‹ Histoire de la paroisse d'Yamachiche [microforme]Chapitre 27 sur 121 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Quelques notes sur chacun des rangs de la paroisse d'Yamachiche.

À GRANDE-RIVIÈRE.—Le Rang de la Grande-Rivière, ainsi que nos lecteurs ont pu le comprendre, est lo plus ancien de la paroisse d'Yamaehiche.

Nous avons déjà fait connaître ses premiers habitants et l’endroit qu'ils ont d’abord défriché. On se rappelle l'église qui y a été construite sous le bon Père Augustin, et celle qu’on a voulu construi-

re sur les terres du seigneur Duchêne, au temps de M. Bertrand.

Le coteau sur lequel fut construite la première église était solitaire depuis un grand nombre d'années, quand M. Otis Chamberlin vint y élever une scierie, L'activité revint donc sur ce coin de terre. On fait allusion à ce fait dans l'adresse présentée à l'occasion de la fête du 18 octobre 1876.

Mais cette activité fut de très courte durée, et aujourd’hui

(1892), le coteau est redevenu solitaire : on y compte seulementquelques ruines de plus.

À quelques arpents de là, s'était formé un groupe de maisons très considérable, qui a subeisté jusqu’à ces dernières années. Ce groupe de maisons s'appelait le GRAND MAcHICHE ou le VIL- LAGE DU GRAND MACHICHE, Pendant bien des années, ce fut le centre des affaires commerciales d'Yamachiche : hôtels, magasins, boutiques de toute sorte y prospéraient à merveille, Le

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grand commerce d'avoine qui se fit pendant quelque temps augmenta l’activité de ce village, car les petits bateaux et les barges entraient assez facilement dans la Grande Rivière, Enfin, quand la Compagnie du Richelieu faisait arrêter ses vaisseaux à Yamachiche, c'était encore ce village qui y trouvait le pas grand bénifice: de là partaient les chalands qui allaient conduire ou chercher au large les passagers et les marchandises.

Mais arriva la grando inondation de 1865. Le village se vit complètement envahi par les eaux. Plusieurs personnes voyant cette inondation inaccoutumée, se retirèrent prudemment chez des parents ou des amis dans la partie haute de la paroïsse ; bien leur en prit. Quand éclata, en effet, cette tempête mémorable qui a causé tint de ravages dans notre pays, ceux qui. étaient restés eurent sous les yeux le spectacle le plus effrayant que l’on puisse imaginer : Des vagues hautes comme des montagnes arrivaient du lac St-Pierre avec la vitesse d’un cheval à la course, et elles enlevaient les maisons et les autres bâtiments comme de véritables châteaux de carte, Les maisons plus lourdes ou plus solides qui pouvaient résister, étaient couvertes d’une masse d’eau énorme, tordues dans tous les sens et ébranlées jusque dans leurs bases. Une terreur indicible s'empara de tout le monde, et en se jeta dans des embarcations malgré la tempête. Une cinquantaine de personnes se trouvèrent réunies dans un chaland, et furent jetées dans le bois de M. Sévère Desaulniers. Elles passèrent ainsi une nuit terrible où elles se crurent cent fois arrivées à leur dernière heure.

Il n’y eut pas de pertes de vies, mais un grand nombre d'habitants ne voulurent pas retourner dans un village où l’on était exposé à de pareils accidents. Bientôt les voyageurs qui vont aux Trois-Rivières ou qui en viennent cessèrent de passer par le Grand Machiche, parce que l’on avait changé le chemin de la Rivière-aux-Glaises, comme nous le raconterons plus loin. Le chemin de fer du Nord prenant tout le trafic, les vaisseaux de la Compagnie du Richelieu cessérent d'arrêter à Yamachiche. Le village perdant toutes ses sources de prospérité, ne fit plus que décroître, Nous constatons aujourd’hui qu'il est entièrement disparu. C’est ici l’un des plus grands changements qui se soient opérés à Yamachiche.

Qu'on nous permette maintenant de communiquer au lecteur

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quelques notes sur le premier moulin à farine qui ait été construit. à Yamachiche,

Ce moulin devait être un Mr banal, mais les seigneurs vendirent leurs droits à un nommé Duhaime, ainsi que l'acte suivant en fait foi.

