‹ Histoire de la papautë pendant le XIV" sic̀cle, avee des notes et des pièces justificativesChapitre 57 sur 66 · ÉLOGE D'URBAIN V. 39T · texte numérisé non relu

ÉLOGE D'URBAIN V. 39T

pendanl huit jours comme dans les grandes calamilcs, et Ton y célébra, le 5 janyier, pour le repos de Tâme du bon pape, un service qui fut presque un événement ; car les princes, les seigneurs voisins et plusieurs villes s'y firent représenter (1). Urbain Y était digne de provoquer ce témoignage public de l'estime et de l'affection des peuples. On a écrit de lui que pendant le cours de son administration il ne fît jamais aucun méconlenl ( i). Cet éloge, que n'a point démenti la postérité, si rigoureuse envers JessouverainStvaut à lui seul tout un panégyrique et nous donne la mesure de Thomme. Notre pontife connut, en effet, un grand secret ignoré de la plupart des princes, celui de régner pour les peuples et non pour soi. La justice fut . constamment la règle de ses actions ; il la recommandait anx cardinaux, il la recommandait aux rois, et en punissait sévèrement les viola lenrs (ô). Accessible à tons, affable pour tous, il Tétait principalement pour les pauvres. Il partageait avec eux les mets de sa table, s'inquiétait de leurs besoins, de leurs maladies, faisait rechercher avec soin ceux que la honte de paraître nécessiteux retenait captifs dans leurs maisons ; pensionnait les veuves, servait de père aux orphelins, dotait, selon leur condition, les filles nubiles, afin que leur vertu pût trouver une sauvegarde dans le mariage.

11 ne s'inquiétait nullement de grossir le trésor pontifical (4). L'argent ne lui semblait utilement employé que lorsqu'il avait servi à faire des heureux. Il est des talents

0) Cron. di Bologna, t. XVIil, p. 490 et m (V) Petrarch., Sentt., 1. lU, ep. xni.

(3) Inquisitio coiiimissarionim démentis VU, in Vitam Urbani V, apud Biovittin, anno 4870. C'est du procès-veriNil de oeUe enquête qne nous avons tiré ce que nous disons de la Terlu d*Urbain. .

(4) Non enim curavit coacemre pecunias. (Baluse, t. i, p. 300.)

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que la pénurie de ressources oblige à rester dans i obscurité; Urbain porta sa sollicitude sor ces capacités étouifées par la gêne, el il y eut» pendant tout le temps de son ponti^ ficat, au moins mille étudiants, dans diverses écoles, nour^ ris et entretenus à ses frais (1). Il fonda, à Montpellier, un collège de douze écoliets en médecine, auxquels il assigna un revenu suiYisant pour les conduire au bout de leurs éludes (2), Pendant une disette, il y eut un grand nombre de personnes en Guienne, à ÂTignon» dans le Comtat-Venaissân et jusqu'en Italie, qui ne durent la oonservalkm de leur vie qu'à la charilc du pape.

Urbain ne possédait pas seulement les qualités qui font les bons princes; 11 pratiquait encore les vertus qui font les saints. Chaque jour, après avoir dévotement confessé ses péchés, il célébrait le sacrifice de la messe ou y assistait. Sa ferveur dans la prière allait quelquefois jusqu^à lui faire verser d'abondantes larmes. Sa manière de vivre était celle du religieux le plus austère; il n'y admettait aucune satisfaction pour la nature; son repas était frugal et assaisonné d'une pieuse lecture. Il jeûnait le Carême et r Avent tout entier; le mercredi, le vendredi et le samedi de cliaque semaine il ne prenait que du pain et de 1 eau. Nous ne parlerons point des secrètes macérations qu'il savait ajouter à ce régime sévère. <€ L'or et l'argent, disait^il, ne « sont que de la terre souillée ! » Aussi n'en voyait-on point dans ses appartements. Tout y respirait la simplicité; sa chambre ressemblait plutôt à la cellule d'un pauvre moine qu'à la chambre du chef suprême de l'Église. Le népotisme lui était en horreur. Nous avons vu qu'il n'éleva aux dignités de l'Église que deux membres de sa famille dont le mérite

(1) Quandiu vmi m papatn, sqU «ipensis teniiit mille stndentes in diversîs stndlis. {Baluze» p. 895.)

(2) M., loc. cit.

