‹ Histoire de la papautë pendant le XIV" sic̀cle, avee des notes et des pièces justificativesChapitre 58 sur 66 · IL EST ÉLU SOUS L£ NOM DE GRÉGOIRE XI · texte numérisé non relu

IL EST ÉLU SOUS L£ NOM DE GRÉGOIRE XI

nalede son corps (1). Il mêlait à tout ce qu'il faisail un parfum de piété qui l'avait fait surnomuier \e pieux Pierre de Beaufort (^), Tous les historiens ont Tante à Tenvi son bumilité, sa modestie, sa prudence, sa libéralité, sa douceur inaltérable» son affabilité (5). La réunion de dons si rares lui avait acquis dans le Sacré Collège une réputation que ne lui disputait pas même la jalousie» Tennemienée des mérites supérieurs, parce qu'il n*affichait aucune proteiUion et ne voyait autour de lui que des frères, non des rivaux (4). U n'y avait pas jusqu'à la faiblesse de la santé de Pierre Roger qui ne prêtât de l'attrait à sa personne. D était, disent les biographes, pâle, d'une cumplexion délicate, maladive (5); et l'on sait qu'il y a dans cette pâleur» celte débilité corporelle des hommes qui régnent par la beauté et l'énergie de leur intelligence, nn charme secret qui séduit et captive. Ce fut ce jeune et brillant cardinal que le Sacré Collège, d'une voix unanime» donna pour successeur au pape défunt, le 30 décembre 1570, après avoir tenu le conclave une nuit seulement. Cette élection ne surprit et ne contrista qu'un seul homme, celui-là même qu^elle élevait à la première des dignités humaines* Long-

{i) Hîc, ut famabaUir, erat incomiptœ carnîs. (Cornélius Zanlfliet, ap. Martenne et Durand» script. Te&er. CoUect., t. V, p. 204.)

(2) Dictus fuit pitts Petras de BelloforU. (Magn. Chron. Belg.» ap. Pister.» t. m» p. 346.)

(3) Voir la note de Baluze, 1. 1, p. 1060, et la p. 496.

(4) Humanus cl plus ab omnibus iil luncc diligerelur. (Plalina.) — Era sommamente amado de lodo cl miindo. (Gunzalo lllescas, p. 38.)

(o) 1 a))a Grcgûiius a jiivcnlutc salis debilis et valetudinnrius. (Baluze, t. I, p. M\.) — Vullu iiallidus et com|dexionis adiuoJuin dilic^t.T. fid., p. 479.) — Vir debilis complcxionis et fréquenter laïK'uidus. ( Cornel. Zanlûict, p. 294.) — Froissart dit encore : Ce pape éloil de petite complexion, et ressoingnoil tant peine que uul plus de lui, car il étoit tout maladieui. (L. II, c. xx.)

temps il refusa d'accepler une charge qu^il jugeait beaucoup trop au^essus de ses forces ; mais enfin il fallut céder aux pressantes sollicilalions des cardinaux et suri eut à la coosidération du bien de l'Église. 11 avait à peine quarante ans. Comme il n'était encore que diacre» il fut ordonné prêtre par le cardinal Gui de Boulogne, le 4 du mois de janvier, .puis sacré évêquc et couronné pape sous le nom de Grégoire XL Dans la camkaia qui suivit, selon Tusage, la cérémonie du couronnement, le duc d'Anjou, qui se trouvait à Avignon, servit d'écuyer au nouveau pontife (1).

Peu de jours après cette intronisation, le roi de Navarre, qui venait tout récemment de se réconcilier avec le roi de France, arriva à Avignon pour complimenter le nouveau pape sur son élévation. H y fut bientôt suivi par les ambassadeurs du roi d Aragon, qui prêtèrent serment de iid^, lité, rendirent Thommage lige au Saint«Siége et renouvdSrentles traités faits avec Boniface VDI. Un des premiers soins de Grégoire fut de laii c respecter les droits ecclésiastiques, lie roi d'Aragon opprimait la liberté de 1 Église dans la province de Tarragone ; le roi de Portugal avait enlevé à Tarchevéque de Brague le domaine de cette ville ; il écrivit îi ces deux monarques de cesser de tels abus. Il invita de même Amédée, comte de Savoie, à restituer à l'évéque de Gênes les privilèges dont il l'avait dépouillé (2). 0 porta ensuite son attention sur l'Italie. Quoique Pérouso eût été réconciliée avec le Saint-Siège par Urbain V, Grégoire XI refusa de conlirmer le vicariat qu'il y avait établi, malgré les instances des ambassadeurs florentins, qui demandaient celte conflrmation. Le pape mettait pour condition me <jpta

(1) CoDtm, GitlHel. de Nang., in Spicileg., t.ni. ^ Balue, 1. 1, \t. 4i6 et 451.

