CHAPITRE IIl
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OUS avons voulu suivre sans interruption la succession des seigneurs du ‘fief Gatineau jusqu'à nos jours; nos lecteurs nous sauront gré d'en agir de la sorte, car c’est le meilleur moyen de mettre de la clarté dans notre récit.
Il ya une tradition assez répandue qui nous fit croire pendant longtemps que l'établissement d'Yamachiche avait commencé par la Rivière-aux-Glaises, et que les premiers défrichements s'étaient faits sur la terre appartenant aujourd’hui à M. Sévère Desaulniers (1). Le premier habitant de notre paroisse, nous disait un vieillard à cheveux blancs, fut un nommé Joseph Rivard.- Il vint seul s'établir ici, et se mit couragousement à défricher un petit coin de terre au sein de la forêt. Il resta ainsi pendant trois longues années, et le seul homme qu’il vit pondant tout ce laps de temps fut un chasseur qui passa à quelque distance de sa maison. C: récit, même lors. que nous le croyions véritable, nous intriguait et nous surprenait extraordinairement, car la coutume invariable de nos pères a toujours été de s’échelonner d’abord le long des rivières et sur les terres hautes, et. nous demandions pourquoi les habitants d'Yamachiche en avaient agi autrement, De plus, nous
(1) Neveu de L.L. L. DESAULNIERS, écr, inspecteur des prisons.
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trouvions contraire à la vraisemblance qu'un komme, dans ce temps, fut allé se plonger dans une forêt à plusieurs lieues de toute habitation, La tradition que nous avons citée est sans doute vraie, mais elle se rapporte à d'autres circonstances.
En nous entretenant plus tard sur le même sujet, nous avonsrencontré des personnes qui ont contredit absolument ce qu'on nous avait dit d'abord, et bientôt, documents en mains, nous avons pu reconnaître nous-même la vérité. Pendant que les. premiers défrichements se faisaient à Yamachiche, nou voyons par les régistres que Joseph Rivard demeurait encore à Batiscan, et de plus le contrat de concession de la terre de M. Sévère Desaulniers ne date que de 1732 ; ce sont là deux raisons péremptoires, comme on voit,
Nous allons donc faire connaître la véritable. histoire des commencements d'Yumachiche ; pour cela il nous faut présenter de nouveaux personnages à nos lecteurs.
En l’année 1702, Charles et Julien LEstEUR, de la paroisse de Batiscan (fils de Charles Lesieur, notaire royal et procureur fiscal de la côte), se rendaient à Boucherville auprès de Pierre Boucner, leur grand oncle, et par un contrat passé le huit juillet, devant Maître Tailhandier, faisaient l'acquisition d’unegrande partie de la seigneurie de Gros-Bois, trois quarts de lieue et sept arpents de front sur deux lieues de profondeur, à prendre à sept arpents au-dessus de la Grande Rivière, moyennant la somme de huit cent livres, monnaie courante. La vente était faite ‘sans rien réserver ny retenir aucune chose que de lesser “le sieur Nicolas Gatinaux, ou ses hoirs ou ayans cause, jouir ‘ d’une concession que mon d. sieur Boucher luy a conceddé dans “la dite seigneurie, suivant son contrat d'acquisition passé par- “ devant le dit not. en date du douzième Septembre mil six cent “ quatre-vingt dix-neuf qui est de douze arpents de front sur ‘ quarante-doux de profondeur, en arrière-fief, outre une rente de ‘“ quatre minots de bl d et autre droit que les dits sieurs acqué-
“ reurs et leurs hoirs recevront tous les ans comme le d. sieur “ Boucher.
Les nouveaux propriétaires se mirent immédiatement en frais de peupler leur domaine, et dès l'année suivante, 1703, ils dirigenient une petite colonie vers les bords de la rivière Yamuchiche.
