‹ Histoire de la papautë pendant le XIV" sic̀cle, avee des notes et des pièces justificativesChapitre 55 sur 66 · SAINTE BRIGITTE · texte numérisé non relu

SAINTE BRIGITTE

ii'avîiit point de siège épiscopal; il y en érigea un. Tout paraissait anuoncer que ce nouveau séjour allait fixer Tâme inquiète et malade du pontife (i). Mais bientôt Montefiascone» avec son palais embelli, ses limpides eaux, son air pur, ne put suiliie à Urbain; il ne voyait plus que la France. D'ailleurs, habitué au calme profond dont il jouissait dans ce beau pays, les luttes politiques qu'il fallait recommencer î^ans cesse avec les Ilalicns le fatiguaient. Avec son âme douce, bienfaisante, ses intentions si droites, il ne pouvait comprendre qu'il y eût besoin de brisér des oppositions pour faire prévaloir une autorité toute paternelle. Enlin, au mois de mai 1370, il déclara à la cour romaine qu'il voulait retourner à Avignon, et que chacun eût à se disposer au voyage. Le motif qu'il donna au monde chrétien pour justifier celle subile résolfidon fut le besoin d'aller sur les lieux travailler à la réconciliation des rois de France et d'Angleterre, que la guerre divisait de nouveau (2).

Cette nouvelle pénétra de douleur tous les vrais lidèlcs, qui voyaient dans le départ d'Urbain recommencer l'exil de la Papauté. Il y avait alors à Rome une sainte dame suédoise nommée Birffilte ou BrirfiUe, illustre par sa naissance, plus illustre encore par sa piété. Élevée sous les sombres cieux delà Scandinavie» elle avait, danssa vertu même, quelque chose d'austère et de rude qui ressemblait au climat où elle avait vu le jour. L'indication seule de ses pénitences lèrait frémir; on les prendrait pour des fables si Ton ne ^vait pas que Tamour divin élève la nature humaine au-dessus d'elle-même. Du reste, Brigitte n'était dure que loin des regards étrangers ; car, dans tous ses rapports avec le

(1) Baluzc, l. I, p. 382.

(2) 1(1., 1. 1, p. 300 et seq.

Di

m iU^TOIUË DE lA PâPâUTÊ, LIV. XI.

monde, elle ne laissait voir que modestie, docilité, douceur, charité, grâces même. La piété s'était développée chez elle presque au sortir du berceau« A Tâge de sept ans. Dieu commença à Thonorer de ses communications.

Celte faveur devint li cquente dans la suite. A dix ans, elle vit Jésus crucifié, et apprit de la bouche même de rhomme^Dieu que tous ceux qui méprisaient ses grâces renouvelaient son supplice. Ce fut à la suite d'une de ces visions ({u'elle entreprit le pèlerinage de Home. Son but était d'obtenir l'approbation du Saint-Siège pour la règle d'un ordre qu elle avait fondé (i). Hais la voix céleste qui l'avait déterminée à visiter la capitale du monde chrétien lui avait, dit-on, ordonné d'y rester jusqu'à ce fjirelle y eût vu le pape et l'empereur. La présence d'Urbain Y et de Charles IV semblait devoir borner la mission de Brigitte. Mais le Seigneur lui apprit qu'elle en avait une autre à accomplir. Le départ du pape n'eut pas plutôt été annoncé, qu'elle connut en vision que, si Urbain V retournait au lieu où il avait été élu souvei ain pontife, il ne tarderait pas à recevoir sur le visage un coup dont ses dents seraient ébranlées et ses yeux obscurcis, et qu'il serait bientôt traduit devant le tribunal suprême pour y rendre compte de son administration (2).

Cette révélation, où les plus grands malheurs étaient prédits à Urbain, fut d'abord communiquée au cardinal de Beauforl. Elle émut vivement ce prélat ; mais la crainte l'empêcha d'en parler au pape. Alors Brigitte se transporta elle*méme à HonteGascone, et lut, dit-on, de sa pi pre bouche, au souverain pontife, le manifeste divin (o).Mais,

(Ij Vaslûviii?, do Sanct. Scandinaviœ, in-fol., 1625.

(•2j lievelaliones S, Brii^^ittaf», in-fol., édit. Anvers. 1. IV, c. cxxxvin.

