URBAIN V NOTIFIE SON DÉPART POOR ROHB
« la cité des Apôtres (1). » U une réponse semblable l'année suivante aux ambassadeurs romains venus à Avignon
pour solliciter son retour (2). La même année, visitant sa . chère abbaye de Saint-Victor, il coiiiinna cette résolution en annonçant qu'il irait en Italie et à Borne, quand ce ne .serait v^ne pour réveiller la dévotion des fidèles (5). Pétrarque applaudit avec transport à cette parole dans une lettre qu'il érrivnît h Urbain en 1566; il la juge digne d'une étemelle mémoire, et déploie toute son éloquence pour en amener la prompte réalisation. Heureusement le pape n'avait pas besoin de telles excitations; s'il avait dilferé jusque-là d'annoncer officiellement son de^ein, c'est que, d'un côté, la guerre de TÉglise avec Bernabos^ la lutte en* gagée en Toscane entre les deux républiques de Florence et dePise, et qui troublait la paix de lllalie; de Tautre, les compagnies qui ravageaient la France et menaçaient le Comlat-Venaissin, ne lui avaient pas permis d'en préciser rexécution. Mais, en 1566, aucun de ces obstacles n'existait plus : la paix était faite avec Bemabos, la concorde rétablie en Toscane, les bandes de routiers dispersées ou transportées au delà des Pyrénées. Urbain V iiilui ma donc le monde chrétien qu il iixait son départ pour iltalie au temps de Pâques de Tannée 1567. Ën même temps il écrivit au cardinal Albornoz de disposer le palais de Titerbe, où il comptait faire quelque séjour, et de seconder Gaucelin de Pradalho, quil envoyait devant lui pour réparer celui de Rome. Des ordres furent également expédiés pour
(l)LiGetBoasolmiideMderiinû> sedetiam inropositom hftboamas. (Epist^ ap. Baynaldi aon. 1364, 11.) * (S) Id.» aon. 1365, n« 9.
(S) Senil., K VII, ep. i. BiiUti ioter multa : quod oisi esaet ali^ causa Bomam atqae Italiam petendi mû ni devolionem fidelium excilares, abnnda quidam h»c sola sufllceret
866 lilSTÛlfi£ DE LA PAPAUTÉ, UV. XI.
préparer les livrées des cardinaux. Le gouverneur du Pa- Irimome, le ciiapilre de la basilique de Saint-Pierre, le sénateur et le peuple romain, reçurent des lettres spéciales(1 )•
A cette nouvelle, la ville entière tressaillit d'allégresse ; on y célébra des fêtes, la joie pubiitpie ne connut plus de bornes. Des ambassadeurs partirent immédiatement {)ouraller déposer aux pieds d'Urbain l'expression de la fidélité et du dévouement' de tout le peuple (2). Il y eut rivalité entre les divers Étals maritimes de 1 Italie pour fournir au souverain pontife les moyens d'accomplir son voyage avec la splendeur qui convenait au chef de TÉglise. Naples offrit cinq galères, Pise trois, Gènes quatre, Venise dix, Lacques el Marseille deux. Urbain accepta ces offres. L'empereur, de son côté, lui proposa de précéder son départ ou de le suivre avec uno armée, demandant son choix (3).
Au milieu tic ces ténioignagiies d intérêt qu'excitait le projet d'Urbain V, un seul homme montrait de rindifTérence, et même ne pouvait déguiser son effroi : c'était Bernabos Yisconti. Le bruit des apprêts militaires de Ciiarles lY inquiétait son oreille. 11 laissa percer sa défiance jusque dans les hommages qu'il porta aux pieds du pape, Urbain crut devoir écrire au duc pour lui annoncer le but de son voyage en Italie, l'inviter à ne pas troubler la paix publique par de nouvelles guerres, et le rassurer sur les armements de Charles IV, qui n'avait, disait-il, aucune intention lioslile (A), Bernabos, en effet, ne troubla point la paix, mais nous verrons bientdt qu'il se préparait sourdement à la guerre.
Tandtô qu'au ddà des Alpes une jubilation générale des
{i) Raynald, aun. 156U, 26.
(2) M., n'Se.
(3) Id., n" 26. — Cron. di Pisa, Mural., t. XV, ^. 1049.
(4) Raynald, ann, 1566, 27.
