‹ Histoire de la papautë pendant le XIV" sic̀cle, avee des notes et des pièces justificativesChapitre 53 sur 66 · SAINT ELZÉAR DE SABRAN · texte numérisé non relu

SAINT ELZÉAR DE SABRAN

ché (1), soit que le bon sens d'Urbain lui fit mépriser une précaution qui ne servait qu'à accréditer une fable absurde,

soit que déjà le crédit de colle fable fùl lonibé même aux yeux du vulgaire ('i).

Parmi les actes religieux accomplis par Urbain V» nous ne devons pas oublier la canonisation d'Elzéar de Sabran. Nous avons parlé des obligations qut^ lo pnpo avait au serviteur de Dieu. Elzéar de Sabran, baron d'Àusonis, sei* gneur de Gadenet, comte d' Ariane et grand justicier de Naples sous le roi Robert, montra sous Farmure des chevaliers, et au milieu des délices de la cour, la piété d'un anachorète. Uni de bonne Lcure à un ange de beauté, Delphine de Signe, il sut inspirer à cette compagne Fesprit qui l'animait et contracta avec elle rengagement héroïque de garder une <:hastelé perpétuelle. Pei -lani les trente-huit ans qu'il vécut sur la terre, le monde put admirer en lui une modestie virginale, une douceur inaltérable, une charité sans bornes» Le jour où il rendit le dernier soupir» personne ne doutait que celte âme sublime n'eût pris son vol vers les cieux.

Depuis 132o, époque de la mort d* Elzéar, son tombeau n'avait pas cessé d'être glorifié par des miracles, et le vœu unanime du clergé et du peuple appelait sa canonisation. Les états de Provence la deuiiuidèrent à Clément Vl par une députation solennelle. Clément YI céda à un désir si hautement exprimé, et ordonna des procédures qui furent poussées avec activité. Mais ni lui ni son successeurnedécidùi eut rien. Il était réservé au pontife à ([ui Elzéar avait doublement rendu la dignité humaine de décorer son front

(I) Baluie, p. 580 et seq.—lter ilalîcum, p. 774.— Preuves de l'histoire dea cardiDiux français, p. 400.

(S) On ne conçoit pas comment des hommes du mérite de Lenfant et de Spanheim ont pu consacrer Irur talent a raviver ce conte ridicule.

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de la céleste auréole. D'autre part, Urbain V semblait n'avoir relardé un instant ce triomiihe que pour le rendre plus solennel en le décernant dans la cité des martyrs. Ce fut le >I5 ayril io(>9 que le pape paya à son noble parent ce grand tribut de reconnaissance. Rien ne pouvait être plus louchant que le spectacle d'un chef de TÉglise proclamant la sainteté de T homme auquel il devait luimême le titre de chrétien^ Urbain prononça, dans cette circonstance, une chaleureuse allocution qui émut tous les assistants. On dut s étonner alors que Tangélique Delphine n'eût pas été unie dans ce brillant triomphe à son vertueux époux, car le pape avait déjà rempli la formatilé de l'enquête. « Nous scruterions en vain les mutila de a cette omission, dit l'éloquent historien du noble couple. c< La glorification de la sainte ne vint que plusieurs ana nées après, et son culte, quoique d'une plus fraîche « date, n'en est pas moins devenu l'heureux rival de celui « de son époux (i). »

Ces soins de sa piété ne faisaient pas perdre de vue à Urbain ceux de radministration. Il s'occupa d'abord de reconstituer le gouvernement de la capitale. Pour consoler les Romains, qui voyaient avec peine à la téte de la république un sénateur éû'anger, et en même temps abolir rinnovaliua injurieuse au Saint-Siège des réformateurs, il créa une nouvelle magistrature composée de trois membres qui prirent le nom de conservateurs, et devaient fonctionner sous la dépendance du pape conjoinlement avec un sénateur d'origine étrangère. Ce derniei* s'intitula sénateur par la grâce du Saint-Siège, et ses pouvoirs ne devaient durer que six mois (2).

(1) L'abhé Rose, Éludes sur le quatorzième siècle, p. 579. — Baluze,

i. i.p. ses.

(2) Gigli, ap. VKal, 1. 1, p. S02.

