C. XI
(2) Luigi Ban d mi, De vita et rébus gestiâ card. Bessarionis, in-4, Romae, 1777, p. 1-8.
ploya une dialectique vive et pressante, se renferma-til dans le rôle d'une médiation pacifique. Celui d'athlète du schisme était réservé à Marc d'Ephèse.
La discussion s'engagea le 14 octobre 1438. On avait laissé aux Grecs le choix de l'attaque ou de la défense, ils choisirent l'attaque et commencèrent à demander raison aux Latins de l'addition Filioque au symbole. Cette manière d'aborder les questions en litige avait été com~ battue par Bessarion dans le conseil des Grecs, comme étant défavorable à la cause de l'Eglise orientale. Il voulait, lui, que l'on commençât par examiner la doctrine exprimée par le Filioque : car, disait-il, il convient d'attaquer par le côté qui peut nous dispenser d'un second combat. Or , si nous prouvons que la doctrine du Filioque est fausse , il ne sera plus besoin d'établir que ces mots n'ont pas pu être ajoutés au symbole. Une seule action aura suffi pour terminer la lutte. Si au contraire, nous débutons par attaquer l'illégitimité de l'addition, quand bien même la victoire serait à nous, il resterait toujours à prouver que la doctrine du Filioque est fausse (1). Cette tactique était la plus naturelle et la plus raisonnable, mais elle ne fut pas adoptée. Les Grecs eurent lieu de s'en repentir.
Cependant, de prime abord, les Grecs obtinrent quelques succès ; ils citèrent, avec triomphe, les décrets des conciles et des anciens PèreS qui défendaient expressément de rien ajouter au symbole. Seulement, en lisant la définition du deuxième concile de Nicée, ils furent
(1) Syropule, sect. VI, c. m — Labbe, t. XIII, c. n, p, 1232, epist. Bessarionis.
un instant troublés par la production d'un très-ancien manuscrit, dans lequel on montra le mot Filioque, et par l'allégation de la chronique Martinienne qui affirmait que le concile lui-même était l'auteur de l'addition (2). Mais cet incident n'eut aucune suite. Dans une question si grave, des témoignages, dont l'authenticité avait un très -besoin d'être prouvée, ne pouvaient faire une difficulté sérieuse. Les Latins comprirent bien vite qu'ils lutteraient faiblement avec de tels moyens, et qu'il fallait justifier, par d'autres arguments, l'intercalation dans le symbole romain , de la parole qui ne se trouvait point dans la profession de foi orientale.
Ils l'essayèrent d'abord, en disant, que ces motsFilioque n'étaient point une addition , mais une simple explication, ,et que fussent-ils une addition, l'Eglise romaine avait pu les ajouter pour obvier aux erreurs , vu que la prohibition portée par les anciens conciles de rien ajouter au symbole catholique ne s'adressait qu'à des autorités subalternes, et non à l'autorité de l'Eglise. IL y avait, dans cette manière de raisonner , l'élément d'une bonne réponse, mais tel qu'on le présentait, l'argument manquait de clarté et de précision. Les Latins entendaient-ils, par explication, un développement de la foi, une expansion de la doctrine chrétienne ? Ils prouvaient bien que le Filioque n'était point l'expression d'un dogme étranger au symbole , mais ils ne prouvaient pas que ces mots n'étaient point une addition introduite dans le texte de la profession de foi. Enten-
(1) Acta graca, p. 83; acta latina, p. 932. — Intcr epist. Ambr. Camald., lib. XXIV, epist. V et VI.
daient-ils, par explication , un commentaire, une exégèse de l'article concernant la troisième personne divine ? Ils pouvaient bien établir que l'Eglise latine n'errait pas en prononçant le Filioque, mais ils ne montraient pas qu'elle avait eu le droit de le faire entrer dans le symbole. Quant à la faculté d'ajouter au symbole, faculté que les prohibitions synodales avaient dû, disaiton, laisser à l'Eglise, c'était là, sans doute, le vif de la question. Mais les Latins réclamaient cette faculté pour l'Eglise romaine , et aux yeux des Grecs , l'Eglise romaine ne constituait point l'Eglise universelle.
Bessarion reprit ces raisonnements et répondit que le Filioque était non une explication, non un commentaire, mais une véritable addition, parce qu'il exprimait un dogme nouveau ; qu'en conséquence, l'Eglise romaine n'avait pu se permettre de l'introduire dans la profession de foi catholique, parce que l'Eglise romaine n'était point l'Eglise universelle. Qu'au reste, à supposer que le Filioque fût une explication, une exégèse orthodoxe de l'article concernant la troisième personne divine, aucune raison ne pouvait en justifier l'insertion dans le symbole, parce que la défense d'y rien ajouter était absolue.
