C. XXXVI
(1) Balbin. Bohemia Sancta, p. 122. — Hagek, anno 1420. — Lenfant, Hist. de la guerre des hussites, t. I, p. 13 et 14. — Theobald, c. xxxi.
par les hussites, et dont les villes d'Àust, de Rziczam, de Prachaticz , de Commoiow , de Béraûne, de Broda et de Jaromir , entre autres , furent, particulièrement le théâtre. Un écrivain protestant 7 trop souvent injuste envers les catholiques , mais qui est quelquefois sincère , affirme que les hussites envahirent , pillèrent et livrèrent à l'incendie plus de cinq cent cinquante fondations ecclésiastiques ; que les moines , les prêtres et les religieux ne furent pas plus épargnés que les monastères. On les égorgeait, puis on jetait leurs cadavres dans les flammes (1). Du reste, les prêtres et les religieux n'étaient jamais l'objet d'aucune pitié , au contraire, on les réservait pour les supplices les plus ignominieux et les plus cruels. On frissonne encore lorsqu'on lit dans les chroniques contemporaines, sur les expéditions hussites, les détails écrits sous le coup des événements, et Ton refuserait d'y croire si une révolution, accomplie plus près de nous, n'eût appris à notre génération que le fanatisme de la liberté comme celui de l'hérésie est capable de tous les excès (2\ Le malheur de l'Eglise, de l'humanité et de la Bohême
(1) Aventini Annales Boiorum, libr. VII, nn8 4.
(2) Voir Balbin., Bohemia Sancta, p. 424, 128, 130, 131, 135, 136 et seq. Epitome rerum bohemiarum, libr. IV, c. vu. : — Dubraw. Hist. Bohem. libr. XXVI. — iEneœ Sylv. Hist* Bohem,, c. xlii. — Wenceslai Hagek Chronica Bohemorum Pragœ 1596 , fol. en allemand. Cet auteur divise ses matières par années. — Procopii Lupacii Ephemerides, Pragae 1484, 8°. — Le t. IV de Dobncr, Continuatores Pulkavœ, p. 152-164. — Mars Moravicus, autore Thoma-Joannc Pessina de Czechorod , Pragœ 1677, fol. Cet auteur contient de nombreux détails. — Théobald.
voulut que le principal auteur de tant de ravages, Ziska^ fût le plus grand capitaine de son siècle, et qu'il ne se soit trouvé personne qui ait pu arrêter ses progrès. On Ta comparé aux héros de l'antiquité, et ce n'est point » tort ; pour l'intrépidité et les talents militaires, Ziska peut être hardiment placé à côté des plus célèbres. Jamais chef n'acquit sur ses soldats, par le prestige du caractère et de la renommée , un empire plus absolu que Ziska , par le fanatisme. Les Taborites , ces hommes sauvages, qui avaient secoué le joug de la religion et de la morale, qui ne voulaient reconnaître ni roi, ni empereur, les Taborites suivaient Ziska comme un troupeau, bien qu'il les conduisît, chaque jour, aux entreprises les plus hasardeuses , et qu'il exigeât d'eux les plus grands sacrifices. Du reste , aucun soldat, dans son armée, ne supportait plus^ de fatigue que lui et ne déployait une valeur plus impétueuse. C'était un beau guerrier que Ziska 1 Sa taille n'était point très-élevée , mais la puissance de sa^conformation , son œil fulgurant, son nez recourbé en bec d'aigle, les traits fortement accusés de son visage donnaient à sa personne un air martial et terrible (1). Et puis, il y avait chez lui cette gloire éblouissante d'un général toujours heureux et qui semblait avoir fait un pacte avec la victoire.
' Cependant la chrétienté était dans la consternation à & vue de ce qui se passait en Bohême. Sigismond, qui avait cru d'abord à l'empire de la persuasion sur les novateurs, se convainquit bien vite qu'on ne pourrait en avoir raison que. par la force, et il mena contre eux,
(1) Balbin. Epitom. libr. IV, ad calcem notarum.
en 1420, une armée de 'cent «quarante mille hommes. Le génie militaire de Ziska triompha du nombre. Battu dans toutes les rencontres, Sigismond fut obligé de revenir en Hongrie,"" ne remportant de sa formidable expédition que le stérile honneur de s'être fait couronner roi de Bohême (1).
L'année suivante , Sigismond, aidé d'Albert d'Autriche, rentra en Bohême. Grand nombre de seigneurs se déclarèrent pour lui ; déjà la ville de Prague, effrayée, songeait à la soumission. Mais ce nouvel effort de l'empire vint se briser sur le bouclier de Ziska (2). Enorgueillis par ces succès, les hussites de Prague déclarèrent qu'ils ne reconnaîtraient jamais Sigismond pour leur souverain, et, après l'avoir accusé à la face du monde de félonie et de cruauté, ils offrirent la couronne de Bohême au roi de Pologne, Wladislas, qui la refusa, puis au duc de Lithuanie qui leur envoya son frère Sigismond Coribut (3).
Cet appel fait à un prince étranger, sans l'aveu de Ziska, brouilla les Tàborites avec les Callixtins. Le fier général, bien qu'il affectât des sentiments démocratiques, s'était entretenu dans la pensée que ses coreligionnai-
(1) Balbin. Epist. libr. IV, c. vu. — Cochlée, livr. V, p. 180 et 481. — Dubraw., libr. XXIV, p. 640 et seq. — jEneas Sylv. c. XLII.
(2) Balbin. Epist. libr. IV, c. VIII.— Cochlée, libr*. V, p. 206.
— Dubraw., libr. XXIV, p. 646 et seq. — iEneas Sylvius, c.xlii.
— Dlugossi, Hist. Polon. libr. II, p. 431 et 434.
(3) Cochlée, libr. V, p. 202 et 208. — Dubraw. , libr. XXVI, p. 681 et 682. — Cromer, de rébus Polon. libr. XVIII , p. 283.
— Dlugossi, libr. II, p. 439 et 451.
86 HISTOIRE DE LA PAPAUTÉ, L1Y. \l.
res finiraient par lui offrir la dignité royale (1). Lorsqu'il apprit que les citoyens de Prague étaient décidés à accepter Sigismond Coribut pour leur souverain, il devint furieux, et frappant à plusieurs reprises la terre : « Deux fois, s'écria-t-il, j'ai sauvé Prague des mains de" l'Empereur , eh ! bien, maintenant, je veux la détruire moi-même, et montrer par là à la postérité, qu'il était au pouvoir de Ziska de sauver ou de perdre la patrie (2). » Aussitôt commença, entre les Taborites et les Callixtins, une guerre sanglante et acharnée, dans laquelle la victoire fut fidèle au, drapeau de Ziska et où Prague, réduite à ses seuls remparts pour se défendre contre les attaques de son redoutable ennemi, se vit sur le point d'être prise et rasée comme il l'en avait menacé (3). Ziska atteignit un tel degré de puissance que l'Empereur eut, dit-on, l'idée d'en, faire son représentant, en Bohême, avec le titre de vicaire impérial et un subside annuel. On ajoute même que le chef des Taborites était disposé à accepter l'offre de Sigismond. Par là , l'ambition de Ziska eût été satisfaite. Mais la Providence ne permit pas une élévation qui aurait légalisé l'hérésie en Bohême ; le terrible hussite mourut avant d'avoir gravi les marches du trône (4).
(1) Nam fortasse eam sibi dignitatem offerendam speraverat , (Balbin. Epist. libr. IV, c. vin.)
(2) Ego Pragam periclitantem et jam casuram semel atque iterum ex Caesaris manibus eripui , nunc eam destruam, illudque ostendam posteris : me et servare patriam et perdere potuisse. (Balbin. Epist. ubi supra.)
(3) Cochlée, lib.V, p. 214.— Balbin., lib. IV, Epist., c. vin et ix.
(4) jEneœ Sylvii Hist. Bohem. , c. xlvi. — Dubraw.,
Cette perte jeta les Taborites dans une douleur extrême. Une fraction d'entre eux déclara que personne au monde n'était digne de succéder au héros de Trocznow, qu'en conséquence, elle ne reconnaîtrait plus de chef, et prit le nom d'Orphelins. On se contenta de choisir, pour la direction des affaires, quelques hommes renommés pour leur habileté. Le plus considérable d'entre ces hommes fut Procope Wlk , surnommé le petit , en raison de l'exiguïté de sa taille. L'autre fraction suivit Procope Rase, personnage dont Ziska faisait la plus grande estime, qu'il se plaisait à nommer VHercule de la Patrie, et qu'on appela plus tard le Grand, à cause de l'éclat de ses actions (1). Divisés de corps, mais réunis d'esprit, Taborites et Orphelins, comme pour venger la mort de leur général, envahirent à la fois la Moravie , la Silésie, la Bavière , l'Autriche, la Misnie , la Hongrie, et remplirent ces provinces de sang et de ruines.
Dans l'impuissance où ils se trouvaient de repousser de tels ennemis, l'empereur et les princes de l'empire , dit un historien (2), se prirent à récriminer contre le pape et les cardinaux ; ils les accusèrent d'oublier les maux de la chrétienté, et d'employer les ressources de l'Eglise à entretenir leur luxe et leur mollesse. De tels
libr. XXVI, p. 700. — Balbin. Epitoni. libr. IV, c. vm. — Cochlée, libr. V, p. 216.
(\) Balbin. Epitom. libr. IV, c. ix. — Cochlée, libr. VI, p. 220. — • Dubraw., libr. XXVII, p. 707. — JEneœ Sylv. Hist- Bohem., c. xlvi.