(2) Raynald, ann. 1S7I, n« 4, 5 et 0.

OCCUPATION DE PÉROUSE. m

non à cet acte le rappel des exilés. Les envoyés de Pérouse s obstiaèrent à rejeter cette condition, et quittèrent Avignon sans avoir rien obtenu. Mais, pendant que les négociations duraient encore» le cardinal dTstaing, que le feu pape avait établi gouverneur du Patrimoine, profita habilement d une. disette de vivres qu'éprouvait Pérouse, forma une intrigue avecles exilés et leurs amis influents, et parvint à se faire déclarer seigneur de cette ville dont il prit possession au nom de l'ÉgUse avec une grande solennité (!)• Ce succès jeta l'alarme dans Florence. On n'y vit pas sans eflfroi cette extension subite de la puissance pontificale. La république s'en plaignit vivement. Grégoire XI, qpii voulait maintenir ses bons rapports avec les villes de la Toscane, s'excusa, et ne trouva riea de mieux, pour faire droit à ces plaintes, que d'ôter au cardinal d'Estain^ la légation du Patrimoine en le chargeant de celle de Bologne, d'où le cardinal Ânglic Grimoard fut rappelé. Mais on eut soin de conserver Pérouse. Philippe de Gabassole, proinu au cardinalat par le feu pape, vint remplacer Pierre d'Ëstaing : c'était là un excclio^ choix. Cabassolc avait une haute probité, un noble cmMHb, de rares talents, une longue expérience des affaires : nul mieux que lui n'était capable de faire revivre la sage administration du grand iËgidius Àlbomoz. Hais il resta à peine une année à Pérouse. Son âge était avancé, sa santé ne put se faire au climat de l'Italie, et il mourut au mois d'août 1 572. Girard du Puy, abbé deMontmajeur enTouraine, et parent du pape, succéda à Gabassoie (â). Quelque temps après, Pierre d'£s^ laing fut lui-même rappelé de Bologne, et remplacé par le

(1) Buoninsegni, Hist. fioreiitina, in-S**, Florence, p. 5oi el 5îi2.— Baluzp, t. I, p. 427. — Spécimen lîist. Sozom. ristoi-., I. XVI, p. 1091.

(2) Buouins., p. 5ô2. — Spécimen Uist. Sozom. Pistor., p. 4091. — De Sade, t. m, p. 785.

404 UISTÛIRE DE LA PAPAUTÉ, LIV. Xll. |

cardinal de Saint-Ange, Guillaume Noeliet. Celle rapide

succession de légats, dont les deux do^niers, étrangers aux

mœurs de Tllalie, et sans expérience des affaires, n étaient

point au niveau de leur posiliou, produisit de fâcheux ef*

fets au milieu de populations mal soumises, naturellement i

inquiètes, disposées à 4a révolte, et déjà sous rinfluenee

d'un secret mécontentement. 1

Grégoire Xf s'occupa aussi do la grande affaire qui avait ramené Urbain Y d'Italie à Avignon, de la réconciliation de la France et de TAngleterre. Ici la face des choses était bien changée. Depuis la rupture de la paix entre les deux gouvernements, le génie profond de Charles V et les talents militaires de Bertrand Duguesdin avaient donné à h . France, sur sa rivale, une prépondérance victorieuse. Ce n'était plus la France qu il iailait sauver des mains de l'Angleterre, mais l'Angleterre qu'il s'agissait de soustraire aux vengeances de son ennemie* Grégoire chargea de cette mission paciOque les cardinaux Jean de Dormans et Simon Langham. Pour manier dos esprits aussi profondément irrités que ceux des deux monarques, il aurait fallu des négociateurs au moins désintéressés dans la querelle. En cela le choix du pape ne fut pas heureux. Il est vrai que c elait celui de son prédécesseur, el qu'il ne vuulut point y déroger ; mais il tombait sur les hommes les moins capables de mener à bout une mission si délicate. Tous deux avaient été les chanceliers et les sgnis personnels de leurs monarques respectifs. Dans les conférences qui s'ouvrirent en Picardie, ils montrèrent de la partialité : on ne put s'entendre ; les conférences furent rompues, et les deux légats revinrent à Avignon sans avoir même pu faire conciure line simple trêve (1).

