‹ Histoire de la papautë pendant le XIV" sic̀cle, avee des notes et des pièces justificativesChapitre 61 sur 66 · T. II. SB · texte numérisé non relu

T. II. SB

rerojanl leur évéque foi incroyabh. Ds se portèrent en foule mit son passage; les toits des maisons étaient chai^

gés de spectateurs ; les femmes pleuiaienL de joie. Le 18 janvier, le pape» à cheral, se rendit, Ters le soir, en yaroeeseMin à Saint-Pierre. A mesure qu'il passait on loi jetait des roses ; on éclairait sa marehe avec des flambeaux. Toute la ville retentissait des cris de : « Vite le « pape 1 » auxquels se mêlaient le bruit de toutes les dlo> Aes et les fanùures de la musique. Pendant cette procès* ^ieii triomphale, le grand maître Jean-Ferdinand d'Hère dia portait la bannière de VÉglise devant le pape, et, à sa wite» venaient le sénateur^ les conseillers et les baunevetSi revêtus de leurs costumes somptu eux. line foule à'évé^ ques, de prêtres, en habits pontificaux et sacerdotaux, terminaient le cortège. Rien ne manqua à la pompe de cette solennité (1). Si l'illustre poète qui avait si souvent appelé de ses vcenx le retour des souverains pontifes dans la ville éternelle oût eu le bonheur de contempler celui-d de ses yeux, il en serait peut-être mort de joie; mais il ne pouvait plus en être témoin.

Depuis i 570, la santé de Pétrarque n'avait fait que décliner. Pour la rétablir, il se relira à Arqua, village riant près de Padoue, où il avait fait construire une maisou de campagne dans laquelle il habitait avec ses livres, se livrant à Tétude comme s'il eût été ^core dans la force de l'âge et la plénitude de sa vigueur (2). Le 19 juillet 1374, $es serviteurs, en entrant dans sa chambre, le tiouvèrent près de sa bibliothèque,, incliné sur un livre et sans meuve* ment* Comme ils ravaient tu souvent passerdes journées eaûères dans cette attitude, ils u'eu furent pas d'abord

(1) Itincrahum D. Gregoni XI, etc., p. 516 et 517. — Baluie, t. 1, (2} De Sade, t. Ui, p. 749 et 72M).

Mûri de Pétrarque. au

«flfrayés; mais, ajant reconnu qu'i) ne donnait pliis aucim signe de vie, ib Crcnt éclater leur douleur : Pétrarque

était mort (i).

Cette triste nouvelle se répandit avec une eitrêmo rapidité dans le monde* et y excita une sensation proportion^ née à la renommée que le poète s*y était acquise. Cette renommée était immense; jamais homme de lettres n'en avait eu une semblable. Aujourd'hui encore elle n'a point faibli. Gomme savant» Pétrarque a rendu à la science des services éminents, car c'est à lui que nous devons les meilleurs manuscrits des auteurs anciens. Comme poëte italion, il est au premier rang, et ses Cmzoni sont autant de che&-d'<Buvre« Il est vrai que, poète latin, il ne s'élève guère au-dessus du médiocre; que son poème de YAfrica est une œuvre sans invention, sans machine poétique, sans chaleur ; que ses églogues et ses épîtres sont bien loin des beaux types qui lui servaient de modèles. Mais, à une épo(]ue où la latinité était tombée si bas, c'était quelque chose qu'une versilication comme celle de Pétrarque. Il est vrai encore que, prosateur, il n'atteint pas à cette perfection dont Érasme et d'autres humanistes, un siècle plus tard, devaient retrouver le secret. Mais ce n'est pas, çe ne peut être la perfection qu on doit chercher dans Pétrarque, c'est la renaissance du bon goût, l'impulsion donnée aux bonnes études, la restauration de Pesprit antique. Il avait recueilli des matériaux pour une liistuirc romaine, dont quelques fraginents nous restent dans les livres qui ont pour titre : de» Chùie$ mémorable». U a aussi laissé un Abrégé des hommes iOmtres. Ces fragments et cet abrégé font regretter que Pétrarque n'ait pas tloiinë une forme définitive à son travail. Malgré leurs imp^lectiyons,

(i) De iiade, t. UI, p. 799.

436 aiSiOIHE DE LA PAPAUTE, LIV. XIL

les lettres du poète sont la portion de ses œuvres la plus Intéressante. H nous en est parvenu près de trois cents,

classées dans irois recueils. Elles sont, en général, de la plus haute importance pour les évoneiiieiils, les mœurs, la littérature du quatorzième siècle. C'est dans ces lettres que rbomme se révèle, qu'il faut venir étudier son caractère» les secrels de sa vie privée, de ses amitiés, de ses relations.