‘ Pardevant le notaire royal de la ville et gouvernement des. Trois-Rivières, y résidant soussignés et témoins ci-après nommés, fut présent le sieur Pierre Lesieur dit Duchaine, seigneur en partie du fief Yabmachiche y demeurant, lequel a volontairement reconnu et confossé par les présentes avoir fait cession, délaissement et transport, et promet garantir de tous troubles et empêchements quelconque au sieur François Lemaître dit Duaime, marchand, résidant à la Rivière-du-Loup, à ce présent et acceptant, c’est à savoir : tous les droits et prétentions qu'il pouvuit avoir et prétendie en sa dite qualité de seigneur en partie pour la construction d'un moulin à farine dans la seigneurie du dit Yabmachiche sans des dits droits en rien réserver ny retenir ; cette cession, délaissement et transport ainsi faites aux charges, clauses et conditions suivantes savoir ; le dit sieur Duaime promet et s’oblige faire construire un moulin à farine sur la Grande Rivière d’Yabmachiche d’auy en trois ans pour tout délai, qu'il jouira des fruits, profits et revenus du dit moulin, sa vie durant. seulement, après lequel temps le dit moulin sera et apparti ndra de plein droit et en toute propriété au dit seignour ceddant, en outre que le dit sieur Duaime promet et s’oblige bailler et payer au dit seigneur quatre minots de bled froment de rente pour chaque année tant et si longuement qu’il sera possesseur et détempteur du dit moulin et encore que le dit sieur Duaime ne pourra vendre, engager ny hypothéquer le dit moulin sans le consentement du dit ceddant, expresses conventions, le cas au contraire le dit moulin retournera de plein droit au dit sieur seigneur sans être tenu à ‘aucun dédommagement. Item cedde, délaisse et transporte le dit sicur Duchsiae au dit sieur Duaime ce acceptant, et ce pour la construction du dit moulin, une pointe de terre située {au sud-est du grand pont de la dite Rivière d’Yabmachiche d'environ trois arpents en superficie sans en rien réserver ny retenir pour et moyennant la somme de quatre cents livres payables enf'quatre années, monnaye ayant cours et dont le premier payement se fera d'huy en deux ans que l’on comptera mil sept cent soixante-trois et ainsi continuer jusqu'au parfait paye-

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ment, avec cette convention que si le dit Duaime ne peut cons truire le moulin sur la dite pointe, le dit sieur céddant la reprendra encore qu’elle lui aurait été payée. Et autres conventions expresses, si le dit Sr. Duaimé ne fait construire le dit moulin d’huy en trois ans ainsi que dit est ci-dessus, la présente cession sera nuile et comme non faite et payera au dit sieur seigneur pour dommages et intérêts la quantité de quatre minots de bled froment par chaque année et ce pendant l’espace de vingt-six années consécutives et sans interruption ; et en outre se réserve le dit sieur Duchaine, le droit de préférence ct faire moudre les grains pour la subsistance de sa famille, pour lui et ses hoirs et <e après le dit sieur preneur.

‘ Au moyen de quoy le dit sieur Duchaine est dès à présent démis, dévêtu et dessaisi de la propriété et jouissance des droits et autres choses possédées pour et au profit du dit sieur Duaime, voulant et cunsentant qu'il en soit paisible possesseur en vertu des présentes.”

Cet acte fut passé le 2 décembre 1761 ; puis le 9 mars 1771, le même seigneur cède tous ses droits sur le moulin construit par le sieur Duaime, dès maintenant et à toujours.

Le moulin dont il est question ici fut-il douc le premier moulin à farine qui ait été construit à Yamachiche, ainsi que nous l'avons avancé ? Cela est difficile à croire, les premiers établissements ayant commencé en 1703 ; néanmoins, vu lés recher- <hes que nous avons faités, nous né pouvons que regarder la chose comme établie, tout improbable qu’elle paraïsse au premier abord.