(2) Albert. Krantz, Vandalia, libr. XI, 252.
reproches pouvaient être le cri de la détresse et de l'humiliation, qui ne voulaient point s'avouer, ils n'étaient pas l'écho de la vérité. Ce qu'il avait été au pouvoir de Martin V de faire , avec les difficultés qu'il lui fallait résoudre en Italie, il l'avait fait. En quatre ans , deux croisades prêchées contre les hussites, témoignaient assez de. son zèle. Mais ce qui avait paralysé ses efforts et assuré le triomphe des hérétiques, Martin V l'expliquait fort bien dans une lettre adressée à Sigismond, en 1424 : ce Nous nous sommes réjouis, disait-il, au commencement de l'été dernier , et toute la chrétienté s'est réjouie avec nous, en voyant les formidables préparatifs que faisait votre Sérénité pour combattre les hérétiques de la Bohême ; nous nous flattions alors que cette fois la victoire n'échapperait pas de ses mains, surtout lorsque la nouvelle nous arrivait que nos chers fils, le roi de Pologne, le duc de Lithuanie, allaient unir leurs armées à la vôtre ; que la guerre sainte était prêchée par toute l'Allemagne ; que les princes, les prélats, les populations de l'empire s'ébranlaient pour étouffer l'ennemi qui troublait l'Eglise , que le duc d'Autriche, le marquis de Misnie étaient déjà entrés en Moravie; enfin, que le roi de Danemark, brûlant de se joindre aux autres fidèles, avait déjà débarqué avec ses troupes. Mais nous avons été frappé d'une indicible stupeur , en apprenant que le roi de Pologne n'était pas sorti de ses Etats , que le roi de Danemark avait retiré ses troupes ; enfin, qu'en Allemagne^les préparatifs commencés avaient été abandonnés. Nous ne saurions vous dire J'affliction qui s'est emparée de notre âme, à la vue de nos espérances ainsi déçues , du danger qu'une telle insouciance va faire
courir à la foi catholique, de la honte qui réjaillit sur la chrétienté et notamment sur les princes de l'empire, de cette inexplicable tolérance qui permet à l'hérésie de braver impunément dans un coin de la terre, toute leur puissance (1). »
Les faits signalés par le pape ne pouvaient être ignorés de l'Europe , comment donc les princes de l'Empire osaient-ils récriminer contre le chef de l'Eglise ? L'injustice de leurs reproches fut connue jusqu'à l'évidence , lorsqu'on vit les hussites ravager pendant deux ans l'Allemagne sans presque trouver de résistance. Comment le pape aurait - il pu les défendre lorsqu'ils ne se défendaient pas eux-mêmes ?
Mais au commencement de l'année 1427, Martin V résolut de faire lui-même un grand effort pour arracher l'empire à l'humiliation et à la ruine, et il nomma légat en Bohême , en Hongrie et en Allemagne , Henri de Bedfort, évêque de Winchester, récemment promu au cardinalat, prélat actif, d'une grande expérience dans les affaires, qui s'était naguère signalé par son zèle pour l'union de l'Eglise, et venait de montrer de la fermeté en Angleterre , relativement aux immunités ecclésiastiques (2). Arrivé sur le théâtre de sa légation, le cardinal parvint, en faisant prêcher une troisième croisade, à réveiller quelque courage aux cœurs des Allemands, et Sigismond put faire envahir la Bohême par trois armées à la fois. La première était formée de Saxons et de troupes auxiliaires fournies par les villes
(1) Raynald., anno 1424. nU8 8.
(2) Raynald., anno 1427, n™l.
anséatiques, elle prit la route de Commotow. La seconde se composait des milices de Franconie, de Thuringe et de Lunebourg, elle déboucha par Egra, sous la conduite de Télecteur de Brandebourg. La troisième ralliait les contingents de la Bavière, du Wurtemberg et des villes impériales de la Souabe, elle vint camper à Tausch. Au mois de juin, ces trois armées, ayant opéré leur jonction, mirent le siège devant Misa. A la nouvelle de cette invasion , les Taborites et les Orphelins accourent, ayant à leur tête Procope Rase. Les confédérés, levés à la hâte, étaient sans discipline et presque sans général, ils ne soutinrent pas les regards de leurs adversaires , et avant même d'avoir" croisé le fer, il se dispersèrent , entraînant dans leur fuite le cardinal de Winchester qui fit de vains efforts pour les rallier (1).
Cette victoire, sans combat, accrut l'audace des hussites de toute la terreur qu'elle inspira à l'Allemagne. Pendant les trois années qui suivirent, les sectaires purent porter librement le ravage et la mort dans les provinces voisines de la Bohême. La Saxe fut presque anéantie , la plus grande partie de sa noblesse succomba (2). Les princes et les cités, qui voulurent échapper à la destruction, se rachetèrent à prix d'argent. Il faut l'avouer, à cette époque, la puissance militaire des Taborites et des Orphelins était sans rivale. Les deux
(1) JSncœSylv. Hist. Bohem. c, XLVIII. — Cochlée, libr. VI, p. 236. — Balbin. Epitom. libr. IV, c. x. — Raynald., anno 1427, nU8 5. — Lenfant, Hist. de la guerre des hussites t. I, livr. XIII, p. 281 et suiv.
(2) Nobilitas maxima Saxonum cecidit. (Balbin. Epitom. libr. IV, c. xi.)
If
Procopes commandaient à cinquante-deux mille hommes, et à plus de vingt mille chevaux, formés à la discipline de Ziska et animés de son fanatisme. Auèune nation de l'Europe n'aurait pu mettre sur pied une armée égale en nombre, organisée avec cette force (1).
Au milieu du découragement et de l'impuissance de tous, un seul homme conservait le courage et le génie des ressources, c'était Martin V. Jl ne cessait d'exhorter, de négocier, d'envoyer des nonces, d'ordonner des décimes, d'offrir le cinquième des contributions qui entraient dans le trésor apostolique. Longtemps il se donna d'inutiles peines. Mais, enfin, il fallait ou refouler leshussites ou succomber sous leurs coups. Sigismond convoqua à Nuremberg une diète générale pour le commencement de l'année 1431. Martin V y envoya le cardinal de Saint-Ange, Giuliano Césarini. C'était un prélat savant et pieux, d'un caractère ardent et décidé et d'une éloquence naturelle propre à lui conquérir une grande influence sur les masses. Il apporta avec lui une bulle du pape qui exhortait les princes et les peuples à organiser ' une expédition sainte (2). Lui-même annonça la mission qu'il avait reçue et se hâta d'en instruire les peuples par une lettre circulaire. Cette lettre était chaleureuse et portait l'empreinte de son caractère , il y disait au clergé : « Nous devons imiter Moïse , priant pendant
(1) Drahonicz, in Hist. sui temporis ap. Balbin. Ms. Voir Balbin. Epitom., libr. IV, c. XL — Dubraw., libr. XXVII , p. 607.
(2) Voir cette pièce dans Cochlée, libr. VI, p. c. 236. — Albert. Krantz, Wandal. libr. XI, p. 23.
que le peuple combattait. Tant qu'il tenait les mains élevées vers le ciel, les soldats étaient victorieux, quand il les baissait, les soldats étaient vaincus. Imitons les lévites de T Ancien-Testament qui , en sonnant de la trompette, animaient le peuple à la guerre. Prions sans interruption, avec piété, avec larmes, et obtenons' de Dieu que l'armée catholique, en combattant pour la maison de Dieu et le salut de son peuple, triomphe des ennemis de la foi (1). »
Césarini réussit à inspirer aux Allemands son ardeur guerrière. Une foule de croisés se rangèrent sous les drapeaux de la foi, et Frédéric, duc de Brandebourg, en fut déclaré général. A ces forces, grand nombre de princes vinrent joindre leurs troupes, et le cardinal entra en Bohême avec une armée évaluée à 80,000 hommes. Il y avait assez de combattants, il aurait fallu plus de soldats. Cette armée n'était, comme celles qui l'avaient précédée, qu'une masse sans ordre, ni discipline. Les Orphelins et les Taborites ne s'en effrayèrent point, ils vinrent la chercher au nombre de cinquante-cinq mille hommes. Mais encore une fois, pour dissiper leurs ennemis, ils n'eurent besoin de faire usage ni de leurs armes ni de leur valeur. La terreur de leur nom suffit. Les chefs eux-mêmes donnèrent l'exemple de la faite. Ce fut en vain que Césarini rallia les fuyards et les contraignit à se mesurer avec leurs adversaires, il ne put leur communiquer son courage. Un second choc fut suivi d'une seconde déroute plus désastreuse encore que la première, dans laquelle le légat perdit son chapeau
(1) Cochlée, ubi supra.
de cardinal, sa croix, sa chapelle, et la bulle du pape. Longtemps après cette grande défaite, on montrait à Tausch ces objets aux curieux (4).,
Martin V, qui avait préparé cette expédition avec tant de peine et de labeur, n'en vit pas la malheureuse issue. Le 19 février 1431, comme il sortait de table , il éprouva une attaque d'apoplexie ,• et le lendemain, avant le jour, il avait cessé de vivre.
La gravité des circonstances donnait à l'élection future une importance particulière. Quatorze cardinaux entrèrent au conclave le 2 mars , dans le couvent des Dominicains de la Minerve. A la première épreuve du scrutin, les suffrages s'éparpillèrent et ne donnèrent aucun résultat satisfaisant. Alors ceux qui, par leur autorité ou leur crédit , prétendaient à la papauté, se mirent à solliciter les suffrages de leurs collecteurs , promettant à chacun des grâces en retour de la faveur qu'ils demandaient. Un cardinal espagnol (2) parvint, de cette manière, à réunir un nombre de voix suffisant pour lui donner la supériorité sur les autres candidats , insuffisant, toutefois, pour assurer son élection. Il s'adressa à un cardinal français qui lui avait de l'obligation (3) , et le pria de compléter les suffrages qui lui
(1) Balbin. Epitom. libr. IV, c. xi. — Jfoese Sylv. Hist. Bohem. c. xlviii. — Cochlée , libr. VI, p. 243. — Theobald ,
c. LXXVI.
