XXII PRÉFACE
indiquer d'avance. Il faut au savant professeur de grandes idées, et quand il s'en est formé quelques-unes de telles à l'étude des documents historiques, il groupe autour d'elles toute une série d'événements qui semblent s'être accomplis tout exprès pour les vérifier. Gela est ingénieux, séduisant sans contredit, mais cela n'est pas l'histoire qui, encore une fois, doit être écrite ad narrandumnon adprobandum. Le livre de M. Ranke est une œuvre à part, qu'il faut admirer, qui se distinguera toujours, entre toutes les études historiques, comme une œuvre de génie, mais qui ne saurait être prise pour modèle sans un grave péril de fausser l'histoire.
J'arrive à des observations d'un tout autre genre. On m'a reproché d'avoir cherché à justifier les peines infligées aux hérétiques pendant le moyen âge. On m'a accusé d'avoir, en cette occasion, cédé à un esprit de fanatisme contre lequel on ne saurait s'élever trop fortement au nom de l'humanité. A ce propos, je ne voudrais pas laisser perdre, pour mes lecteurs, une gentillesse que s'est permise à mon égard le Siècle. Ce facétieux journal, dans un article du 20 décembre i852, sur la liberté, dit que le curé Christophe (sic) a écrit avec le tison éteint de l'inquisition et que sa doctrine exhale une forte odeur de chair grillée. A défaut d'esprit, la phrase ne manque pas de pittoresque, elle a dû égayer vivement, aux dépens du curé Christophe, les partisans de la liberté illimitée de parler et d'écrire, et j'éprouve un réel plaisir à l'encadrer ici.
Cette petite citation accordée à mes lecteurs, je demanderai à mes critiques sérieux, en quoi j'ai manqué à 1 humanité, lorsque je me suis refusé à blâmer nos pères d'avoir placé, dans