EXPÉDITION DI CHARLES IV EN ITAUE
Il y arriva le 13 octobre. Après s'être abouché avec Urbain, qui y séjournait de nouveau, il partit pour Rome* Le pape l'y suivit, et fit une seconde entrée solennelle dans cette ville. L'empereur, à pied, lui servît d'écuyer et l'accompagna jusqu'à Saint-Pierre en (eiiant les rênes de sa monture. Le novembre, Rome eut le spectacle du cou-* ronnement de l'impératrice» quatrième femme de Char* les IV. Pendant la messe que le pape célébra à cette occasion, rcmpcreur lit les lunclioiis de diacre et servit le vicaire de Jésus-Christ du livre et du corporal, sans chanter toutefois rÉvangile, privilège qu'il n'exerçait que le jour dexNoël(l).
Ces faits accomplis, Charles reprit la route de la Toscane. Son séjour en Italie ne servit qu'à faire éclater le mépris qu'inspirait sa persoâne. LesSiennois le chassèrent de leur ville ; les Pisans lui refusèrent l'entrée de la leur. A peine s'il put trouver un asile à Lucques. Enfin, après avoir extorqué aux républiques qu'il visita le plus d'argent qa'il put, et nommé pour son vicaire le cardinal Gui de Boulogne, il retourna en Allemagne (2), laissant In Lombardie et une portion de la Toscane en guerre, les Guelfes frustrés de l'espérance qu'il leur avait fait concevoir d'abaisser la puissance des Visconti, de délivrer l'Italie des brigands qui l'infestaient, et le pape dans la plus fausse position vis-à-vis de divers seigneurs, notamment de Bernabos. Heureusement pour Urbain Y les circonstances lui permir^t de reprendre, à l'égard des Visconti, une attitude menaçante; car, par ses intrigue?, Bernabos ayant mécontenté Florence, cette république, qui n'avait point voulu prendre part à la première ligue que la trahison de
(1) Baluzc, t. I, p. 383 et 409.--Itcr italicum, p. 771.
(2) Murai., Aanali d'Ualit, ann. 4309. — Baluze, U i, p. 385.
S8S HISTOIRE DE lA PAPAUTÉ, LIT. XI.
Tempereur venait de distioudre, en sollicita elle-même, près du* pape, une seconde qui fut conclue, le 34 octobre 1369, entre clic, le Saint-Siège, le marquis de Fer» raie, celui de Padoue, Bologne, Pise et Lucques (1).
11 était réservé à Tannée 4569 démontrer à ritnlie ce qu*elle n'avait point vu depuis le partage définitif de l'empire romain entre les enfants du grand Théodose : les empereurs d Occident et d'Orient la visitant à la fois. Charles IV avait à peine quitté cette Péninsule que Jean Paiëologue y arriva à son tour. Le monarque allemand n'avait paru sur le théâtre de l'antique gloire romaine que pour y chercher des humiliations, le monarque grec y vint apporter les siennes. Le successeur de Constantin ne conservait guère de l'héritage de cet illustre empereur que le titre qui y donnait droit. Pour l'empire, il n'existait plus que dans une capitale sans cesse menacée et dans quelques provinces dévastées dont les Turcs emportaient chaque année des lambeaux. Ce ne pouvait être de victoires remportées aux extrémités de l'Asie (jue Jean l'alcologue venait entretenir la ville ctcrnelle. Pauvre et vaincu, ayant même besoin des lettres protectrices d'Urbain pour traverser avec sécurité des mers où régnait jadis le noble pavillon de ses prédécesseurs, il venait annoncer sa détresse et mendier des secours pour prolonger de quelques instants encore l'agonie de son empire. Le pape le reçut avec les honneurs dus h son titre auguste, de manière à lui faire oublier sa faiblesse et son infortune. De son côté, Jean Paléologue prononça l'abjurai io]) la plus explicite des erreurs des Grecs sur le mystère de la Sainte-Trinité, la matière de TEucharistie, et reconnut la suprématie de l'Église romaine sur toutes les autres Eglises, d'abord en pré^euce
(I) Spécimen Bill. Sozom. Pistor., t. XVI, p. 4086.