Cette brillante réplique n'avait pas seulement pour effet de réduire à néant la distinction d'addition et d'explication alléguée par les Latins, elle attaquait en principe l'autorité même de l'Eglise romaine, et mettait les défenseurs du Filioque dans une position difficile. Ce fut au tour des théologiens latins d'être troublés. Il y eut un moment de silence dans l'assemblée, pendant lequel les docteurs et les cardinaux s'approchèrent du
pape pour le consulter (1 ), et après quoi , André de Rhodes disserta sur la nature de la procession du Saint- Esprit, ce que les Grecs trouvèrent ne pas aller au but. De fait, les' raisonnements d'André de Rhodes ne touchaient pas à la question telle qu'elle avait été posée par l'archevêque de Nicée. Mais il y avait, dans l'argumentation de ce prélat, un côté vulnérable par où on pouvait l'aborder avec avantage. Bessarion prétendait que , la défense de rien ajouter au symbole catholique étant absolue, l'Eglise universelle elle-même ne pouvait y faire aucune addition. Sans doute le docteur grec n'était pas libre de répudier ce principe qui était celui de son Eglise, mais on est étonné qu'un dialecticien de sa force, n'ait pas au moins réservé ce point, qu'il jugea plus tard insoutenable, et qu'il n'ait pas porté le débat tout entier sur le terrain de l'Eglise romaine, où il aurait pu rudement mener ses adversaires.
La perspicacité des Latins aperçut bien vite la fausse position que prenaient les Grecs; l'évêque de Forli montra que l'Eglise en général ne peut être dépouillée de la faculté d'ajouter au symbole, parce qu'elle a essentiellement le droit de déterminer, quand les circonstances l'exigent, quelles sont les vérités de foi (2). Ainsi la discussion se resserrait et se fixait sur le point capital. Une s'agissait plus, pour les Grecs, de citer des canons de conciles et des textes de Pères qu'on pouvait expliquer à sa manière, mais d'établir péremptoirement, que, de-
(1) Acta graeca, p. 130-154. — Acta latina, p. 939.
(2) Act* grœca p. 170 *t acta 'latina, p. 943.
CONCILE DE tLOUEtiCft, S&1?
puis le septième concile géûéral, PEglise avait perdu le droit de définir. En vain Marc d'Ephèse s'écriait : « Effacez du symbole l'addition Filioque, rétablissez la simplicité primitive de la profession de foi, et l'union est consommée. » Le cardinal Césarini répliquait à son tour : « Examinez ! examinez ! si l'addition est blasphématoire retranchez-la, mais si elle est sainte, admettez-la (I). » Les Grecs étaient de la sorte forcés d'entrer dans l'examen du dogme exprimé par le Filioque. Ce queBessarion avait prévu arrivait; on se voyait obligé de recommencer une nouvelle lutte, sans être sorti victorieux de la première. Les champions grecs n'avaient point envie de rengager le combat et s'écriaient : • Quel besoin de rester ici pour entendre et dire de vaines paroles ? Les Latins ne nous persuaderont point, et nous ne saurions avoir la prétention de les convaincre. Retournons dans nos foyers (2). » Mais l'empereur tint ferme et voulut que ses compatriotes discutassent l'orthodoxie du Filioque; seulement il demanda que la controverse, jusque-là publique, fût à l'avenir privée (3).
Ce fut là le dernier acte de l'assemblée à Ferrare. La peste qui désolait alors cette ville, et la guerre qui s'en rapprochait, déterminèrent Eugène IV à transférer le concile à Florence. Les Grecs n'accueillirent d'abord qu'avec méfiance et déplaisir le projet de changer de lieu ; mais ils furent bientôt forcés de s'y résigner, parce
(1) Acta grœca, p. 211.
(2) Acta grœca, p. 211 et la lettre de Bessarion, ubi supra, p. 1240.
(3) Acta grœca, ubi supra, p. 211 et 214.
que le pape leur déclara, qu'il ne pouvait payer plus longtemps à Ferrare les subsides convenus, et qu'il en était réduit lui-même à accepter un prêt de 40,000 florins que la république de Florence lui offrait, à la condition que le concile viendrait s'établir à Florence. Il s'engagea, du reste, à leur fournir 12,000 florins avec deux galères pour la défense de Constantinople, promit que rien ne manquerait à leurs besoins, et qu'au bout de trois ou quatre mois, unis ou non, ils auraient la liberté de retourner dans leur pays. Une bulle annonça à la chrétienté que le concile tiendrait à l'avenir ses séances dans la capitale de la Toscane (1).