Ce moulin, appelé plus tard moulin rouge, après avoir fonctionné pendant de nombreuses années, après avoir été rebâti et avoir changé plusieurs fois de propriétaire, fut vendu en 1869 à une compagnie formée par M. Charles Lajoie, et au lieu de ses anciennes moulanges, reçut les métiers à filer et à tisser d’une manufacture d’étoffes de laine, la seule qu'on ait jamais vue dans le district des Trois-Rivières, Cette manufacture a rendu d'importants services, et elle a fait surgir un petit village autour d'elle, Lu première compagnie ne s'est pas maintenue longtemps, mais une nouvélle compagnie, formée de M. Augustin Caron et de M. George Caron son fils, paraît exploiter aujourd’hui cette manufacture avec succès.

En 1820, nous voyons Antoine Gadioux dit St-Louis entreprendre la, construction d'un nouveau moulin à farine sur la grande rivière Yamachiche,

Le moulin lui donna de bons revenus, et on jugea à propos d'y ajouter un moulin à carder et un moulin à fouler.

Mais en 1831, M. Augustin Gadioux dit St-Louis, en s0ciété avec Benjamain Dumoulin, co-seigneur, commence la construction d'un moulin à scier, et fait un canal pour détourner une partie des eaux de la Grande Rivière, De là un procès qui se poursuit jusqu'en Angleterre, et se termine en 1841 par une décision du Conseil Privé de la Reine én faveur d'Antoine St-Louis,

On peut voir encore aujourd’hui le canal fuit par M. Augustin St-Louis, travail dispendieux qui n'a plus la moindre utilité.

LA PerTiTe-Rivière.—Le rang de la Petite-Rivière s'étend chaque côté de là Petite Riviè:= V:machiche ou rivière Lamberton, et il a commencé à s’habiter presque en même temps que celui de la Grande-Rivière, seulement les premières terres n’ont pas été prises le long du fleuve, mais bien à trois quarts de lieue plus haut.

Le premier habitant de la Petite-Rivière fut, Etienne Gélinas lui- -même, Comme il se trouvait éloigné des autres habitants, il avait entouré sa maison d’une palissade en pieux de cèdre, sans doute pour se protéger contre Jes Sauvages qni étaient à redouter alors. Cette première maison avait vingt-cinq pieds de long sur dix-sept de large, et était couverte en planches.

Le rang de la Petite-Rivière est décidément aujourd’hui le plus important de la paroisse, puisqu'il renferme l'Eglise, les Institutions religieuses et tout le Village d'Yamachiche.

Le village était peu de chose quand. M. Dorion fut nommé curé : la population était peu nombreuse et les maisons de très modeste apparence, La présence de la gare du chemin de fer du Nord opéra un changement tout à fait inattendu : le commerce prit ua activité surprenante, le village doubla sa population en quelques années, et trois rues nouvelles so, bordèront comme par enchantement de maïsous fort élégantes. L'ancienne partie du village allait être éélipsée mais elle se piqua d'honneur ; c'est alors, eu effet, qu'on vit les vieilles maisons remplacées par ces

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jolies demeures qui font un digne pendant au dôme royal de la. nouvelle égli e.

Pour ce qui regarde l'église elle-même, le progrès sur les ; anciens jours a été plus accentué encore, comme on en peut juger par le rapprochement suivant. Nos lecteurs d'Yamachiche connaissent tous cette chapelle des morts que M. Dorirn avait fait transporter à quelques pieds de la porte de la chapelle souter. raine, et qui a été démolie il y a trois ou quatre ans; eh bion! c'était l'église où M. Griault disait la messe. En vérité, les jours de M. Griault sont bien loin de nous !

Le village se voyant très populeux, résolut de so constitueren municipalité séparée, afin de se procurer les améliorations nécessaires à un grand village. Plusieurs voulaient se constituer en ville, et le nom d’Annapolis étuit déjà sur leurs lèvres ; mais la : crainte des taxes arrêta le plus grand nombre, et il fallut se rabattre à une municipalité de village. Le village de Ste-Anne d'Yamachiche comprend un territoire formänt une superficie d'environ 136 arpents ; les lettres patentes qui le constitueut furent émises, le 5 avril 1837.