NICOLAS ORESME. m
peuples célébrait d'avance le retour da souverain pontife,
tout se remuait en France pour l'empêcher. Aussitôt tjue Charles Y fut instruit du projet d'Urbain» il lui envoya, de Paris, Nicolas Oresme, personnage qui jouissait alors de la plus haute renommée de savoir et d'éloquence, et au- ^ quel il accni (lâii une cunliance illimitée, l'civrinl eu pour maître. JNicolas Oresme n'était point inconnu à la cour romaine; il avait déjà prononcé devant Urbain V, la veille de Noël 4362, un discours officiel sur les abus que l'administration ecclésiastique avait laissés s'introduire parmi le clergé, discours rempli de déclamations que ne justifiait aucun fait saisissable, et qui lui a mérité la faveur d'être invoqué par les novateurs comme une preuve péremptoirede la légitimité de leur réforme ( i). Admis devant le consistoire des cardinaux*, l'orateur ne démentit point la réputation qu'il s'était faite ; il prononça un long sermon farci de citations tirées de l'Ecriture sainte, l empli de banalités, de ridicules et fausses applications des faits de l'histoire. En voici une qui peut faire juger de toutes les autres. Oresme appliquait à Urbain Y ce trait de saint Pierre, qui, rencontrant Jésus-Christ, lui demanda : «Où • m allez-vous? » à quoi Jésus-Christ répondit : <x Je vais & ce Rome ponr y être de nouveau crucifié, dâu milieu de ce fatras, l'orateur s'efforçait de prouver au pape qu'il devait rester en France : i " parce que, dans les situations critiques, les pontifes ses prédécesseurs y avaient toujours trouvé un asile sûr ; 2** parce que c'était le lieu de la terre où les sciences et les études ecclésiastiques étaient le plus en honneur, attendu que les études, ayant été transportées de Rome à Paris par Gharlemagne, la gloire des Romains
{i) FlMcius Ittyricas, GaUilogus tfstittoi veritatis, io-fol., 1862, n p. 512 usque ad p. 5i9.
570 HISTOIRË DE LÂ PAPAUTÉ» UV. XI.
avait passé aux Français; 5"* parce que ce n'était point
Rome, mais Marseille, qui inarquait le ceiiUc do l'Europe depuis que la Grèce était devenue scbismatique ; 4 parce que la France était mieux gouvernée que l'Italie ; 5** parce que c'était la patrie du pape, et que Jésus-Christ lui-même n était pas sorti de son pays; 6" parce que la situation de la France facilitait au souverain pontife Tadministration dos diverses parties du monde chrétien; 7* enCn parce que la voie de la mer, que le pape choisissait pour retourner à Rome, n était point sûro (\).
Ces somnolentes inepties, exprimées dans un style lourd et trivial, n'étaient pas de nature à produire une grande impression sur l'esprit positif et éclairé d'Urbain Y. Pétrarque nous apprend que cette harangue opéra un effet contraire à celui que Torateup s'était proposé, car elle 6t hâter les préparatifs du départ (2). L'opposition que soulevait le Sacré Collège était plus sérieuse. Les cardinaux, presque tous étrangers à J'ItaUe, ou ne la connaissaient pas, ou n'avaient que des préjugés contre elle. Retenus par les charmes de la patrie, accoutumés au beau ciel de la Provence^ aux paysages verdoyants du Comtat, aux npmbreux hommages qu'ils y recevaient ; afifeclionnés aux ri- * cbes demeures qu'ils avaient fait construire, soit à Avignon, soit à Villeneuve, ils ne pouvaient se résoudre à retourner dans des campagnes d^rtes, brûlées, couvertes de ruines, au milieu de populations qui leur étaient in-
(1) Du Boulai, UUt. uoiversit. Parisiensis, t. IV, p. 307. L*origiiial de ce dîscoara se trouvait, du tempe de Du Boulai, dans les manuscrits de la bibliothèque de Saint*Victor, marqué de ces deux caractères B, F. M, sous le titre latin de : Notable proposition laite au pape Urbain V, en présence des cardinaux, de la part du roi de France.
(2) Non modo non distulislî destinatum iler, led accelensti. (Bd. Basil., p. 849.)