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Nous sommes vraiment heureux de pouvoir donner à nos lecteurs les noms de ces premiers ét hardis défricheurs ; c'étaient Etienne, Jean-Baptiste et Pierre GÉLINAS, trois frères venus du Cap de la Madeleine, Ajoutons à ces trois noms celui de Charles Lesreur lui-même, qui dut accompagner et guider ses nouveaux censitaires, où qui, du moins, arriva seulement quelques mois après eux,
Nous voici en face de deux familles, les LESIEUR et les GÉLINAS, que nous pouvons bien gppeler les familles-mères d’'Yamachiche ; avant donc d'aller plus loin, on nous permettra de les faire connaître à nos lecteurs.
Le premier des LESIEUR portait le nom de Charles; il s'établit d'abord au Cap de la Madeleine, où il épousa Françoise de Lafond, fille du sieur Etienne de Lafond et de Marie Boucher (1), puis en 1681 il alla se fixer à Batiscan.
Voici comment il figure au recensement de cette paroisse, en cette même année, 1681 :
Charles Lesur, 34 ans. [5 bêtes, 8 arpts. de terre.] Françoise de Laroxp, 23 ans, sa femme.
Charles « Rad Pierre 4 « leurs enfants.
Julien 18 mois, (2)
L'’extrait que nous venons de donner renferrse certainement des dates fort précieuses. Les recensements de 1666 et 1667 ne mentionnant point Charles lesieur, et le premier enfant qu’il eut de Françoise de Lafond étant né en 1674, il est évident qu'il arriva dans ce pays et qu'il se maria entre les années 1667 et 1674, mais nous ignorons encore de quel endroit de la France il était parti.
D'après ce qu’on peut en connaître, Charles Lesieur était un personnage d'une certaine importance. Il exerça les fonctions de procureur fiscal de Ja -sæigneurie de Batiscan. jusqu’à sa mort, arrivée en 1697, lorsqu'il n'était encore âgé que de 50 ans.
(1) Marie Boucher était sœur de Pierre Bcuoxer, sieur de Boucherville; Charles Lesieur devint donc pai son mariage le neveu de l'ancien gouverneur des Trois-Rivières. ,
(2) Comme Charles Lesieur partit du Cap en 1681, cet enfant se trouve aussi marqué sur le rôle de cette paroisse,
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Il laissa neuf enfants, dont nous donnons ici la liste complète, afiu qu'on puisse y référer au besoin,
Charles, né en 1674, marié le 9 janv. 1700 à Charlotte Rivard Loranger, Mort en 1739.
Pierre, né en 1677. Il succéda à son père dans la charge de: procureur fiscal, Il dut mourir célibataire.
Julien, né en 1679, marié le 10 janv. 1701 à Simone Blanchet, Mort en 1715.
Françoise, née en 1680, mariée en 1717 à Louis Joseph. Rivard Loranger, de Batiscan,
Jean-Baptiste, né en 1686, murié le 30 juillet 1707 à Elisabeth Rivard Laglanderie.
Joseph, né en 1688, marié aux Illinois à Magdeleine Ardouin
Marie-Catherine, née en 1691,
Antoine, né en 1693, marié le 16 avril 1719 à Marie-Anne- Angélique Rivard Loranger, Mort en 1736.
Marie Frangoise, née en 1695.
Dans ces temps déjà si éloignés, ii y avait une coutume qui est complètement perdue aujourd'hui: le fils aîné portait le nom de famille de son père, absolument comme nous faisons maintenant, mais les autres enfants se choisissaient un nom, ordinairement parmi les objets de la nature, et le portaient joint au nom de leur père. Avec le temps ce nom venait à prédominer, Comme les familles étaient alors extrêmement nombreuses (preuve, soit dit en passant, de la grande moralité de nosancêtres) ceci empêchait la confusion, et chaque enfant mâle devenait ainsi la souche d'une famille distincte et séparée.
