CHAPITRE I
Des différents noms qu'ont portés les rivières Yamachiche.
E nom d'YAMACHICHE paraît toujours fort étrange aux
personnes qui ne sont pas accoutumées de l’entendre,
Comme nos lecteurs ont pu le déviner déjà, c’est un
mot qui nous est venu des langues sauvages ; il signi-
fie rivière væseuse, ou, pour traduire plus littérale-
ment, rivière avec de la vase au fond, On ne pouvait
désigner d’une manière plus heureuse la petite rivière Yamachi-
che qui, dans son cours tortueux, roule toujours une eau blanchâtre, très mauvaise à boire, surtout dans les temps de crue,
On a mis beaucoup de temps à se fixer sur l'orthographe du nom d'Yamachiche ; dans les anciens actes vous trouverez toutes les variantes qui suivent: Yabamachiche, Ouabamachiche, Yabmachiche, Ouabmachiche et Ouamachiche ; mais depuis que la paroisse a pris de l'importance, le nom d'YAMAOHIOHE ou de Ma- CHICHE, par abbréviation, a décidément prévalu. Les Français ont aussi donné aux rivières Yamachivche différents noms qui sont eomplètement oubliés aujourd’hui. Ainsi, la petite rivière a porté, autrefois, le nom de St-Lambert, comme on peut le voir par le contrat de Jean Charles Vacher dit Lacerte (ancêtre du docteur E. LacERTE, ex-M, P.), en 1708 (1). Ce nom lui avait sans doute
(1) Pardevant Etienne de Verron de Grandmesnil, notaire royal en la jurisdiction royalle des Trois-Rivières, y résident soussigné et témoin cy après nommés fust présent en personne le Sieur Churles Lesieur, seigneur de
# HISTOIRE D'YAMACHICHE
été donné en l'honneur de LamsknT Boucuenr, seigneur du fief Grand-Pré, Nous croyons qu'elle a aussi porté le nom de rivière St-Jean,
Dans les Relations des Jésuites, il est parlé à deux reprises, ot sous des noms différents, d'une certaine rivière située à six lieues de la ville des Trois-Rivières, Il est tout naturel de penser que les bons Pères voulaient parler de la grande rivière Yamachiche qui se trouve précisément à la distance désignée, Ils lui donnent d'abord le nom de rivière ‘“ Marguerie ” dans la Relation de 1644, Le père BRESSANY remontait le fleuve avec un parti de Hurons ; à une lieue des Trois-Rivières son canot fit naufrage, ‘ en un lieu, dit la ÆRelation, où il n'y avait aucun danger, et en un beau temps ; le voisinage de la terre sauva tout ce qui était dedans, mais cet accident les arrêta, et les obligea de coucher en deça de l'entrée du Lac, d'où étant partis le lendemain, le froid et les grandes neiges qui tombèrent les retardèrent beaucoup et ne leur permirent pas de passer la rivière Marguerie, éloignée de six lieues des Trois-Rivières, où les Hurons ayant tiré quelques coups de fusil sur des outardes, se firent reconnaître par trente Iroquois qui n'étaient pas loin de là, et qui leur dressèrent une embuscade au-delà de la rivière, derrière une pointe, laquelle ils devaient doubler : si bien que le troisième jour après leur départ, le canot où était le Père BRESSANY, et qui allait lo premier, étant arrivé à cette pointe, se vit incontinent attaqué par trois cauots Iroquois, à la vue desquels le Père commanda qu'on ne combattit pas, la partie n'étant pas égale n’y en hommes n’y en armes, Les ennemis s'approchent et se saisissent du Père et des deux Hurons qui l’accompagnent, et les déclarent leurs prison-
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Ils ne firent alors aucun outrage au Père BRESSANY, ni aux autres prisonniers qu'ils emmenèrent en leur pays. (Relation de 1644, page 41.)
la Rivière Yaimachiche, dans le lac St Pierre, y demeurant, lequel a volontairement reconnu et confessé avoir baillé et concédé par les présentes à titre de cens et rentes seigneuriales, foncière, non rachetable, en pure roture, profits de lots et ventes, défauts, saisine et amende quand le cas y échéra, à Jean Charles Vacher dit La Serte à ce présent et acceptant, prenant et retenant pour lui ses hoirs et ayaus cause à l'avenir, une terre et concession de six arpents de terre de front sur le bord de la petite rivière Yamachiche, autrement St. Lambert, au-dessus et au-dessous joignant les terres non encore concédées de la susdite seigneurie, avec quarante arpents de profondeur suivant les Rumbs de vent tirés par le Sr. Séserest, juré arpenteur, etc. “ «
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Mais un Huron ayant été tué dans le combat, les Lroquois se jettent sur son corps, ‘‘ lui arrachent le cœur de la poitrine, lui enlèvent la chevelure, lui coupent les lèvres et les parties les plus charnues des cuisses et des jambes, les font bouillir, et les mangent en présence des prisonniers, ”
D'après ce que nous pouvons comprendre, ceci devait se passer entre les deux rivières Yamachiche, à quelques arpents de l'endroit où s'élève aujourd'hui le village, (1) L'Eglise combattait alors avec une espèce d'infériorité, mais plus tard elle vaincra l'enfer et la barbarie, et elle attestera sa victoire en élevant un temple au vrai Dieu, précisément à l'endroit où Satan avait remporté un premier et insolent triomphe,
Dans la Relation de 1652 il est parlé de nouveau de la rivière Yamachiche qui, cette fois, est désignée sous le nom de “ Rivière de la Madeleine.”
“ Le 6 de mars de l’année dernière, 1652, les Iroqfois qui ont rodé tout le Printempset tout l'Eté à l'entour des habitations, défirent une escouade de Hurons qui les allaient chercher bien loin, et qui l:8 trouvèrent bien près, sans y penser, Ils étaient -en embuscade à la rivière de la Madeleine, six lieues ou environ audessas des Trois-Rivières. Cotte escouadc commandée par un nommé Toratati, tomba entre leurs mains et fut entièrement défaite.”
(1) Nous donnons ici notre opinion personnelle. L'éditeur de la Relation du père Bressany croit reconnaître dans la rivière Marguerie lu petite rivière aux Glaises. “ Cette petite rivière, ditil, n'a pas conservé son nom ; mais nous croyons la reconnaître dans celle qu’on appelle aujourd’huir riviè. re «rx (laises.” D'après cette opinion, l'évènement tragique dont il s'agit arrait donc eu lieu à l'est de la grande rivière Yamachiche,