‹ Histoire de la papautë pendant le XIV" sic̀cle, avee des notes et des pièces justificativesChapitre 60 sur 66 · VOYAGE DU PAPE ITAUË · texte numérisé non relu

VOYAGE DU PAPE ITAUË

« qu6 noua ne troinions aucun chemin pour sorlir (4) ! >» Le 17, on vit l'antique et royale citë d'Aix; on visita ensuite Saint-Maximin, en mémoire de sainte Magdelaine, puis Ânri(ri. Tout le long de la route apparaissaient de nombreuses troupes d'hommes et de fiemmes ; on accourait pour contempler une dernière fois ce Père cliéii 4u'on ne devait plus posséder. Tous les visages exprimaient une morne tristesse^ et, par intervalles» des sanglots étouifiis» un bruit tumultueux de gémissements, se faisaient entendre (2), Le 20, le cortège poutiiicalliisuu eutréeà Marseille. Elle fut remarquable par sa solennité. Tous les ordres reli* gienx, tout le clergé de la ville, vinrent processionnellement à la renconUeJu pape , el la ioulo qui se pressait, bur ses pas était telle, qu il ne pouvait qu'à grand' peine en fendre les flots. Grégoire XI descendit à Tabbaye de Saint-Vie* tor, où reposait le corps de son illustre prédécesseur, et y passa douze jours (3). Vingt-deux galères 1 attendaient dans le port La plus grande partie de ces bâtiments appartenait à Tordre des Hospitaliers de Sainl-Jean-deJérusalem; les autres avaient été fournis \mi diverses puissances. On comptait même dans ce nombre un très-beau navire que Fica*e&ce avait fait équiper, malgré la guerre qu elle soutenait contre l'Église romaine. Cette flotte obéissait aux ordres du grand maitre, Jean-Ferdinand d'ileredia, qu'accompagnaient les prieurs de Saint-Gilles, d'Angleterre, 4^

[1) Itinerarîam D. Gregoriî XI , anctore Pclro Amelîo Alecteosi, ep, Sinigagli», ap. Papyre Masson. Celte relation curieuse est en prose rimée.

u iJcusl quarc crgci non cluutiilur, ac unquam semtla Uivcuiatur?

(2) Id, p. 306.

CoOTenît tarlw magna qu.e cunit, atcrque mus facia iminiitftlâ, Oriontar sospirûi femttotque, reienuitor oordis secreU, • Tnditiir familia; cmn dolet Dominât, Dranguntur iriscera cnncta !

^3} id., p. 30d. — fialuze, 1. 1, p. 4â5.

Rome, et une quantité considérable de commandeurs et de

chevalieis de l'ordre.

On mil à la voile le 2 octobre. Le départ d* Avignon s'était accompli au milieu d'une affliction muette : elle n*était pas encore à son comble ; on voyageait toujours dans le pays de France, on n'avnit pas tllL adieu à son beau ciel. Mais, lorsque le pape et les cardinaux eurent pris place sur les vaisseaux et qu'ils se retournèrent pour saluer d un der* nier regard ces rivages chéris, dont une brise légère les éloignait lentement» ce lut comme une explosion de douleur : c< Dieu ! s écrie notre bon historien. Dieu ! qui pourra a jamais se représenter les lamentations, les gémissements, a les sanglots, les soupirs, les rugisseuieuis qui se tirent « entendre alors 1 Non, les douleurs de Tenfantement sont « moins cruelles que ne le furent celles d*unc telle sépa- « ration ! » Le pape lui-nièmi^ pleura; tous les visages étaient baignés de larmes, tous les cœurs étaient brisés ( I). Grégoire montait la galère du grand maître Jean-Ferdinand d*Heredia. Le même historien nous peint cet illustre chevalier avec son air martial, sa contenance assurée, sa barbe blanche et bifurquée, maniant lui-même, malgré son grand âge, le timon du vaisseau qui portait la fortune de l'Église (2). On eut besoin de toute la capacité, de tout ie sang-froid d'un tel pilote pour lutter conrc les tempêtes

{i) Ilincrarium D. (îregorii XI, etc., p. 310.

Deus, qitis unquam cogîtare poterit, qu» et quanta fuerint lamenta, Gemilus, lachrimiT. riigitus, mogituaque, suipiria nnnquam cxtiterant lanta, Parlus mulierum dolorcs cxcednnt reccssaa tni Icrra bcncdicla, Domma8kcbrimatur,einnisinai3klMcliriiiiiiiigatur, (ragunlttrrâeon cuoeU!

(2) id., m.

Cruccm sanrtam fort milos strcntm^, smcfi .lolnntûs pnecingitur balleo, Genleni sanctam vopï, ariniiraiiusque pelago iiiin itur suo baculo, - BarUm bifurcatam ^^erit senex, tynoquc poUet vuilu proc«ro.

VOYAGE m PAPE m ITALIE. 4»

qui commencèrent à se déchaîner contro la flotte dans les parages de Toulon, de Fréjus et de Saint-Tropez. Elles de- Tinrent bientôt si incommodes, qa on fut obligé de relâcher au port de Villa-Franca, afin de s y reposer quelques jours. Ou n'en put sortir que le 15, et, le 18, on arriva en vue deGènefi (1). Le pape et les cardinaux prirent encore un repos de onze jours dans cette ville. On remit à la voile le 29; mais la violence de l'orage obligea de chercher un abri à Porto-Fino, où le Saint-Père descendit à terre et alla célébrer la féte de tous les Saints dans le monastère bénédictin de San-Girolamo. D arriva le 7 novembre à Livourne, reçut là des rafraîchissements envoyés par la ville de Pise, et y prit terre encore pendant onze jours (2). De Livourne à Piombino, la navigation fut assez calme; mais, au sortir du port de Piombino, l'orage redoubla de violence ; la Hotte fut dispersée, plusieurs bâtiments perdidirent leurs agrès, et l'on se vit dans la nécessité de rentrer à Piombino. Les équipages étaient rendus. Les cardinaux de Glandève , d'Amiens, de Narbonne, étaient malades. Ce dernier surtout, d'un tempérament usé par l'âge, ne put se remettre de ses fatigues ; transporté à Pise, il y expira quelques jours après. Enfin, après avoir relâché encore une fois à Orbitello,, on aborda au port deCorneto le 6 décembre (3).

Grégoire XI s'arrêta plus d'un miois dans cette petite ville, soit pour s'y refaire des secousses d'une si pénible navigation, soit pour y expédier quelques affaires ; il la quitta le 45 janvier 1377, remonta le Tibre, et, le 17, vint débài t^uer ix iîainL-PauL L allé^reiic de:^ Uumains en

. (1) Itincrarium D. Grégorii XI» etc., p. 51i.

(2) ïd., p. 312 et 315.

(3) Id., p. 313, 314 et 315. — baluze, t. i, p. 454. — Gron. Saoese, t. XV, p. 251.

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