POPULATION DE ROME AU XIV« SIÈCLE
eonstaiiee explique la prépoBdérante supériorité et finsolentê lymmie.
Il serait toutefois impossible de fixer d'une manière esacie le nombre d'habitants qu'elle avait conservé» Le» données contemporaines manquent à cet égard, et le chifir» de dixHSept mille, cité par Gancellieri (i), est appuyé sur une tradition trop incertaine pour faire autorité. Malgré cela, nous aurions de la pane à nous ranga* à Tavis d# Papenciurdt, qui indique soixante mille âmes (2). D*abord, cette population nous semble peu en rapport avec l'état physique de la ville, et il nous serait hciie de prouver que pendant la plus grande partie du quÎMièma »ècle, alors que les souverains pontifes résidaient dans ses mui^ et s'appliquaient à en relever les ruines, Borne ne dépassa pas ce chiffre, s'il est vrai qu'elle l'atteignit un instant. Ensuite, les raisons qu'allègue Papenoordt pour le justifier ne sont nullement péremptoires; elles se réduisent à des calculs approximatifs, d rosses surle nombre d'hommes capables de porter les armes. Mais, s'il faut eompreiidre dans ce nombre la population suburbaine, comme en effet on ne peut Ten exclure, que deviennent ces calculs? D'ailleurs, la population de Rome a été de tous temps fort mobile. Plus tard, au seizième siècle, sous Léon X, elle atteignit quatre-vingtrcinq mille âmes; puis, trente ans après, sous Paul IV, elle tomba à cinquante mille ames. C'était un déficit de trente-cinq mille. Or, peut-on raisonnablement afQnner que les causes de dépopulation aient été plus énergiques pendant cette période du seizième siècle qn'elles'ne l'avaient été au quatorzième? Mouâ croirons donc nous raf^ocher davantage de la vé-
(1) CaneéWkn, toc. cit.
(2) OuYiage cité, c. i, p. 16.
44$ HISTOIRE DE U PAPAtlTÉ, LIV. XII.
rite en prenant le milieu enirc les évaluations de Cancellieri et de Papencordt, et en adoptant le chiffre de trente-trois mille, cité par Gibbon, d'après Tautorité du docteur Lancisi (i). Encore quelques années d'absence des pontifes, et la grande Rome n aurait plus été qu'un village.
A son entrée dans la ville, Grégoire XI retrouva debout la magistrature des bannerets, qui s'était relevée depuis le départ d'Urbain V, malgré les défenses expresses de ce pape. Hais ceux<«i vinrent déposer aux pieds du pontife leurs baguettes, emblèmes de leur pouvoir, et remettre en ses mains le plein domaine do la ville ('2), et Grégoire, qui ne voulait pas être en arrière de générosité, ne voulut point signaler l'exercice de sa souveraineté par aucune réforme dans le gouvernement. 11 eut bientôt lieu de s'en repentir. Les bannerets, accoutumés à commander, se lassèrent d'obéir et ne tardèrent pas à vouloir ressaisir leur indépendance. Ils ne furent pas seulement poussés à cela par leur instinct séditieux, mais encore par les sourdes excitations des Florentins, qui, appliques à susciter des affaires au Saint-Siége, leur écrivirent secrètement que le souverain pontife, objet de si ardents désirs, ne venait point dans la ville pour y fixer son séjour, mais pour y encha!< ner la liberté, et méditait d'abord l'anéantissement des bannerets, qu'il savait bien être le plus puissant obstacle à l'établissement de la servitude.
Tout n'était pas faux malheureusement dans cet avis perfide. Une fraction des nobles, auxquels la magistrature des bannerets était aussi odieuse qu'au pape» vint lui offrir son concours pour la détruire. 11 y eut un complot auquel prirent part Luca Savelli et le comte de Fondi, et
(4) Hist. de la décad., t. % p. 986. Tlraké de Rom. Cœli qutliutibiii. (2) Itinerarium Gregorii XI, p. 916.
APPARITION DE WiCLEF. «449
qui devait être secondé par Jean Haukood. Mais il ne rëas-
sit pas. Pendant qu'on négociait avec la cour romaine pour lui faire accepter des mesures violentes, qu'on avait en mie, il fut découvert, et Grégoire se vit forcé de subir rinsolenee de ceux cpi'il avait voulu annuler (1 ) .
