XVIII PRÉFACE
sais qu'il existe une école, laquelle, quand il s'agit d'histoire générale, fait consister la manière de récrire bien moins, dans une narration détaillée et suivie, que dans une exposition sommaire et longuement raisonnée des faits. Mon critique semble avoir été nourri à cette école. Je déclare que je n'y appartiens point. Qne la méthode qu'on indique soit applicable à cette portion morale de 1 histoire qui comprend des faits invisibles , sans nom , sans date, impalpables et seulement saisissables par la pensée, comme la civilisation , le développement du génie particulier d'un peuple, de la liberté d'une nation, à la bonne heure. D'illustres exemples nous prouvent que l'histoire , lorsqu'elle est abordée à ces points de vue, devient l'objet de travaux à part, ayant une autonomie spéciale. Tels sont le Discours sur l'histoire universelle, par Bossuet; les Considérations sur la grandeur des Romains, par Montesquieu ; les Réflexions sur les divers génies du peuple romain, par Saint-Evremond ; le Plan du gouvernement des anciens Romains, par de Beaufort, et plus récemment, la Philosophie de l'histoire, par M Schlegel, l'Histoire de la civilisation, par M. GuizoÇ, ouvrages dont il serait banal de faire l'éloge, et qui sont le complément nécessaire des grandes histoires.
Mais je dis que la méthode dont il s'agit ne convient point à l'histoire des faits sensibles, individuels, des faits accomplis par une suite de personnages dans la sphère d'une institution qui vit et agit par eux. Ici, je m'en rapporte aux anciens qui sont en ce point nos maîtres comme en beaucoup d'autres. Or, les anciens voulaient que l'histoire, ainsi considérée (il n'en