^ (4) Salttie, 1 1, p. 4S7.--Baynald, ann. 4871, 1 DaTillet, Recueil det inités, etc., p. 865.

DERNIÈRE LÉGATION DE GUI DE BOULOGNE. m

. Grégoire XI réussit mieux en Espagne. Depuis le mo- ^

ment où cette péninsule avait attiré raltenlion du Sainl- Siége, elle avait subi d'étranges révolutions : Pierre le Cruel, après avoir lassé la patience de ses peuples par ses débauches, sa tyrannie, ses excès de tout genre, venait entin d eu recevoir la punition. Nous avons vu, en 1565, les compagnies passer les Pyrénées sous la conduite de Bertrand Duguesclin pour alFer soutenir les prétentions de Henri de Translamare au trône de Castille. Pierre ne put lutter contre cette terrible invasion, et fut obligé d'abandonner à son frère la couronne avec la vie, que celui-ci osa lui arracher de ses propres mains. L'année 1569 vit ce tragique dénoûment. Dans toute autre circonstance l'action de Henri de Transtamare aurait excité une horreur générale; mais, après les excès de Pierre le Cruel, elle fut accueillie comme un bicnrail et Henri comme un libérateur.

d^ndant, si le calme était rendu aux peuples, la discorde divisait encore les princes, et la guerre menaçait de se rallumer entre la Castille, le Portugal, l'Aragon et la Navarre. Pour apaiser cette querelle naissante, Grégoire XI envoya en Espagne Tévèquede Brescia et Bertrand de Cosnac, évéque de Comminpes, qui devint cardinal pendant cette légation (1). Ces prélats, après bien des démarches, parvinrent à moyenner une trêve, à Castel-Fabi» entre la Castille et l'Aragon (2) . (Tétait là un heureux préliminaire. Pour achever l'œuvre commencée, le pape jugea nécessaire la présence du grand négociateur qui avait déjà une fois pacifié TEspagne, et .il donna ordre au cardinal Gui de Boulogne de s'y rendre. Le légat mit la plus grande diligence dans l'accomplissement de sa mission, et arriva

(1) BRvnald, ann. 1571, 4.

(2) Ferreras, HUt. générale d'Espagae, t. V» p. 430.

400 HISTOIHE DK LA i'Af AllE, LIV. XII.

^ à Giiidad-Rodrigo» d'où il annonça à Henri la but de son voyage; puis, sans s'arrêter, il passa en Portugal polfir

traiter avec Ferdinand. Tout lui réussit. Par sa sagesse, sa dextérité, il sut calmer l aigreur des esprits, inspirer à Henri victorieux des propositions modérées» à Ferdinand l'oublî de la vengeance.' Les deux monarques eurent en^ suite sur le Tatre une entrevue où ils arrêtèrent les condition d'une paix dciimtive, que vint bientôt cimenter le mariage de l'infant, donSanche, frère de Henri, avecdonaBéatrîx, sœurdeFerdinand. Cette première paix fvlbientdt suivie d'une seconde entre la Castille, la Navarre et TAragoï!. Le cardinal de Boulogne en eut encore la gloire. Choisi pour arbitre entre les parties belligérantes, il prononça avec, cette équité souveraine qui commande la soumission, et, des deux côtés, on posa les armes. Cet acte fut le dernier de Gui de Boulogne, de grand politique finit peu après sa carrière à San-Dominieo, où les conférences avaient eu lieu entre les deux rois ( i ) . - t r

Grégoire termina encore à l'avantage de l'Église romaine une affaire /|ui avait été, pendant plus de soixante ans, un des plus giMMoibarras de la Papauté : la réconciliation de la Sicile avec le royaume de Naples* Depuis que le premier Frédéric d'Aragon avait usurpé cette île sur riiérilagedc la maison d'Anjou, toutes les tentatives de concordats entre les Siciliens et les souverains de Naples avaiént échoué, ce qui entretenait les premiers dans un état permanent d'iiQSlililés avec le Saint-Siège. Grégoire voulut enfin régulariser une situation qu'il n'était plus au pouvoir de qui que ce fût de changer. Apr^ quelques négociations avec les deux cours de Naples et de Palerme, on finit par s'en-

(I) Pemras, Hist. géo. d Esp., p. 435 el 4Sa. — Ra^dd, ann. 1375, 25 et Î4. — Baluze, 1. 1, p. 430.