(2) Il y avait deux card. espagnols dans le conclave, Alphonse Garillo, card. deSaint-Eustache, et Jean Cervantes, card. de Saint- Pierre, inVincula. Le chroniqueur ne dit pas lequel des deux.
(3) Jean de Rochetaillée. Il n'y avait que lui de Français dans le conclave.
manquaient. Mais contre son attente, ce cardinal résista à toutes les instances, et refusa obstinément sa voix à l'Espagnol. Alors le candidat déçu voulant échapper à la honte xd'un échec : « Eh! bien, dit-il , en élevant la voix, je nomme Gabriel Gondelméro. » Tout le conclave se rangea à son avis et salua pape ce cardinal qui prit le nom d'Eugène IV (1).
Gabriel Gondelméro était né «n 1383, à Venise, d'une famille fraîchement aggrégée parmi les praticiennes, mais dont l'établissement dans cette capitale , remontait au premier siècle de la république. Son père , Angelo Gondelméro, s'était distingué dans la guerre que Venise soutenait contre Gênes; sa mère, Bériola Corrario, était la sœur de Grégoire XII. Cette femme eut l'honneur insigne d'être la sœur ou la mère de deux papes, savoir : Grégoire XII , Eugène IV , et l'aïeule d'un troisième, Paul II (2). Après la mort de son père, Gabriel, animé du désir de mener une vie conforme aux conseils évan* géliques, distribua aux pauvres une partie de son riche patrimoine, puis, accompagné de son cousin, Antonio Corrario , il se retira , parmi les chanoines réguliers , dans le monastère de Saint-Georges in Algà, qu'ils avaient fondé en commun, et y passa plusieurs années dans les pratiques les plus sévères de la vie monastique (3). Parvenu au souverain pontificat, son oncle ,
(1) C'est ainsi que André Billius, dans son Hist. de Milan, raconte cette élection, li^r. IX, p. 143.
(2) Vespasiano, Geste di Eugenio, ap. Murât, rerum italic. Script, t. XXV.
(3) Vespasiano, Gommentarii délia vita di Eugenio IV, Murât.
Grégoire XII, l'appela auprès de lui et en fit son trésorier, puis en 1407, il le promut à l'évêchéde Sienne. Là commença, pourGondelméro, cetter carrière de luttes qui devait durer autant que sa vie. Les Siennois le refusèrent pour pasteur parce qu'il était étranger à leur ville, il fallut que le pape employât son autorité pour le faire accepter (1). L'année suivante, il reçut le chapeau, à la suite du consistoire orageux qui fut le signal de la défection du sacré Collège. Mais, quoique les cardinaux eussent solennellement déclaré qu'ils ne reconnaîtraient jamais les collègues qu'on leur avait donnés dans cette occasion, le concile de Constance confirma à Gondelméro la dignité de prince de l'Eglise, après l'abdication de Grégoire XII. Martin V n'aimait pas Gondelméro, parce qu'il favorisait le parti des Orsini (2) ; toutefois, à cause de ses talents, il lui confia successivement les importantes légations de la Marche d'Ancône et de Bologne, Gondelméro devait gouverner cette ville pour la deuxième fois, lorsque les suffrages du conclave relevèrent à la place de Martin V.
Le nouveau pape portait une belle et majestueuse figure que relevait encore une maigreur pâle, effet de ses austérités. C'était un religieux d'une régularité exemplaire ; il buvait rarement de vin , se contentait d'un peu d'eau sucrée , ne mangeait que d'un seul mets à
t, XXV, p. 255. — JSneœ Sylvii Europa, c. lviii. — Platina et Ciacconius in Eugenium IV.
(1) Platina et Ciacconius in Eugenium IV.
(2) Utque dudum Ursinis faveret, jam ante invisus ob eam causam Martino, (Andreœ Çillii Hist. MedioL libr. IX, p. 143.)
ses repas , dormait avec une chemise de serge grossière, se levait pour réciter l'office, et, dans les intervalles de son sommeil, vaquait à la lecture pour ne perdre aucun moment (1). Personne ne lui contestait une rare capacité, mais il y avait dans son caractère une ténacité et une raideur qui inspiraient la crainte et éloignaient de lui la popularité ; on l'estimait sans raimer. Aussi son élévation n'excita-t-elle point ces allé- % gresses spontanées qui éclatent à l'avènement des souverains dont on conçoit de grandes espérances (2).
A part l'absence de vives sympathies, toutefois, les débuts du nouveau règne furent satisfaisants. Les Colonna parurent vouloir se rallier franchement à Eugène IV, et, pour preuve de' la sincérité de leur soumission, lui remirent le château Saint-Ange, la citadelle d'Ostie, et à titre de présent, une partie du trésor re- * cueilli par le pontife défunt. D'un autre côté , Bologne, jusque là rebelle à l'Eglise, se soumit d'elle-même (3). mais l'horizon ne tarda guère à s'assombrir. Quelques villes du domaine ecclésiastique, soit amour de la nouveauté, soit mécontentement des recteurs pontificaux, Pérouse, par exemple, demandèrent la mise en vigueur d'anciens traités avec le Saint-Siège, qui leur permettaient de se gouverner suivant leurs propres lois, moyennant une redevance annuelle ; d'autres, comme Viterbe , Citta di Castello, Spoleto, Narni, Todi, vinrent solliciter
(4) Vespas. Comment, délia vita di papa Ëugenio IV, Murât, t. XXV, p. 262 et seq.
(2) Andreœ Billii Hist. Mediol. lib. IX, p. 443.
(3) Blondi Flavii Hist. decad. 3, libr. IV, p. 458.
l'envoi de nouveaux gouverneurs et des secours de troupes, pour imposer silence aux désordres que soûle • vaient l'agitation renaissante des partis.
Ces semences de discorde étaient secrètement répandues, dit-on, par leduc de Milan qui, n'ayant jamais aimé le cardinal Gondelméro et croyant n'en être pas aimé, avait vu avec dépit son élévation, et se persuadait que Eugène IV, Vénitien de cœur, méditait l'abaissement des Visconti pour élever la république. Les Colonna furent soupçonnés, à tort ou à raison, d'agir sous l'influence du ministre de Visconti à Rome; et quelques cardinaux les accusèrent auprès du pape de vouloir dépouiller l'Eglise (1).
Eugène IV crut devoir prendre ses sûretés contre lès Colonna, et les fit prier de rendre à l'Eglise les places et les forteresses qu'ils occupaient sur son territoire, et notamment Genzano, Soriano et Castel-Marino où l'on savait qu'étaient déposées les richesses de Martin V. A cette demande dont ils comprirent toute la portée, les Colonna déclarèrent ne pouvoir se rendre aux vœux du Saint-Siège, parce qu'il était évident pour eux que les Orsini leur dressaient des embûches, afin de les dépouiller; que les Colonna préféraient se servir de l'argent, renfermé dans leurs forteresses , pour défendre leur vie, que de le restituer, au péril de leur vie , et de-
(1J Blondi Flavii Hist. decad. 3, libr. IV , p. 458. — Josephi Ripamontii Hist. urbis Mediol. t. II, Thesaur. Burmam , libr. IV, p. 537. — Le Codex Ms. intitulé : Diurnalia Commentaria ad sœculum, XVI, Bibliothe. Laurentienne, dit qu'il fut rapporté à Eugène que les neveux de Martin V avaient dérobé cent mille ducats du trésor de leur oncle.
venir ainsi le jouet des ennemis qu'ils auraient enrichis. Quelques jours après, Antonio Colonna envahissait les terres des Orsini et y portait la mort et le ravage. Eugène avertit Antonio de ne point troubler la paix de l'Eglise. Celui-ci répond : qu'il n'a aucune mauvaise intention contre l'Eglise; que le pontife reste neutre et laisse les Colonna et les Orsini libres de vider entre eux leurs querelles personnelles. Le pape menace Antonio de lui faire la guerre, s'il ne pose les armes et ne restitue les biens du Saint-Siège ; et sur le champ, il ordonne des procédures contre Otton Foccio, et l'évéque de Todi, le premier, trésorier, le second, camérien du pape défunt. Quoique Eugène eût recommandé la plus grande modération, les officiers, chargés des procédures, s'acquittèrent de leur mandat avec une rigueur qui ressemblait à de la vengeance, et un certain nombre de personnes que Martin V avait autrefois employées perdirent la vie. Alors le cardinal Prosper Colonna, ne se croyant plus en sûreté à Rome, en sortit furtivement pour se rendre auprès de son frère Antonio, et aucune sommation ne put l'engager à revenir. '
Tous les historiens, dans cette affaire, ne sont pas du côté du pape. Quelques-uns, sans justifier les Colonna , ne craignent pas de dire : qu'Eugène fut mal conseillé à leur égard (1). Le bouleversement de Rome faillit de •
(1) Malis consiliis ductus. (Philippi Bergom. Chron. suppl. libr. XV, p. 356.) — (Eugenius IV), culpa ac suasu de infcrendo
Martini nepotibus bello cogitavit hoc multi consilium satis
culpant. ( Poggii Bracciolini libr. III, de veritate fortunœ , p. 89. ( — Mft. de Egidius de Viterbe, XX sœculorum, p. 224.
venir le résultat de cette querelle. Le 23 avril 1431, les troupes des Colonna, conduites par Antonio et Stefano Golonna et les Savelli entrent dans Rome, en occupent deux portes , et s'avancent jusqu'à Saint-Marc et au quartier Colonna. Antonio comptait qu'au premier signal de cette invasion, les partisans de la maison Colonna se lèveraient en sa faveur. Si une telle prévision se fût réalisée, la capitale se serait trouvée entre les mains des Colonna, et Ton ne peut calculer les conséquences qui s'en seraient suivies. Mais la Providence ne permit pas, ce jour-là, qu'aucun écho répondît à la révolte. Le peuple lui-même se joignit aux milices pontificales pour la combattre ; assaillie de toutes parts, l'armée des Colonna se vit contrainte à une retraite précipitée. Les Romains se vengèrent de cette alerte sur les palais du cardinal Colonna, du cardinal Capranica et sur les propriétés de leurs partisans. A leur tour , les Colonna saccagèrent la campagne de Rome ; ils eurent recours à la trahison, et l'on arrêta un certain Thomas Mazio qui, mis à la question, confessa avoir formé le projet de s'emparer du château Saint-Ange, en en tuant le commandant, pour livrer ensuite cette importante forteresse aux Colonna. L'expulsion du pape et des Orsini' aurait été le résultat du succès de ce complot que l'auteur paya de sa vie (1).