PIBRRS ROGER Dfi BBAUFORT. 390

personnel était incontestable* Les autres durent se contenter de simples bënéûees ou de quelipie emploi dans la conr romaine. Qnant aux laïques, aucun ne lui dut sa fortune. Il s'o[>posa même à ce que son père acceptât une pension de GOO livres que le roi de France lui offrait en considératîondu pape, et il voulut que son neveu, auquel l'héritage' paternel revenait tout entier, choisît une compagne dans , un rang inférieur au sien (I). Sa sainlelé éclata après sa mort par des miracles si nombreux, que le roi de France, le roi de Danemark, la reine de Naples^ les évêques de Lan* guedoc et de rrovencc, sollicitèrent sa canonisation. En eiïet, Clément VU commença des procédures ; des informations furent recueillies. Mais le malheur des temps empêcha rÉglise de terminer cette affaire. Depuis, elle n'a plus été reprise. Urbain V a laissé quelques opuscules en vers et en prose et un volume de lettres dont le manuscrit est conservé au Vatican (2).

La Providence voulut que le grand homme que TÉglise venait de perdre fut dignement remplacé par le cardinal Pierre Roger de Beauiort, neveu de Clément Vi. Ce pontife avait deux frères, Hugues Roger, que nous avons vu refuser si glorieusement la Papauté dans le conclave ot fut élu Urbain Y, i L Guillauaie de Beaufort en Vallée, seii^neurde Rosière et de Chambon. Ce dernier eut en premières noces, de Marie de Chambon, dix enfants. Pierre Roger, lesecond de ces enfants (5), suivit la carrière ecclésiastique et devint successivement prieur de La Haye aux Bonshommes d'Angers (4), notaire apostolique, archidiacre de T église

(1) Baluxe, 1. 1. p. 397.

(2) De Sade, Mémoires pour la vie de Pétranfue, t. IH, p« 77â.^Ilulfl, niflt. de Ifaneille, t. U, p. 159 et 160.

(S) Baluze, 1. 1, ad notas, p. 851 et 10$9.

(4) Oa Toyaît eDcore, au dix-septième siècle, sur la cheminée de la*

400 mSTOIBE DE U PAPAUTÉ, UV. XU.

de Rouen, de Sens, chanoine de Narbonne, de Paris, doyen de Bayeux, et enfin cardinal du titre de Sainte-Harie-la- Neuvc. Il avait à peine dix-huit ans lorsque son oncle Téleva à cette dernière dignité. Un mérite supérieur pouvait seul justifier une aussi précoce promotion ; celui du jeune Bo* gér Tétait en elîet. De bonne heure il déploya, pour la théologie, la philosophie et la jurisprudence, des lalents qui étaient comme héréditaires dans sa famille. Ces talents, cultivés par d'habiles mains et un travail assidu, le rangèrent plus tard parmi les hommes de son temps les plus distingués dans la science (1). Tout cardinal qu'il était, il ne crut point rabaisser la majesté de la pourpre en allant à Pérouse entendre les leçons du célèbre Balde des Ubaldis, que la voix publique proclamait alors le premier jurisconsuUe de son siècle. Sous un maître si remarquable, Pierre Boger fit de tels progrès dans la jurisprudence/son jugement acquit une telle maturité, que Balde lui-même interrogeait la peubée de son disciple, prenait son avis avant de répondre aux consultations qu'on lui adressait, et, s'étayant avec une noble modestie de Topinionde Roger comme d'une autorité décisive, avait coutume de dire en pareille occasion : c< Notre maître a parlé « ainsi sur cette loi (*2). » Aces rares talents de l'esprit, le neveu de Clément YI joignait les qualités du cœur, plus précieuses encore. Bien ne ternit jamais la pureté virgi-

snîlf. SCS nrmoR : d'argent, a la hande d'azur acconipflgiH'C de six roses de gueules. (Duchesnc, Ilist. des cardinaux français, p. 615.)

(1) Qui ila inmuUi^ f^cicntiarnm gonerilms profuit, ul einincntissimus <;cientiœ doctor a cunclis iiabereUir. (fialuze, t. 1, p. 478.) — Ern Gregorîo doctissimo en todo gcnero de ciencia, y principalmenlc en derecho cauo* nico y civil. (Gonz;i1o lllcscas, p. SJS.)

(2) Sicpius ejus dicta aUegaret dicens : Dominus Dosler in bac lege sic dicit. (Bahise, 1. 1, p. 479.)

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