(5) Kayaald, 1570, 19.— Gobclioi, Persoa«B Uosmodrom., c. mai,

RETOUR D'URBAIN m FRANCE. 595

soit qu'Urbain refusai de croire à la divinité de cet oracle, soit qu'il eût l'intention d'en décliner la menace en retenant plus tard en Italie lorsqu'il aurait terminé les aflaires d'oulre-iiiojits, sa résolution n't ii fut pas ébranlée. Les ambassadeurs du sénat et du peuple romain qui vinrent le solliciter do retourner dans leur ville ne l'émurent pas davantage, a Soyez les bienvenus, leur dit-il; TEsprit- « Saint m'a conduit en ces lieux pour l liouneur de TÉglise; « il me conduira ailleurs pour la même fin. Si je ne suis a pointavecvousdecorp . j'y serai assurémentde cœur (I).» Il les congédia avec cette réponse. Le gouvernement de Rome l'occupa alors, et il publia plusieurs ordonnances par lesquelles il intimait au peuple romain et au sénateur Bernard Monaldesco de maintenir les réformes qu'il avait faites, et surtout de ne jamais rétablir la mag istrature détruite des baunerets, sous peine d'encourir les anatbèmes de rÉgiise et d'être traîtres à la patrie. Il nomma, pour succéder h Monaldesco dans la di<rnité de sénateur Delio Panziatico, personnage issu d'une noble maison de Pistoic; établit pour ses vicaires, dans Tordre spirituel, les évéqnes d'Arezzo et de Lucques, les chargea d'achever les réiormes qui n'étaient qu'ébauchées, de dresser les règlements nécessaires au maintien de la paix et à l'approvisionnement de la ville (2), et, le 5 septembre 1370, il s'embar* qua, avec toute la cour romaine, au port de Cornelo, sur les galères de la France, de Naples, de l'Âragon et de la Provence. Le 46 du même mois, après une heureuse navigation, il débarqua à Marseille, cl, le 'i 'i, il ïii <on entrée à Avignon au milieu des transports d'une allégresse d'au*

(1) Bene Tenerîtk, illii mei; sanctus Spirîtus duxii ad me partes istas, et reducet me ad alias ad honorem Ecclesiie aanctas. Et, ai non sum vobiscum personalîter, tamen ero cordialiter. (Rer italîcum, p. 774.)

(2) BïEor., ann. 1370, n"" 5.

304 mSTOlfiË DE U rÀPAUlÊ, UV. XL

tant plus vive qu'on y avait mint de ne plus le revoir (i).

Mais eette allégresse devait bientôt se changer en deuil* La terrible menace de Brigitte ne tarda pas à s'accomplir.

Dans la plénitude do sa force, de son activité, et lorsqu'il promettait un long règne, Urbain fut tout à coup saisi d'une maladie dont les rapides progrès tirent pressentir sa Cn prochaine. Tant que ses forces le lui permirent, il expédia les affaires de l'Église ; il reçut même les ambassadeurs de Perouse» et eut le courage d'écouter une longue et fade harangue (2). Comme cet empereur, U pensait qu'un souverain doit mourir debout. Maib bientôt, sentant la vie l'abandonner, il comprit qu'une seule chose devait l'occuper désormais, celle de se préparer à paraître devant le tribunal du Dieu suprême, et ses derniers instants furent exclusivement cunsaci'és aux pensées de la religion. On dit qu'alors un vif regret d'avoir ramené le Saint-Siège en France s'empara de son âme, et qu*il cxpriuia le vœu de retourner à Rome si le Trè<;-Iïaut lui rendait la santé. Mais son heure était venue. Ni l ltalie ni Rome ne devaient le revoir. Perdant toute espérance, il se fittranspoi 1er dans le palais de son frère Ânglic Grimoard, qui ne se doutait pas, à Bologne, de la perte qui le menaçait. Ce fut là que, le 19 décembre 1570, après avoir fait ouvrir les portes de l'appartement, aûn que tous les fidèles pussent voir comment mourait un pape, couche ' sur un mauvais lit, revêtu de 1 habit de Saint-Benoît qu'il n'avait jamais quitté, tenant dans ses mains l'image de Jésus crucifie et donnant tous les signes de la plus sui^lime résignation, il rendit son âme à Dieu. U avait à

(1) Baliizc. t. I, p. 591.

(2) Papyre Mas^on, in UrlMnum V.

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MORT D'UIlBAIiN V. 395

peine commencé ia neuvième année de son pontiiicat« Son

coi j)s fut d'abord déposé provisoirement dans l'église de Notrc-Dame-des-Dons. Plus tard on le transporta dans celle de SainUVictor de Marseille» qu'il avait choisie pour le lieu de sa sépulture ( I).

(1) Balnzc. 1. 1, p. 598 el 4i2.^Duclie8Qe, Preuves de rhisloire des cardiii&ux français» p. 400.

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