(1) Platina, Ciacconius in Eugenium IV. — VitaEugenii, ap. Murât, t. III, part. II, 868 et 869. — Voir la bulle contre Prosper Colonna, ibid., p. 874. — Andreœ Billii Hist. Mcdiol. libr. IX, p. 144 et 145. — Blondi Flavii decad. 3, libr. IV, p.459.— Chronica di Bologna, Murât, t. XVIII, p. 632. — Murât. Anfia}i:v; d'Italia, anno 1431. "':?
Pour lutter contre les rebelles, Eugène IV eut recours à la reine de Naples qui lui envoya Jacopo Caldora avec 3,000 chevaux et 1500 fantassins. Mais le vainqueur de Braccio avait moins d'héroïsme que de cupidité ; il se laissa corrompre, chemin faisant, par les Colonna, et il reçut d'eux, pour combattre le parti qu'il venait défendre, 11,300 florins pris sur le trésor de Martin V (1). Heureusement pour le pape que les Vénitiens et les Florentins expédièrent à son secours Niccolo da Tolenti<:o avec un corps de troupes. Il parvint peu à peu à racheter Jacopo Caldora lui-même, ce qui lui rendit la supériorité, et le mit en état de faire la loi aux Colonna. Il en profita pour traiter avec ses adversaires , et la paix fut conclue et proclamée le 22 septembre 1431. Les conditions en furent dures pour les vaincus. Ils se virent obligés d'abandonner Orta, Narhi, Soriano, Gualdo, Nocera, Assise, Ascoli, Imola, Forli, Forlimpopoli et de payer 75,000 florins. Il est vrai que le pape dut renoncer à toucher le reste du trésor de Martin V, mais les Colonna étaient ruinés (2).
Au moment où les difficultés s'aplanissaient autour d'Eugène, il en surgissait par delà les monts de nouvelles et autrement graves qui appelaient toute son attention. On se souvient que, pour achever l'extirpation
(1) Giornali Napolitani, Murât, t. XXI. — Les Diurnalia Commentaria Mss. disent 104,000.
(2) Blondi Flavii Hist. decad. 3, libr. IV, p. 461. — Andreœ Billii p. 150. — Vita Eugenii, Murât, t. III, part. H, p. 869.
;-î- Les Diurnalia disent qu'il revint à Eugène IV 130,000 'ducats.
de l'hérésie et le grand œuvre de la réforme laissé incomplet à Constance, les Pères de ce concile avaient décrété qu'une autre assemblée devrait être réunie au bout de cinq années. Effectivement une assemblée avait été convoquée à Sienne au terme du décret, par Martin V. Mais c'était l'époque où le roi d'Aragon, en querelle avec le souverain pontife, patronnait le fantôme de Paniscola. Le concile se trouva agité par de sourdes intrigues excitées par des émissaires aragonais et dont le but était de raviver le parti de l'antipape. Ces- manœuvres, dénoncées à Martin V par l'archevêque de Cologne, l'empêchèrent d'abord de venir à Sienne pour y présider l'assemblée, puis elles finirent par le déterminer à la rompre (1). Mais avant de se séparer , les Pères de Sienne remirent à une autre assemblée , qui devrait se réunir à Bâle, au bout d'une période de sept ans, le soin d'accomplir leur mission rendue impossible.
Ici la même pensée, qui avait autrefois fait choisir Constance pour y terminer le schisme, sembla avoir inspire aux Pères de Sienne l'élection de la ville de Bàle , pour y travailler à la réforme de l'Eglise. On aurait dit qu'on éprouvait le besoin de soustraire les délibérations synodales à l'influence immédiate des puissances ita-
(1) Raynald., anno 1423, n* 10, 11 et \% et anno 1424. n«8 5. — Ferreras , Hist. générale d'Espagne, t. VI, p. 286. — Mariana,de reb. Hispan. libr. XX, c. xiv. — Gonzalo Illescas, Hist. pontif. libr. VI, p. 81. — Platina in Martinum V, — Vita Martini V, Murât, t. III, part. II, p. 865 et 866. — Hist. Senensjs; Continu, ap. Murât., t. XX, p. 24 et 25.
lionnes, à celle de la papauté, peut-être, car malheureusement, les longues contentions du schisme avaient fait naître de funestes défiances. Du reste, la position géographique et l'état politique de Bâle paraissaient de nature à contenter tous les intérêts. Placée sur les frontières de l'Allemagne, de la Suisse et de la France, elle se trouvait par là même à portée de toutes les nations chrétiennes de l'Europe'; d'autre part, ville libre et neutre, elle ne pouvait être suspecte à ceux qui auraient eu quelque motif de craindre l'action de la puissance impé riale. Aussi , en convoquant le nouveau concile, Martin V, qui ne se faisait aucune illusion sur le premier motif, avait-il, en faveur du second, respecté l'élection de la ville de Bâle. Eugène IV confirma tout d'abord ce qu'avait fait son prédécesseur, sans en .excepter le choix du cardinal Césarini pour présider a*jx séances de l'as? semblée (1). Mais ni Martin V, ni Eugène IV, n'avaient pu prévoir que la première difficulté, qu'on aurait à résoudre, viendrait précisément du lieu même à l'opportunité duquel ils avaient cru devoir faire les plus larges concessions.
En effet , le concile , qui éveillait alors tant d'espérances et qui plus tard excita tant de passions, faillit échouer dès le début, faute de prélats pour le commencer. L'ouverture devait s'en faire le 3 mars 1431 ; or, à cette date, il n'y avait encore à Bâle que le seul abbé de Vézelay (2). Ce ne fut que cinq mois après, le 23
(1) Labbe, Concil, t. XII, p. 465,468 et 469. # î j(2) Ce prélat, malgré son isolement, se transporta à la cathédrale, prit le Chapitre à témoin de sa présence, et fit rédiger
juillet , que Jean de Polémar, chapelain du cardinal Césarini et Jean de Raguse firent, au nom de ce prince de l'Église, comme président du concile, l'inauguration réelle de cette assemblée. Mais, à cette époque même, il ne se trouvait à Bàle que les députés de l'Université de Paris, le prieur de Saint-Alban de Bàle, quelques prêtres de la cathédrale avec un certain nombre de religieux de divers ordres qui accompagnèrent Jean de Polémar dans la cérémonie d'ouverture (1). Le cardinal n'arriva lui-même qu'au milieu de septembre. N'ayant rencontré presque personne, il s'occupa à écrire des lettres circulaires aux évoques, pour les inviter à se rendre au concile (2). Mais tous ses efforts ne parvinrent pas à réunir plus de dix membres, trois évêques et sept abbés, avec lesquels il tint la première session le 14 décembre 1431. Cette faible Téunioft n'hésita pas, toutefois, à prendre le titre de concile Œcuménique , et à déclarer qu'elle représentait l'Eglise universelle (3).
Avant ce début, le cardinal et le concile, étonnés de leur solitude , avaient envoyé à Eugène IV , Jean Beaupère , chanoine de Besançon , pour lui rendre
par un notaire le procès- verbal de l'ouverture de rassemblée. (Martene et Durand, Veterum. Script. Collect. t. VIII, p: 2 et 3.) — August. Patrie. Hist. concil. Basil, ap. Labbe , t. XIII , p. 1490.
(1) Martene et Durand, t. VIII, p. 3 et seq.
(2) Martene, id. , p. 28 et seq.
(3) Patres, parvo numéro non supra decem Basilese, convenisse. (August. Patrie. Hist. concil. Basil, sess. la , nus 4, p. 1492) — Martene et Durand, t. VIII, Prœfat. p. 4. — Labbe, t. XII , p. 461 et seq.
compte de ce qui se passait à Bàle. La mission de ce député amena une bulle, datée du 12 novembre 1431, et adressée au cardinal Giuliano, dans laquelle Sa Sainteté déclarait à ce président : que le rapport du docteur Beaupère, coïncidant avec la réception d'un ambassadeur grec qui était venu annoncer que, l'empereur de Constantinople et le patriarche désirant s'unir aux Latins dans une assemblée tenue en Italie, la ville de Bâle ne lui paraissait plus un lieu convenable , qu'jîn conséquence, il le priait de dissoudre son concile (1) , l'avertissant que, pour atteindre la fin qu'on se proposait, il en convoquait un autre, à dix-huit mois de là, dans la ville de Bologne, ayant l'intention d'assister en personne à la nouvelle assemblée. Cette bulle portait , avea la signature du pape, celle de onze cardinaux (2).
