXH · texte numérisé non relu

MORT DE JEAN XXH

, concile les princes de TEmpire. D'irrécusables témoignages nous apprennent que le cardinal Napoléon des Orsini, cédant ou aux promesses de Louis ou aux inspirations d'une haine secrète contre JeanXXlï, était enlré dans cette odieuse conjuration; qu'il devait faire ses elTorts pour entraîner les autres cardinaux» et, sans quitter la cour» y favoriser toutes les manœuvres de la cabale. De son côté, Louis de Bavière devait envoyer à tous les rois et princes • et faire afficiier aux portes du palais apostolique d'Avignon un appel de tous les actes de Jacques de Cahonj tandis qu'on rédigerait, au nom de l'archevêque de Trêves et de révêquc de Wurzbourg,une citation solennelle. Tout paraissait s'organiser pour un nouveau schisme (1).

Hais, au moment mémo où s'ourdissait cette trame criminelle, elle n'avait plus de but. Jean XXII, succombant, non aux infirmités, mais à l'âge et aux travaux, abandonnait le pontificat avec la terre. Les derniers jours de ce pontife célèbre furent dignes de tout le reste de sa vie. 11 ressentit les premières atteintes de la maladie dans la nuit du 1" au '2 décembre 1554, et, le lendemain, il se trouva assez mal pour être obligé de renvoyer un consistoire qui devait se tenir ce jour-là. Le 3, sentant que r heure de sa mort approchait, il manda près de lui les cardinaux. Tous. s'y rendirent, 41 exception du cardinal Gaetani, absent pour cause de légation, et du cardinal Napoléon des Orsîni, qui, depuis ses rapports avecles schismaliques d'Allemagne, ne voyait plus le pontife, et refusa nettement de venir. Âlors, pour ne laisser aucun doute à personne sur son orthodoxie touchant la vision béatiiique, le pape Gt lire en présence de ces témoins une déclaration

(1) RaynaM, im. 1354, d*' 54 et seq., d'après an manoscril du Vatkaii.

SI HISTOIRE Dfi Lâ PAPAUTÉ, UV. VI.

par laquelle « il confessait et ciroyait que les âmes, sépa-

« rées du corps et purifiées, sont dans le ciel avec Jésus- « Christ, en la compagnie des anges, et qu elles Toient a Dieu et l'essence divine face à face, autant que le oom- « porte leur condition ; affirmait que tout ce qu'il avait « dit ou écrit sur cette matière, il ne l'avait dit et écrit ce que par forme de conférence et non de décision, et sou* <K mettait au jugement de l'Eglise et de ses successeurs et toutes ses paroles et tous ses écrits, tant sur la question a des âmes saintes que sur les autres questions (1) ».

Après cette déclaration, qui prouvait autant la force de son esprit que sa foi et sa piété» Jean XXII recommanda aux cardinaux les intérêts de TÉglise, ceux de sa famille ; abolil les réserves qu'il s'était faites sur les bénéfices, et, le lendemain, 4 décembre, après avoir entendu la messe et reçu la communion, il rendit à Dieu sa grande âme (2), laissant à l'Église de justes regrets, aux cardinaux un vide immense à remplir, à la postérité un nom à jamais illustre. (Voir aux Pièm justifimtive$^ n° 1. ) Son pontificat avait duré dix-huit ans quatre mois et deux jours. On a de lui un mot remarquable sur l'opinion du vulgaire ; le voici : «Tout « ce qu'elle loue est digne de blâme ; tout ce qu'elle pense « est vain ; tout ce qu'elle dit est faux ; tout ce qu'elle ima prouve est bon ; tout ce qu'elle glorifie est infime (3) I »

Ce (lit Jean XXH qui, le premier, conçut l'idée de construire à Avignon un palais digne de la majesté du Saint- Siège, ^^ous avons une bulle datée du 15 septembre 1518, par laquelle ce pape transfère à la chapelle de la Made-

(1) Raynald, ano. 1354, 57.

(2) Baliize, Vit», t. I, p. 178. ~ Giov. Vill., 1. II, c. m.