La république florentine était alors présidée par le célèbre Cosimo, le chef de cette grande famille de Médicis qui devait donner des pontifes à l'Eglise, des rois à la France, et attacher éternellement son nom à la renaissance des lettres et des arts. Jusqu'au milieu du XIVe siècle, le rôle politique des Médicis n'avait été qu'un rôle très-secondaire. Salvestro, l'aïeul de Cosimo, commença à prendre une part marquée aux affaires publiques. Avant d'aspirer au gouvernement de l'Etat, les Médicis travaillaient, dans l'active obscurité du négoce, à acquérir la puissance des richesses, la première et la plus respectée des puissances dans une république. Giovanni, fils de Salvestro, s'approcha plus près du pouvoir, il ne put toutefois l'enlever aux Albizzi qui le possédaient alors, et surent le conserver pendant le long espace-de cinquante-quatre ans. C'est à Cosimo qu'était réservée la gloire de le fixer dans les mains des Médicis. Maître de
(1) Acta grœca, p. 215 et acta latina, p. 1439.
la plus grande fortune qu'un particulier eût acquise jusque-là (1), et sachant en user avec une libéralité éclairée, sa popularité et son crédit devinrent ime menses, et il put songer à supplanter ses rivaux. La lutte fut longue et le succès longtemps douteux. Bien que subjugués par les brillantes qualités de Cosimo, les Florentins, accoutumés à l'empire des Albizzi, se résignaient mal à être gouvernés par d'autres mains. Un moment les Médicis se virent sur le point de succomber sans retour. En 1433, Rinaldo des Albizzi, à la tête de sa faction, se rendit maître des élections. Cosimo, arrêté par ses adversaires, courut le danger de perdre la vie, et fut condamné à un exil de dix ans. Mais il en revint au bout d'un an, rappelé par ses concitoyens qui le reçurent en triomphe et exilèrent les Àlbizzi à leur tour. Dès ce jour, une suite non interrompue de prospérités avait commencé pour Cosimo. Lorsque le concile de Ferrare vint chercher un asile à Florence, ce magistrat venait d'être élu, pour la seconde fois, gonfalonier de la république. II reçut cette vénérable réunion de prélats des deux Eglises, aux frais de la ville, avec une royale splendeur, prit soin que personne ne manquât de rien, et avança au pape les sommes nécessaires pour la subsistance des Grecs, pendant la durée du concile (2).
(1) Ditissimus omnium apud Italos ac fartasse apud exterasquoque nationes (Platina in Martinum V). — Jacob. Philippi Bergomensis chron. supplem. libr. XV, p. 358.
(2) Anonym., Istorie di Firenze, ap. Murât., t. XIX, p. 981 et seq. — Magni Gosmi Medici vita, Pisis, 1789, 2 vol. in-4, par Àngelo Fabronio, p. 72 et 136, 1. 1. — Scipione Ammirato, Jstor. Fiorent., lib. XXI, p. 46.
Le déplacement d'un si grand nombre de prélats, le temps qu'il fallut pour s'établir dans la nouvelle résidence, interrompirent trois mois la discussion commencée; on ne put la reprendre que le 2 mars 1439. Repoussés dans l'attaque qu'ils avaient dirigée contre l'addition du Filioque au symbole catholique, les Grecs se présentèrent pour montrer que celte expression n'était point orthodoxe, c'est-à-dire que le Saint-Esprit ne procédait pas du Fils. Ce fut Marc d'Ephèse qui aborda ce point capital. Il eut pour adversaire, du côté des Latins, Jean de Montenero. Quoique l'empereur eût témoigné le désir que les conférences fussent privées, le pape persista à vouloir qu'elles continuassent publiquement (1). Ici tout semblait annoncer que la nouvelle carrière, dans laquelle allaient s'engager les théologiens rivaux, serait plus vaste que la première, elle fut néanmoins plus rapidement parcourue ; la lutte offrit moins de péripétie, et l'issue en fut plus décisive encore pour les champions latins. Sommé de donner les preuves sur lesquelles s'appuyait le dogme romain du Filioque, Jean de Montenero cita successivement des textes de presque tous les Pères orientaux , par lesquels il démontra que la tradition grecque était d'accord avec la tradition latine pour dire que l'Esprit -Saint reçoit du Fils aussi bien que du Père.
Marc d'Ephèse essaya d'abord de se défendre à l'aide de l'exégèse, mais il ne put tenir longtemps contre la clarté des passages énoncés, et il accusa les Latins d'avoir corrompu les manuscrits des Pères. Ce subterfuge, in-
(i) Acta grœca, p. 235 et acta latina, p. 1033.
voqué en désespoir de cause, ne pouvait pas même être pour lui d'une ressource passagère. Ses collègues les plus sages ne souffrirent pas qu'il prétendît réfuter leurs adversaires en inculpant leur loyauté, et lui donnèrent un solennel démenti. Marc] d'Ephèse parut plus heureusement inspiré en faisant aux Latins la difficulté suivante : « Pour soutenir la procession du Saint-Esprit comme vous l'entendez, vous ne pouvez éviter l'un de ces deux écueils : Ou il faut que vous supposiez deux principes divins, et dans ce cas votre système brise l'unité divine; ou bien, pour maintenir l'unité divine, il faut que vous fassiez du Fils et du Saint-Esprit des attributs du Père, et dans ce cas votre système détruit la trinité des personnes. » Mais Jean de Montenero eut le bonheur de montrer clairement, et à l'instant même, qu'il ne peut y avoir dans Dieu un double principe supposé par le système latin, d'abord, parce que le Saint-Esprit, étant l'amour du Père et du Fils, est produit par une seule et unique puissance, celle de l'amour; ensuite, parce que le Verbe divin, n'ayant rien qu'il ne tienne du Père, le Saint-Esprit, qui est dit procéder du Fils, n'a et ne peut avoir qu'un seul principe originel (1). L'objection s'en allait en fumée.