A ces coniplications politiques vint tout à coup se joindre la nouvelle alarmante qu'une grande hérésie se foiv mait en Angleterre. L'auteur de cette hérésie était un théologien d'Oxford, curé de Lutbehvorlh, au diocèse de Lincoln, nommé Jean Wiclef , esprit inquiet et superbe autant que versé dans les subtilités de la scolastique. Nommé d'abord à la charge de gardien dans l'Université d'Oxford, on la lui ôta quelque temps après pour la donner à un inome. Le docteur voua dès lors aux moines une haine qui s'exhalait dans de virulentes déclamations contre tout ce qui portait l'habit monastique. Le Saint-Siège ayant confirmé celte expulsion, Wiclef tourna sa colère contre le • pape. Dans les premiers temps, le novateur se contenta de renouveler les erreurs de Marsile de Padoue et de Jean Jandun sur les biens temporels de l'Eglise, le mépris des censures et la supériorité des princes à l'égard du clergé. Il est permis de croire, d'après cela^ que le but de Wiclef était de soulever l'Angleterre contre l'ÉgUse romaine. Les dispositions d'un grand nombre d'esprits favorisaient son audace^ il trouva deux protecteurs puissants dans le duc de Lancastre et lord Percy» et il était soutenu par les Loi* lards, branche de Frérots ou Beguards, sorte de Fratricelles, qui affectaient dans leur extérieur une jurande austérité!
Les progrès de Wiclef donnèrent de sérieuses inquié-
(4) BalQte, 1. 1, p. 43B. «-* Voir ViUile, Storia diplomaticai t. II, les premières pages.
450 ' HISTOmE DE LA PAPAUTÉ, LIV. Xll.
tudes aux évéques, et ils cnvoyèrétit à Rdittédit^iléUf pfo-
positions qui exprimaient les principales erreurs de l'hérésiarque. Grégoire XI ne fut pas peu effrayé de la hardiesse
' que déployait le novateur; il se hâta^ dans une congrégation de cardinaux, de condamner les propositions, et- écrivit au
Voî Bîchard H, à l'arclievéque de Gantorbéry, à l'évêque de Londres e! à VUniversité d'Oxford, d'employer des mesures promptes et vigoureuses pour étouffer ce mal naissant (î). Les lettres diî pape trouvèrent Richard mort; mais l'archevêque de Cantorbéry et Vévêcpie de Londres exécutèrent leur commission. Ils citèrent, î\ Lambeth, devant leur tribunal, Wiclef, qui se rendit à la citation ac-
' compagné de ses deux protecteurs, le duc de Lanbastre et
' lord Percy. Cette circonstance empêcha qu'on y fît rien. D'nbonl on perdit du temps à disputer si Wiclef répondrait assis ou debout; puis celui-ci, habile à déguiser sa pensée, donna, sur Tes propositions objectées, des explications
' tellement conformes à la doctrine orthodoxe, que de plus longues procédures contre lui furent jugées inutiles. Mais il continua à dogmatiser avec plus d'audace que jamais. Ce né sera que plus tard que, éclairé [lar les noureànx écrits du réformateur sur ses vrais sentiments, le clergé le forcera h quitter sa cure, et préludera par ses censures aux anathèmes du concile de Constance.
H y a dans la doctrine de Wiclef le côté philosophique et le côté théologique. Sous le premier aspect, la doctrine du réformateur est un mélange grossier de manichéisme, dé panthéisme et de fatalisme. Selon lui, Dieu est souiiiis au diable, ou, en d'autres termes, le bon prin<jpe obéit au Hi.iuYais; toute créature participe à la nature divine; une aveugle nécessité est la raison unique de tout ce qui
> (1) Raynald, ann. 1577, ii« 4.