Les habitants du village étuient heureux d'avoir réussi dans. leur entreprise ; mais bientôt quelques paroissiens conçurent le projet de former aussi deux municipalités scolaires à Yamachi. che. M. Dorion, qui avait tant à cœur le bien génétal de la paroisse, était absolument opposé à cette division qu'il regardait mê-" me comme uh malheur. Il la retarda pendant quelque temps par son opposition ; mais lorsqu'il souffrait de sa dernière maludie, les requérants redoublèrent d'efforts auprès du surintendant de: l’Instruction Publique et ils parvinrent à le persuader.

L'ordonnance qui divisait la paroisse en deux municipalités scolaires fut donc publiée, Dans ce document, on donnait à la municipalité du village le titre et les droits d'ancienne municipalité. Des représentations furent faites au surintendant : il retira sa première ordonnance et en publia une seconde, dans laquelle il conférait à la municipa!ité de la paroisse les droits d’ancienne municipalité. Les requérants étaient dans la jubilation et plusieurs parlaient déjà de se faire rembourser par le village tout co qu'ils avaient fourni. pour bâtir l’école des Frères. . nf

On voyait donc surgir immédiatement une cause ds dificul-. tés et de pmcès, De plus, les limites des municipalités étaient tra-

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cées d'une manière si singulière, que plusieurs habitants de la paroisse étaient obligés, pour arriver à leurs écoles, de traverser la municipalité du village.

Les choses semblaient traîner en longueur quand, un bon jour, la malencontreuse ordonnance fut soudainement retirée.

Toutes les personnes désintéressées comprennent que ce plan de division n'avait pas été suffisamment mûri, et qu’il n'était pas acceptable dns Id pratique

LA Rivière-aux-GLAISES.—Le rang de la ÆRivière-aux- Glaises se trouve compris dans le fief Gatineau. Il s'étend le long du fleuve Saint-Laurent, à l'est de la Grande Rivière, et tire son nom d’un certain ruirseau qui coule sur le sens des terres pour se jeter dans le fleuve, et que les anciens avaient eu là complaisanco d'appeler Rivière aux Glaises ou Rivière des Glaises.

Rien n'empêche d'admettre que le premier résidant de la Rivière-aux-Glaises ait été Joseph Rivard dit Dufresne qui, suivant la tradition, passa trois années entières sans voir un seul être humain, si ce n'est un chasseur qu'il entrevit un certain soir.

Il s'était fixé sur ln terre occupée aujourd'hui par M. Sévère Desaulniers,

Pendant les j jours ouvriers il travaillait dans une solitude complète, mais il n’y a pas de doute que, le dimanche, il allait souvent rencontrer les Lesieur et les Gélinas à la chapelle desservie par les Pères Réoollets, le long de la Grande Rivière,

. Les premiers babitants d'Yamachiche ne considéraient le rang de la Rivière-aux-Glaises que comme une grenouillère tout à fait inhabitable. Aujourd'hui la grenouillère est devenue le grenier d'Yamachiche ; néanmoins le sol a toujours le grand inconvénient de se trouver trop au niveau du fleuve,

La grande inondation de 1865 jeta l'effroi dans la population et dès l'été suivant on traçait un chemin sur le travers dés terrés, à un endroit où les eaux du fleuve ne se rendent jamais. Puis les habitants se mirent à transporter leurs bâtiments de l’ancien chemin au chemin nouveau, En deux années ce travail de transport se trouva à peu près complet.

Les maisons furent transportées toutes rondes, et tandis qu’on les acheminait vers le rang nouveau, la famille continuait à y coucher, et les femmes y faisaient leur ménage comme de coutume.

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Pendant quelque temps on garda les deux chemins ouverts, de sorte que les voyageurs pouvaient passer encore par le village dù Grand Machiche et suivre la route solitaire de l’ancienne Rivière-aux-Grlaises, ou bien rester aux milieu des habitations et s’avüncor par'la P tite-Rivière, le moulin rouge (plus tard la mauufacture de laïne) et le chemin nouvellement tracé, Mais en 1874, lé conseil mubicipal ferma l’ancien chemin.