PROJETS m CROISADE. ' 407

tendre. La caoqaète du premier Frédéric fut reconnue, le

soecesseur de ce prince proclamé roi, et Jeanne dut renoncer pour toujours à la possession de l'une des plus belles portions de ses États. Seulement, en compensation de ce grand sacrifice, on statua que le nouTcau royaume serait un fief de celui de Naples ; que ses souverains, en raison de leur vassalité, rendraient Thommap^e lip:e à la reine ainsi qu'à ses successeurs ; leur payeraient annuellement un tribut de 3,000 onces d*or; seraient obligés à leur fournir, en cas de guerre, un secours de dix galères et de cent hommes d'armes, et devraient, à perpétuité, se contenter du titre de rois de Trinacrie* A ces conditions, ré» ' ciproquement consenties par les souTerains et ratifiées par le chef de l'Égliso, en 1572, la Sicile fut déchargée du terrible poids des anathèmes ecclésiastiques, et rendue aux affections du Saint-Siège. Les négociations qui amenèrent cette importante pacification furent habilement conduites par Jean de Révellon, évéque de Sarlat et légat du pape (1).

Ces différentes réconciliations que Grégoire XI tentait ou effectuait n'avaient pas simplement pour but de rendre à la société chrétienne sa bonne harmonie, elles devaient

encore founiii au pape les moyens d'organiser une expédition contre les ennemis de la foi en Oi leut. C'était aussi là le rêve de Grégoire : ses lettres l'attestent. Ici le zèle du pontife pour la guerre sainte avait été réveillé par les cris de détresse de Marie, reine d'Arménie, qui réclamait le secours de l'Occident pour arracher aux Turcs son époux et se& enfants. Grégoire aurait bien voulu répondre sur^ie^ champ aui vœux de la princesse par une croisade; mais on ne pouvait rien faire sans la France, et il ne fallait rien

{i) Mm, 1. 1, p. 488.»Bayna]d, anm a» S et seq.

attendre de cette puissance tant qu'y durerait la lutte aw l'Angleterre. Dans Tespoir de faire plus un jour, le pape.

se contenta de prier, par ses lettres, le prince de Tarente, oncle de Marie, le roi de Hongrie, les doges de Venise et de Gènes, le prince d*Ântioche, régent de Chypre, et le gi and maître des chevaliers de Rhodes, de s'intéresser au sort d'une princesse qui tenait par le sang à ce qu il y avait de plus illustre en Europe* Et, pour que leur inter* vention produisît plus d'efiÏBt, il exhorta ces princes, Frédéric de Sicile, ainsi que Jean Paléologue, empereur deConstaniinople, les seigneurs, évêqnes e\ prélats de la Grèce et des iles de TArchipel, à tenir à Thèbes, au mois d'octobre de l'année 1573, un congrès où serait organisée une ligue contre les Ottomans. De son côté, pour subvenir aux frais de cette expédition projetée, il nomma des coUec^ teurs chargés de parcourir les divers royaumes de l'Europe, afin d'y quêter des subsides (1). Mais ces efforts du pape restèr^t sans effet. La discorde qui se ralluma vio* lemment entre les républiques de Venise et de Gènes empêcha la tenue du congrès, et l'Orient demeura exposé, sans défense, à la fureur des Ottomans. Bientôt le pontife eut lui-même des embarras qui lui firéht bien oublier les soucis de la croisade.

Au milieu de ces préoccupations toutes politiques, Grégoire veillait soigneusement aux intérêts spirituels de l'Église. Quoique l'empereur Jean Paléologue eût abjuré les erreurs et le schisme des Grecs, il n'avait point entraîné dans son retour à l'unité sa nation, qui continuait à repousser la suprématie de Rome. Conséquemment, le pape envoya à Gonstantinople deux religieux, Tun de Saint*Dommique, i autre de Saint-François, avec des lettres pressan-

(1) RajBild, «un. 1375, ti/» 30 et seq.