Cette réponse remplit de joie les Grecs qui voyaient par là tomber un des plus grands obstacles à l'union. Mais elle ne satisfit point Marc d'Ephèse qui, ennemi de toute conciliation, n'avait visé qu'à un seul but,- celui d'embarrasser son adversaire. Après quelques répliques
(1) Acta grœca, p. 235-386, passim. et acta latina, p. 1034- 1102 passim.
qui amenèrent de nouvelles et victorieuses réponses, il ne reparut plus aux séances du concile.
La discussion avait pris vingt-quatre conférences, tant à Ferrare qu'à Florence. De la part des Latins, elle fut conduite avec habileté, franchise et science. Bessarion accusa plus tard Marc d'Ephèse d'avoir gâté la partie des Grecs (i). Mais il est permis de croire que ce fut la cause qui fit défaut au défenseur, plutôt que le défenseur à la cause. Du reste personne, après ce théologien, n'essaya de faire mieux que lui. La retraite de Marc d'Ephèse mit fin à la lutte. Les Grecs déclarèrent qu'ils renonçaient à toute dispute et voulaient recourir à des moyens pacifiques pour arriver à l'union. D'ailleurs leurs principaux défenseurs, comme l'archevêque de Kiow et Bessarion, étaient convaincus de l'orthodoxie des Latins (2). L'empereur et le patriarche inclinaient visiblement du côté de ces deux savants hommes.
Cependant, bien que réduite au silence, la majorité des Grecs restait attachée à l'erreur nationale. « Tout a été dit de notre part, s'écriait-elle, nous avons exposé notre foi telle que l'ont enseignée les sept premiers conciles généraux ; que les Latins trouvent un moyen de s'unir à nous, ou qu'ils nous permettent de regagner nos foyers (3). » Les Latins répliquaient de leur côté : « Vous avez entendu nos réponses à vos objections, admettez nos dogmes, s'il vous semble que nous en ayons prouvé l'orthodoxie, sinon rentrez avec nous dans la carrière de
(1) Epist. Bessarionis, p. 4234.
(2) Acta grœca, p. 383 et 387.
(3) Acta grœca, p. 387 et Syropule, sect. VIII, c. vm.
la controverse. » Les Grecs n'avaient rien à opposer à ce raisonnement. Le pape alla jusqu'à proposer de terminer le débat en demandant à chaque membre du concile, en pleine séance, qu'il fit connaître, sous la foi du serment, lequel du sentiment des Grecs ou du sentiment des Latins lui semblait le plus vrai (1). Mais les Grecs rejetèrent cette voie. Bessarion essaya les ressources de son éloquence pour gagner les dissidents. II leur adressa un long et savant discours où, après avoir habilement résumé les controverses précédentes, montré que les Pères d'Orient et d'Occident étaient unanimes à admettre la procession du Saint-Esprit par le Fils, que ce qu'il y avait d'obscur, chez les uns, devait s'expliquer par ce qu'il y avait de clair, chez les autres; il exhortait ses compatriotes à s'unir aux Latins ; ajoutant, pour donner plus de poids à ses considérations, que l'intérêt de l'empire l'exigeait; que le schisme, de tout temps si funeste à l'Orient, l'était bien plus encore alors que la puissance ottomane menaçait de renverser les derniers boulevards de son indépendance; qu'une union sincère avec les Latins pouvait seule, en identifiant les causes des deux peuples, sauver la religion, l'empire et la liberté des Grecs (2). Le zèle de Bessarion le poussa même à dire, devant l'empereur et les évêques assemblés : que l'Eglise romaine professait la véritable foi sur le Saint-Esprit, que l'addition Filioque faite au symbole était juste et raisonnable , qu'il se sentait disposé à défendre par écrit ce qu'il confessait de bouche , et souffri-
(1) Acta grœca, ibidem et Syropule, sect. VIII, c. vm.
(2) Acta grœca. p. 394 et seq.
rail d'être déposé de son siège plutôt que de l'abandonner (1).
Cette déclaration, proférée avec la franchise et l'élan de la conviction, arracha des larmes à plusieurs, en ébranla quelques-uns, et produisit dans le public une vive sensation. Un sénateur, Georges Scholarius, parla à plusieurs reprises dans le même sens que l'archevêque de Nicée. Les discours qu'il prononça, bien que prolixes et fatigants pour le lecteur, n'en sont pas moins remarquables par le bon sens pratique, la justesse des vues, la netteté des idées sur la doctrine du Filioque, et sur la nature de l'union qui devait mettre fin au schisme. Selon lui, les Grecs et les Latins devaient se rapprocher, par une franche et mutuelle reconnaissance de la même doctrine et non point par des motifs intéressés et transitoires. Une réconciliation qui manquerait de sincérité ne pourrait être qu'illusoire et fragile (2). Quel qu'ait été plus tard G. Scholarius , il faut croire qu'il parlait alors comme il pensait.