Les habitants du Grand Machiche que cette mesure mettait dans un grand isolement, protestèrent de toutes leurs forces, et itentérent même un procès qui fit du bruit pendant un certain temps. Mais ils ne purent réussir, et ce sera bientôt une difficulté do savoir au juste où passait le vieux’chemin de la Rivière-aux Glaises.

Vips-Poce.—Voilà un nom qui ne sonne pas mélodieuses ment aux Oreilles ; il désigne cependant l'un des plus beaux rangs de la paroisse d' Yamachiche. On ne s'accorde pas sur l’origine du non qui lui fut donné, Les uns prétendent qu'on l’appela ainsi parce que les braves défricheurs qui y ouvraient des terres partaient, le lundi, le sac bien rempli...sur le dos, et revenaient le samedi le sac vide ..…. sous le bras. D'autres y voient une allusion au peu d'argent que possédaient les habitants de cet endroit, lesquels ayant commencé à s'établir quand les terres étaient très avancées partout ail'eurs, se sont trouvés dans une pauvreté rela. tive. Quoiqu'il en soit, ce nom n’a plus sa raison d’être aujourd’hui.

Les Milot comptent parmi les premiers défricheurs de Vide- Poche,

Le VILLAGE DEs CARON. Dans l'été de 1783, un cultivateur se présentait au manoir seigneurial et demandait à voir Madame Wilkinson. La grande dame parut et ne püt s'empêcher de sourire { le bon cañadién qui la d mandait portait les soüliers sauvagos et la provérbiale tuque bleué qui 4 tant ämusé nos amis d’origine britannique,

Le rire fit place à la surprise, lorsque le brave cultivateur dématda à entrer én marché pour l'acquisition d’un lopin de térre dè 800 hrpents én superficie, Lä surprise dut augméntér encôre lorsque là grande dañie vit notre canadien payer argent comptant une gÿrandé partie dé la sommé réclamée pour los huit conts arpents de terre.

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Saluons ici l'arrivée à Yamachiche du père de cette famille Caron (d'Yamachiche et de la Rivière-du-Loup), qui a été une pépinière où l'église a pris en abondance des sujet précieux pour peupler le sanctuaire et les communautés religieuses.

Michel Caron époux de Marie Joseph Parent était de St-Roch en bas de Québec, et il venait à Yamachiche pour établir sur des terres nouvelles ses dix enfants. La tradition se plaît a raconter qu'il voyageait en charrette, que son argent était dans un bas de laine et attaché à l'essieu de sa voiture, On sait qu'alors les billets de banque n'étaient pas encore en usage dans notre pays, et qu'ainsi toute forte somme devenait difficile à transporter, Neuf de ses enfants se fixèrent au même endroit, et formèrent le Village des Caron.

Dans ce village il n’y a plus un seul Caron aujourd'hui, mais il garde encore son vieux nom, qui se trouve comme une relique et un souvenir,

: On lira peut-être avec plaisir. l'extrait suivant du contrat de vente des terrains dont, nous venons de parler :

“ Fut présente Madame Elizabeth Wilkinson, Demeurante ‘au d, lieu Yabmachicho, laquelle par ces présentes raconnaît “avoir vendu... ......,..,.. au Sr Michel Caron habitant de la ‘ paroisse de St Roc à ce present et acceptant... sçavoir une “terre d'environ huit cents arpents en superficie ; bornée par “ le fond au bout de la Profondeur des terres de Pierre Lami, “ Charles Lacource, Aléxis Desaunié, Joseph Jacques Bourguin- “ ville, Barabé, Fortié, Joseph Gélinas, Pierre Gélinas, Bte Bo“r- ‘“ guinville, Michel Grenié, Louis Champoux et François Bois- “ verd, jusqu'au bout de la profondeur de la. terre de Michel Géli- ‘ pas, ainsi qu’à celle de Joseph Gélinas aboutissante aux Conces- “ sions de la Rivière du Loup ; d'autres côtés, au sud-ouest suivant ‘“ Ja ligne prolongée de la concession, de Jacques Blaye, et Pierre ‘ Lami bornant la profondeur des terres de détunt Pierre Grenié, & Joseph Rousseau, et René Lavigne, et de là suivant le bout ‘ des terres de Joan Nollin, Jean Ferron, Noël Breton, François “ Grenié, Frs Deveau, Pierre Décoteau, et autres jusqu’à l’en- “ droit où la ligne de la terre de Joseph Gélinas coupe la ceinture “ de la terre du nommé Lapolice, le tout suivant le plan figuratif “ de Desdevin ar penteur de 1768 et 1769, dont copio & été remise “ au dit ACQUÉTEUT :... ee sie scosonveceoso oo vovo eonnonoe neo o 600600 ‘

