V.isL
si-
(1) Prantza Protovestiarius, libr. 111, c. h.
(2) Ducas, Hist. Byzant., c. xxxv.
(3) Id. c. xxxm.
de s'en dissimuler la perfidie, quand on vit Mahomet construire sur la rive occidentale du Bosphore, à quelques stades seulement de la ville impériale, le château deRoumélie. Personne de sensé ne dut s'y méprendre : le siège de Constantinople était commencé (1), et la monarchie d'Auguste allait recevoir le dernier coup. Mais la Providence, qui s'était plue à l'élever autrefois si haut, sembla vouloir répandre quelque lustre sur ses funérailles, en lui donnant alors, après une longue suite de princes médiocres, un empereur 'digne des plus beaux temps de son histoire.
Constantin Paléologue Dracosez, dont l'avènement au trône avait précédé de seize mois l'exaltation de Mahomet II, renfermait dans sa poitrine un cœur imperturbable, et dans ses veines un sang héroïque. Il vit le danger, le mesura d'un œil calme ; et bien qu'il ne pût se faire aucune illusion sur l'issue de la lutte qui se préparait, il l'accepta avec fermeté, par cette conscience du devoir qui produit les sublimes dévoûments. Indigné du mépris que Mahomet faisait de ses serments, il lui adressa de courageuses observations, et nonobstant les menaces de son ennemi, il ne craignit pas de lui dire : w Puisque vous préférez la guerre à la paix, suivez les conseils de votre ambition. Quant à moi, je me confie en Dieu. Je tiendrai désormais les portes de ma capitale fermées, je défendrai autant que je le pourrai mon peuple. Vous pouvez régner avec plus de puissance que moi, le Dieu juste prononcera entre nous (2). » Ceux qui
(i) Id. c. xxxiv.
(2) Ducas, ibidem.
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veulent que la prudence aille parfois jusqu'à l'impassibililé, trouveront, peut-être, dans ces paroles, une fierté intempestive et téméraire. Mais Constantin n'aurait rien gagné à ménager son terrible adversaire , et l'on aime à retrouver, dans le langage du faible opprimé, ce noble sentiment de sa dignité qui remplace celui de la force.
7Ne pouvant plus compter sur les dispositions pacifiques de Mahomet II, Constantin se mit en devoir de se prémunir contre ses attaques. Pendant qu'il approvisionnait sa capitale, réparait ses murailles fi), il envoyait de toutes parts des députés aux princes de l'Europe ; afin de les avertir du péril qui le menaçait. Mais les lamentations des Grecs avaient le malheur d'être répétées pour la centième fois, et on ne les écoutait plus qu'avec indifférence. Le pape seul y prêta une oreille attentive. Il était pourtant celui de tous les souverains qui avait le moins à se louer des Grecs. Plus de douze années s'étaient écoulées depuis le concile de Florence , et, malgré les pressantes réclamations du chef de l'Eglise, le décret d'union ou Yhénoticon n'avait poipt été encore promulgué dans l'empire ; la masse du clergé et du peuple s'y était constamment opposée en haine des Latins, et plus d'un signataire du décret avait montré un lâche repentir, La faction deMarcd'Ephèse triomphait, etlenouvel empereur n'était pas tout à fait à l'abri des reproches de faiblesse ou de, connivence à cet égard (2). En 1450, il avait souffert qu'un conciliabule fût célébré dans l'église de Sainte-Sophie par les schismatiques , que le
(1) Id, c xxxvi.
(2) Haynald., annn 1431, nus 1.
concile de Florence y fût condamné, le légitime patriarche déposé et obligé de chercher un refuge en Italie (1). Toutefois, dans l'extrémité où se trouvaient les choses, Nicolas V imposa silence aux plaintes , ne vit dans les Grecs que des frères malheureux , et leur promit des secours en argent et en vaisseaux (2). Mais avant toutes choses, il envoya en Orient le cardinal Isidore, pour y reprendre l'affaire de l'union , préparer les voies à une entente et réintégrer Grégoire Mélissenne dans la chaire patriarcale.
Isidore était ce même archevêque de Kiow qui s'était prononcé au concile de Florence avec tant d'éclat pour la cause de l'union. On ne pouvait faire un meilleur choix, Isidore, Grec d'origine, et avant d'avoir reçu l'onction épiscopale, l'un des plus savants religieux du mont Athos, possédait tout à la fois la popularité et la science, deux conditions indispensables à la mission qui lui était confiée.
(1) Cozza, Hist. polerh. schism. grec, part VI, c. xxi. Cet auteur dit que Marc d'Ephèse assistait à ce conciliabule. C'est une erreur; Marc d'Ephèse était mort depuis 1445; — Voir Saint Antonin, part. III, tit. XXII, c. xi, p. 530.11 est dit encorejque le patriarche Grégoire Mélissenne, après avoir refusé de paraître dans une première session , assista à la seconde et souscrivit au traité avec d'autres évèques. Ce qu'il y a de certain, c'est que ce patriarche vint à Rome où il trouva un asile dans la maison de Bessarion. — Voir Georgi, p. 123.
(2) Giannozzo Mannetti, libr. III, p. 953. Nicolas V fut accusé dans le temps de s'être refusé à entendre les demandes des Grecs, et d'avoir montré peu de zèle pour la défense de Constantinople. Mais le pape, dans son testament, p. 953 du t. III, part. II, de Muratori, donne un démenti formel à cette accusation.