Plusieurs de ces lettres renferment, sur les mœurs de la cour romaine d'Avignon, des déclamations dont les ennemis

de l'Église se sont servis pour la décrier. Mais on accorde généralement trop de valeur à ces diatribes, qui n'articulent aucun fait. Sans doute, dans une cour composée de grands seigneurs, il devait bien y avoir quelques allures mondaines, des goiits et un faste qui n'étaient pas toujours conformes à la simplicité ecclésiastique; mais était-ce à un chanoine comme Pétrarque, dont la vie ne différait pas de celle des séculiers, à s'en établir le censeur? Quel cas doit-on ' faire d'un nioralisle qui ne rougissait pas d'afficher publiquement sa passion pour une femme? Je me défie d'un réformateur qui a lui-même besoin de réforme. D'ailleurs, malgré son beau génie, le poëte avait un caractère ai^re, chagrin, jaloux, qui le rendait souvent injuste; et il semble que, peu confiant dans la vérité de ses accusations, il ait craint d'en prendre la responsabilité, car elles sont presque toutes reuierméts dans le recueil des lettres qui sont sans titres.

Pétrarque eut pour amis tous les savants de son temps ; mais celui dont le nom est le plus connu , et qui par ses talents glorifia peut-être autant que le poëte les lettres latines et 'italiennes, est Giovanni Boccaccio. Il était né, en 1515, à Gertaldo, château situé à vingt milles de Florence. Singulière destinée de la Toscane d'avoir donné le

fiOGGACCiO. 4Sr

jour aux trois plus grands génies lillcraires du quatorzième siècle l'Boccaccio fut d'abord destiné au négoce, commePétrarqueravaitétéàla jurisprudence; mais, commele poêle, Boccaccio ne put suivre une carrière antipathique ft ses goûts, et s'adonna à la science. Plus trird, il devint un des principaux personnages de Florence, cl la république l'envoya successivement en qualité d'ambassadeur auprès des seigneurs de Polenta, à Ravenne^ de Louis de Bavière, de Clément Yl , et enfin d'Urbain V (1), Ce fut lui qui porta à Pétrarque le décret par lequel la seigneurie rendait au poète ses droits et ses biens. On ne pouvait mieux choisir. Ce me»* sage contribua à resserrer les nœuds de Tamilié qui unissait déjà ces deux hommes. Dans les intervalles de loisir que lui laissait le soin des affaires publiques» Boccaccio partageait son temps entre Télude et les plaisirs. C'était un aimable et gracieux nrjnore, qui entendait à merveille l'art de faire sa cour aux dames, mais dont la réputation était fort équivoque. 11 faut dire toutefois qu'il s'efforça noble- - ment, vers la fin de sa vie, de faire oublier les erreurs de sa jeunesse.

Boccaccio a écrit beaucoup d'ouvrages qui sont ensevelis dans la poussière des bibliothèques, quoiqu'ils aient

un mérite incontestable ; car, à Texemple de son ami, il avait beaucoup travaillé sur l'antiquité. Un seul est aujourd'hui connu des lecteurs, et perpétue sa renommée: c'est son Bkammm, recueil de contes qu'il composa, dit-il, pour amuser le beau sexe pendant la grande peste qui ravagea le monde en 1518. Boccaccio déploie au su* .préme degré, dans ces bluettes, le talent de narrer, et il en revél les ficùuns d'un style qui a placé le Démmeron en

(4) Gingnené, Hbt. de la littérature italienne, t. m, c. xv. p. il.^ Arebivio ttorico italiano» 26, p. 809 et 418.

43S fflSTOlBE DE Ik PAPAUTÉ. LIV. XU.

tête des chefinl'œuvre en prose de la langue italiemie.

Pourquoi faut-il que ce livre, si supérieur pour la-fornie, contienne des obscénités qui révolteiiL la m l ale et en ont fait justement interdire la lecture par le concile de Trente ? Je ne sais pourquoi l'abbé de Sade, tout en convenant que le Décnmeron eM un mauvais livre, veut «cnser Boccacdo de ravoir composé (!)• Je ne rapporterai pas les raisons qu'allègue le complaisant critique, je me contenterai de du c que ce sont celles d'un moraliste qui veut excuser Terreur par le talent et le libertinage par le besoin du plaisir. Boccaccio ne survécut que d'une année à Pétrarque: peut-être la douleur que lui causa la perte de son ami abrégea-l-elle sa vie. Il mourut à Certeldo, où il était né, le 21 décembre 1575, à l'àgc de soixant&4eux ans (2).