Cependant , malgré les motifs exposés dans sa lettre apostolique, malgré les conclusions qu'il en tirait, Eugène IV ordonnait moins la dissolution du concile réuni à Bâle qu'il n'exprimait ses intentions à cet égard. Mais depuis l'expédition de cette première bulle , le pape ayant appris que les Pères de Bàle avaient invité les hussites à venir discuter, à la barre de l'assemblée, les articles de leur doctrine (3), et trouvant offensant, pour l'autorité du Saint- Siège, du concile de Constance et de celui de Sienne , que des erreurs déjà anathématisées
(1) Tuum concilium.
(3) Labbe, t. XII, p. 934,
(3) Et quia post transmissionera prœfatarum nostrarum litterarum ad notitiam nostram pervenil.
fussent remises en question comme des points non encore définis, il écrivit le 18 décembre une seconde bulle , par laquelle il signifiait au cardinal Giuliano, qu'en vertu de la plénitude de la puissance apostolique, il dissolvait le concile assemblé à Bâle, et en convoquait un autre, à dix-huit mois de là , dans la ville de Bologne. Cette fois le chef de l'Eglise déclarait sans détour qu'il voulait être obéi (1).
Cette seconde lettre, portée à Bàle par l'évêque de Parenzo y excita le trouble et l'irritation. Césarini se crut obligé d'y répondre ; et le fit par une lettre qui renfermait quelques bonnes raisons, en faveur de la continuation du concile, mais dont le style trop hautain s'alliait mal avec le respect dû au chef de l'Eglise. Le cardinal reprochait au pontife d'avoir prononcé la dissolution du concile, sur des renseignements erronnés et dans l'ignorance des inconvénients, des scandales mêmes qui en résulteraient pour l'Eglise (2) ; le priait de surseoir, au moins, à l'exécution de son décret, s'il ne pouvait le révoquer, l'avertissant que, nonobstant sa défense, les Pères présents à Bâle étaient déterminés à siéger (3).
En lisant celte réponse de Césarini à Eugène IV, une réflexion se présente tout naturellement à l'esprit : si le rapport du chanoine Beaupère, qui détermina la bulle
(1) Labbe, t. XII, p. 937 et seq.
(2) Dixerunt quod cum S. V. esset mota ex non veris causis , nec esset vere informata de facto et ignoraret inconvenientia et scandala quœ ex tali dissolutione sequi poterant contra fidem et ecclesiam.
(3) Inter opéra JEneœ Sylvii, edit. Basil, fol. p. 64.
d'Eugène, était celui qu'on avait chargé ce député de présenter au pape, comment le concile osa-t-il, par l'organe de son président, se plaindre de la fausseté de ce rapport? et si ce rapport était faux, comment se fait-il que le concile n'ait jamais désavoué le messager infidèle qui s'en était fait l'auteur ? Si Beaupère a joué le concile et le pape à la fois, pourquoi n'existe-t-il de réclamation d'aucun côté(l) ? C'est là une difficulté sérieuse que ne résolvent point ceux qui soutiennent que les démêlés qui surgirent plus tard, entre le pape et le concile, reposaient sur un malentendu. Mais nous ne saurions admettre qu'un fait aussi considérable que celui-ci n'eût pour principe qu'une misérable fraude, il aurait été trop facile de s'expliquer et de rétablir la vérité. Quand on voit le pape maintenir sa première résolution, malgré les démentis du concile, et le concile persévérer dans sa résistance, en dépit des raisons nouvelles alléguées par le pape, pour transférer l'assemblée à Bologne , force est bien de chercher à cette énigme une solution plus satisfaisante que celle d'un malentendu. Lorsque les grands éclats auront lieu entre le pape et le concile, personne n'alléguera la ridicule tromperie du chanoine Beaupère , nous ne verrons plus qu'un immense duel entre les prétentions souveraines du concile et les résistances légitimes de la Papauté. Dès le' début, les deux partis
(1; Le Père Berthier , dans son Hist. de l'Eglise gallicane, t. XVI, p. 223, est le premier historien, comme il le dit, qui ait relevé la prévarication du chanoine Beaupère. Mais le judicieux écrivain nous paraît exagérer l'importance de ce fait pour la suite des affaires.
CONCILE DE BÀLE. 107
comprirent qu'il y avait entre eux une question de principe à résoudre, non une querelle de faits à vider.
Cependant, malgré la véhémence de sa lettre, le cardinal Giuliano, cédant aux injonctions du pape , abandonna la présidence du concile (1). Mais ceux qui le composaient n'imitèrent point cette déférence ; ils adressèrent à tous les fidèles une circulaire pour les avertir de ne pas croire que le concile fût dissous ; qu'une solennelle ambassade venait d'être envoyée au pape pour lui exposer pleinement les intentions de l'assemblée ; qu'il y avait lieu d'espérer que le chef de l'Eglise, mieux informé , ne donnerait pas suite à un acte qui blessait les décrets de Constance ; qu'en attendant , les Pères continueraient de siéger, et sommaient, sous la menace des peines de droit, de venir les rejoindre, tous les prélats à qui leur titre faisait un devoir d'assister au concile général. Philibert de Monljovcux, évêque de Coutance, devenu président, à la place du cardinal de Saint- Ange, apposa son sceau à cette lettre (2); puis sans hésiter, les Pères tinrent leur seconde session, dans laquelle ils décrétèrent que le concile général, légitimement assemblé, tenant immédiatement de Jésus-Christ son pouvoir, et étant par là même supérieur au pape, le concile, actuellement réuni au nom du Saint-Esprit, ne pouvait être dissous, ni transféré, ni différé par qui que ce soit, pas même par le pape, sans la délibération et le
(1) Is (Julianus), audita Eugenii revocatione, prœsidentiam dimisit, tanquam sumnio Pontifici vellet obcdire. (Pii papœllbulla re tracta tionum.)
(2) Labbe, Epist. Synod. t. XII, p. 671.
consentement préalable du concile; qu'aucun de ceux qui étaient au concile ou qui y seraient dans la suite , ne pourrait en être rappelé, ni empêché d'y venir par qui que ce soit, pas même par le pape ; enfin, que toutes les censures, privations ou autres voies de contrainte, employées pour séparer du concile les membres présents, ou pour empêcher les autres de s'y rendre, seraient de nulle valeur (1).
L'exagération des idées d'alors sur l'omnipotence du concile général , n'expliquerait pas suffisamment comment quatorze prélats (il n'y en avait pas davantage à cette session), tant évêques qu'abbés, qui, eussent-ils joui d'une existence légale incontestable, savaient bien qu'ils ne composaient point une assemblée délibérante sérieuse, osaient formuler, en face d'une constitution apostolique, un décret de ce style et de cette gravité. Il y avait encore là autre chose, et c'était l'opinion qui commençait à s'établir que le pape en dissolvant ou en transférant le concile convoqué à Bâle favorisait l'hérésie, les divisions et les guerres entre les chrétiens, et ne voulait pas sérieusement la réforme de l'Eglise (2). En résistant au pape, les Pères de Bàle se regardaient
(1) Labbe, t. XII, p. 477 et seq.
(2) Quia dici poterat quod Vestra Sanctitas hac occasione faveat hœreses , cœdes et clades inter christicolas, et perse verantiam deformitatum et vitiorum in populo. (Avisamenta ad D. S. Pontifi., Labbe, t. XII, Appendix n™ 70 , p. 959.) — Voir la lettre de Sigismond au Pape, nus 69, p. 956. — Ambassiata régis Roman, ap. Martene et Durand, veter. Script. Collect. t. VIII, p. 95. — Proposit. facta per episc. Lausan. coram Papa, ap. eosdem, p. 76.
comme les champions de la foi et de la piété, ils croyaient rendre gloire à Dieu en supposant à son vicaire, comme s'il eût voulu moins qu'eux le bien de la religion ; un faux zèle égarait leur sagesse. Et il était aisé de se faire illusion. De toutes parts arrivaient aux Pères les approbations les plus propres à flatter leur conduite et à encourager leur audace. Les grandes universités de l'Europe leur adressaient des lettres qui renfermaient les adhésions les plus chaleureuses à leur résistance. (1). Le clergé de France, convoqué à Bourges par les ordres du roi Charles VII, tout en recommandant les plus grands égards envers le chef de l'Eglise, concluait, dans un mémoire intitulé, Avis au roi : qu'il fallait maintenir le concile de Bâle, parce qu'il était non seulement convenable et utile, mais encore nécessaire pour que l'hérésie des Bohémiens n'embrasât pas la chrétienté : Qu'en conséquence, le roi était supplié d'envoyer à Rome une honorable ambassade pour engager le Saint-Père à retirer son décret de dissolution et permettre à l'assemblée de continuer ses séances (2). Et le roi s'empressait de répondre à ces désirs de son clergé. D'autre part, le duc de Milan, le duc de Savoie, le duc de Bourgogne, le duc de Saxe, le duc de Bedfort, au nom du roi d'Angleterre (3), exprimaient, par des messages, les mêmes vœux et les mêmes sympathies.
(1) Voir Duboulai , Hist. universit. Paris, t. V , p. 412. — Martene et Durand, ubi supra, p. 122.
(2) Labbe, t. XII, Àvisamenta per Prœlatos qui Bituri convenerunt, 26 februari 1431, nU8 8, p. 813.
(3) Martene et Durand, t. VIII, p. 60, 64, 67, 105, 108, 113.
