XXIV PRÉFACE
opinions ne sont que d'atroces erreurs, et que si vous vous permettez de les divulguer vous vous rendez coupables envers la société dont vous sapez évidemment les principes constitutifs et que vous menacez d'affreux bouleversements. Et ne dites point que j'allègue des périls imaginaires. L'histoiie est là pour montrer que les attentats à la vérité religieuse et morale ont troublé de tout temps le repos de la société civile. Nous verrons bientôt que l'hérésie de Jean Huss couvrit de sang et de débris la Bohême et ébranla l'Europe. Tout le monde connaît les excès des Anabaptistes en Westphalie et le drame épouvantable dont la ville de Munster fut le théâtre. Est-il besoin de rappeler les ravages des huguenots? Nous sortons à peine des ruines d'une révolution qui a suffisament révélé au monde de quoi était capable le dévergondage philosophique du dernier siècle; et tout récemment le socialisme, ce système qui doit un jour procurer tant de bien-être à l'humanité, ne voulait-il pas, si on l'avait laissé faire, se donner, avant le plaisir de faire des heureux, celui du pillage, du meurtre et des plus abominables débauches?
Vous me direz alors : Châtiez les actions, à la bonne heure, mais respectez les doctrines. Oui, respectez les doctrines, même les plus éversives, tant qu'elles ne vont pas au-delà d'une manière de voir individuelle, mais dès l'instant qu'on les produit au jour, avec l'inteption de séduire les esprits, de corrompre les cœurs, elles deviennent des actions dont les tribunaux peuvent et, dans certains cas, doivent atteindre la perversité par le châtiment. Car enfin, quand plus tard, une foule d'hommes égarés se livreront à l'incendie, aux dévastations, au massacre, quel sera le mo-