Nous voici arrivés à la restauration définitive de la Papauté à Rome, sans avoir encore rien dit de l'état physique de cette capitale, quoique nous ayons suivi pas à pas toutes les variations de sa constitution politique pendant Tabsenee de ses souverains. La curiosité du lecteur appelle sans doute un tableau iconographique de la cité papale, et le moment est venu de le tracer.

Au treizième siècle, malgré les ravages du temps et des barbares, Rome n avait pas encore considérablement perdu de sa physionomie antique. La ville païenne conservait à peu près tous SOS grands monuments, et la plupart de ses édifices inférieurs plus ou moins dégradés. La ville chrétienne étalait avec orgueil ses trois basiliques constantiniennes toutes resplendissantes d'or et d'argent, et un nombre presque infini d'autres que la munificence et la jriété des souverains pontifes avaient successivement élevées ou embcl-

(!) Sade, t. UI. p. 610 et suiv.

(2) Gioguené, t. m, C. XV, p. 33.

ÉTAT PUYSiQUË DE ROMË. 439

1m6 (1). Mais, iu qufttonièmè rièdé, U destraction, qui fttait agi jusque-là d'une milnière lente, acquit une force pro^ô^ sive. Consi(lrrons-la d'abord à l'égard de la ville païenne.

Dans les premières années du siècle précédent, un ano* nyme» à Craym beaucoup de &bles, donne à entendre quo les monuments anciens charmaient encore les yeut par leur beauté ; puis il note très-distinctement, comme conaervés, trois cent soixante et une tours qui flanquaient les murs de la Tille, dix*huit palais ou édifices regardés comme tels, douze arcs de triomphe, onee thermes ou bains publics, sept théâtres, le Colisée , le Panthéon, les temples de la Piété, de la Concorde, de Mars, d Apollon, de Jupiter» de Hinerye Cbalcidis» de Vesta, de Vénua, do Junon, de Janus, et un grand nombre d'antres (2). En ^1540, c*esl-à-tiire deux siècles après, quand le Pogge traça son admirable tableau des ruines qu'oifrait la cité de Romulus, une bonne partie de ces constructions n'existaient plus (5). Ainsi, il ne restait que trois arceaux sur six du temple de la Paix, avec une seule colonne de marbre, une portion de celui de Minerve, seulement le portique du temple de la Concorde. On ne toyait aucun vestige de ceux de Junon et de la Terre. Il ne subsistait que de beaux restes des thermes deDiocléticn, de Sévère-An tonin et d Àiexandre-^Sévère. Les arcs de triomphe entiers étaient ceux de Sévère, de Vespasien, de Constantin, de Titus ; cdui d^ Trajan ne conservait plus qu'une de ses parties. Le nombre des autres édiûces était diminué en proportion de ceux que nous venons de mentionner.

(1) Voir Alexandro Donale, Roma velus et recens, 10-4**, I. IV.

(2) Liber de Mirabilibus Romac, ap. Monlfaucoa, Diarium iulicum, depuis la page 283 jusqu'à la page 301.

(3) Ex ku iwiicorimi vesUgia supersunt. (Voir le Urre àt Yuietato Ibrtastt, in4% Paris, 1823, 1. h)

440 HISTOIBB DE U PAPAUTÉ, LiV. XII.

; Quelles furent, pendant cet intervalle, les causes de cette prodigieuse démolition? Ici il y aurait de l'injustiee à meltre tout sur le compte du séjour des papes à Avignon. Nous ne voyons pas, en effet, que les prédécesseurs de nos pontifes français se fussent beaucoup préoccupés d'arrêter la ruine des monuments qui rappelaient le souvenir de la superstition et de la corruption jiaiennes ; ils la laissèrent bien marcher comme elle voulut, et leur indifférence à cet égard était parfaitement secondée par celle des populations. La connaissance de Tantiquité et le goût des beaux-arts avaient disparu. Les chrcliens du moyen âge voyaient avec horreur les objets souillés par Fidolâtrie. il neleur venai t pas en penséede les reproduire par F imitation , comment auraient-ils tenu à conserver les originaux (i)? De homie heure, . on punha quelques-uns des temples anciens pour les appliquer au culte chrétien ; ceux-là trouvèrent leur salut dans cette destination. Hais les temples qu'on ne put utiliser à de pieux usages, on les détruisit peu à peu pour en employer les matériaux à l'érection des églises (2). 11 est permis sans doute de déplorer ces démo- Ktions, qui nous ont enlevé bien des chefs-d'œuvre de Tantiquité ; il serait malaisé de les blâmer. Heureux eneore si ces illustres débris eussent toujours servi à d'aussi nobles œuvres ! Quant aux palais, aux thermes, aux théâtres, ces édifices n'ayant plus aucun rapport avec les moeurs, les goûts, les habitudes, les besoins du nouveau peuple qui avait remplacé le peuple roi, et Tadministration municipale ne s*en occupant point, ils étaient, par leur inutilité et leur abandon, voués à toutes les injures qu'on voulait leur faire. D'ailleurs, depuis que la popula-