NOUVELLE GUERRE ÂV£G BERNABOS. 409

tes qui exhortaient le clergé et le peuple à imiter Texemple de leur souverain. L'Arménie reçut, dans le même but, de

seiiiblablcs nonces. Les \;ilci(|iies, Loiit récemment convertis à l'unité, n'avaient point encore d'évêques, Grégoire chargea rarchevéque de Strigonie d'en instituer. £n même temps, il renouvelait la constitution de son prédécesseur sur les conciles provinciaux, exciUiit les évêques à soutenir, contre les prétentions des seigneurs laïques, les droits de leurs églises» réprimandait le roi d'Âragon de ce qu'il ne respectait pas suffisamment les immunités cléricales, ^ résistait avec énergie au roi d'Angleterre, qui s*opposait aux réserves de certains bénéfices dans son royaume» et faisait sur ce point prévaloir son autorité. Enfin, il poursuivait activement les vieilles hérésies, dont quelques débris dispcr&és remuaient en Allena^ne, en Sicile et dans les montagnes de la Savoie.

Cependant rétemel enn^i de rJËgiise romaine, Berna- ' bos, ne pouvait demeurer en repos, et son inquiète ambition ne larda pus à troubler de nouveau l'Italie. Le marquis de Ferrare, ce seigneur que nous avons vu dévoué de cœur et d'âme aux intérêts du Saint-Siège, avait fait, à tort ou à raison, des tentatives pour se rendre maître de Castel Reggio, cédant au désir des habitants qui le voulaient ^ pour seigneur. Cette place appartenait à Feltrino de Gon* zaga, qui, désespérant de se défendre contre Niccoio d'Esté, appela à son secours le prince milanais, Bernabos accourut et acheta lui-même, pour son propre compte, le domaine de la ville et de ses dépendances, ^que Fellrino lui céda, le 17 mai >l37i, en échange d'une somme de 50^000 florins (\), Cette acquisition, qui témoignait assez que la maison des Yisconti n'avait point renoncé à ses pro-

{i) Murât, Atonali dUalk, «dd. 1871 .

410 mSTOlRE DL LA fAPAin:, LIV. Xll.

j0ls d'agrandi$sem@Dt, ne pouvait être Tue avec indifférence par le Saint-Siège et les puissances confédérées avec

lui. Grégoire XI menaça Bernabos de rexcommunication. Mais celle menace reflraya peu (i), et la guerre recommença. Les premièm opérations furent favorables aux ViscoDti. Âmbrogio, fils naturel de Bernabos, entra sur le territoire de Reggio à la tête de sept cents lances et de mille fantassin^, et gagna sur les troupes de la ligue, le â juin 1372, une sanglante bataille où la moitié de c^lesci restèrent prisonnières entre ses mains. De son cMé, 6aleazzo assiégea Asti, qui était la clef des Ëlats du marquis de Montferral (2).

Hais, vers le mois de septembre, les choses chang^enl de face. Déterminés parles sollicitations du pape. Tempereur, le roi de Hongrie, le comte de Savoie et Amcdée VI, formèrent une ligue et choisirent pour général le comte ' de Vertus. Bn même temps, des renforts arrivèrent de Naples, de Bologne; et plus que tout cela, le plus fameux des condottieri de l'Italie, l'Anglais Jean Haukood, qui était au service des Visconti, le quitta pour passer au service de la ligue (3). Ces heureuses circonstances rendirent inutile la victoire de Bernabos, et donnèrent la supériorité aux confédérés. Ils en proiilèrent. D'une part, le comte de Vertus attaqua le marquis de Saluées, qui tenait pour les Visconti, et lui prit Goni, Varail, Valgrana, Cental et plusieurs places encore (4). D'autre pari, le il novembre, un corps do troupes, au nombre de treize cenb hommes d'ar-

(i) Ma dî cio egli pocco curava. (Cron. lii Bologna, l. XVIII, p. 495.) (•2) Auuales Mediolaueuses, l. XVI, p. 745 et 748. — Chron. Placeut., l. XVI, p. hU.