Mais entre tous les souverains, celui qui se donnait le plus de mouvement pour soutenir les Pères, était l'empereur Sigismond. N'espérant plus pouvoir dompter les Bohémiens par la force, après les coups qu'il en avait reçus, ce prince comptait, pour les ranger à son autorité autant qu'à celle de l'Eglise, sur le concile de Bâle. Alors il faisait en Italie un voyage dont son couronnement était le prétexte, mais dont le but réel était de s'entendre avec le pape sur cette importante affaire. La nouvelle du décret de dissolution le rencontra à Plaisance. Son trouble fut extrême. La mesure du pape renversait toutes ses espérances, elle lui parut aussi compromettre le bien de l'Eglise. Il se hâta d'envoyer ses condoléances aux Pères de Bàle, les prévenant qu'il venait d'écrire à Sa Sainteté pour l'engager à rapporter son décret ; il osait, disait-il, espérer que le chef de l'Eglise, mieux éclairé sur les conséquences funestes de sa résolution, ferait droit à ses justes remontrances (1).
La lettre de Sigismond à Eugène portait la date du 9 janvier 1432, elle était accompagnée d'un mémoire intitulé : Avis au pape, et dans lequel le monarque se livrait aux considérations qui lui semblaient le plus propres à persuader au Saint-Père le retrait de sa bulle. L'ensemble des motifs qui composaient ces considérations se réduisait toutefois à dire : que la réunion des Eglises grecque et latine, si importante qu'elle fût, ne pouvait être un motif suffisant de rompre le concile assemblé à Bâle; parce que cette réunion, ayant été si souvent tentée en vain, pendant les siècles précédents, il
(1) Epist. Sigismondi, ap. Martene, t. VIII, p. 54.
était douteux qu'on réussit mieux à l'accomplir, dans un moment où l'Eglise latine était déchirée par l'hérésie et défigurée par la corruption des mœurs ; que le concile de Bàle, ayant été convoqué pour l'extirpation dé l'hérésie et la réforme des abus, il fallait lui laisser poursuivre son cours ; qu'il était à craindre que la rupture de rassemblée ne rendit l'hérésie plus audacieuse, plus forte, et ne précipitât l'Eglise dans une ruine imminente ; que, d'ailleurs, indépendamment de ces motifs, il y|avait, pour le pape, une raison décisive de revenir sur sa, bulle, celle de ne point se créer inutilement de graves embarras , car iï était certain que l'acte de dissolution n'empêcherait point les Pères de siéger à Bàle, les prélats de s'y rendre, les princes de leur accorder faveur et protection.Et qui pouvait prévoir les conséquences de cet antagonisme de la chrétienté avec son chef (1)?
Non content de ces lettres pressantes, Sigismond envoya encore une ambassade composée des personnages les plus honorables qui, reçus le 17 mars 1432 par le pape en consistoire public, développèrent de vive voix les raisons que leur maître n'avait pu qu'exprimer sommairement (2). Il faut rendre justice au monarque allemand, dans tous les rapports qu'il eut avec le pape relativement à cette affaire, ses procédés furent constamment ceux d'un fils respectueux et soumis; les moyens qu'il employa pour déterminer le chef de l'Eglise à revenir sur ses pas, n'excédèrent jamais les limites de
(1) Labbe, t. XII, n* 69 et 70, p. 955"et 956.
(2) Ambassiata régis Roman, ap. Martene , ubi supra, p. 84 et seq.
la persuasion. Seulement, en même temps qu'il négociait à Rome, il entretenait à Bâle une correspondance active et propre à encourager les Pères dans leur opposition. Un jour il leur disait : « Armez-vous de force et de constance, car nous sommes résolu de persister jusqu'à la mort avec vous dans la continuation de ce concile (1). » Un autre jour il ajoutait : ce Nous prions et exhortons Vos Paternités en J.-C. N. S. de persister dans la résolution que le Saint-Esprit leur a inspiré, et d'agir pour le bien de l'Eglise ; qu'elles soient assurées que nous sommes prêt à les assister de toutes nos forces (2). » Tout-à-coup le bruit se répand à Bàle que les dispositions de Sa Majesté impériale à l'égard du concile ont changé ; Sigismond l'apprend et se hâte d'écrire aux Pères pour dissiper leurs préventions sur ce point ; et de peur qu'il ne leur en reste le moindre vestige, il termine par cet aveu : « Pour vous parler très-clairement, si nos avis et nos lettres ne suffisent pas à faire revenir Sa Sainteté sur son décret, si elle persiste à maintenir la dissolution du concile, nos ambassadeurs qui sont près d'elle ont ordre de lui déclarer que nous ne recevrons pas la couronne impériale de ses mains (3). »
Cet ainsi qu'une assemblée, sans importance et près-
(1) Epist. Sigism. ad concil. ap. Marte ne, ibid., p. 54.
(2) Epist. ejusdem ad concil. ubi supra, p. 60.
(3) Immo per oratores nostros qui modo sunt in Suae Sanctitatis praesentia, sibi dici fecimus aperte, quod si Sua Sanctitas deliberaverit in hac dissolutione persistere, quod imperialem coronam nostram nequaquam velimus de manibus suis suscipere. (Epist. Sigism. ad concil. Martene. ubi supra, 83.)
que ridicule par le nombre, se trouva amenée par l'effet de ses propres préjugés, joints au prestige que lui prêtaient l'opinion du clergé et la faveur des princes, à usurper l'attitude et le ton d'un pouvoir souverain et à prétendre dicter la loi au chef de l'Eglise.
Cependant les ambassadeurs de Sigismond, après s'être acquittés de leur mission, ne recevaient point de réponse. On ne la leur donna qu'au bout de trente-neuf jours. Le document qui la renferme témoigne que, sur toutes les questions qui touchaient à la politique, le pape se montra*bienveillant, mais qu'arrivé au fait du concile, il se prononça énergiquement contre la démarche, que l'empereur s'était permis de faire en sa faveur : « Nous prions notre cher fils, aurait -il dit aux députés, et nous vous prions vous-mêmes de vous joindre à nous pour le supplier de ne point s'immiscer dans des questions qui sont hors de sa compétence, et de ne point troubler l'Eglise romaine. Il n'appartient point à l'Empereur de se mêler du concile aussi bien que de nous, mais son devoir est de se soumettre à nos décisions et à celles du concile, de respecter le pontife qui siège sur la Chaire de Pierre. S'il entreprend de porter la main sur les choses ecclésiastiques, qu'il fasse attention et sache bien qu'il est, au-dessus des rois, un Dieu qui prend la défense de son Eglise et du vicaire qui la représente (1) ».
Il y a dans la forme de cette réponse quelque chose de dur, d'amer et de cassant que rien, dans le message
(1) Instrumentum publicum de responsis, Martene, t. VII p. 426 et seq.
t. iv. 8
de Sigismond, n'avait semblé provoquer. Mais nous ne connaissons cette réponse que par l'instrument public ' qu'en fit rédiger l'empereur à Parme, sur le rapport des ambassadeurs, et il est permis de croire que ceux-ci l'ont rapportée plutôt d'après leurs impressions que d'après la vérité du fait. Cette remarque nous paraît d'autant plus vraisemblable qu'il serait difficile de concilier ce que l'on fait dire ici à Eugène avec ce que ce pontife, écrivait lui-même à Sigismond six jours après : « Nous avons, dit-il, porté une sérieuse attention aux divers articles que les ambassadeurs de Votre Sérénité nous ont présentés de votre part. Nous n'avons pas jugé devoir y faire réponse avant le retour des nonces que nous avions nous- même envoyés auprès de vous. Depuis que nous avons entendu leur rapport, nous renonçons à confier au papier l'expression de notre immense affection, dans l'espoir que vous serez bientôt dans notre cité, et que nous pourrons alors, dans l'effusion de la confidence, vous communiquer à l'aise ce qui oppresse notre âme. Toutefois, comme Votre Sérénité nous a fait dire qu'elle était incompétente pour traiter des questions de mutation et de prorogation relativementau concile, et que cela était du ressort de l'assemblée, nous avons résolu d'envoyer à Bâle des personnages ecclésiastiques distingués, à l'effet d'en délibérer avec les Pères (1). »
Ces paroles écrites sont trop calmes, trop paternelles pour avoir été précédées de la virulente remontrance qu'on lit dans le rapport des ambassadeurs. Il est vrai que plus tard Sigismond se plaignit au concile que Sa
(1) Martene, ubi supra, p. 110.
Sainteté avait conçu contre sa personne de l'indignation et de la rancune, qu'elle l'accusait de prêter faveur à l'hérésie, et lui suscitait mille difficultés pour l'empêcher de se rendre à Rome. Mais dans l'intervalle, Eugène avait sans doute appris les sympathies dont l'empereur honorait le concile, les excitations répétées par lesquelles il encourageait les résistances des Pères aux décrets apostoliques, et les efforts qu'il faisait pour grossir l'assemblée (1). Il avait sans doute appris encore que Sigismond, dont la politique s'était unie à la politique de Visconti contre celle du pape, cherchait à se faire du concile une puissance pour intimider Eugène IV ou le contraindre au besoin (2).
Les nonces dont parlait la lettre du pape étaient l'archevêque de Tarente, l'archevêque de Colosse , l'évêque de Maguelone et le docteur Antonio de San-Vito, chapelain du pape et auditeur du Sacré Palais. Mais comme ces divers personnages ne purent se mettre en chemin que plus tard, Eugène les fit précéder par Jean de Prato, un de ses camériers (3).