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“ Fait et passé à Yabmachiche, maison seigneuriale, l'an mil

“ sept cent quatre-vingt-trois, le vingt un de juillet après-midi, en

‘€ présence d'André Blondeau d. Derissi, mtre d'écolle au d, lieu

“ et de Joseph Bouché etc, | Leror

“ Je soussigné propriétaire du fief Grosbois reconnais avoir’ ‘# mis l'acquéreur en possession de l'acquisition susdite, sous pe ‘ ment de lots et ventes ;

“ 290 Mars 1784 C. Guar.

“ Etle dix neuf de février mil sept cent quatre-vingt-sept ‘# Mme Wilkinson reçut lv parfait, dernier et eatier Payement de “la dite vente, en présence de Benony Doucet et Benony Bou- “ ché. ”

L'orthographe et la ponctuation laissent beaucoup à redire et le sens est difficile à suivre dans cet extrait, mais les lecteurs d'Yamachiche y trouvent une liste de noms qui a bien sa valeur, On est charmé aussi de trouver cet André Blondeau, maître d'école ; c'est le premier instituteur dont le nom nous soit parveau.

De dix frères Curon, neuf s'établirent donc do suite sur leur morceau de terre alors en bois debout et qui s’étendait en arrière du rang des Petites-Terres.

En partant.de la ligne nord-est de ce terrain on les trouvait comme suit : |

Joseph, Jean-Murie, Michel, Augustin, François, Charles, Ambroise, Gabriel, Cyrille, puis Louis, le plus jeune des dix frères Caron alla s'établir au Petit-Bais de la Rivière-du-Loup, sur une terre maintenant occupée par M. Livernoche, où son père demeura avec lui jusqu'à sa mort. Ce Louis, ou Louison Caron, comme on l’appelait alors, fut le père du grand vicaire Thomas Caron, de Nicolet.

Plus tard, Gabriel alla aussi s ‘établir sur le côté ouest de la Rivière du Loup, près de la route qui conduit à St-Léon : c'eat le père de Mgr C. O. Caron, Chapelain des Ursulines des Trois-Rivières, et de MM. Moïse Caron, George Caron, etc., etc.

. François épousa Marie Catherine Lamy et alla plus tard se. fixer sar une terre vis-à-vis le pont actuel de la Rivièr.-du-Loup.

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Le père Michel Caron, le pionnier, avec ses fils du VILLAGE DES CARON, était cousin germain du père du ci-devant lieutemant-gouverneur de la province de Québec, l'honorable Edouard René Caron.

M. Abraham L. Desaulniers parlait ainsi du village des Caron en 1877: ‘“ Ce rang est maintenant occupé comme suit : Sur la terre de Joseph Caron est actuellement Antoine Gélinas; sur celle de Jean-Marie, Antoine Villemure ; celle d'Augustin, Antoine Gélinas ; celle de François, Charles Léonard Lesieur- . Desaulniers ; celle de Charles, partie à Barthélemy Caron, son fils, qui dat actuellement près de l’église, et partie à Frangois Ferron ; celle d'Ambroise, Joseph Lamy ; celle de Gabriel, Joseph Bellemare et Henri Fortin ; celle de Cyrille, les héritiers Lacerte, Moïse Lamy, Thomas Ferron et Charles Léonard Lesieur-Desaulniers. |

tt Je dois ajouter qu’en partant de la ligne du rang de Vide- Poche, il y a ehcore deux terres qui sont considérées aujourd’hui <omme faisant partie du Village des Caron, mais qui néanmoins n'ont pas été acquises par le père Michel Caron, ce sont celles de Louis Lamy et Antoine Gélinas dit Dédais, qui ont leur cordon à quelques arpents plus en profondeur que celui des terres du Villàge des Caron proprement dit. |

“Ilya environ quarante ans cette anomalie a suscité un procès assez mémorable dans la paroisse d'Yamachiche, a l’occasion de l'ouvertüre d’un chemin allant directement du rang des Caron à celui de Vide-Poche, car il fallait traverser une terre du père Bezote, èt c'est tout dire...