PRÉPmTIFS OT DÉPART D'URBAIN V. 571
coaimes» de républiques turbulentes, et ils ne cessaient d'assiéger le pape de leurs plaintes, de leurs répugnances
et de leurs reproches. Excepte les cardinaux des Orsini, de Gapoccio et de Vilerbe, qui, en leur qualité d'Italiens, soupiraient après le retour à Rome, tous les autres exprimaient un refus formel de suivre le pape. Mais la résolution d Urbain était irrévocablement prise, rien ne put l'ébranler. 11 menaça les récalcitrants de les priver du chapeau-, de mettre en leur place des Italiens, et il fallut à la fin se résigner (1).
Vers la lin de Tannée 1505, le pape s'était rendu à Âpt et à Marseille. Son but, dans ce voyage, avait été d'abord de prier à Âpt sur le tombeau d'ËIzéar de Sabran, son noble parent, celui qui T avait tenu sur les fonts du baptême, et dont la sainteté devenait de jour en jour plus populaire (2); puis, de visiter à Marseille sa chère abbaye de Saint-Victor, où il avait goûté un bonheur qu il iie connaissait plus ' • peut-être sur le trône de la Papauté (3). Avant de quitter la France, il voulut revoir aussi la cité de Montpellier, où il avait longtemps professé avec succès, et où, trois années auparavant, l'abbé d'Aniane avait jeté au nom du pape les fondements d'un monastère de Bénédictins sous l'invocation desaint Benoît et de saintGermain. Cefut le 7 janvier 1367 qu'il partit pour cette ville. 11 y séjourna deux mois, pendant lesquels le peuple de Montpellier ne cessa dei hono-. rer des témoignages solennels de son respect et de sou
(1) Il papa mînacdo di privaHi del cappello e di larne d* Italiani. E dicendo fosto, essi si mossero tutti. (Cron. di Bologna, Mural., L XVtU, p.4dl.)
(2) L*a1»bé Rose, p 348.
(3) La clironîque citée par rabbé Ro^ h\i entrer Urbain é Apt le octobre 4365, et la II* Tîe d*Urbain, dans fialuze, fait partir ce pontife
de Marseille pour An'gnon le 24 octobre de la même année. Il y a sâremenl erreur de date d*un cdté on d*un autre.
amour (voir aux Pièces jiistilteaîwei n* 15) (1); puis il revint à Avi;^iion, où l'expédition des affaires ie força de s'arrêter jusqu'à la fin d'avrih
' Enfin, le dernier jour de ce mois, il dit adieu au mar gnifique palais qu'il avait fait achever, et prit la route de
Marseille (2). Il emmenait avec lui les cardinaux de Boulogne, de Bragose, d'Aigrefcuille, de Saint-Martial, de Montaigu, de Marseille, de Yiterbe et de Capoccio. Ces prélats furent les seuls qui eurent le courage d'accompagner le pape sur r clément orageux auquel il allait confier la fortune de l'Église. Les cardinaux des Orsini, de Pampelune, ,de Carcassonne, de Limoges, de Beaufort, de Syracuse et de Grimoarddevaientle rejoindre à Viterbe, en suivant la rouLedc terre par Bologne et Bimini (3). Les cardinaux de Canilhac, de Blauzac et Itier restèrent à Avignon; et, comme ils n'y furent investis d^aucune autorité (4), il y a tout lieu de croire que rien n'avait pu les décider à entreprendre le voyage d'outre-monts. Avec les cardinaux Androin de la Roche et iEgidius Âlbornoz, qui commandaient, le premier à Bologne, le second dans la Marche d Aiicone, le duché de Spolele et le Patrimoine» ces dix-huit prélats composaient toute la cour romaine.
Ce premier jour de pérégrination, on se contenta d'allffl' coucher au pont de Sorgues, dans cette campagne que Benoît XII avait créée, et dont notre pontife aimait aussi le séjour. Malgré sa ferme résolution^ Urbain V semblait n'a-
(I) Hist. du Languedoc, t. IV, p. S35.
(S) Garosd de Ulmotsca, Iter italicam UrbeDÎ V; fialuse, Vit», t. n, p. 788.
(3) Gron. di Bologna, p. 482. •
(4) Ce fut Philippe de Gabnssole qui resta chargé de régir le Camtat, ATignon et son district, et d*àdmÎDislrer révéché de cetle TlHe. (Gottier, Ifoles liisleriques coDceraant les recteun pontificaux, in-e", p. 75.)
