À, D. DECELLES
Voici la célèbre chanson composée par A. Gérin-Lajoie :
Un canadien errant, Banni de ses foyers, Purcourait en pleurant Des pays étrangers,
Un jour, triste et pensif, Assis au bord des flots, Au courant fugitif
Il adressait ces mots :
‘ Si tu vois mon pays, Mon pays malheureux, Va dire à mes amis
Que je me souviens d’eux,
‘ Pour jamais séparé
Des amis de mon cœur, Hélas ! oui, je mourrai, Je mourrai de douleur,
HISTOIRE L'YAMACHICHE 261
‘ Plongé dans les malheurs, Loin de mes chers parents, Je passe dans les pleur:, D'infortunés moments.
O jours si pleins d'appas, Vous êtes disparus.
Et mon pays, hélus |
Je ne le verrai plus.
Non, mais en expirant, O mon cher Canada, Mon regard languissant Vers toi se portera.
Benjamin Sulte, dans le Monde Illustré du 22 octobre 1892, écrit au sujet de la chanson ci dessus reproduite :
‘“ Je vais vous raconter comment cette chanson célèbre est venue au monde. Il y avait au collège de Nicoletun élève du nom de Pinard qui chantait des airs de marche durant les promenades autorisées. On se plaisait beaucrup à marquer le pas sur les cadences du jeune Pinard, et comme Gérin-Lajoie venait de voir passer sur le fleuve le navire qui emportait les exilés canadiens déportés en Australie, il conçut le projet de faire chanter à ses camarades une complainte sur ce sujet. Elle fut composée en moins d'une heure et le lendemain tout le collège retentissait de ces accents. Ce fut comme une traînée de poudre dans le Bas-Canada. L'air y était connu. Les grands chansonniers, comme Béranger, ont toujours adopté des airs familliers à tout le monde, La population vibra au son des paroles qu'elle entendait parce que c'était l'expression de la pensée populaire. Vousdiraisje que ces couplets se sont répandus aux extrémités de l'Amérique, partout il y a des Canadiens, et, comme ditle Père de Smet : ‘ où les Canadiens-français n’ont-ils pas pénétré ? ”