‘Mais, énfin, cette voie directe fut ouverte par autorité de justice, etdépuis quelques années les deux cultivateurs qui se trouvaiént plus haut ont transporté leurs pénates près de ce nouveaü chemin, qui relie diréctement le Village des Caron et Vidée- Poche,

‘“ Le sol du Village des Caron, excepté le Las des terres, n'est pas très fertilé, quoique ses habitants y vivent tous à l’aise ; mais én revanche il a produit une pépinièré d'hommes qui sé sont distingués dans la Chaire et ailleurs. ”

Le RANG DE LA Rivière-pu. Lour.—Ce rang s'étend le long de la Rivière-du-Loup eta pris le nom dé cette rivière, Il se trouve dans le fiéf Grand-Pré.

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Un moulin qui ya été construit par un nommé Legris, et qu'on appelait en conséquence ‘ Moulin du Gris, ? a fait surgir un petit village de très chétive apparence, qu'on appelle communément le Petit Village de la Rivière-du-Loup. T1 s’y trouve un assez bon nombre de familles, toutes très pauvres.

Les habitants du Petit Village forment une caste à part dans Yamachiche. Etant pauvres et éloignés de l'église, ils perdent fréquemment la messe et vivent dans l'ignorance, mais ils ne ne sont pas méchants. Les jeunes gens ne vont jamais chercher d’amusements dans les autres parties de la paroisse, mais ils s'amusent fort gaîment entre eux. Ils se trouvent heureux dans leurs. maisonnettes délabrées, et quand ils sont obligés d'émigrer, c'est toujonrs un déchirement de cœur incroyable. La patrie pour eux c’est ce petit coin de terre, et ils l’aiment d'autant plus qu'elle se montre plus avare des choses qui peuvent rendre la vie agréable. Cherchez maintenant à pénétrer le secret de l'amour de la patrie,

Les PeriTes-TERRESs--Les terres de ce rang sont courtes, de là leur nom, mais elle sont de qualité vraiment supérieure. Elles vont aboutir au lac Saint-Pierre, et s'étendent entre les terres de la Rivière-du-Loup et celles de ia Petite-Rivière.

C’est là que fut élevé Antoine Gérin-Lajoie, l’auteur de Jean. Rivard.

LA Cuicane.--Ce rang n’est formé que de deux ou trois maisons. On dit qu’il tire «on nom peu euphonique d’une diffculté survenue à propos d’un cours d’eau.

L'AcADiE.-=Il faut s'arrêter ici: on sent que ce nom rappelle la joie insolente d’un vainqueur et les douleurs amères d’une victime,

Jadis, il y avait non loin de neus un peuple qu'on pouvait. appeler le plus heureux des peuples : vivant sous un ciel enchanteur, habitant un sol des plus fertiles, il voyait l’aisance et la joierégner dans chaque famille. Ce peuple était franc et loyal, de mœurs pures et naïves ; sa religion faisait tout son bonheur.

Mais un jour des étrangers vinrent pour lui imposer leurs lois ; le peuple fit tout ce qu’il put pour soutæmir l'autorité qui l'avait rendu prospère et heureux, Voyant l'impossibilité de résister, il reprit ses habitudes paisibles et naïves, Le vainqueur s'en aperçut bien, il feignit pourtant de ne voir em eux que des.

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<onspirateurs ; et comme ces bons habitants refusaient de prêter un serment qu'ils eroyaient contraire à leur honneur et à leur conscience, on résolut de satisfaire sur eux des instincts rapaces et sanguinaires qu’on se sentait au Cœur.