DÉPART B'URfiÀLN V. 373
bandonner qu*à regret le délicieux pays de FVance. Toutefois, du pont de Sorçiies il se rendit tout d'un trait à Marseille (^), où rattendditla plus brillante réception. Il alla prendre son logement dans F abbaye de Saint-Victor , qu'il avait restaurée, embellie, enrichie et dotée des plus rares privilèges. Lh, il accrut sa cour en élevant au cardinalat Guillaume d'Aigrefeuille, jeune ecclésiastique de vingthuit ans seulement» mais du plus haut ménte, neveu de Guillaume d'Aigrefeuille, déjà cardinal du titre de Sainte- Marie au delà du Tibre. Il trouva dans le port unetlottcde vingt-trois bâtiments qui T attendait (2).
Le séjour de Marseille se prolongea jusqu'au 19 mai. S'il faut en croire Pétrarque, lorsque la flotte mit à la voile les cardinaux firent une dernière tentative pour dégoûter le pape de son dessein, et plusieurs d'entre eux l'accablèrent de reproches (5). Hais Urbain resta impassible. La flotte suivit la côte, relâcha successivement à Toulon, au port Saint-Étienne, à Albenga, et fit, le '23, son entrée dans le port de Gênes. L'allégresse que la présence du chef de l'Église répandit parmi les habitants fut telle, que plus de mille personnes se vêtirent de blanc (4) . Urbain laissa à Gênes le cardinal de Viterbe pour y négocier la paix entre la république et Bernabos, et en repartit le 28, Il lit une halte de trois jours à Porto-Yenere, se remit en mer le 31 , visita en passant Porto-Pisano, Piombino, sans vouloir s'arrêtera Pise, quoique cette ville eût fait de grands préparatifs pour le recevoir et envoyé de riches présents à la cour romaine; ce qui mortifia vivement la républi-
(1) lier ilalicum, p. 768.
(•2) Baluzc, t. I, p. 376. — Ruffi, Uist. de Matseilie, lu-foi., l. I, p. 200. — Iter ilalicum, loc. cit. ■
(3) Senil./l. IX, ep. u.
(4) Amtt^Q»ïïaiBM^* Harat., t. KVU, p.~160ft. :
que (1). Enfin, le 3 juin, il aborda au port de Comelo (2).
En descendant à terre, il fut reçu par le cardinal Âlbornoz, au milieu d'un immense concours de seigneurs cl de prélats de FÉlal ecclésiastique. Le rivage était couvert de tentes, les unes de soie/les antres de feuillage. Le pape entra dans celle qu'on lui avait préparée, y prit quelque repos, assista à une messe solennelle offerte sur un autel improvisé, puis il monta à cheval et se rendit à Corncto. n séjourna dans cette ville jusqu'au 8 juin, y célébra la foie de la Pentecôte, et y reçut une ambassade des Romains qui vint déposer à ses pieds la souveraineté de Rome avec les clefs du château SaintrAnge. Le 0, il fit son entrée à Viterbe. Cette ville fut aussitôt remplie par les ambassades que les diverses puissances chrétiennes envoyaienl pour le coiiij)liiiienler sur son heureux voyage. L'empereur, la reine de Naples, le roi de Hongrie, la république de Toiscane,. semblèrent lutter, en cette occasion, de magnificence et de dévouement (3). Au reste. Ton peut dire que jamais hommages ne furent plus sincères. Le patriarche de Constanlinople, accompagné d'un certain nombre de grands seigneurs orientaux, vint augmenter ce concours ; il apportait la nouvelle du retour de l'empereur grec h l'unité catholique et de la prochaine arrivée de ce prince à la cour pontificale (4).
A ces congratulations des princes et des peuples, Pétrarque, ivre de joie, osa joindre les siennes. « Saint-Père, « écrivait-il à Urbain, Israël est sorti de l'Égypte, la mai- « son de Jacob n'est plus au milieu d'un peuple barbare.
(i) CroD. SflDCse, Hnrat., t. XV, p. 192.
(î) Iter ilalicam, p. 768* .
09 Croo. Sanesc, Hurat., l. X\, p. 193.^B»»TUiii!i>l0s, «na. IS0T,
({) lier Ualicuni, p. m->Vite, 1. 1, p. m ci le^., M 408.
