CHAPITRE II
Le Fief Gros-Bois et le Fief Gatineau.
UCUN de nos premiers voyageurs n'a donné d’attention.aux rivières Yamachiche ; CHAMPLA:N lui-même ne les a pas remarquées lorequ’il remonta le St-Laurent. La colonisation était déjà prospère sur plusieurs points du:paÿs, que notre plage n'avait pas
. même reçu un nom.
Evfin, dans l’année 1672, nous voyons que l’Intendant TALON voulant renconnaître les services du Sieur Pierre BoucHER, lui concède une seigneurie sur les bords de la grande rivière Yamachiche.
“ Jean TALON, conseiller du Roi en ses Conseils d'état et “privés, Intendant de la justice, police et finance de la Nouvelle- # France, Isle de Terre-Neuve, Acadie et autres pays de la France ‘ Septentrionale, Salut, savoir faisons qu’en vertu du pouvoir à ‘ nous donné par Sa Majesté, nous avons accordé, donné et con- ‘ cédé, accordons, donnons et concédons par ces présentes, au “ Kieur POUCHER, nne lieue et demie de terre de front sur deux “ lieues de profondeur, à prendre, savoir trois quarts de lieues ‘ au-dessus de la rivière Amachiche et autant au-dessous de la dite “rivière, Pour jouir de la dite terre en fief et tous droits de ‘ seigneurie et justice lui ses hoirs et ayant cause, à la charge de “ Ja foy et hommage que le dit Sieur Boucher, ses hoirs et ayant ‘ cause seront tenus porter au Château de Saint-Louis de Québec, ‘“ duquel il relèvera, aux droits et redevances accoutumés au dé-
HISTOIRE D'YAMACHICHE it
# sir de la coutume de la Prévoté et Vicomté de Paris qui sera “ suivie à cet égard par provision, en attendant qu'il en soit or- “ donné par Sa Majesté, et que les appellations du juge qui pour- ‘ra être établi au dit lieu ressortiront pardevant..…....…. UTTS ‘+ “à la charge qu'il continuera tenir ou faire tenir feu et lieu sur “ la dite seigneurie, et qu'il stipulera dans les contrats qu'il fera ‘à ses Tenanciers, qu'ils seront tenus de résider dans l’av ct tenir ‘{ feu et lieu sur les concessions qu’il lui accordera ou aura accor- ‘dé, et qu’à faute de ce faire il rentrera de plein droit on posses- ‘“ sion des dites terres ; que le dit Sieur Boucher conservera les. “ bois de chêne qui se trouveront sur la terre qu’il se sera réser-. ‘ vée pour faire son principal manoir, même qu'il fera la réserve “ des dits chênes dans l'étendue des concessions particulières fai-
‘{ tes ou à faire à ses Tenanciers, qui seront propres à la construc- ‘“ tion des vaisseaux.
“ Pareillemment qu'il donnera incessamment avis au Roi ou ‘à la compagnie Royale des Indes Occidentaies des mines, miniè- ‘res ou minéraux si aucuns se trouvent dars l’étendue du dit fief, ‘et à lu charge de laisser les chemins ou pass:ges nécessaires ; le “ tout sc us le bon plaisir de Sa Majesté, de laquelle il sera tenu “ de prendre la confirmation des présentes dans un an du jour d'’i- “ celles, En témoin de quoi nous avons signé ces présentes, à. ‘€ icelles fait apposer le cachet de nos armes, et contresigner par ‘“ notre Secrétaire, à Québec, ce 3 Novembre 1673.
(Signé : T'ALON, et plus bas, par mon dit seigneur, VARNIER.})
Pendant plusieurs années, Pierre BoucHER sembla faire peu d'attention à son beau fief de Gros Bois ; occupé dans sa seigneurie de Boucherville où la colonisation était en pleine acvivité, il ne prit pas même soin, croyons-nous, de faire tenir feu et lieu sur les bords de la rivière Yamachiche, comme son contrat l'y obligeait.
