ÉTAT PHYSIQUE DE ROME
nom la capitale du monde chrétien; une autre cité jouissait de la réalité de cette faveur. L'action puissante que
la Papauté exerçait sur les événements ne fonctionnait plus dans son sein ; le mouvement et la vie partaient d'un centre nouveau. Ces cortèges de princes qui venaient jadis étaler leurs magnificences dans ses murs et y répandre la richesse dirigeaient alors leurs pas vers Avignon et prodiguaient leurs présents à celte cité gauloise. Comme une reine découronnée, Rome était délaissée et n'avait plus de cour. Sa gloire lui restait seule; sa puissance avait dispai u. C était la pauvreté qui détruisait celle ville. Privée de son chef, et couséquemment des ressources que concentre dans ses mains le gouvernement général de TÉglise, Rome ne peut se suffire à elle-même. Née pour être la capitale du monde, il faut qu elle le soit sous peine de ne devenir qu'une ville de second ordre, parce que les frais de son entretien excédent de beaucoup ses revenus et qu'elle ne possède aucun de ces éléments de richesses qui, dans d'autres villes, suppléent à l'absence de celui qui administre la fortune publique. Le séjour de la cour romaine à Avignon Ta prouvé jusqu'à l'évidence. Alors les souverains pontifes faisaient smir les deniers de la chré* lienté soit à fortifier, soit a embellir leur nouvelle résidence. De leur-^côté, les cardinaux, oublieux de leurs titres, ne songeaient qu'aux splendides palais d'Avignon et de Villeneuve, et consacraient l'excédant de leurs revenus à doter leurs pairies de belles églises et de riches chapelles.
Ainsi livrées à leurs propres ressources* les quatre cent
quatorze basiliques (le Rome tombèrent dans un délabrement facile à concevoir, ii y avait impossibilité de les réparer; on ne pouvait même fournir des ornements aux autels ; les choses nécessaires au culte manquèrent ; les
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prêtres se voyaient forcés de célékrer les saints mystères avec de misérables véleibents (4).
k plusieurs reprises les papes envoyèroDi des secours
d'argent. Ainsi, GléiiienlV fil relever Sainl-Jean-de-Latran, qu un incendie avait presque anéanti en 130^ ; Bâaeît }LÏ\ i^para la toiture du Vatican (2). Mais ces secours passagers ne faisaient face qu'aux besoins les plus apparents, et la dégradation n'en poursuivait pas moins son œuvre. Si le bas-reiief qui décore le mausolée de Grégoire M est rimage fidèle de la ville à Tépoque où ce pontife ; mour rut, les murailles et les édifices sacrés étaient dans la situation la plus déplorable («^).
La dépopulation avait suivi le progrès de la destruo tion. Quand la prospérité abandonne une ville, die perd immédiatement cette classe ncmibreuse et active de citoyens que la prospérité y attirait et qui s'en vont la clierciier ailleurs. C'est ce qui était arrivé à Rome après le départ de ses pontifes* On est étonné, en étudiant Thistoire des soixantedouze années pendant lesquelles elle en fut privée, d'y trouver à peine les traces de la bourgeoisie ; tandis que ce corps, à la même époque, était si nombreux et si puissant à Florence, àPise, à Bologne. De fait, il y était réduit à une grande faiblesse numérique qu'on ne peut raisounablcment imputer qu'à la déserUon. Il ne restait donc à Borne que la classe pauvre et la noblesse» dont cette cir-
(1) Carmina, £p. ad Benedictum XD.
Aspice tempit Dei : nralto fiindata hlpro Ruilura tremont, nalUsque «Itaria gatifl Aecannhu attent moilico fiaiMatHi limrt; Aspice qmm rarus Mibeat pcnetralia hospes, Quamque inopi sub veste petat délabra sacerdos.
(2) Alex. lk>]iato, Roma, vêtus et recens, 1. IV, p. S65.
(S) Caneellieri, Stork délie solennir posnssi, p. 92. — Vdr Cknui. Ittewas^p.40et41.