MORT DU GAROmAL ALB0IIN02. S75
Ci Dans le ciel, les anges en ont fail éclater leur joie, et sur ce la terre les hommes pieux y ont répondu par leur ailé-
a gresse. Béni soit le jour où vous avez ouvert les yeux à Ci la lumière, où comme un astre heureux vous vous êtes
. a levé sur le monde l C'est maintenant que vous m'appace raissez comme le souverain pontife, le pontife romain, et le successeur de Pierre, le vicaire de Jésus-Christ, levéce ritable Urhain. Sans doute vous Tétiez avant parla puis'^ (c sanoe, la dignité, les fonctions, mais vous l'êtes doubleci ment aujourd'Iiui par les sentiments et la piété. En a quelques jours, vous avez réparé les torts de cinq de vos « prédécesseurs pendant plus de soixante ans. Grâce à « Dieu et à vous, bienheureux Père, je vois ce que je dé- « sirais sans Tespérer; je vois ma nière rétablie dans son ce siège. Vous Tavez rendue à sa demeure, vous la gué^ « rirez aussi de ses blessures. Rétablissez Tantique pu* a reté de ses mœurs, et que, réintégrée dans b;i ^Hoiicpar Ci votre zèle, elle redevienne comme autrefois vénérable à « tout Tunivers (1). »
Les cardinaux qui avaient pris leur route par terre étant arrivés à Viterbe, le pape se trouva environné de tout le Sacré Collège. Hais bientôt, dans cette cour si brillante et si fêtée, le deuil succéda à Tallégresse. Le conquérant de ritalie, celui dont l liabileté et la vigueur avaient pré-
.paré le triomphe dont jouissait la Papauté, le cardinal Albomoz mourut le M août (2^ Quelques mots deviennent nécessaires ici pour compléter Tbistoire de cet homme célèbre.
Après la pacification définitive des États pontificaux par le traité de Milan» Albornoz 8*était occupé à faire fleurir,
(4) Seuil., i. IX, «p. i.
(9 Bilnie, 1. 1, p. 378.
Di
3T6 UtSTOlBE DE U PAPAUTÉ, UV. XI.
par de sages rcglemeuis, les provinces qu'il avait si vaillamment reoouyrëes* Non moins habile dans l'art de gouverner que dans celui de combattre, il dressa des lois que
le pape sanctionna aussitôt de son autorité, lois devenues fameuses sous le nom de Constit niions ^Egidieimes (voir les Pièce$ justifieativeSf 16); lois si parfaitement assorties à Fesprit et aux besoins des peuples, dont elles étaient destinées à régler les intérêts, qu'elles furent accueillies avec un entliousiasme unanime. Les «lècies postérieurs ratifièrent cet accueil des contemporains, et les ConUUni' tions jEgUiennes régissaient encore au seizième siècle les peuples de la Romagne avec non munis d'autorité que le droit canoA lui-même (I).
Ces soins administratifs furent interrompus par une mission que le légat reçut du pape, en 1565, desetrans* porter dans le royaume de Napics pour y détruire les restes des Fratricelles, y protéger la reine Jeanne contre les révoltes des grands barons, et y faire respôcter de tous les droits du Saint-Siège. Albornoz déploya dans Faccomplissement de cette mission son habileté et sa prudence ordinaires. Il reçut l'hommage de la reine, apnisa les troubles du royaume, força les grands du clergé et de la noblesse à prêter serment de fidélité entre ses mains, poursuivit les restes des Fratricelles, et revint comblé d'honneurs et de présents (2),
Hais il n est pas de mérite si haut placé qui ne soit atteint par Tenvie. Le cardinal avait toujours eu à la cour
des détracteurs de sa conduite, et Urbain V cul un in^tmit la iaiblebse de céder ù leurs malignes insinuations. On dit qu'arrivé à Viterbe il demanda à son légat une reddition
(1) Sepulv., 1. III, Doa6.~Lescale, 1. VI, p. 298 et m {% Raynald, «no. n* iO. — Sepulv., 1. lU, 6.»BaIiue, 1. 1, p. 4(M. . : ; . ,
élX)GE DU CABDINAL ALBORNOZ. 877
de compte deTemploi qu il avait fait des revenus ecclésiastiques pendant les quinze années de sa gestion. c< Je suis