arqiYe;'d'où i|smtqu'il n'y a dans Dieu ni provideucé, ni
liberté, ni puissance. Sous le point- de \ue théoiogique, la ;fjpctnu046 Wiçfef est la tliéorie pure du presbytérianisme, car le^pape n'cisf pas le chef de rÉglise. militante, il n'^esi
.nui besoin de. cardinaux, de patriarches, d'évéques, de conciles, non plus que de gouvernemeat général de l'É-
^.glise ; les prètres.et les diacres suffisent à tous ses besoins*
. iDi^ ro^te, tout ce qui peut rendre le SaintnSiége et le clergé odieux, WicleC l'entasse, le tourne et le retourné dans ses Dialogues, \iciine après, cela Lu tlier, il trouver^ ras§em-
. b\é^ dansr.arsenal anUpapiste de Wiclef toutes les î^iachines propres àhattre en brèche Tédifice catholique. Cet homme, si réputé pour lu lécondité de ses inventions, n'aura guère do peuf que i originalité de sqq caractère, car il ne fera .que mettre au jour, en y ajoutant le piquant du. sarcasme» les nouveautés, et les déclamations oubliées du docteur d'Qxl'ord. Quand il nous dira que l'Église romaine est la synagogue de Satan, q^e le pape est l'Antéchrist, qu'on doit jse moquer de ses anathèmes et se rire de ses indulgences, il ne sera que i ècliu du pasteur de Luthelwoiih ; 2»euiemi^Dt, il jettera les brandons de la discorde sur des
. ç^atières combustibles ramassées d'un bout de la chré> tienté à l'autre par. un siècle de révolutions.reli^ieuses, et la chrétienté sera embrasée (1).
Cependant, la présence de Grégpire XI en Italie n'y cal- , mait point. les fureurs.de la guerre; le iretour à la concorde, qu'on lui avait fait espérer devoir être le résultat de sa visite, ne s'effectuait pas. Il y avait déjà plus de cinq
..mois qu'il siégeait à Rome, et aucune des puissances qui étaient eç hostilité contre FÊglise ne pplail sérieusement
(1) BzoTÎi Annales, ann. 1577| nf* 5, 4, 5 et 6. — Nabilte Alexandri Bisl. eccleaiast., t. YII , arlicle Wiclef. — Pluquet, Dictionnaire des hérésies, t. II.
4o2 HISTOIRE DE U PAPAUTÉ, LIV. XIL
de paix. Bien loin de là, le nombre des villes révoltées s*é*
tait encore accru. Ainsi, ce voyage, si généreusement ré- ' $olu, si laborieusement accompli, n aboutissait qu à une cruelle déception. Le bon pape 'devoiait de jonr en jour soucieux, mélancolique. Il se transporta à Anagni pour y chercher un air plus calme et plus pur. Comme son prédécesseur Urbain Y, il se trouvait mal dans celte atmosphère italique, où il ne respirait que des 'miasmes d'indépendance et de rébellion (I ).
Quand on considère, en elïet, Grégoire au milieu d un .pays où il était étranger, seul, sans alliance, avec peu de moyens pécuniaires, en face d'une ligue formidable, lut« tant contre fesprit de révolte qui menaçait d'envahir le domaine ecclésiastique tout entier, on doit convenir que peu de pontifes s'étaient vus dans une situation plus critique. ' Elle Tétait d'autant plus, que tous les efforts que tentait Grégoire pour en sortir semblaient amener de nouvelles complications. Dès son arrivée à Cometo, il avait envoyé à Florence des nonces pour demander à la seigneurie qu'on lui renvoyai les mêmes ambassadeurs qui étaient venus à Avignon. Ces ambassadeurs se rendirent bien à Rome, mais ils y apportèrent de si hautes prétentions, qu'on ne put parvenir à s'entendre. D'autre part, Haukood quitta, dansées entrefaites, le service de l'Église pour passer à la solde des 4«*lorentins, et devint l'ennemi de la cause qu'il avait si vaillamment défendue (â). Pour comble de malbeur, le neveu du pape, qui combattait en Toscane l'armée de la ligue, fut obligé de reculer devant elle, et vint se faire battre et prendre prisonnier par le prefetto de Yiterbe, Francesco di Vico. Grégoire se trouvait dans ce moment à
(1) 6aluze» 1. 1, p. 436et4S6.
(2) Platina, in Gregorium XI.