HkUMENTS D'URBAIN V. 583

Cependant, ces réformes d'Urbain» si sages et si impertantes qu'elles paraissent, ne portaient pas encore sur le mal. Les souverains pontifes avaient dans Rome un foyer d'insubordination d'où partaient toutes les révolutions qui changeaient la face de la ville. C'était la puissance des bannerets. Ceux-ci, daiis le principe, s'appelaient capporioni, ou chefs de quartier, parce qu'ils présidaient aux treize régions de Rome. Mais, comme chaque région avait sa bannière, bandiera, ils prirent, en 1362, le nom de bannereLs, banderesi. Quoique le pouvoir de ces magistrats eût été de tout temps considérable à cause de leur influence sur la multitude, il ne s'était jiunais élevé aussi haut que dans le moment oii ils changèrent de nom. Alors TadministraLion de la république se trouva presque tout entière . dans leurs mains ; avec le droit de vie et de mort, ils avaient la garde de la ville, dirigeaient la presque totalité des affaires publiques, et ne laissaient au sénateur que le ' soin de rendre la justice. U fallait soumettre ou annihiler cette magistrature. Urbain Y choisit ce dernier parti et l'abrogea. Mais nous verrons qu'il ne réussit qu'imparfaitement à en neutraliser la pernicieuse influence (t j.

Il rappela ensuite de Bologne, sans que l'histoire dise pourquoi, le cardinal Androin de la lioche, et lui substitua, avec le titre de gouverneur général de l'État ecclésiastique, son frère Ânglic Grimoard. La discorde ayant éclaté dans le royaume de Naples entre quelques-uns des grands barons, et cette discorde troublant le repos public, il y envoya en qualité de légat le cardinal d'Âigrefeuille Tancien, Bientôt la reine de Naples elle-même se transporta à Rome pour rendre ses devoirs au pontife. Elle y trouva le iui.de

(l) li iiiiiicoiitrius, Murât., l. XXI, p. 18. — Murât,, AnLiquit. ital. medii l. Il, p. 857. — Vilal, Storia diploui., t. 1, p. 30o. — Bzovius, ann. 1370, ii" o.

384 mSTOIRE DE LA PAPAUTÉ, LIV. XI.

Chypre» qu'un nouveau projet de croisade avait attiré une seconde fois en Occident. Cette rencontre donna Heu à un

incident singulier. On était alors au milieu du carême, époque où le souverain pouiife bénit la rose d'or pour en fairehonneuc à quelque prince chrétien. Contre l'attente gé* nérale, Urbain Y donna la rose de cette année à la reine de Naples, quoique le roi de Clivprese trouvât présent. Le motif decettepréférencefutla jtréeniinencedu royaume de Naplcs sur celui de Chypre (4). Elle ne laissa pas néanmoins d'ex* citérdcs murmures. 11 y eut des cardinaux qui blâmèrent ouvertement la conduite du pape, et l'on alla jusqu'à lui dire en face qu'où u avait jamais vu une reine recevoir la rose d'or en présence d'un roi. Urbain fit taire ce repro* . che en répondant avec beaucoup d'esprit : a qu'on n'ai ce vait jamais vu non plus d'abbé de Saint-Victor de Martt seille pape (2).

L'abbaye du Mont-Cassin» ce berceau de l'ordre de Sainte Benoit, attira son attention. Un tremblement de terre avait renversé une grande partie des bâtiments, il en fit relever les ruines. Une suite d'administrations faibles avaient laissé s'introduire le relâchement parmi les religieux» dont un grand nombre avaient adopté une manière de vivre toute séculière ; il éloigna ces moines peu réguliers, et appela à leur place, des mouastères voisins, ceux qui se distinguaient par leur piété. 11 ne s'agissait plus que d'en* tretenir l'esprit de ferveur dans cette communauté ainsi renouvelée, en mettant a la tète un abbé qui doiiuiU par sa vie l'exemple des vertus, et maintînt par la fermeté de son caractère la sévérité de la discipline. Longtemps il le cher* dia.sans le trouver parmi les monastères de l'ordre. A la

(1) Daluze, 1. 1, p. S8f .

(2) Dimittatis isia verbii» quia eliam Dunijuam tmk vîsom quod ibbaa HasdlientU foisset papa. (Itcr iulicnin, p. 771 .)