Ce système a été largement appliqué dans la famille Le- SIEUR: Charles, l'aîné, ne porta que le nom de LESIEUR; mais Julien prit le nom de Ducxiwe: Jean-Baptiste prit le nom de DesAuLNIERs ; Joseph prit le nom de Couzomg et Antoine prit le nom de LAPIERRE. Les Duchène, les Desaulniers, les Coulomb. et les Lapierre doivent donc aller chercher leur premier ancêtre canadien dans CHARLES LESIEUR, procureur fiscal de Batiscan, tout aussi bien que les Lesieur proprement dits. Les Frény ne sont qu’une division de la branche des Lesieur dits Lapierre; un certain Antoine Lesieur dut, le premier, prendre ce nom.
Les trois frères GÉLINAS, qui vinrent avec leur seigneur
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faire le premier essai de colonisation à Yamachiche, étaient fils de Jean G£LinaAs et de Françoise de CHARMÉNIL (1).
Ce Jean Gélinas ou Gélineau, fils d'Étienne, naquit dans la ville de Xaintes (ou Saintes) vers l’année 1646, Il paraît commo témoin dans un procès qui ent lieu aux Trois-Rivièmes en 1662; et il est mentionné avec son père dans la même ville, an recensement de 1666,
Etienne Gélineau, habitant, âgé de 42 ans,
Jean Gélineau, son fils, âgé de 20 ans.
(Extrait du recensement de 1666.— Trois-Rivières.)
Dès l’année suivante, les deux GÉLINEAU étaient fixés au ‘Cap de la Madeleine, où le recensement les désigne sous le nom
-de GÉLINAS, qu'ils porteront désormais (2).
Jean Gélinas épousa Françoise de Charménil vers 1670,
probablement au Cap de la Madeleine, Il eut sept enfant de ce mariage :
Etienne, né en 1670, marié le 8 nov. 1701 à Marguerite Benoist, aux Trois-Rivières, Mort en 1720.
Jean-Baptiste, né en 1671, marié le 8 nov. 1701 à Jeanne Boissonneau, à St-Jean, Ile d'Orléans.
Benjamin, né en 1672.
Pierre, né en 1674, marié à Madeleine Bourbeau,
Françoise, née en 1676.
Marie-Anne, née en 1678, mariée le 21 janvier 1702 à Pierre Rocheleau.
Marguerite-Jeanne, née en 1683, mariée le ler sept. 1717 à Pierre Darveau,
De ces enfants, Benjamin disparaît des régistres, sans que nous sachions ce qu’il est devenu; il n’a probablement pas laissé de postérité. Les autres frères ont suivi la coutume que nous avons déjà indiquée, on parlant des Lesieur: Etienne ne porta que le nom de famille de son père; mais Jean-Baptiste prit le
(1) Les missionnaires paraissent avoir eu de la peine à saisir ce nom “qu’ils ont écrit de quatre ou cinq manières différentes . Charménil, Charménie, “Germénie, Jeanne Ménil.
(2) Extrait du recensement de 1667.—-Cap de la Madeleine : Etienne GezuiNas, âgé de 42 ans, possédant 20 arpents de terre, etc. Jean GELLYNAs, son fils, âgé de 20 ans.
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nom de BeLLEMARE et Pierre celui de LAcOURSE, de sorte que les trois devinrent la souche de familles nouvelles et distinctes, Les Lacourse ont laissé peu de trace à Yamachiche, mais les Gélinas et les Bellemaré se sont multipliés d'une manière vraiment prodigieuse, Jean GÉLINAS fut béni dans sa race et Dieu semble lui avoir dit comme à ABRAHAM: faciam te crescere vehementissime. “
L'histoire rapporte que les membres de la famille FABrus, à Rome, se réunirent un jour et formèrent une armée à eux seuls; si les membres de la famille GELINAS se réunissaient, aussi, ils pourraient former, je ne dirai pas ure armée, notre caractère paisible se prête peu à ces idées de guerre, mais ils pourraient former toute une colonie, et une colonie qui ne manquerait ni de gloire ni d'importance,
Les LESIEUR avaient été heureux dans le choix de leurs premiers colons, aussi leur seigneurie se peupla-t-elle fort rapidement,. |
Le premier enfant qui naquit sur les bords de la rivière Yamachiche fut Etienne, fils d'Etienne GÉLINAS et de Marguerite Benoist. Son parrain fut Pierre Rocheleau dit Monruisseau et sa marraine Charlotte Rivard, Je deuxième fut Jean-Baptiste, fils de Jean-Baptiste GÉLINAS dit BELLEMARE et de Jeanne Bo1s- SONNEAU ; parrain Jean Gélinas, marraine Anne Colin. Le troisième fut Marie-Françoise, fille de Charles LESIEUR et de Marie. Charlotte RIVARD ; parrain Louis Fafard, marraine Françoise Beaudry. Ces trois enfants furent baptisés aux Trois-Rivières, après avoir été ondoyés à la maison (1).
