‹ Histoire de la papauté pendant le XVe siècle (volume 2)Chapitre 16 sur 37 · XXVIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXVIII PRÉFACE

de Baie. De ces deux épisodes si pleins de passions, de mouvements, si dramatiques, nous n'avions jusqu'ici que les récits des histoires générales et celui deLenfant ; récits savants et exacts, mais récits froids, incomplets, sans liaison, récits où les faits intermédiaires sont supprimés, où rien n'est préparé et où tout semble arriver à l'improviste. Il était impossible, d'après de tels récits, de se former une idée juste de la nature et de la portée de deux événements qui agitèrent si prodigieusement l'Europe et l'Eglise. J'avoue, pour mon propre compte, que le concile deBâle, en particulier, m'avait toujours paru une énigme inextricable. Je ne pouvais m'expliquer l'explosion subite d'une assemblée révolutionnaire, poussant tout à l'extrémité, au début d'une paix qu'on avait eu tant de peine à rétablir, lorsqu'il y avait tant de ménagements à garder pour maintenir le calme dans les esprits. J'ai essayé d'éclaircir ce mystère, en cherchant la raison des faits dans Tétât moral de cette époque, la politique des gouvernements, mais surtout dans les opinions régnantes. Il était à peu près généralement admis alors., par une fausse intelligence des décrets de Constance, que le pape est inférieur à un concile, canoniquement assemblévpour représenter l'Eglise universelle. La raison qu'on en donnait était que l'autorité du pape doit céder à celle de l'Eglise. Les plus grands esprits étaient séduits par cette doctrine; tout comme s'il était possible de parler de l'Eglise et du concile général sans parler du pape; tout comme si l'Eglise et le concile général pouvaient exister sans le pape; tout comme si le pape n'était pas la tête de l'Eglise, lors qu'elle est réunie comme lorsqu'elle est dispersée, et s'il était possible de l'en séparer

PRÉFACE

Cette opinion, qui établissait ainsi, à un cas donné, deux pouvoirs rivaux dans la société des fidèles, devait naturellement la bouleverser. L'explication de tout ce qui s'est fait à Bâle d'étrange est là dedans.

Le concile de Bâle avait été une révolution contre l'autorité pontificale, le concile de Florence fut une réaction en faveur de cette autorité. Et que Ton ne dise pas que cela tint à ce que cette assemblée fut célébrée en Italie et sous la présidence d'Eugène IV. Elle aurait eu ce même caractère ailleurs et sous la présidence d'un simple légat. Les éléments qui composaient cette assemblée étaient pourtant des éléments d'opposition. Ce n'était pas des Grecs qu'on aurait pu attendre de vives sympathies pour la suprématie du pape, eux qui ne la reconnaissaient pas depuis longtemps. Quant à la partie du concile de Bâle qui y vint figurer, personne n'ignore qu'elle comptait les représentants les plus illustres de l'opinion qui proclamait la supériorité du concile sur le pape. Mais et les schismatiques grecs et les réformateurs de Bâle, à Florence, ressentaient également le besoin, qu'éprouvent des hommes de bonne foi que l'expérience a éclairés, de revenir sur leurs pas et de rétablir les principes. Il ne faut donc pas s'étonner d'entendre sortir de la bouche d'une assemblée .qui représentait deux révolutions contre la Papauté, la profession de foi la plus précise, la plus solennelle, la plus magnifique qui eût été jusque-là proférée en faveur de la suprématie pontificale.

Au concile de Florence se rattache un des faits les plus intéressants de l'histoire religieuse et politique du XVe siècle, et en même temps un des plus glorieux pour la Papauté, je veux parler

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