EXPÉDITION DE GbARLES IV EN ITÀUB. 865

fin, passant sur toutes les consifléralions pour arriver à son but, ii s'adressa au célèbre André de Faenza, religieux camaldule d'une grande renommée de sainteté, donlle caractère lui faisait espérer une administration vigoureuse, et, au grand étonnement de tous, il le décora du titre d'abbé du MontrCassin. André de Faenza justifia le choix que le souverain pontife avait fait de sa personne, et contribua à restaurer dans cette célèbre abbaye le véritable esprit de saint Benoît (1).

Cependant, pour accomplir les engagements contractés avec Urbain V, Charles 1¥ avait quitté la Bohême au mois d'avril 1568. Il arriva, le 5 mai, à Conegliano, où le marquis deFerrare, Niccolo d'Esté, vint lui présenter ses hommages.. Il était accompagné de 1 impératrice, des ducs de Saxe» d'Autriche, de Bavière, des marquis de Moravîè et de Misnie, de divers autres grands seigneurs, et suivi d'une armée que quelques historiens élèvent au chiffre de cinquante mille hommes de cavalerie, tous parfaitement équipés, et animés de la plus grande ardeur. Ce nombre est très-certiinement exagéré ; mais, comme les auteurs les plus modérés l'évaluent à trente mille, nous devons croire qu'il était considérable. Cette armée fut encore grossie, à Figheruolo, par Tadjonction des contingents que les autres membres de la ligue devaient fournir (2).

Bcrnahos n avait pas eu besoin de voir de ses yeux cette formidable expédition pour deviner quel en était l'objet. La. conclusion de la ligue de Viterbe lui en avait assez appris, et il se tenait prêt à tout événement. Cependant, à la vue de i immense armée que traînait après lui le chef de TEm-

(1) Bahize, t. 1, p. 589. — Luigi Tosti. Sioria délia badia di Monte* Cassino, t. III, 1. VU, depuis la page 54 jusqu'à la page liS.

(2) Cbron. Esicnse, p. 490.-»Chron. Rimiiaese, p. 011.— Annales Me* diolanenses, Uurat., t. XVI.

pife, le cœur aurait dù lui manquer, car la moitié de ces forces suflisait pour conquérir le Milanais. Hais Bernabos connaissait Charles IV, prince faible, dépourvu d'activité et de suite dans les desseins. U espérait le combattre par la ruse d'abord, puis i enlacer dans les replis de sa politique. Il ne se trompait pas. Charles débuta par assiéger sans succès Ostigiia, petite forteresse du Yéronais, qu'il abandonna pour passer le Pô. Mais là, Bernabos, (|uj surveillait ses mouvemeuts, le mit dans le plus grand danger en faisant rompre les digues du fleuve. Charles laissa tous ses bagages dans les eaux. Puis, quand il eut réussi i leur échapper, il alla établir son 4 uartier général h Mantouc et y consuma deui mois du temps le plus favorable aux opérations militaires. Ët lorsqu' enfin, non le désir de poursuivre son ennemi, mais le manque absolu de ressources dans un pays épuisé par lo séjour de tant de soldats, l'eut forcé a se remettre en mouvepienl, il alla perdre encore deux mois à Vérone (1).

Cette inconcevable inaction ne tarda pas à être expliquée. On sut bientôt que Bernabos avait tendu un piège à l'avarice de Charles, ét que ce prince lui avait vendu pour de l'argent une trêve qui fut suivie d'une paix déânitive, publiée le 15 février 1369. Ainsi, cette formidable expédilioii qui avait fait IremlJcr (mite la Lombardie, et dont l'elTet devait être ranéantissemeuL de ia puissance des Visconti^ cette expédition s'évanouit avant d'avoir franchi les frontières dë la Péninsule. N'ayant plus besoin de son armée, Lh.irles en renvoya en Allemagne la plus grande partie (2). Il vint ensuite à Modène, d'oii, passant par Bologne, Lucques et Pise, il se rendit à Yiterbe.

(1) Murât., Annali d'Italin, nnn. 1568. — flcrm. Corneri chr. ubi infni. (â) Mitrat,, loc. cit.— Uerm. Corneri chron^^ap. Eccanl,corp, hist., t. U.

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