Cependant à Bàle, le cardinal Giuliano laissait toujours à l'évêque de Coutance le soin de présider aux délibérations de l'assemblée, et se contentait d'écrire au pape, pour l'engager au retrait de sa bnlle, des lettres hardies
(1) Voir dans la collection de Martenc et Durand les deux pièces qui ont pour titre, Tune : lnfra sequuntur, l'autre : Hic sequuntur, p. 530 et 531.
(2) Mnesd Sylvii de Piccolominibus , de rébus Basileœ gestis Commentarius, p. 45-47.
(3) Martene. p. 112 et 149.
et véhémentes comme son caractère. Dans Tune il disait que le concile recevait, chaque jour, de nouveaux membres et de nouveaux représentants des puissances chrétiennes ; que le bruit d'une dissolution, bien loin de le ruiner dans l'opinion, lui attirait au contraire des partisans; que pour un grand nombre, c'était un motif de plus pour se rendre à Bàle (1). Dans l'autre il ne craignait pas d'aller jusqu'au reproche, à la menace même; disait que le maintien du décret de dissolution serait la source d'un schisme et d'une infinité de maux , et osait rappeler la sentence du concile de Constance à l'égard de Jean XXIII et de Benoît XIII (2).
Mais si le langage du cardinal était irrévérentieux, sa conduite était soumise. Césarini, par le savoir, la gravité des mœurs, le zèle pour l'Eglise, l'autorité du caractère, l'éloquence surtout exerçait la plus grande influence sur les membres du concile ; il est permis de croire que l'exemple d'un tel homme aurait ramené les Pères au parti d'une sage expectative, si l'arrivée à Bàle d'un personnage célèbre n'eût imprimé un nouvel élan à l'esprit de résistance.
Ce personnage était Dominique Gapranica, dont nous avons vu figurer le nom dans la querelle d'Eugène avec les Colonna. On vantait ses vastes connaissances ; sa conduite habile dans plusieurs missions importantes lui avait acquis la renommée d'un homme d'Etat ; il avait déjà celle d'un prélat de mœurs simples et sé-
(i) Concilii Basil. Supplem. ab Cl. Joan, Dominic. Mansi, t. VI, p. 429.
(2) Epist. Juliani ad Eugen. inter Opéra Pii II, p. 75.
vères. Elevé au cardinalat en l'année 1430, sa promotion avait été tenue secrète. Seulement Martin V avait prescrit, en cas de mort du pape, de publier cette promotion. Mais, Martin V décédé, les cardinaux parurent se soucier peu de cet ordre posthume. Gabriel Gondelméro alla jusqu'à dire : « Martin V a fait des cardinaux par testament, mais il ne seront pas admis. » (1) Effectivement l'entrée du conclave fut refusée à Capranica. Gabriel Gondelméro, devenu Eugène IV, s'empressa de publier une bulle pour établir que la nomination d'un sujet, dans le sein du consistoire, ne conférait ni droit ni titre au cardinalat, si elle n'était suivie de la promulgation, de l'imposition du titre et de la tradition des insignes cardinalices (2). L'élu envoya alors demander au nouveau pontife de vouloir bien rectifier sa promotion ; mais, pour toute réponse, le pape chargea une commission d'examiner l'affaire. Capranica s'effraya. Au lieu de se rendre à Rome, pour plaider sa cause devant ses juges, il chercha un asile dans les» solitudes du mont Soracte, d'où il parvint à gagner les terres du duc de Milan, puis à se rendre à Bâle, résolu d'appeler du pape au concile (3).
Il serait difficile de dire ce qui avait pu indisposer les cardinaux contre Capranica. Quant à l'animadversion du
(1) Michael Catalano, de vita et script. Dominic. de Capranica. 4° In Appendice, p. 193.
(2) Ap. Bzovii Annales, 1431, nU8 21. - Catalano in Appendice, p. 189.
(3) Catalano, p. 29-33. — Comment. Pii II, libr. I. p. II. — Poggio vita Dominic. Capranicœ, ap. Baluz. Miscellan. t. I, p. 343 et seq.
pape à son égard, nous devons en chercher la source dans les liaisons de Capranica avec les Colonna. Comme il devait sa fortune à cette famille, il comptait au nombre de ses partisans les plus dévoués. On disait malignement qu'il était vendu à la faction, ce qui lui avait valu, à l'époque où les Romains se levèrent en faveur d'Eugène IV contre l'agression d'Antonio, le pillage de sa maison (1). Peut-être aurait-il été plus prudent pour Eugène , au milieu des complications politiques qui signalèrent les débuts de son pontificat, de passer sur quelques griefs, de ne point attacher trop d'importance à des actes d'une signification équivoque, et de ne point irriter contre lui un homme influent tel que Capranica ; mais à son tour Capranica, dans le cas où il se trouvait d'une disgrâce imméritée, aurait dû, en prêtre dévoué à l'Eglise, attendre avec une patiente dignité que les préjugés du pape eussent été dissipés par une noble justification, au lieu de venir flatter l'opposition de quelques prélats inférieurs pour en recevoir une honteuse approbation et de précaires honneurs. Capranica pouvait avoir de grands mérites, mais à coup sûr il n'avait pas encore acquis celui que lui attribue son biographe, de mépriser l'ambition (2). Que ne peut l'amour propre blessé! On vit cet homme, d'ailleurs si instruit et si sensé, pousser au schisme en attaquant la canonicité de l'élection même d'Eugène IV, parce que lui, Domini-
(1) Fuere eo tempore qui ab illo (Capranica) hœc agi quod factionibus esset deditus inique interpretabantur. (Poggio in vita Capran. , n118 22, p. 349. — Vespasiano in vita Eugenii IV.
(2) Poggio, n™ 20, p. 348.
que Capranica, avait été repoussé du conclave où cette élection s'était accomplie. « Heureusement, dit un historien, il se trouva des docteurs qui réfutèrent ces mauvais principes. Le cardinal Pierre de Foix mit surtout en œuvre un jurisconsulte nommé Brice, dont l'ouvrage nous a été conservé. L'auteur y prouve que la nomination de Capranica à la dignité de cardinal était nulle... Et que quand elle aurait été valide, son absence ou son exclusion du Sacré Collège ne pouvait infirmer l'élection d'Eugène IV (1). »
L'arrivée de Capranica à Bàle y fut accueillie avec une joie proportionnée à la confiance qu'elle y ranimait. En effet, si Capranica avait besoin du concile, le concile avait également besoin d'un homme tel que Capranica. La fermeté du pape à maintenir son décret de dissolution commençait à ébranler un peu les courages, la présence inattendue d'un personnage aussi considérable ,,que Capranica les raffermit, et d'un commun accord on résolut de poifcsuivre la lutte contre le pape (2). L'influence de Capranica fut bientôt soutenue par celle de deux autres cardinaux, Branda de Castiglione et Alphonse Carillo qui ne tardèrent pas de venir à Bàle. Quelque temps après, Louis Aleman, cardinal d'Arles, Jean Cervantes, cardinal de Saint-Pierre, in vincula, Jean de Rochetaillée, arrivèrent à leur tour. Plusieurs de ces
(1) Hist. de l'Eglise gallicane, t. XVI, p. 285. — Le traité de Brice se trouve dans les Miscellanées de Baluze, t. I, p. 251. — Voir Catalano.
(2) jEneœ Sylvii de Piccolominibus de rébus Basileœ gestis Comment. 50,
princes de l'Eglise et plusieurs de ceux qui suivirent leurs exemples étaient devenus les adversaires d'Eugène IV, sans qu'on en sache la cause, et, pour se venger de ce pontife, ils n'épargnaient ni sa vie ni ses mœurs, bien qu'elles fussent irréprochables. Ils étaient secondés, dans cette propogande de la calomnie, par une foule de curiaux qui arrivaient d'heure en heure. Ce peuple de mécontents, naturellement disposé à la critique et alors intéressé à blâmer le prince, ne cessait en toute occasion et de toutes sortes de manières, de déchirer la réputation d'Eugène IV (1).
-Ces diatribes, qui partaient de la cour môme de Rome, prêtaient une audace infinie à cette foule de docteurs accourus de Paris, de Cologne et des autres universités d'Allemagne , à ces hommes secondaires qui, depuis le concile de-Pise, encombraient les assemblées générales de l'Église, s'emparaient du droit de tracer aux esprits la direction qu'ils devaient suivre, et de faire prévaloir leurs décisions. Théologiens étroits et orgueilleux, qui regardaient les opinions, soulevées dans le tumulte des écoles, comme des dogmes irréfragables; orateurs sans intelligence ni pratique des affaires, qui mesuraient toutes choses aux mesquines dimensions d'un syllogisme; déclamateurs imprudents enfin , qui croyaient servir l'Eglise lorqu'il ne faisaient qu'exciter les passions qui
(1) Cardinales ex urbe profecti, Eugenio, infcnsi, vitam ejus moresque carpebant : accedebant in horas catervatim novi curiales qui (ut est omnis multitude* maledica et inimica principe Eugenii noraen modis omnibus lacerabant. (Pii II, bulla retract.)
la troublent. Tous ces docteurs, d'une commune voix, élevaient aux nues l'omnipotence du concile général. Peu osaient parler de l'autorité du pontife romain ; et tous ceux qui ouvraient la bouche en public, misérables courtisans de la multitude, ne savaient qu'applaudir à ses opinions (1).