NOUV£LLË ftUSSION DE SAINTE CATHEAINË. 4^
Anagni. On essaya une troisième fois de renouer les négociations, et une troisième fois il fallut les briser encore ; on échoua également dans une tentative qu*on fit pour détacher Bemabos de la ligue : rien ne réussissait donc. Ce* pendant, vers la fin de novembre 1577, le prefetto se lassa de la guerre, et fit sa paix particulière avec rÉglise. Bologne revint aussi à robéissance, pour cinq ans seulement, ii la suite de négociations conduites a Ferrare par le cardinal de Saint-Ange. Grégoire ratifia à Rome cette paix, s' engageant à payer 10,000 florins aux Bolonais, qui, de leur • cùlé, promirent de fournir trente lances pendant six mois, chaque fois que TÉglise serait en guerre avec la Lombardie. A ces conditions, Bologne reçut deux nonces chargés de la régir au nom du Saint-Sié^^e (i).
Hais Florence semblait plus que jamais étrangère aux dispositions pacifiques. Les huit de la guerre y régnaient et s'opposaient systématiquement à toutes les propositions qui avaient pour but de ramener la concorde. Il y avait pourtant dans la république un parti nombreux qui désirait la paix; mais souvent le parti raisonnable, malgré le nombre, n'est pas le plus fort, parce qu'étant composé d*hommes modérés, il man<[ue d'énergie; les brouillons agissent, les autres se contentent de gémir et s'abstien-' nent. On révéla à Grégoire Texistence de ce parti ; on ajouta qu'en essayant de communiquer à cette masse bien inteiUionnce, mais inerte, un peu de vie et de mouvement, il ne serait pas impossible d'arriver à un bon résultat, et le pontife ne jugea personne plus propre à remplir' cette mission que sainte Catherine de Sienne. Une seconde fois cette jeune vierge se vit aiTacbée au calme de la solitude et
(1) Buoninspgiii , 1. IV, p. 584. — Poggii Dracciolini, Uist. florent., p. 230. — Specimea iiist. Sozom. Pislor., t. XVI, p. 1104. — Cron, di Bologua, t. XVIII, p. Ô15 et m. — Baluze, 1. 1, p. 440.
454 HISTOIBE M IX PAPAUTÉ, UV. XII.
de la' contemplation pour se mêler aux agitatioiMf'deMa
politique. On la reçut à Florence avec vénération; elJe'se aiit à Tœuvre, et agit avec tant d*habiletc, qu'au bout de quéiqùes jours' elle parvint» avec Taide deNiccoloSoderijti, et'd'aùtres personnages influents du parti modâré; à'(A>* ganiser contre les huit de la guerre une réaction qui les renversa. Mais ceux-ci avaient pour eux la multitudef el rappelèrent à leur secours. U éclata tout à coup à Ploreucc* une furieuse insurirectfon» dans laquelle les maiscfns dès' chefs modérés furent dévastées et livrées aux flammes, et où ceux d'entre eux qui ne purent fuir perdirent la vie. • La sainte courut elle-même le plus grand danger. Rechercliée par les satellites de la populace, et abandonnée de tous ses amis, elle ne dut son salut qu'à son héroïsme (l).
Cependant, après cet orage populaire, les passions politiques parurent se calmer. L'évéque d'Urbtkio, enyojé de Rome à Florertce, sut profiter de ce moment de modératioh pour faire de nouvelles propositions d'accommodement. Il avait ordre de demander que le différend de l'Église aveô les puissances liguées fût remis à l'arbitrage de BenlabosT. Une' résolution, qui confiait ainsi Vès intérêts^ dn ^aint- Siège au phis puissant de ses adversaires, était le coup d'une politique hardie et bien entendue; elle ne pouvait qu'être favorable à TÉglise, qui forçait par là son ennrâià répondre h la confiance par la générosité. Tes Florentinls en manifestèrent leur surprise, et il parut dangereux h plus d'un citoyen de soumettre la décisionr d'une éi ^atï<fe affaire â un hommè dont le caractère perfide était c6nmi ; mais on ne pouvait l écuser Yisconti sans le blesser profondément et s'exposer à le voir quitter la ligue et se ranger
(1) Vila B. Catharmfc Senneusîs, Bolland., t. III, c. viii, ii« 4â0, 421, 422, 425, 424 et 425.