Mais ces discours ne terminaient rien ; la majorité ne se rendait point. Si l'on en croit Syropule, elle résistait même aux menaces de l'empereur. Les conférences particulières duraient depuis plus d'un mois, on y perdait le temps en altercations sans rien conclure. Les Latins se fatiguaient de ces lenteurs. Le cardinal Césarini, à la tête d'une députation, vint à l'empereur en demander le terme ou la reprise de la discussion. Jean Paléologue
(1) Ambros. Travers^ epist., lib. IL ep. XIX.
(2) Orationes Georgii scholarii, Labbe, t. XIII, p. 563 et seq. — ,Syrop., sect. III, c. vi.
répondit que les Grecs étaient moins que jamais disposés à disputer, mais qu'il proposait de nommer, de part et d'autre, des commissaires qu'on chargerait iie concilier les opinions (1).
Les Latins rédigèrent alors une profession de foi qu'ils envoyèrent aux Grecs. Mais ceux-ci la rejetèrent et en firent une autre que les Latins refusèrent à leur tour (2). Il s'établit ainsi une sorte de discussion par message. Les Grecs avouaient bien que l'Esprit-Saint procédait du fils, mais par émission, jaillissement, effusion. De leur côté, les Lalins ne repoussaient pas ces mots , mais ils exigeaient des Grecs qu'ils en précisassent la signification et dissent clairement s'ils les entendaient dans le sens des saints docteurs (3). Les Grecs étaient poussés à bout. Ils ne pouvaient se refuser à donner l'explication qu'exigeaient les Latins ; d'autre part, ils ne pouvaient donner cette explication sans confesser la vérité du dogme romain, à moins de ramener des subtilités vingt fois pulvérisées dans la controverse, et dans cette impitoyable alternative, il avaient recours aux tergiversations. Mais ceux qui étaient déjà convaincus de l'orthodoxie des Latins, menaçaient de faire avec eux une union séparée. L'empereur fut effrayé de cette résolution et convoqua, le 28 mai 1439, une assemblée générale des Grecs, dans la maison du patriarche qui se trouvait gra-
(1) Acta grseca, p. 458 et seq. — Syropule, sect. VIII, c. ix, x et xi.
(2) Syropule, sect. VIII, c. xiv et xix. — Acta grseca, p. 463 et seq.
(3) Acta graeca, p. 466 et 467.
vement indisposé, mais qui recueillit toutes ses forces pour assister à ce conseil suprême où devait se décider l'union. On examina de nouveau les textes des saints docteurs. Enfin le 30, le patriarche prononça que l'Esprit-Saint procède du Père par le Fils, éternellement et substantiellement , comme d'un principe unique et d'une seule cause, et qu'il fallait admettre comme orthodoxe llopinion des Saints d'Occident qui disent que le Saint- Esprit reçoit du Père et du Fils.
L'empereur se rangea à cette désision. On alla aux suffrages : treize évêque l'approuvèrent ; cinq, savoir : Marc d'Ephèse, Métrophane de Cyzique, Antoine d'Héraclée, Dorothée de Monembasie, Sophrone d'Anchiale, protestèrent. L'archevêque de Trébizonde était absent. Trois jours après, dans une nouvelle assemblée des Grecs, il ne se trouva plus qu'un dissident , Marc d'Ephèse, qu'aucune considération ne put gagner. Enfin le 6 juin, une députation solennelle vint apporter au pape l'adhésion de l'Eglise d'Orient au dogme latin exprimé par le Filioque. La souscription de cette adhésion fut le dernier acte public du vénérable patriarche Joseph qui mourut le lendemain (1). On trouva après sa mort ces lignes écrites et signées de sa main : « Arrivé au terme de ma vie et sur le point de payer le tribut commun, j'écris et signe, par la grâce de Dieu, ma profession de foi afin que tous mes enfants la connaissent : Je déclare donc que j'embrasse et crois tout ce que croit et enseigne l'Eglise catholique et apostolique de N.-S.-J., celle de
(1) Acta grœca, p. 474-490. — Acta latina, p. 1130 et seq. — Syrop., sect. IX, c. îx et xvi. — Acta grœca, p. 494.
l'ancienne Rome ; je confesse que le pape de l'ancienne Rome est le bienheureux père des Pères, le grand pontife et le vicaire de Jésus-Christ, pour assurer la foi des chrétiens. Je crois aussi le purgatoire des âmes. » Une déclaration si explicite et si solennelle, écrite sur le seuil même de l'Éternité, produisit un effet immense.