Sous l'empire de telles influences, il ne pouvait rien arriver que de sinistre , et le concile ne tarda pas à montrer qu'il était disposé aux mesures les plus extrêmes. Dans sa troisième session qui eut lieu le 29 avril 1432, il prononça la nullité de l'acte de dissolution, et somma le pape de se rendre à Bâle dans l'espace de trois mois, ou de s'y faire représenter par des personnages compétents et munis de pleins pouvoirs (2). Le 20 juin suivant dans sa IVe session, le concile décréta que le pape ne pourrait point faire de cardinaux pendant la durée du concile, et qu'en cas de vacance du siège apostolique, le conclave devrait se tenir dans le lieu même où siégeait l'assemblée. Bien plus, il osa porter les mains sur le domaine ecclésiastique, et nomma, au gouvernement du comtat Venaissin , le cardinal Alphonse Carillo que eut le triste courage d'accepter cette mis-
(1) Âderant legati parisiensis scholœ, cujus est fana percelebris ; affuerunt aliquando vestri et aliorum studiorum Germanicœ nationis oratores : et uno cuncti ore concilii generalis auctoritatem ad cœlum efferebant. De potestate Rom. Pontificis pauci erant qui loqui prœsumerent, omnes qui publiée Zoquebantur prurientes auribus multitudini applaudebant. (Bulla rétractât. Cette Bulle est adressée à l'université de Cologne.
(2) Labbe, t. XII, p. 479 et seq.
sion (1) Ce fut en vain que le pape se plaignit au roi de Castille dont Çarillo était le sujet , qu'il menaça le cardinal dé le dépouiller des commandes qu'il tenait du Saint-Siège, Carillo n'abdiqua pas sa mission ; il profita de l'impopularité du légat pontifical, Marco Gondelméro, pour l'expulser d'Àviguon, exerça à sa place les pouvoirs qu'il tenait du concile, et il fallut que Pierre de Foix, aidé de ses deux frères, les comtes de Foix et de Comminges, vînt lui faire la guerre, et le déterminât à la retraite par la force des armes (2).
La nouvelle de ces actes violents ne tarda pas à parvenir à l'empereur. Si elle ne le fit pas encore repentir de la protection trop confiante qu'il avait jusque là accordée au concile, elle Téclaira du moins sur les dangereuses tendances qui se manifestaient à Bàle et sur la nécessité d'en arrêter le cours, en rapprochant, Tune de l'autre, les deux puissances qui se séparaient d'une mauière si déplorable. Jacques Gélu, archevêque d'Embrun, s'offrit de lui-même à accomplir cette pacifique mission , et l'empereur écrivait de Sienne, le 27 juillet, au concile : « Le vénérable Jacques, archevêque, notre prince, voyant les différents qui existent entre le souverain pontife et vos paternités, a offert de lui-même sa médiation, afin de prévenir les scandales. Et non-seulement nous avons accepté ses offres, mais nous l'avons pressé avec
(4) Labbe, ubi supra, p. 489.
(2) Raynald., 1432, n* 22 et 23. — Fantoni, Storîa délia citta d'Avignone, libr. III, c. II. — Hist. du Languedoc, t. IV, p. 480. — Cottier , notes historiques concernant les recteurs pontificaux, p. 222 et suiv.
instance d'entreprendre cette bonne œuvre, pour l'honneur de Dieu et sa Sainte Eglise. » Dans cette lettre, Sigismond assurait encore les Pères de ses sympathies, mais il les avertissait en même temps de ne point oublier le respect qu'ils devaient au chef de l'Église et de mettre une sage lenteur à procéder contre lui (1).
Eugène IV reçut avec bienveillance Jacques Gélu, et crut devoir acquiescer aux propositions qu'il était chargé de présenter. Suivant ces propositions, le pape devait permettre au concile de siéger à Bàle, pour y travailler à l'extirpation de l'hérésie, à la réforme des niœurs, à condition que Sa Sainteté serait tenue au courant de tout, qu'elle pourrait retrancher ou ajouter ce qui lui paraîtrait convenable ; et que s'il s'élevait quelques difficultés entre le pape et l'assemblée , la solution de ces difficultés serait remise à un autre concile auquel le pape assisterait en personne. De son côté, le concile devrait annuler toutes les procédures antérieures. Eugène stipula de plus que l'empereur prît l'engagement, sous la garantie de sa propre signature et du sceau impérial, d'abandonner les Pères de Baie, comme perturbateurs de la paix de l'Église, dans le cas où ils refuseraient d'accepter ce concordat (2).
Les propositions de Jacques Gélu étaient un de ces moyens termes que la sagesse humaine sait inventer pour calmer les dissentiments. Mais les moyens termes
(1) Rogantes insuper. .. . ut in.processu contra ipsum D. Papam velitis esse lenti et pii. Epist. Sigismundi ad conciliuru , ap. Martene Ampl. Collect. t. VIII, p. 151.
(2) Martene, ubi supra, p. 153 et seq.
de la sagesse humaine satisfont rarement les esprits exaltés par une idée, lorsqu'ils en poursuivent la réalisation avec l'emportement de la passion; et nous ne voyons pas que la négociation de l'archevêque d'Embrun ait été suivie d'aucun effet auprès du concile.
Pendant ce temps là, Jean, archevêque de Tarente, André, archevêque de Colosse, Bertrand, évêque de Maguelone, et Antonio de San-Yito, nonces du pape, approchaient de Bâle. Chemin faisant , ils apprirent que le camérier pontifical, Jean de Pralo, qui les avait précédés, était en prison, et qu'il n'y avait pour eux aucune sécurité à Bâle, parce quiconque s'y présentait avec un mandat apostolique était tenu pour suspect (1). Si cet ordre de chose était contre le gré des Pères, il était évident que le concile ne jouissait point à Bâle d'une liberté convenable et qu'Eugène avait raison de vouloir le transférer ailleurs. Si au contraire les Pères donnaient la main à une telle violation du droit des gens que penser de l'esprit qui les animait ?
Les nonces s'arrêtèrent à Constance. De là ils protestèrent contre l'incarcération de Jean de Prato d'abord, puis ils sollicitèrent pour leur personne des saufs conduits en bonne forme qui les missent à l'abri de toute violence (2). On leur fit* longtemps désirer ces pièces, mais enfin elles leurs furent accordées, et ils purent venir à Bàle. Le concile leur donna audience le 25 août
(1) Copia Protestations, ap. Mart., t. VIII, p. 149.
(2) Copia Protestât, ubi supra.
1832 , au milieu d'une congrégation générale. L'archevêque de Tarente et l'archevêque de Colosse y portèrent successivement la parole. Ils dirent qu'il importait de se réunir dans le sein de la charité ; que les hussites et les Grecs seraient peu engagés à se rapprocher de l'Eglise quand ils auraient sous les yeux, le spectacle d'un concile et d'un pape luttant l'un contre l'autre ; que les divisions ne profiteraient qu'à l'erreur; qu'Eugène était un saint pontife, incapable d'agir autrement que pour le bien de l'Eglise ; que ce n'était donc point pour détruire le concile qu'il le transférait ailleurs mais simplement pour le rapprocher de sa personne et en rendre l'accès plus commode à ceux qu'il intéressait; qu'au reste les Pères de Bâle pouvaient choisir, entre les villes soumises au Saint-Siège, celle qui leur conviendrait le mieux (1).
En développant ces considérations, les nonces ne manquèrent ni de modération, ni d'habileté, ni d'éloquence. Mais ils ils ne produisirent qu'une très-médiocre impression sur un auditoire prévenu, et étranger à tout autre sentiment que celui d'un droit blessé. Le concile les fit réfuter dans une autre séance. L'auteur de la réplique accusa les nonces d'être venus pour diviser les esprits. Selon lui, la cause des dissentiments que tout le monde déplorait en était au pape qui, après avoir approuvé la convocation du concile faite par Martin V, voulait le détruire en le transférant ; que l'assemblée usait de son droit en résistant à la dissolution ; qu'un
(1) Labbe, t. XII, p. 872 et seq. et 884 et seq. et t. XIII, August. Patricii Hist. concil. Basil, p. 1499 et seq.
concile général, légitimement convoqué, est au-dessus du pape, attendu qu'il tient ses pouvoirs immédiatement de Dieu (1).
L'adversaire des nonces ne se distingua ni par la logique ni par le talent oratoire ; il plut toutefois, parce que son langage flattait les idées qui étaient dans tout les esprits. Le concile ne tarda pas à montrer quel était l'empire de ces idées sur ses déterminations, car trois jours après la réplique, le 6 septembre, dans sa sixième session, on demanda que la contumace d'Eugène fut déclarée, et elle allait être prononcée, si l'archevêque de Tarente et l'évêque de Maguelone n'eussent réclamé avec instance un délai que Ton ne put refuser, malgré l'ardeur des passions qui poussaient aux mesures violentes (2). Comme la contumace ne fut point remise sur le tapis, dans la septième session qui eut lieu le 6 novembre, et que le 18 décembre suivant la huitième session prorogea, de soixante jours, le terme qu'on avait d'abord accordé au pape, pour révoquer sa bulle de translation, il faut croire que, dans l'intervalle, les Pères avaient été ramenés à quelques sentiments de modération par les lettres de l'empereur et celles du roi Charles VII, qui les exhortaient le premier, à surseoir à toutes procédures contre le chef de l'Eglise, jusqu'à ce quïl eût ouï les cardinaux des Orsini et de Montfort qui se rendaient à sa cour ; le second, à « éviter toute matière dont se pût ensuivre aucune division en l'E-
(1) Labbe, t. XII, Epist. Synod. p. 673.
(2) Labbe. t. XII, p. 495.
glise (1). » Au surplus rassemblée était occupée d'une affaire qui absorbait alors son activité, la réconciliation des Bohémiens avec l'Eglise.
(1) Ap. Martene, Ampl. Collect. t. VIII, p. 166 et 167.