(1) Mauuelis Chrysolorx Epist. ad Joannem impcratorëm, «p. Gcorgiuin Coditmm, Excerpla de ÂoUquitatibus ConslanliiiopoUt.,édit.V«li€t«, p. 93. f2) id., p. 84.— Voir aussi le Pogge «t ranoayme que nous avoni cîtô.

ÉTAT PUVSiaUE B£ ROME. Ui

lion, amoindrie par les révolntions; avait quitté les extré*

miles de la ville pour ne serrer autour du Capilole, comme la vie se retire vers le cœur, beaucoup de ces monuments ne pouvaient même plus servir d'ornement public et se li ouvaient, dit Gibbon, pour ainsi dire dans un désert (1). Alors, ce que le temps avait épargné, on s'en emparait dans le besoin pour bâtir ou réparer les habitations de la nouvelle ville.

Un autre a^cnt de destruction encore plus actif était les discordes intestines qui ne permettaient pas à Rome de goûter un seul instant de calme. Quand on suit attentivement rhistoire des innombrables séditions dont Rome a été le lliéàtre depuis la chute de l'empire de Ciiarlemagne, des hostilités quotidiennes qu'exerçaient les uns contre les autres des barons devenus plus barbares que les Vandatés et les Gotbs ; quand on pense ({ue les monuments antiques .servirent fréquemment de forteresses contre ces hostilités, on a lieu de s'étonner qu'il en reste encore et que tous n'aient pas succombé à de si rudes épreuves. L*auteur de la vie deCélestin V dit que, pendant les six mois qui suivirent la mort de Nicolas lY, la guerre désola la ville; les machines ne cessèrent de lancer d'énormes pierres, les maisons furent mises à jour par les coups du bélier, les tours livrées aux flammes, et les édiiices voisins défigurés par la fumée (^).

Cependant, bien que ces deux causes de dévastation

(1) Drcailnii »' de rEmjiire romain, eJil. du Panthéon, t. U, p. 956,

(2) Card. IS. licorgii Up. metricum.

BIcnsibus exaclis, heu ! sex, belloque Toeatum

In scoltis, in socins, fralernaque Tulncra pilres; Toriîientis jecisse viros imnianiii saxa, PerfmlissH domos trabibus, feci'se ruinas, IgQibiis iuceusœ lurrcti, obscura(|ue fumo lîniiit vicbo.

44S BISTOni VÊ LA PAPAUlt, Lit. Ht.

eussent agi sous las yeux des souveroms ponlifes, il aH vrai de dire que leur absence en fiYoriaa l'aelivité. Pea»

dant la longue période qui s'écoula depuis la mort de Bo-

niface Vlll jusqu'au retour d'Avignon, Rome, à quelques iû^rvaiies près, gémit constammenl sous l'empire di& i anarchie. Les émeutes devinrent plus fréquentes. Pour se mellre à l'abri de leurs violences, chaque noble fortifiait son habitation» et, pour cela, dépouillait les anciens ouvrages.

Du reste, alors comme auparavant, c'était Fignoranoe

où l'on clail de la gloire de Rome qui faisait que ses propres citoyens dégradaient sans pitié ses monuments. Pétrarque s'indigne que Thistoire romaine soit moins ignorée des étrangers que des Romains, et que Rome soit plus connue ailleurs qu'à Rome même (1). 11 écrit à un membre de la famille Ânnibaldeschi, à laquelle la renommée imputait plusieurs des dégâts humiliants que nous avons signalés : a Ces restes attestent quelle fat la splen- « dcur de Rome à l'époque de sa gloire. Si elle esl aua jourd'hui dévastée, ce n est point seulement le temps « et les barbares qu'il faut accuser; ce sont les plus « illustres de ses en&nts ; ils ont renversé avec le bé* a iici ce que le glaive d'iVnnibal avait été force de rcs- « pecter (2). »

(1) Qui enim magis ignari rerum romanarum sunt quam Roinani cives? Invitus dico, uuoquam Roma minus cognoscitur quam Roms. (F&m.« 1. VI, ep. n.)