On était d'accord sur le dogme principal, mais il restait encore à s'entendre sur bien d'autres questions. Celle de la primauté du siège de Rome paraissait devoir soulever de vives contradictions, mais les Grecs étaient las des controverses où ils avaient si peu réussi, il n'y eut donc plus de contestations^ On ne revint point sur ce qui avait été conclu dans les conférences prépatoires, sur la vision béatifique ; la doctrine romaine sur le purgatoire fut admise. On négocia, pour les autres questions, bien plus qu'on ne discuta, et moins d'un mois après l'adhésion au Filioqae, les deux Eglises étaient d'accord sur tous les points. Ambrogio Traversari fut chargé de rédiger, dans les deux idiomes, le décret qui devait exprimer le foi de l'Orient et de l'Occident (1).
Enfin le 6 juillet 1439, le pape, l'empereur et tous les membres du concile étant réunis une dernière fois dans l'église de Santa Maria del Fiore, le cardinal Césaripi lut en latin et l'archevêque Bessarion en grec, la constitution apostolique , qui déclarait que l'Eglise grecque et l'Eglise de Rome reconnaissaient que le Saint- Esprit procède du Père et du Fils ; que le pain azyme et
(1) "EyçxJ^s $è cevrov o /xovoc/os ApCpoGios (Syropule, sect. X, c. u).
le pain fermenté sont également matière du Sacrement eucharistique; que les justes, morts avant l'entière expiation de leurs péchés, achèvent de se purifier dans le purgatoire où ils sont soulagés par les suffrages des vivants; que les justes, complètement purs, sont reçus dans les tabernacles éternels, pour y jouir, soit en corps, soit en âme, de la vision intuitive ; que ceux qui meurent, entachés de péchés mortels actuels ou simplement du péché originel, descendent dans les enfers pour y subir des peines différentes ; enfin, que le Saint-Siège apostolique et le pontife romain ont la primauté sur toute la terre, que le pontife romain est le successeur du bienheureux Pierre, prince des Apôtres, qu'il est le véritable vicaire de Jésus-Christ, le chef de l'Eglise universelle, le père et le docteur de tous les chrétiens ; et qu'à lui Jésus-Christ a donné, en la personne du bienheureux Pierre, le plein pouvoir de paître, de régir, de gouverner l'Eglise universelle (1). L'empereur et les Grecs répondirent à haute voix : Amen, puis tous , Marc d'Ephèse excepté, apposèrent leur signature à cette solennelle définition, et baisèrent les genoux et la main droite du pape. Enfin tous les Pères confondirent leurs embrassements, pendant que le chœur répétait en action de grâces les premiers mots de la bulle : Lœtentur Cœli et eùoxiltet terra (2). Qu'ils durent éprouver de joie tous ces Pères vénérables, en voyant consommer cette union, tant de fois tentée, toujours rompue, et qui venait de soulever
(1) Bulle : Lœtentur cœli, acta grœca, p. 510 et acta latina, p. M65.
(2) Acta grœca, p. 523 et acta latina, p. 1172.
de si longues et de si vives discussions ! Heureux si tous ceux qui venaient de l'acclamer eussent eu le courage de la soutenir ! (Pièces justificatives n° 3).
Les Grecs n'étaient point encore partis , lorsque arrivèrent à Florence les représentants du patriarche des Arméniens, venant en son nom solliciter l'union de l'Arménie avec l'Eglise romaine, La Papauté n'avait jamais eu de graves démêlés avec cette portion de la chrétienté. Sa position géographique la rapprochant de Constantinople, elle s'était d'abord rangée sous la juridiction du patriarche de cette capitale, mais elle en avait secoué le joug, avant même l'époque de Photius , pour former une Eglise nationale. De cet isolement schismatique était résulté, pour les Arméniens, la corruption du christianisme. Quoiqu'ils n'eussent produit aucune hérésie spéciale , ils avaient laissé , faute de surveillance , s'introduire insensiblement chez eux toutes les erreurs des Grecs (1). On disputa longtemps a^ec eux pour les convaincre de la pureté de nos dogmes, de l'altération des leurs. Enfin, vers le commencement de novembre, Eugène les unit au Saint-Siège, par un décret célèbre, dans lequel le chef de l'Eglise rétablissait la vérité de leur symbole faussé par des traditions hétérodoxes (2).
Aux Arméniens se joignirent les Jacobiles ou Monophysites, parce qu'ils n'admettaient qu'une nature en Jésus-Christ. Eutychès était le Père de ces sectaires répandus dans l'Egypte, la Lybie, la Cyrénaique,
(1) Brerewood, Recherches de la diversité des langues et des religions, in-8, c. xxiv.