Ce n’est que le douze séptembre 1699, qu’il commençs à. faire valoir ces terres abandonnées, en concédant à Nicolas GATI - NEA, son beau-frère, douze arpents de front sur quarante deux de profondeur, en arrière-fief, moyennant une rente de quatre minots de blé, payable chaque année, et certain autre droit spécifié dans un conérat passé à Boucherviile devant Maître TAILHAN- DIER, notaire du lieu,
Le fief dont il s’agit ici comprend la partie d'Yamachiche:
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<onnue aujourd’hui sous le nom de ÆRivière-aux-Glaises : on l'a appelé fief GATINEAU, du nom de son propriétaire,
Benjamin SULTE nous écrit : ‘“ Nicolas Gatineau dit Duplessis était aux Trois-Rivières dès 1650, commis du magasin des Cent-Associés ; à cette époque, il me semble, mais à coup sûr il servait de greffier ou notaire pour l'endroit, Il n'y avait pas encore de tabelliouage régulièrement établi en ce lieu. Gaticeau sigvait alors DuPLESSIs, tout en se nommant par ses deux noms dans le corps des actes, Une belle écriture, jamais de faute d’orthographe.”
I] s'établit au Cap de la Madeleine, comme on peut le voir par l'extrait suivant du recensement de cette paroisse, en 1681 :
Nicolas Gatineau, 54 ans.
Anne (il faut lire Marie) Crevier, sa femme, 31 ans.
Enfants : Nicolas, 17 ans ; Marguerite, 15 ; Jean, 10; Madeleine 9 ; Louis, 7.
60 arpents de terre en valeur, 14 bêtes à cornes, 2 fusils, 2 pistolets. | |
On voit que Nicolas Gatineau était un assez riche propriétaire, pour son temps. Son épouse était la sœur de Jean Crevier, ler seigneur de Saint-François, et de Daïnoizelle Jeanne Crevier, épouse de Pierre BOUCHER, seigneur de Boucherville et de Gros- Bois. Par tout ceci, on voit que nous avons affaire à une famille qui passait parmi les plus respectées du pays. Nicolas Gatineau, fils, est né le 18 juin 1664 ; il eut pour parrain Pierre Boucher lui-même et pour marraine Marie Boucher, épouse d'Etienne de Lafond, Il demeura au Cup de la Madeleine, où on le voit marguillier en 1715, Il avaït épousé (le 20 janvier 1699) Jeanne Tétard, fille de Charles Tétard et d'Anne Lamarque, aux Trois- Rivières,
Jean-Baptiste Gatineau s'établit dans la ville des Trois-Rivières ; on Pappelle, dans les régistres, bourgeois et lieutenant de milice. C'est sans doute lui qui accompagna Frs. HERTEL, dans sa fameuse expédition de 1691, et qui fut ensuite chargé d'annoncer au gouverneur-général le beau succès qu'on avait -rermporté. Il était marié à Charlotte Le Boulanger. Il eut plusieurs enfants, et mourut aux Trois-Rivières en 1750, à l’âge de 82 ans, .
HISTOIRE D'YAMACHICHE 13
Ce fut Louis, le plus jeune des fils de Nicolas Gatineau, qui entra en possession du fief qui porte leur n°m ; mais \n’y vint jamais demeurer, Ayant épousé Jeanne, fille de Jean Lemoyne, habitant du Cap de la Madeleine, à qui M. de COURCELLES avait concédé la Seigneurie de Ste-Marie (1), à Ste-Anne de la Pérade, il devint héritier de cette seigneurie et alla demeurer dans le manoir du Sieur Lemoyne. Il y mourut le 20 fév. 1750, à l’âge de 77 ans, et eut pour successeur l’un de ses fils qui portait son non. Nous devons dire, ici, que Marie Josepte Gatineau- Duplessis, fille de Louis, obtint un prolongement du fief Gatineau, quatre lieues dgns les terres, ce qui explique comment la paroisse de St Barnabé s0 trouve dans les limites de ce fief.
Le prolongement du fief Gatineau porte le nom de fief RoBERT, et est, aujourd'hui la propriété de M. L. Boucher, de Saint-Barnabé, et de M. A. Johnston, de Sorel. Le fief Robert a trois quarts de lieue de front sur quatre lieues de profondeur.
(1) En 1667., Même concession par l’Intendant Talon, en 1672: |