MORT DE CaUÊGOUtfi XI. m
sous le$. drapeaux du Sumt-Siége. D'ailleurs, ou cojiiiiieAçait à être las de vivre, sçus le poids de$ censures ecd^siasliques. Les Bolonais, qui avaient en grande partie causé la guerre, venaient de rentrer en grâce auprès du h-ouvcrain pontife. Ainsi, les esprits, moitié par nécessité depositioi^, moitié par lassitude de la guerre, se décidèrent à traiter de la paix. Bemabos accepta l'arbitrage, qu'une députa^on.solemieiic vint lui offrir. On fixa la ville de Sarz^na p|9ur le lieu où les conférences devaient se tenir. Bernabos s'y riendit dçs premiers. Le cardinal d' Amiens y arriva bientôt après. Ils y furent suivis parles député' dii roi de France, de la reine Jeanne, des Vénitiens et des Florentins^i On n'eut point à se repentir d'avoir confié les^ intérêts du Saint-Siège à fiemabos. Ce seigneur montra dans cette occosion qu'il avait à cœur de réparer ses lorts envers. l'Églisç romaine. Les conditions qu'il posa -étaient toutes.^ faij;ear dfiSaintnSiége. L'arbitie y stipulait 80,000, florins pour djéfrayer le pape des dépenses de là guerre. La plus grande partie de cette somme devait être à la charge, de§.fior,enMûSi, l'autreUa charge des alliés (I) ; enfin, con- U$ek toutei^çp^^ance, une guerre qui avait failli anéantir la puissance de l'Église allait se terminer à son ayantage, Iprsquetout fut an clti par la mort de Grégoire XL
pontife^ d'un tempérament faible, n'avait jamais ( qu'unç.sfm^,l^nguis9ai}JL^ quile.rendait sujet à mille souffrances journalières, notamment k celle de la pierre (2). Depui§,spft arrivée e^i l^lie, ses maux, loin deSiminuei*»
(1) Poggii Bracdol., ÏLisU flprent., p. W et 24i. — Léopard. Arelin., ^iîil. florcAt., 1. VIII,-Buonins., 1. IV, p. m et 504.— Specâmen Hisl. SjMiom. Pistor., p. 1404.— Annales Me^olanenses, L XVI, jp. 764 et seq. — ^Baluze, 1. 1, p. 441. '
(2) Teyssier, ffist. det souverains pontifçs, p. 5888.— PlaUna^ in Qrego-
HISTOIRE DE LA PAPAUTÉ, LIV. Xfî.
s'étaient accrus de tous les diagrms que lui faisaient^prou-
ver les désastres de la guerre, la révolte de ses villes, et les tracasseries du peuple romain. Vers la fin de février 1378, son état devint plus grave, et il ne put se dissimu* 1er que le terme de sa vie ne fût proche.
Les derniers jours de ce bon pape furent agités par les prévisions des funestes événements qui devaient suivre son pontificat. D'un côté, il voyait Rome et l'Italie, impatientes de n'avoir pour maîtres que des étrangers dont la présence et l'affectif m étaient pour d'autres pays, préparées à tout braver pour obtenir un pape italien ; de l'autre, il voyait la plupart des cardinaux dominés par des intérêts purement mondains, séparés en plusieurs factions, et disposés, pour procurer le triomphe de leurs Aidions, à faire traîner en longueur une élection dont ies circonstances réclamaient la rapidité, et il se repentait d'avoir quitté la cité d'Avignon. Il se proposait, à l'exemple de son prédécesseur, d'y revenir sitôt que ses forces le lui permettraient ; mais ces forces déclinaient de jour en jour. Alors, pour éloigner, autant qu'il était en son pouvoir, les calamités qui menaçaient TÉglise, il dressa une constitution dans laquelle il ordonnait que, si sa mort arrivait avant la tin de septembre, époque iixée pour son retour en France, les cardinaux présents, sans attendre les absents , tien* draient le conclave dans le lieu qu'il leur plairait , changeraient même ce lieu s'ils le jugeaient convenable, et que, sans avoir égard aux règles anciennes qui prescrivaient les deux tiers des suffrages pour la validité de l'élection, ils s'en tiendraient, pour cette fois, à la majorité absolue, voulant qne le candidat qui léunirait celte simple majorité fnt reconnu et proclamé, sans conteste, souverain pasteur de l'Église universelle. Et, comme si une telle mesure ne Teût point encore suffisamment rassuré.