(2) Labbe, t. XIII, p. 529 et seq.
l'Ethiopie. Ils étaient représentés par l'abbé du monastère de Saint-Antoine, en Egypte, en qualité d'apocrisiaire de leur patriarche Jean (1). Un très-curieux document manuscrit nous apprend que le patriarche Jean, dont il est ici question, était le célèbre prêtre Jean, sur lequel on a beaucoup écrit, sans avoir pu jusqu'ici éclaircir l'existence mystérieuse de ce personnage, ou seulement préciser avec certitude le lieu qu'il habitait. Selon notre document, il y avait avec l'abbé un roi ou prince, un officier. Trente-sept autres personnes composaient leur suite. Le caractère de ces hommes, l'étrangeté de leur costume singulier, la mission inattendue qu'ils venaient remplir, et qui ressemblait à une révélation, produisirent à Florence une sensation profonde. (Pièces justifie. n° 4).
Ces députés furent reçus par le pape, le 2 septembre. L'abbé de Saint-Antoine reconnut la suprématie du siège de Rome, la légitimité du concile de Chalcédoine, l'illégalité et la fausseté du deuxième concile d'Ephèse; anathématisa Ebion, Cérinthe, Marcion, Paul de Samosate, Manichée , Valentin , Nestorius, Eutychès ; en un mot, tous les sectaires dont ils avaient retenu quelques erreurs, et Eugène les unit à l'Eglise romaine (2).
Le pape transféra ensuite à Rome ce qui restait du concile de Florence, et vers la fin de l'année 1444, il apprenait au monde chrétien, par une encyclique, qu'il avait ramené au giron de l'Eglise catholique les Arméniens, les Jacobites, les Maronites, les Abyssins et les
(1) Voir dans Labbe, t. XIII, p. 1201, la lettre de ce patriarche au pape.
(2) Labbe, t. XIII, p. 1204.
Bosniens (1). Chose digne de remarque, pendant que le . concile de Bàle s'efforçait de scinder et d'avilir la papauté, il semble que la Providence voulût donner un contrepoids aux outrages dont l'abreuvaient les schismatiques, en appelant, autour du Saint-Siège, toutes ces sectes orientales, si divisées entre elles, et depuis si longtemps étrangères à l'Eglise romaine, .et montrer, par cet éclatant exemple, que, dans la papauté, et là seulement réside la force attractive capable de ramener, dans le sein de la grande famille catholique, les aggrégations rebelles qui s'en sont séparées.
Mais pour assurer l'effet de toutes ces réunions, il aurait fallu, en même temps, refouler l'Islamisme derrière l'Euphrate, affranchir, par un vigoureux effort, ces nationalités chrétiennes, opprimées par le despotisme de la conquête, les rendre à leur autonomie, les rapprocher les unes des autres, les lier, par la reconnaissance, aux fortes nations occidentales en même temps qu'on les rattachait à la foi de ces nations. Il n'y avait que ce seul moyen d'imposer silence aux préjugés et à 4a défiance des peuples et de les engager à ratifier ce qu'avaient fait leurs chefs. C'était bien aussi la pensée d'Eugène IV. Dans la lettre même où il annonçait le retour des Grecs à l'unité, il invitait les chrétiens à joindre leurs efforts aux siens pour compléter son œuvre, en restituant l'indépendance à ces populations nouvellement catholiques de l'Orient (2). Quelque temps après, il écrivait à Jean- Paléologue, qu'il faisait équiper en diligence une escadre
fl) Labbe, t. XIII, p. 1219.
(2) Raynald., an. 1443, nus 9.
de dix ou même de vingt galères, pour l'envoyer dans les eaux de Constantinople. Le pape ajoutait à cela la promesse d'un subside, qui mettrait l'empereur grec en état de tenir tête aux Osmanlis sur les deux éléments. Et ce n'était là encore que le prélude d'une grande expédition à laquelle il espérait pousser la Hongrie et l'Allemagne (1). Dans une autre lettre, il s'efforçait, par l'appât des indulgences, d'émouvoir la libéralité des fidèles; dans une autre encore, il leur demandait de joindre leurs prières aux siennes pour obtenir la protection du ciel (2).
Enfin, au mois de janvier 1442, Eugène IV crut toutes choses assez préparées pour risquer un appel général à la guerre sainte. L'encyclique, chargée de l'annoncer aux fidèles, renfermait un sombre tableau de l'état politique de la chrétienté en Orient. Le pape y apprenait à ceux qui l'ignoraient encore, que les Osmanlis, non contents de dominer en Asie, avaient depuis longtemps franchi les mers, que Constantinople était débordé, la Thrace, la Macédoine, TEpire, l'Albanie, la Bulgarie conquises, l'Europe en un mot menacée. Venait ensuite une navrante peinture des cruautés exercées sur les chrétiens par les farouches sectateurs du Coran : « Ils ont, disait le chef de l'Eglise, réduit deux cent mille captifs en servitude. Il n'est pas rare de les voir, au retour de leurs expéditions guerrières, ramener de longues files d'hommes et de femmes liés ensemble et confondus avec les bêtes de somme. Ceux que l'âge ou les infirmités empê-
(4) Raynald., an. 1139, n™ 10.