(3) Chrou. Placent., p. 514. — Annales Mediol., p. 750. — Guichenon, Ilist. de la royale maison de Savoie, in*fo1., Turio, 1778, 1. 1, p. 4il.

(4) Id., loe. cit.

DÉFAITE DE lififiNABOS. M\

mes, commandé par Doudacio de Ifalvicino, Jean Hankood, Guy de Pluyna, parent de Grégoire XI, Ugolin de

SavigfKino, et un vieux capitaine gascon, nommé Eymeric dePomiers, se jeta sur le lerritoire de riaisance, qui appartenait à Galeazzo, et emporta de force Borgo-Naoyo, que les paysans armés ne purent déTmidre. Le résultat de ce succès fut la révolte de lO!it le jjays contre les Visconli, et la levée du siège d Asti, que Gaieazzo se vit obligé d*abandonner précipitamment, en laissant tout son attirail de guerre, pour yoler au secours de ses places menacées.

Les choses n'en restèrent pas là ; Bernabos, dans la vue de dégager les terres de son frère, imagina à son tour de faire une diversion dans le Bolonais, el mit sous les ordres

deGianotto dei Visconti mille lances el trois cents archers, qui débouchèrent, au mois de janvier 1575, par Bozzaro et Zola et vinrent prendre position à SaintrGeorges, d'où ils menacèrent la ville de Bologne. Mais, à cette nouvelle, Jean Uaukood partit sur-le-champ, laissant toutefois dans le Pavésan et le Plaisantin un corps de troupes suffisant pour protéger les conquêtes de la ligue, et se porta en diligence, avec quatorze cents lances, vers Bologne. Gianolto n'eut pas plulul appris la marche de l'Anglais, qu il se replia en toute hâte sur Beggio et Parme, a6n de mettre son armée à Tabri derrière les fortifications de Cési. Hais ce mouvement avait été prévu par Thabile condottiere. Gia-

notto trouva l'ennemi précisément au passage le plus difficile de sa retraite, entre le canal de Modène et le

Panaro ; il falhit en venir aux mains, et il y eut un combat auquel se mêlèrent à propos les milices de Bologne envoyées par le légat de TÉglise. Les troupes de Gia* notto, resserrées dans leur position, furent battues avec une perte énorme. La prise du château de Sau-GiO'

412 RISTOIBE DE Là PAPAUTÉ. UV. XII.

vanni, def du PlaisantiD^ compléta ce succès décisif (i).

Les frères Visconti se trouvèrent alors dans une situation (raillant plus critique, que, pendant qu'ils étaient battus dans le Bolonais, on les attaquait du côté des Alpes. Dès le mois de février 1375, le comte de Savoie, Amédée, s'était mis en mouvement avec une nombreuse armée, cuaipo^ée d'avcniuricrs. Il força d'abord la ville de Corne, se rendit maître de la citadelle par composition, prit ensuite les châteaux de Santliia et de San-Germano, dans le Yercellais ; puis, dé}>ouchant par Novare et Pavie, surprît Confienza et le château de Galiato ; après quoi il entra dans les États de Milan, et se porta à Borgo-Vimercato sans être inquiété sérieusement* Ën eifet, Bernabos, soit qu'il n'osât affronter la fougue de ce nouvel ennemi, soit qu'il jugeât •- prudciiiinent qu'une armée iiidi.sciplinée comme celle du comte ne manquerait pas de se détruire en détail, Bernabos évita tout engagement, et se contenta d'escarmoucher» Cette tactique lui réussit. La disette de vivres obligea bien* tôt Amédée de quitter Borgo-Vimercato et de se porter sur TAdda, où, pour être maître des deux rives du fleuve et communiquer avec le Bergamasque, il fit jeter un pont de bois près du château de Brinio. Cette position, moins mauvaise que celle de Bor^ro-Yimercato, ne laissait pourtant pas d'être désavantageuse, car Bernabos ne permettait aucun repos au comte, qui était sans cesse obligé d'en venir aux mains pour le moindre brin de fourrage : son armée se fondait. Il fit demander des secours à Bologne, et le légat envoya Tordre a Jean Haukood, qui se trouvait du coté de Ferrare, de passer le P6, et d'opérer sa jonction avec Âmédée. Le condottiere obéit; et, suivi du sire de Goucy, d'Ây-

(4) Ghron. Placent., p. 516. — AnDaies MedioL, p. TfiSI. — Groiï, di Bolpgna, p. 49$ et leq..