(2) Cannina, 1. II, ep. ui.

Quanta quod integr» fuit olim gloria RomiB Hcliqui® testantur adhac; quas longlor salé» Fran^îcrc non valuit, non vis aul ira crusutt Hoslt«, ab egregiia frtiuguntur mibos, b«u! b«ui

Quod ilie aequivil (HtBAtbal),

PMrficilhiearkt.

' £TÂT PUYSiQUË DE BO]tfE. 445

El lé poète reprochait aux barons romains qndque ehoee

de plus honteux encore qu une dévastation ignorante et barbare ; il leur reprochait une dévastation vénale. « Non a contents* dit-il, de spolier les temples, de se partager u les palais, la fortune publique» les honneurs de la ma* Cl gisUalure, ces hommes turhulents et séditieux sont en- « très dans une ligue inhumaine contre des ponts, des « remparts, des pierres innocentes. Après que les palais « qui avaient naguère appartenu à d'illustres héros ont « succomhé sous les coups réunis du temps et de la vioii lence, après la chute de ces arcs de triomphe pour les^ « quels leurs ancêtres ont versé leur sang, ils ne rou-* « gissent pas de trafiquer de leurs débris. 0 douleur! 6 « dimo! vos colonnes de marbre, les poiliques de vos a temples, les statues qui décorent les tombeaux oii repoce sent les cendres de vos a!eux, vont embellir Toisive cité c( dé Naples. C'est ainsi que tos ruines mêmes disparais- « sent (i). »

Ce n étajt pas simplement dans la capitale du roi Eobert qu'allaient se perdre les débris de Rome vendus par ses propres citoyens ; le déme d'Orvieto en fut tout entier bâti. On {)renail là le marbre plus souvent qu'à Carrare, pour ainsi dire, et les Ûrsini et les iSavelli particulièrement en donnèrent une quantité de grands blocs qu'ils enlevaient, sans aucun doute, aux anciens monumoits. Enfin, on employait continuellement pour les fours à chaux des blocs de marbre et de travertin (2), Aussi, lorsque le Grec Emmanuel Ghrysoloras, à la finduquatorzièmesiècle, écrivit sa description de Rome, après avoir exalté jusqu'aux nues l anlique splendeur de cette cité, dit-il que tant de

(\) Episl. horlaloria ad Nicolanm Lîiurenlium. {% Papcncordt, Bienzi et Rome a son époque, c. i, p. 46.— Voir encorq le Pogge dans l'ouvrage cité.

444 mSTOIRE DE LA PAPAUTE, LIV. Xll.

merveilles n'existent plus qiie dans des ruines. Puis il

note, soit dans T hippodrome, soit dans les autres parties de la ville, un grand nombre de piédestaux encore debout, dont les statues avaient disparu ou disparaissaient chaque jour, et représente en général ce qui restait des anciens édifices et des objets d'art qu'ils renfermaient dans un état affreux de mutilation, couvert de broussailles ou de fange, ici jonchant la terre, là formant des monceaux de décombres, ailleurs fournissant des matériaux qu'oii Remployai i aux plus indignes usages (1).

La ville chrélienne avait non moms souffert que la ville païenne, mais plus directement, de l'absence de ses pasteurs. Tous les historiens sont unanimes à déplorer le tort qu'elle en reçut. « La translation du Saint-Siège en France, « dit un des plus anciens biographes des poutiiès, causa <i de grands maux à la chrétienté, mais principalement à « la ville de Rome, dont les temples tombèrent en ruine à « cause de la solitude où ils furent réduits (2). » Rome, pnr la bouche de Pétrarque, se plaignait à Clément Yl qu'elle avait autant de blessures que de palais et de temples, et que ses murailles croulaient de toutes parts (5), et le poëte répétait à Urbain V celle plainte éloquente [A], Il n'aurait pu eu être autrement. Home n'était plus que de

(1) Manuel. Chrysol. épist., p. 92etd5.

(2) Platma , m Clemdiiteiii V. — Monia et basiliciB et publica et privtU «dificia ulnque raînam minabant. (Id., in Grcgorium XI.) .

(3) Carmina, l. II, ep. v.

Quot $unt mihi templa, quot arecs, Vaincra suat iotidem, crebm coofusa ruiDii Hœnia.

— L'auteur de l'Itinéraire de Grégoir*^ XI allesle cet etal de ruine dans une laroenlftliou incidente qui ne manque pa:» d éloquence. (Pap. Massoo^ p. 317.)

(4) Senil., 1. VU, ep. i.

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