(2) Id., anno 1442, n™ 13.
chent de marcher, ils les massacrent et abandonnent leurs cadavres sur la route. Ni la dignité des personnes, ni la majesté du caractère religieux, ni la faiblesse du sexe ne les touchent : l'enfance elle-même ne saurait émouvoir leur pitié. » Et le généreux pontife déclarait que la seule pensée de telles calamités oppressait son sein paternel, et faisait couler de ses yeux d'abondantes larmes (1).
Deux siècles plus tôt, un semblable récit et la douleur du Père commun des fidèles auraient excité un indicible frémissement d'indignation parmi les peuples belliqueux de l'Occident; un long cri de guerre aurait retenti de l'Elbe aux Pyrénées, et le Bosphore n'aurait pas tardé à voir sur ses rivages deux cent mille pèlerins chassant devant eux, comme un vil troupeau, les armées du croissant vaincues et fugitives. Mais au temps dont nous écrivons l'histoire, la voix d'Eugène IV ne rencontra qu'une froide indifférence parmi les nations d'où les grandes expéditions saintes partaient naguère pour l'Orient. Les maux de frères éloignés ne provoquaient plus, comme autrefois, de soudaines et ardentes sympathies ; et ceux dont on pouvait être soi-même menacé n'étaient point assez imminents, pour émouvoir la fibre du patriotisme.
Au surplus, quand l'esprit des croisades n'aurait pas été éteint en Occident, la situation politique des nations qui l'habitaient était peu de naturfc à leur permettre de songer aune expédition lointaine. La France, affaiblie et ruinée par une lutte de cent années, avait besoin de repos. L'Angleterre était ensanglantée par la querelle
(1) Raynald., an. 1443, n* 15 et 16.
des deux roses. En Espagne, la seule portion de cette péninsule qui n'avait rien à démêler avec les Maures, l'Aragon, employait ses forces vives à conquérir le royaume de Naples. Enfin , l'Allemagne avait à surveiller les hussites de la Bohême, dont le fanatisme ne cessait d'être un danger pour elle.
Cependant, les plaintes et les exhortations du pape ne restèrent pas tout à fait inutiles. Elles furent écoutées, d'un côté, par les républiques maritimes de l'Italie qui avaient de grands intérêts dans le Levant, de l'autre, par le duc de Bourgogne qui envoya à Venise armer des vaisseaux en son nom. Nous verrons bientôt ces diverses forces se rallier à l'escadre pontificale, et, sous la direction du cardinal Gondelmero, cingler vers l'Hellespont (1).
Mais si l'Occident de l'Europe témoigna peu d'empressement, il n'en fut pas de même de l'Orient, exposé par sa situation aux sanglantes excursions des Osmanlis. La Hongrie surtout se distingua par son ardeur. Tout récemment, cette puissance avait appelé au trône un prince belliqueux, de l'illustre famille des Jagellons, Wladislas II, déjà roi de Pologne ; et elle comptait, au nombre de ses guerriers, un héros dont l'histoire de l'Eglise redit avec orgueil les exploits. Ce héros était Jean Corvin. Ceux qui .veulent que les grands hommes aient une illustre extraction font remonter l'origine de celui-ci à l'empereur Théodose, et même plus haut en-
(1) Sabellicus, Hist. rerum Venet., decad. III, libr. VI. — Meyer chronic. Flandriœ, fol. 1561. — Lambertini hist. Venet., libr. V et VI, ab anno 1423 ad 1501, in-8.
core, à Valerius Corvinus (1). Quelques-uns lui assignent pour père l'empereur Sigismond (2). Mais la gloire de Corvin n'a pas besoin de ces ambitieuses et incertaines conjectures. De fait, on ne s'accorde pas sur la patrie qui le vit naître (3). Ceux qui lui donnèrent le jour sont peu connus. Son nom patronymique ne Test pas davantage. Les Latins l'appellent Corvin, du nom du lieu présumé de sa naissance. Les Grecs et les Turcs, Janko, ancien nom grec de Jean abrégé (4t). Chalcondyle joint à cette dénomination celle de Chômâtes (5). Mais la vie de notre héros est aussi brillante que les commen • céments en sont obscurs. Jeune encore, il accompagna en Italie l'empereur Sigismond, et servit avec éclat parmi les milices de Visconti (6). On l'appelait alors le chevalier blanc de Falachie. Les chroniques françaises ne lui donnent pas d'autre nom (7). A son retour, Sigismond le récompensa en lui cédant le château de Vajda Huniady, situé en Transylvanie, sur la rive droite de la Czerna (8).
(1) Bonfini, rerum hungaric. decad.JIII, libr. IV, p. 448.
(2) Cromer, de rébus Polonorum, libr. XI, p. 320.
(3) Chalcondyle le fait naître en Transylvanie ; mais il paraît plus probable qu'il naquit en Valachie (Thwrocz, c. xxx). — Bonfini, decad. III, libr. IV, p. 448.
(4) Janko signifie aussi écho. Note de Hammer, Hist. de l'empire ottoman, libr. X.
(5) De rébus Turicis, libr. V.— Michel Ducas, Hist. Byzant.,