GRANDEUR D'UUBÂUN V. 589
des cardinaux d'Oslie, de Naples, des Orsîni et de Saint- Pierre, ensuite plus solennellement quelques jours après, dans l'église de Saint-Pierre, en présence du pape et de toute la cour romaine ; il se prosterna devant le souverain pontife, qui l'admit au baiser «les pieds, des mains et du visage, et lui donna un magnini|Lio l);inquef (1). Quant au but réel de son voyage, Jean Paiéoiogue dut bientôt se convaincre qu'il n'avait rien à espérer. Ce fut en vain qu'Urbain essaya d'engager les compagnies h passer en Orient. Ces milices, fjiites au Lrigaiidage, refusèrent, en Italie comme en France, de renoncer à des guerres faciles et lucratives pour aller éprouver la barbare et fougueuse valeur des Ottomans. Ce fut inutilement encore qu'il recommanda ' le monarque de Bysance au roi de Fiance, à la reine de Naples. aux Génois et aux Vénitiens. Ces derniers même» comme il revenait de France, rarrétèrent à Venise pour ses dettes* et le successeur du grand Constantin n'obtint la faculté de retourner à Constantinople que grâce à la générosité de son fils Emmanuel, qui vint se constituer prisonnier à la place de son père (2).
Pour Urbain V, il semblait parvenu au comble de la gloire. L'Orient et l'Occident s'étaient réunis pour lui rendre hommage. Jamais aucun de ses prédécesseurs n'avait contemplé un plus grand nombre de souverains agenouillés devant la majesté de la tiare. Presque toutes ses entreprises avaient été couronnées du succès; les provinces placées naguère sous le joug des tyrans reconnaissaient • l'autorité du Saint-Siège. Les Pérousins seuls avaient résisté ; mais, après une courte lutte, ils se disposaient aussi
(1) Baluze, 1. 1, p, — Iter Ualicum, p. 773. — Raynald, ann. 1369,
(2) Id., n" 4, et ann. 1370, n** 4. — Clialcoud., de Rébus turcicis, édit . venit.,. p. 20.
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à la soumission. L'influence morale de la Papauté, qu'Urbain Y« au début de son règne, avait trouvée affîiiblie, il Favait relevée au point d*imprimcr de la crainte à tous les princes de l'Europe (1), el li pouvait dicter la loi à l'Italie. Sans doute, une large part de ces glorieux résultats était due aux talents du pontife, à son noble caractère ; mais n'élaienl-ils pas aussi le fruit de sa nouvelle position? En revoyant la cité des iVpôtrcs, Urbain avait retrouvé le siège de Pierre ; on rentrant dans le palais où les ombres des Grégoire YU, des Innocent lU, semblaient régner encore, il s'était replacé au foyer de leur influence, et avait accru la sienne de tout le prestige qui entourait la m(> moire de ces illustres pontifes.
Et toutefois» au milieu de cette situation si capable d'enivrer un cœur d'homme, qui le croirait? Urbain V n'éprouvait que des dégoûts! Celui qui, pour restaurer la Papauté dans son. siège naturel* avait brisé tant d'oppositions, accompli tant de sacrifices, renoncé à tant d'affeotions, nesuppui lail <|u'avec peine le séjour de la patrie. On aurait dit que le regret d'avoir quitté l'exil le poursuivait comme un remords. De même que s'il eût étouffé dans Tatmospbère qui l'environnait, on le voyait promener avec inquicludc la cour romaine de Rome à Viterbe et de Viterbc à Monleljascone. Il avait fini par s'arrêter à cette dernière ville. Ii*air y convenait mieux à sa santé; et puis les sites pittoresques des environs, des campagnes |4us fraîches, lui rappelaient sans doute les sites poétiques et les plaines verdoyantes du Comtat-Yenaissin. Le palais y touibait eu • i:ain^ ; il le lit reconstruire sur un meilleur plan. Ce lieu manquait de bonnes eaux ; il fit exécuter avec activité tles travaux qui en amenèrent en abondance. Montefiascone
(1) A cuactis mundi principibus timeUtur. (Baluse, t. f, p. 416.)