c( prél à le faire demain, Saint-Père, » répondit Albornoz. Le lendemarin, en eilfet, il conduisit le pape à une de$ fenêtres du palais, et» lui montrant du doigt une voiture que quatre bœufs traînaient à peine» chargée des clefs des villes cl des forteresses qu'il avait recouvrées : « Voilà, « Saint-Père, à quoi j'ai employé les revenus de TÉglise. » Urbain V avait Tâme trop grande pour ne pas comprendra la noble réponse de son légal. 11 n'en demanda pas davantage, honteux de s'être laissé prévenir : u Je vous remercie, tt dit-il, cardinal, d'un compte si fidèle : c'est moi qui vons « dois le reste (1) .i!>
Tous les historiens contemporains ont exalté à l'envi la magnanimité, le courage, l'équité, la sagesse, les vertus, en un mot, du cardinal iËgidius Àlbomoz (2). Nous-devons lui pardonner, nous, sa carrière militaire de quinze ans, en rétléchissanl au temps où il vécut, au besoin qu'on avait de ses talents, aux idées et aux mœurs du quatorzième sièele, qui ne repoussaient point encore l'alliance des titres de général d'armée et de prêtre, enfin à la dignité qu'il sut mettre dans raccomplissement de. fonctions si disparates.. Nul ne posa jamais aussi fortement que lui le pied en Itahe. Il eut la gloire d'y restaurer la puissance du Saint- Siége ; il travaillait à l'y affermu" lorsqu'un trépas imprévu Fenleva aux espérances dé r£glise. En effet, le dernier . jour de juillet, une ligue offensive et défensive, fruit de
(1) Lescale, 1. VI, p. 5H5.
(2) Baluzc, t. I, p. 378.— Ghron. Placent., Murat, t. XVI, p 499.— Murât., AnnaU dllalia. — La Chroiû<iiie de Riminî (l. XV, p. 940} dit que : Albornoz fu teirato U piû virtuose e saputo nomo che mai passuse in Italia. — Don 6U fue vmo de tes senalados hombrcs, y que mas lustre lia. dado a nnestra Espaûa , de quantos en ella se han visto. (Gonnla nieseas, p. S5.).
578 HISTOlftis DE LA rAPAUTÉ. LIV. XI.
sa profonde politiquot et qu'il destinait à contre-balancer
la puissance des Visconli, avait été conclue à Viterbe entre le pape, T empereur, la reine de Naples, les seigneurs de Padoue» de Ferrare, de Hantoue, de I^eggio» de Vérone, les républiques de Sienne et de Përouse. Florence seule s'abstint d'en faire partie, alléguant des engagements avec les seigneurs de Milan (t).
Une ém'otion populaire excitée par la plus minime des causes, et qui faillit avoir les plus funestes conséquences, &uï\i{ (le près la mort du grand Àlbornoz. Des hommes du peuple s'ëtant pris de querelle avec quelques-uns des geos des cardinaux de Bragose et de Carcassonne, il s'ensuivit un conflit. Ceux qui se trouvaient là prirent fait et cause pour les leurs, qu'ils croyaient offensés. Ces premiers combattants en attirèrent d'autres. Bientôt la ville entière s'émul. On assiégea les deniouirs des deux cardinaux, et plusieurs de leurs domestiques perdirent la vie en voulant repousser cette brusque agression. Les résistances qu'on opposa à cette ém^te en augmentèrent la fureur. On vociférait des menaces contre le Sacré Collège, contre le pape lui-même. IjOs cardinaux de Bragose et de Carcassonne coururent se réfiigier au palais pontifical, le premier sans chapeau, le secoiid déguisé en liabit de Frère Mineur; tous y cherciièrcnt un asile. Ce désordre dura trois jours. Enfin, l'autorité des citoyens influents d'une part, de l'autre la présence d'un corps de troupes arrivé de Romé, imposèrent silence à la révolte. On arrêta trois cents coupables ; sur ce nombre cinquante furent bannis, et sept pendus devant les maisons des cardinaux de Bragose et de Carcas-
{i) Rayiiald, ann. 1367, n** 17. — Cron. Saiicse, Murât., t. XV, p. 192.
— Parmi les ]>lt''nîpotenlinires de ce traité, nous ne trouvons pas, néanmoins, le nom du cardinal Albornoz. Sans doute il ne put assister a lacoQclusioa de celle œuvrer éUDt déjà âlieial de la maladie doul il mourut.