TRÊVE AVEC BfiILNABOS. 4^5

meric de Pomiers, il passa le Pô à Stellata» et se dirigea

vers TAdJa.

Il était de la dernière importance pour les Visconti que • les deux armées confédérées restassent séparées Tune de l'autre. Galeazzo le sentit, et marcha rapidement à la rencontre d'Haukood, qu'il joignit près du fleuve Chiesi, sur la frontière de révéché de Brescia. L'aventurier anglais, brusquement attaqué, eut d'abord le dessous; mais les gens de Galeazzo, au lieu de poursuivre leur avantage, s'étant amusés à pilier, llaukood rallia ses soldats, et, revenant sur les Milanais, leur arracha la victoire. Galeazzo eut de la peine à sauver sa personne. Ce dernier, pourtant, tout battu qu'il était, obtint son but, qui était d'empêcher la jonction d'Amédée et d'Haukuud. Bienlot le comte de Savoie, malade et incapable de rien entreprendre avec une armée presque détruite, revint dans ses États (1).

La guerre continua avec des alternatives de succès et de revers, mais mollement, soit que tant de combats sanglants eussent épuisé 1-ardeur belliqueuse des deux armées, soit que les Tisconti, ayant déjà entamé des négociations paci(i(jues à la cour pontificale, négligeassent de pousser activement des hostilités qu ils prévoyaient devoir bientôt ûnir par une paix avantageuse. £n effet, dès que le sort des armes avait cessé de leur être favorable, les Visconli s'étaient repliés sur la poliiiquc, moyeu qu'ils employaient toujours avec succès, il leur réussit cette fois peut-être au delà de leurs espérances. Par l'influence des amis qu'ils avaient à la cour d'Âvignon, et par la médiation du duc d'Àutiiche, ils obtinrent une trêve qui fut

(1) Guichenou, p. 42i et suiv. — Chron. Placent., p. olb. — Amiaies MediûL, p. 754 et seq.

414 IIISTOIUE DE LA l'AlAUTE, LIV. XII.

signée le 6 juin 157^ (1). Celle trêve fut le terme de k prospérité de Grégoire en Italie. Elle était une faute en effet.

Il fallait ou conclure avec les Visconti une paix définitive ou les accabler. Leur accorder une trêve dans les circonstances où Ton se trouvait, c'était fournir à ces perfides ennemis le moyen de préparer une terrible revanche. Il arriva un malheur plus grand encore. Le cardinal de Saint-Ange, Guillaume Noellet, qui avait remplacé le cardinal d'£staing dans la légation de Bologne» ne sachant que faire des mercenaires d'Haukood, que la trêve rendait inutiles, et ayant à se plaimlie <le Florence, laissa celle tourbe d'aventuriers se jeter sur les terres de la république, où ils portèrent le ravage et cherchèrent à surprendre Prato (â). De son côté, TaUié de Hontmajeur, qui commandait à Pérouse. saisit l'occasion d'une discorde survenue entre les Siennuis et les Salimbeni pour se déclarer contre Sienne, et soutint la cause de ces derniers (5).

On attribua alors celte double expédilioiià un dessein prémédité par le légat de Bologne et celui de Pérouse de soumettre Florence et Sienne à la domination de l'Église. Mais cette opinion parait d'autant moins probable que les historiens contempornins accordent une luuiicur pacifique, un génie peu entreprenant à Guillaume Noellet (4), et qu'un projet de la nature de celui qu'on suppose aurait été le plus gigantesque des projets. D'ailleurs, la plupart des chroni-

(1) Raynald, ann. 1574, n** 15. — Gron. di Bok)giia,.p. 4dti.<r-fiuoiiiQS., Uist. florent., 1. IV, p. CT.

(2) Cron. UimiiK^sp , t. XV, p. — i*oggii Bracciolini , Uist. ilorent. Murât, t. XX, 1. XI, p. 221.

(5) Id., loc. cit. — Buonins., 1. IV, p. 5B2.