Je bon peuple fut réuni à l’église sous prétexte de communications importantes, et des soldats, en lâches qu'ils étaient, se jetèrent sur ces hommes désarmés et les firent prisonniers. Puis ils embarquèrent pêle-mêle hommes, femmes et enfants, et les envoyèrent «u hasard et sans nulles ressources sur des plages lointaines. Ils chantaient pour étouffer les cris de détresse des femmes séparées de leur maris, des enfants arrachés des bras de leurs mères, ils riaient des larmes de ceux qui quittaient leurs propriétés et le beau ciel de leur patrie. Et les horribles vainqueurs se partagèrent les champs demeurés déserts, comme les soldats se partagèrent les vêtements de Jésus-Christ au pied de la Croix. Les malheureux qu'on arrachait à leurs foyers, c’étaient nos frères, les Acadiens, et leurs bourreaux c'étaient des gens civi- Jisés, c'étaient des Anglais !

Angleterre, tu as admiré les sons de la lyre de Longfellow | N'as-tu pas compris que ce barde, qui se sert de ta propre langue, a été inspiré pour immortaliser ta honte ? Ton crime eût vieilli dans la mémoire des hommes, le poème d'Evangeline vivra et ton crime avec lui.

Les habitants d'Yamachiche doivent connaître ces faits navrants et ne jamais les oublier, car un grand nombre de leurs plus estimables co-paroissiens sont les descendants directs des victimes de cet attentat que la civilisation refuse d'enregistrer dans ses glorieuses annales,

Racontons en quelques mots comment ces malheureux parvinrent à rejoindre leurs frères du Canada français.

Les Acadiens qui sont venus habiter Yamachiche avaient été arrachés de Port-Royal et de ses environs, C’étaient tous de riches propriétaires, attachés à l’Acadie et à la France, et d’une foi simple et forte comme celle des chrétiens de la primitive Eglise.

Ils eurent au moins la consolation de s'embarquer avec leurs familles, à l'exception toutefois d'un nommé Aucoin qui se vit séparé de sa femme, un soldat bourru ayant poussé la chaloupé au moment où celle-ci allait y mettre le pied, et n'ayant fait que rire

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des larmes de cette malheureuse, Les deux époux se rencontrèrent au bout de trois ans dans la colonie acadienne de St-Grégoire, On comprend mieux qu'on ne peut les exprimer les larmes de bonheur qui accompagnaient de telles rencontres.

Le vaisseau qui portait les Acadiens dont nous parlons alla ‘les déposer à Boston. Ils y demeurèrent deux ans, puis ile se rembarquèrent pour de nouvelles aventures. Ce second: vaisseau devait les porter à la Martinique. Cette déportation à la Martinique ne leur souriait que peu. Lorsqu'ils furent en pleine mer ils s’entendirent entre eux, et comme ils étaient en grand nombre, ils méditèrent un coup de main pour conquérir la liberté de choisir le lieu de leur exil. Ils firent le capitaine prisonnier dans sa chambre, et mirent aussi la main sur les divers employés. Un nommé Doucet se mit à la barre du vaisseau, les autres remplirent les fonctions de matelots, et l’on vogun vers le port de Qnébec.

Le nôuveau capitaine était habile dins son art, et l’on se rendit sans retard ni accidents. |

Arrivés à Québec ils remirent le vaisseau entre les mains de sou Capitaine, et prirent alors diverses directions. Les uns allèrent s'établir à St-Grégoire où une colonie d’Acadiens venait de se fixer, les autres se rendirent au Ruisseau-Vacher, c’est-à-dire dans cette colonie de St Jacques dont M. Chagnon a donné une histoire si intéressante ; enfin dix neuf familles se dirigèrent vers la nouvelle paroisse d'Yamachiche, Les pauvres émigrés examinè.

‘rent les terrains, et allèrent former une nouvelle concession qu'ils appelèrent du nom suave d’Acadie. Comme ils durent se fixer sur deux rangs, le plus étendu s’appela la grande Acadie, et le moins étendu la petite Acadie. Voici les noms des chefs de ces dix-neuf familles et dans quel ordre ils se fixèrent, en prenant du côté sud :

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