E.NTR£E D UttBAliN V A ROME. 579
sonne (i). Toutefois, nonobstant cette répression vigoureuse el les excuses que vinrent lui adresser les principaux de la ville, cette insm reclion, sans but et sans motif, produisit sur l'esprit d'Urbain une impression fâcheuse que rien ne put efTaeer (2).
Plus de trois mois s'étaient écoulés depuis que ce pontife avait pris terre en Italie, et Rome ne Tavait point eneore vu. Il se préparait à s*y rendre, quand Téchauffourée de Viterbe lui apjn il qu'il ne devait pas se confier aux mobiles dispositions d'un peuple^ qui passait avec cette facilité de la soumission à la révolte» et il crut prudent d'attendre les secours que le marquis de Ferrare, Niccolo d'Esté, avait promis d'amener. 11 n'attendit pas longtemps. Parti de Ferrare le 5 octobre, avec sept cents hommes d'armes et deux cents fantassins, Niccolo d'Esté arriva le 12 à Viterbe. Fort de ce secour?. et de la fidélité du marquis, Urbain crut dès lors n avoir plus rien à craindre et se mit en mouvement le ^5 pour la capitale du monde chrétien. Ce fut le 16 qu'il fit son entrée dans Rome, où depuis plus de soixante-trois ans aucun souverain pontife n'avait posé le pied. Le marquis de Ferrare, avec mille cavaliers, ouvrait la marche ; puis venait Malatesta Unglicro, |j.ciiéralissime des Uouj)es de l'Ég-lise, avec mille barbutes, puis la bannière pontiiicâic, puis le gonfanon de l'Ëglise. Onze cardinaux, avec leurs familles, marchaient derrière ces étendards ; ils étaient suivis par Galeotto Malatesta et huit cents hommes d'armes. C'était immédiatement après ce corps de troupes que s'avançait le âaini^Père, entouré des prélats de la cour. Rodolphe de
(1) lier itfilicum, p. 769. — Vit.T, t. 1, p. 579 et 420. — Coiilin. GuUiel.
dê Naiig., i;i Spicile.?,, t. II. p. 130.
(2) Diïil quod cral initiara rnalorum elEcclcsw dcbebal mulU mala tolerare. (Baluze, 1. 1, p. 420.)
380 Ui:5T0lll£ DE LA PAPAUTÉ, LIV. XI.
Gamerino et quatre cents hommes d'armes venaient ensuite. Enfin, la liiarche était fermée par plus de doux iniiic évoques, abbés, prèlrcs et religieux 5 cheval (1).
Ce cortège imposant s'avança d'un pas lent et processionnel, au milieu des cris de joie et des chants d'actions de grâces mille fois répétés de Ion te la population romaine, qui se pressait pour contempler les traits de ce pasteur si ardemment désiré et si longtemps attendu. Arrivé devant Saint-Pierre, Urbain s'arrêta pour entrer dans l'église, y faire sa prière, prendre possession de la chaire du rèciicur, et alla ensuite loger nu palais du Vatican. Le lendemain, il visita Téglise de Saint4ean de Lalran, et» le dernier jour d'octobre, il olîrit solennellement la messe sur l'autel de Saiiil-l'ierrc, où personne depuis Boni face VIII ne l'a* vait célébrée. Quatre mois après, dans une seconde visite qu'il rendit à la même église, il fit extraire du grand autel, où ils étaient renfermés depuis l'année 850, époque de la dévastation de Saint-Jean de Latran |)ar les Sarrasins, les deux chefs de saint' Pierre et de saint Paul, et, lui-même, prenant dans ses mains le chef de saint Pierre, tandis que le cardinal Gapoccio portait celui de saint Paul, il monta sur Tamphithcâtre ffui regardait la place et produisit aux yeux de tout le jx'uple assemblé ces reliques vénérables. Elles furent plus tard placées sur l'autel dans deux châsses magnifiques, en forme de bustes, représentant les deux apôtres et confectionnées parles ordres et aux frais du pape. Lorsqu'il revint de cette cérémonie et se rendit au Vatican encavaicata, selon T usage, on remarqua qu'il ne s'écarta point, comme le faisaient ses prédécesseurs, du lieu oû l'on disait que la prétendue papesse Jeanne avait accou-
(1) airoD. Estense, t. XV, p. 48B et 480.— Chron. RimioeBse, t. XV, p. 910. Gron. di Bologna, t. XVIII, p. 484.