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du pape avec celui du patriarche, et la réconciliation parut consommée. Mais un témoin oculaire affirme que, dans cette mystagogie, il y eut plus de politique que de sincérité, que plusieurs de ceux qui y assistèrent, se réservaient de renier Vhénoticon dès que la guerre serait finie, que d'autres ne craignaient pas d'avouer qu'ils n'avaient fait que semblant d'adhérer à l'union; enfin que le légat ne s'était nullement montré satisfait de la disposition des esprits (1).
Pendant que celte réconciliation vraie ou prétendue s'accomplissait dans l'Eglise, d'ignobles scènes se passaient au dehors. Une troupe de schismatiques se portait au monastère du Pentocrator, dans le but d'y consulter, sur la conduite à tenir, Georges Scholarius. Ce personnage, naguère partisan dévoué de Vhénoticon, dans le concile de Bàle, et devenu, depuis la mort de Marc d'Ephèse, l'oracle du schisme, s'était retiré dans la solitude, et cachait dans le secret du cloître une hypocrite sainteté. Soit qu'il dédaignât de troubler le repos de sa contemplation, soit qu'il voulût donner à ses paroles le caractère d'une émission céleste, l'artificieux cénobite ne voulut point proférer sa réponse de vive voix. Mais, après l'avoir rédigée dans le silence, il l'afficha furtivement à la porte de sa cellule. Les consultants y lurent ces mots : « Misérables Romains, pourquoi vous étes-
(1) Ducas, ubi supra, auquel on peut ajouter Phrantza pour ce qui est de la politique. Chalcondyle dit de celte réunion : Isidorus adcrat ut synodum congregaret et romano pontifia Grrccos reconciliaret. Haec quidem paulô ante confecerat. At Graecis illa cum Romanis reconciliatio nimis sera existit. (lihr. VIII, p. 163).
PRISE DE CONSTANTÏNOPLE. 407
vous égarés ? Pourquoi, au lieu de placer votre espérance en Dieu, l'avez-vous mise dans les fragiles secours des Francs? Vous avez perdu votre ville, et la religion lésera bientôt avec elle! Dieu m'est témoin que je suis innocent de ce crime ! Quant à vous, malheureux citoyens, prenez garde à ce que vous faites aujourd'hui, prenez garde de ne pas ajouter, à la servitude qui menace vos têtes, le reniement de votre foi! Malheur à vous!... »
Cette sentèntieuse et emphatique déclamation enflamme les ecclésiastiques et les laïques qui en entendent la lecture. Tous ensemble, dans l'ivresse de leur exaltation crient : Anathème à Yhénoticon et à ceux qui l'approuvent! Ce stupide enthousiasme se communique bientôt à la foule qui attendait au dehors les oracles de Scholarius. On vit alors des hommes et des femmes, ivres de vin et de fanatisme , parcourir les tavernes, en vomissant , contre les partisans de l'union, de dégoûtantes imprécations, et en chantant les louanges de la Mère de Dieu, qu'ils conjuraient de venir défendre leur ville contre la puissance de Mahomet II. Qiï avons-nous besoin du secours des Latins ? criaient-ils , loin de nous le culte des Àzymites (1).
Cette opposition insensée à Yhénoticon ne se calmait point. Le carême de 1453 en redoubla au contraire la vivacité. Les confesseurs schismatiques tyrannisaient les consciences. Tous ceux qui avaient participé à la mystagogie du 12 décembre, étaient considérés comme autant d'apostats; on leur infligeait les plus dures pénitences. Recevoir la communion de la main d'un prêtre uni ,
(1) Ducas, c. xxxvi.
assister aux saints mystères qu'il célébrait, était un crime abominable. On ne voulait pas même aux funérailles d'un tel prêtre, il était regardé comme déchu du sacerdoce. L'église de Sainte-Sophie , où Yhénoticon avait été proclamé, n'était plus qu'un lieu d'horreur, une caverne de démons, un temple d'idoles (1) ; et cette antique et vénérable basilique , privée du service divin , offrait l'image de la désolation.
Du fond de sa cellule, Scholarius attisait ces haines, ne cessant de lancer des anathèmes passionnés contre tout ce qui tenait pour Yhénoticon, et flétrissant saint Thomas et ses écrits de la qualification d'hérétique. Chose étrange ! l'animadversion des schismatiques n'atteignait pas les grandes questions débattues à Florence, la procession du Saint-Esprit, la vision béatifique et la suprématie de Rome, elle s'arrêtait aux points secondaires qui regardaient la liturgie, comme de célébrer la messe en langue latine, de consacrer avec du pain azyme, de mettre de l'eau froide dans la coupe (2). C'était à de pareilles abominations qu'on imputait la ruine de l'Empire, et qu'on se croyait heureux d'échapper même par le sacrifice de l'indépendance et de la vie. Un des plus grands seigneurs de la cour, le duc Nolaras, osa dire un jourrqu'il aimerait mieux voir dans Constantinople le turban des Turcs que le chapeau de cardinal (3).
(1) Rai y\ fjieyctky) SHîtXyjoïa <6ç ytxroiïçvytév t^x^dv^v, %xi /3&{jioç eXkY\viHoç otvroïç àXoyi^sro. (Ducas, c. xxxvu).
(2) Ducas, c. xxxvu.
(3) KpéfTOTSpov èarfo si&ivxi sv /xècfY\ tyî trôXec <ça-
xt'oXt'ov, €x<yi\evov Tapn^y, yj Kxkv^rfxy Xaw*W>tr)V. (Ducas, c. xxxvu)