(4) Vir anlea vUœ, quiclis et pacis amator. ( Bonincontrius, t. XXI. p. 25.) — Ilnvci faiiia di buono uomo e di... pocco .iuimo. (Buonins., p. 558. ) — Bonus Uomo et litnidus. (Specimcu llisU bozoïn. Pislor., p. 1095. )

FUNESTES EFFETS DE LA TfijKVE. 415

queurs italiens de cette ë|)0(|ue sont peu propres à éclaircir ce point. Ils donnent leurs propres Ijypothèses ou bien les bruits publics pour desiaits : ce qui répand mille contradictioDS daii$ leojrs récits. La chronique de Pise prête à la conduite du cardinal de Saint-Ange an motif plus sensé et plus naturel, motif qui tendrait à expliquer comment le pape s'était décidé à conclure une trêve avec les Visconti« « Comme le pape, dit-elle, faisait la guerre à Bernabos et à « son frère Galeazzo, de concert avecla ligue, il envoya, au « mois de mai 1574, des nonces à Pise, Sienne, Florence, « et i tontes les villes confédérées, demander des subsides « pour payer les troupes que TÉglise entretenait à sa solde, c< et ces subsides furent refusés. Alors, le pape, indigné, ce fit sa paix avec les seigneurs de Milan, et envoya ensuite a en Toscane la compagnie des Anglais, commandée par a Haukood(l).» Ainsi, d'après ce témoignasre non empreint de passion, l expéditioii d'Haukood aurait été un châtiment infligé à la Toscane. Mais la vérité est que cette expédition n'a jamais été le fait du fégat de Boloi^ne. Grégoire XI protesta solennellement contre cette inculpation dans une lettre adressée à la seigneurie de Florence, au mois d'août 4375. «Pourquoi, dit-^l, reprochez-vous au cardinal de « Saint-Ange d'avoir souffert ce qu'il ne pouvait empè- <c cber, savoir, que les compagnies portassent le ravage <c sur vos terres plutêt que sur celles de TÉglise? Qui ne ce sait que ces bandes sont à la fois avides de pillage et im* « patientes de toute discipline? Vous-mêmes, n avcz-vous « pas plus d'une fois rejeté sur vos voisins ce fléau qui a vous menaçait (2)?» Il semble quune dénégation aussi formelle vaut bien le témoignage de chroniques passion-

(1) Cron. di Pisa, t. XV, p. 1067.

(2) Rayiiald, ai^n. 1575, n*> 16.

416 niSTOIRE DE LA PAPAUTÉ, LIV. XII.

nées. Quant à Tabbé de Montmajeur, quoique sa conduite soit plus difficile à justifier, aucun monument historique

de quelque valeur ne prouve que les secours fournis [)ar lui à la maison de Salimbeni aient eu pour but d'âtteuier à rindépendance de Sienne. Le caractère rmuant et inconsidéré de ce légat suffit pour expliquer comment il prit fait et cause dans une querelle qui ne le concernait point.

Quoi qu'il eu soit des motifs qui provoquèrent cette double expédition, elle eut des suites désastreuses. Florence se dAarrassa de Jean Haukood et de sa compagnie en lui coniplcuit 150,000 ducats; mais le ravage de ses campagnes Tavait exaspérée, et la vcngeauce bouillonnait dans les cœurs de ses citoyens. £Ue rompit son alliance ayec le pape, en conclut une autre ayec les Visconti, nomma la fameuse magistrature connue sous le nom des huit de la guerre; et, déployant un étendard sur lequel était écrit en lettres d'or : lAberté I elle appela à la révolte tous ceux qui étaient mécontents du gouTemement pontifical (1).

Ils n'étaient que trop nombreux. Avecles intentions les plus pures, Grégoire XI avait fait de mauvais choix dans ceux qui le représentaient dans les États de FÉglise. Quoiqu'on doive prodigieusement rabattre des déclamations répandues dans les chroniqueurs italiens, l'unanimité des plaintes montre bien qu'il y avait des légats peu dignes de la haute conûance dont ils étaient dépositaires. On les accusait, non sans quelque fondement, de s inquiéter peu de la justice, de déployer du faste, de l'ambition» de se laisser diriger par les principes d'une politique mondaine. Ces accusations tombaient principalement sur l'abbé

(1) Ghron. Placent., p. SSO.^Poggii BraccioL, Hist toent, 1. U, p. 226 et 8S7.— SpedmeD Hist. Som. Pister., 1005.

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