(3) Oiiicquid laudat vitupcrio dignum est; quicquid çogitat, vanum ; quicquid loquilur, falsum ; quicquid iinprobat, bonum} <iuic4iuid extoUU iiiiame est. (Ap. Bzovimii, imu. 1554, n'^ 2.}

MORT DE lEAN XXO.

leine le titre d' église paroissiale» parce que l'église de Saini-Étieiine, qui possédait auparavant ce titre» avait été

occupée et mise dans î'enclos du palais apostolique (4). Ainsi la première pierre de ce giganLesqin^ édifice, qui étonne encore les regards, a été posée par Jean XXll.

Le corps de ce pontifé fut inhumé dans la cathédrale» où on lui construisit, dans la chapelle de Tous les Saints, Uii magmliquo mausolée qui subsiste encore (2).

On raconte qu'un évéque voisin de Rome, se rendant à Avignon à Tépoque delà mort de Jean XXII, eut en che« min celte vision. Un personnage inconnu lui apparut, et lui dit : a Yous clierchez le pape? il n'est plus. » Puis un instant après, le même personnage reprit : « Voulez-vous (x voir le pape? le voici : » et il indiquait à Tévéque un homme d'une haute stature, dont les traits étaient nouveaux pour lui. La vision s'évanouit, et le prélat, continuant sa route, arriva bientôt à Avignon. D y trouva, en effet, Jean XXII mort, et le Sacré-Collége se préparant à lui donner un successeur. Etonné de voir la première partie de sa vision vénliée parle fait, il se rendit dans la salle du consistoire, et se mit à observer les cardinaux qui entraient. Aucun d'eux ne lui offrit les traits du pmonnage que lui avait désigné le mystérieux inconnu. « Tous les

(1) Nouguier, Hist. de l'i^glisc et des évêques d'Avignon, p. 104.

(2) Baluze, Vilae, 1. 1, p. 170 et 786.— Nouguier, p. 107. — On changea Icnunsolée de Jean XXII de place le 9 mars 1759 i mais ce cliaijgcuicjii 8€ fit avee Umtes Ict paréeaaUoni et toute la décence qu'on pouvait désirer, le corps fat trouvé tout ealîer. U n'avait de longueur que cinq pieds. Ses bras et ses mains étaient croisés sur sa poitrine ; il avait des ganis de soie blanche, et an doigt une grosse bague d*ûr avec une pierre Ueue. 11 était vétn d*ane tonique de soie violette , et avait pardessus ime grande chape enrichie d'une infinité de petites perles» et aiHtessas de là chape le pal* lium. Sa tête était couverte d*anè petite mitre de soie blanche, dont les bouts des pendants étaient de soie rouge. (Teissyer, Histoire des papes d'Avignon, p. 443.)

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a cardinaux sont-ils présents?» demanda-t-il. a II n'en man- <i 4{ue qo'unseiil, » lui répondit-on. Ce cardinal absent était Jacques Fournier, de Tordre de Cîteaux, qu'on appelait

le Cardinal Blanc, parce qu'il avail toujours gardé l'habit de sou ordre, L'évéque se fit aussitôt conduire au palais de Jacques Foumier, et il ne l'eut pas plutôt aperçu, que, reconnaissant en lui tous les caractères de l'homme qu'il avait \ u en songe : « Père, s'écria-t-il, vous êtes le pape ç< futur ! » Le cardinal se prit à rire; nulle prophétie ne lui semblait plus vaine. En efîet, dépourvu de tout crédit dans la cour romaine, sans créatures, parce qu'il était p;tiivre, n'ayant, ni cet éclat du talent qui supplée à une haute origine, ni celte valeur personnelle qui rallie autour d'elle les éléments d'un parti, il était bien de tous les membres du Sacré-GoUége celui qui réunissait le inoi[is de chances dans la lutte électorale qui se prépai ail. Mais l'évêque lui raconta sa vision; puis il ajouta : «Père, <c le personnage qui m'a monti^é votre image m'a intro- « duit dans une étable pleine d'immondices , dans la- « (juelle mes yeux ont va unt arche de niaibre éclatante « de blancheur. Cette arche était vide. Eh bien! père, « vous êtes cette arche mystérieuse; remplissez^la de vos « vertus (1). »

Cette anecdote paraît n'être qu'un trait ciitique décoché par une main ennemie contre le dernier pontife; elle peint, du reste, assez bien l'opinion qu'on se forma dans le public sur Télection du Cardinal Blanc; elle fut en effet singulière. Au début du conclave, la faction française, dirigée par le cardinal Talleyrand de Périgord, et sans contredit la plus puissante, porta le cardinal de Comminges* Ce prélat allait infailliblement devenir pape. Bien ne sem*

(4) Albert. Argent. Chron., p. 125.

ÉLECTION Dfi fifinOlT XU. »

blait devoir s'opposer h son élection, quand ceux-là mêmes cjui en étaient les maîtres, soit qu'ils eussent remarqué dans le candidat des tendances ultramontaines, soft qu'ils fussent dupes d'une manœuvre secrète, déclarèrent qu'ils ne voteraient pour lui que dans le cas où il promettrait de maintenir le Saint-Siège en France. Celte condition révolta le cardinal de Gomminges ; il répondit à ceux qui la lui imposaient que, bien loin d'acheté la Papauté à ce prix, il renoncerait plutôt au cardinalat, parce qu'il était convaincu que la Papauté, ainsi transplantée de son siège naturel, courait les plus grands dangers (I). La faction française s'obstina, et rien ne put fléchir l'héroïque résolution du cardinal de Gummin^es, qui se donna lui-même l'exclusion.

Cet incident, auquel personne ne s'était attendu, jeta le conclave dans l'incertitude et la fluctuation. Aucun

autre candidat ne réunissait les qualités de celui qui se retirait. Quelques voix prononcèrent alors le nom du Cardinal Blanc. Mais tant d'obstacles paraissaient s'opposer à son élection, que ceux mêmes qui>le proposaient ne regardaient point sa candidature comme sérieuse, et ne voulaient qu'essayer des suffrages perdus pour découvrir les vues des adversaires (2). Ce fut précisément cette inanceuvre qui fit pape le Cardinal Blanc. Par un hasard singulier, la plupart des Cinlmaiix ne crurent pas mieux perdre leurs voix qu'en les donnant à ce prélat, et, au dépouillement du scrutin, il se trouva avoir réuni les deuxti^ des votes (5). L'étonnement du conclave fut

(1) Ciov Vill., 1. II, c. XXI.

(2) Quasi per gara non crgdeiido che venisse a fatto niissono al squîlliiio, quello di loro collegio, che era tenuio il piùmiuimo de' cai dioali ; do, fu il Cardinale Bianco. (Giov. Vill., ubi supra.)

(5) Albert, Argent. Chroii., p. 12i>.

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grand à la vue d'une nomination si imprévue (i); mais aucun ne manifesta une plus grande surprise que le Cardinal Blanc lui-même ; a Qu avez-vous fait, mes frères? flt s'écria-t-il, vous avez élu un âne (2)! «Quoi qu'en ait dit Pétrarque, l'homme qui témoignait une si basse idée de lui-même était loin d'être incapable (3).

Jacques Fournier, et non pas Dufour» comme quelques historiens postérieurs rappellent, était né à Savo-dun, petite ville du comté de Foix, alors du diocèse de Toulouse, et qui, plus tard, fit partie de celui deRieux. Son père se nommait Guillaume, et exerçait, dit-on, Tétat de boulanger. Toutefois, rien ne témoigne que Tattribution de cet état ait d'autre fondement que la signification de son nom, qui, dans le langage du pays, veut dire bottkmr ger ou un homme qui a l'administration d'un four public. Ce qu'il y a de certain, c'est que Jacques Fournier était de basse extraction. Plus tard, il joignit à son nom celui de Novelli, en considération du cardinal Arnaud Movelli» son oncle materneL Comme lui, il embrassa, dans sa jeunesse, la profession monastique, dans Fabbaye de Bolbonne, au diocèse de Mirepoix. Il ne s'occupa d'abord que de devenir un saint religieux ; c'était là que se bornait son ambition, la plus noble de toutes les ambitions sans contredit. Une exacte observance de la règle, les efifîisions de la piété, faisaient son bonheur en même temps que l'édification de ses frères. Mais la Providence le poussait, sans qu'il s'en doutât, à devenir quelque chose de

(1) Fragmenta hist. romanâ3, ap. Mural., Àutiquitates medii sévi, 1. 111, p. 276.

- (2) Avete eletto nao asiuo. (Giov. Vill., loc< cil.)

(31 Epist. iV, sine tilulo. L'abbé tle iSade croit que cette lettre est adressée d i'evèquc de Cavaillon , et qu'il y est question de Benoit Xll. Hatina appelle ce ponUfe Ue^-ââvaiit, poutiicJî dùcii&âiuius, ad calcem.

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