Comme on peut le voir, les nouveaux seigneurs remplissaient à merveille l'obligation qu'ils s'étaient imposée de tenir ou faire tenir feu et lieu dans leur fief de Gros-Boïs ; mais on se rappelle que le Sr BoucHER avait obtenu la concession d’une lieue et demie de terre ‘“ à la charge de rendre la foy et hommage ar. Château St-Louis duquel il relève.”
Ce devoir fut loyalement accompli sous l’Intendant Beaox, le dix-sept février mil sept cent vingt-trois.
Après la conquête du pays par les Anglais, les héritiers de
(1) Quêlques temps après il y eut un missionsiire à la Rivière-du-Loup on faisait baptiser là.
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Charles et de Julien Lesikur durent se présenter de nouveau, au Château Saint-Louis, afin de faire reconnaître leur titre de coseigneurs de Gros-Bois. On sera curieux, sans doute, de savoir quel cérémonial on suivait en rendant ainsi Foy et Hommage, et quel était la forme de l'acte que l'on dressait en ces circonstances, Nous citerons donc en entier, malgré sa longueur, l'Acte de Foy et Hommage des héritiers LES1EUR, en 1781 ; ce document renforme d'ailleurs plusieurs choses importantes et que le lecteur est prié de ne pas laisser échapper, |
‘ Du trente-un May mil sept cent quatre-vingt-un.
# En procédant à la confection du Papier Terrier du Do “ maine du Roi, en la Province de Québec, sont comparus au “ Château St. Louis, en la ville de Québec, et pardevant nous Fré- “ déric HALDIMAND, Capitaine général et gouverneur en chef do ‘ la Province de Québec et Territoires en dépendans, eu Amé- “ rique, Vice amiral et Garde du grand sceau d'icelle ; Général ‘et Commandant en chef des Troupes de Sa Majesté, en la dite “ Province et Frontières etc., ete. ete, ANTOINE LESIEUR, fils ‘aîné, CHARLES LESIEUR et PIERRE TouTrANT, tant pour eux ‘“ que pour acquitter Fiançoise Marie-Anne et Mario Lesieur, ‘ leurs tante et sœurs, comme représentant feu Charles Lesieur ; ‘“ Et Pierre Lesieur dit Duchôêne, fils aîné, et Jean-Baptiste Le- “ sieur dit Duchêne, tant pour eux que pour acquitter Marie- “ Françoise, Marie-Madeleine, Marie-Joseph et Charlotte Le- ‘ maître Lesieur, leurs sœurs, comme représentant feu Julien ‘ Lesieur, tous Seigneurs ot Propriétaires par indivis de la ‘“ moitié du Fief et Seigneurie Gros-Bois, contenant trois-quarts “ de lieue et sept arpents de front sur deux lieues de profondeur, ‘ à prendre à sept arpents audessus de la Æivière Machiche. Les- “ quels comparants nous ont dit qu’ils viennent pardevant nous “ pour rendre et porter au Château St. Louis la Foy et Hom- ‘“ mage qu’ils sont tenus de rendre et porter à sa très Excellente ‘“ Majesté (Georges IIT, à cause de la moitié du dit Fief et Sei- ‘‘ gneurie démembré de celui de Gros-Bois, sis et situé dans le “ District de Montréal cy après expliqué et nous ont représenté “ pour titres de leurs propriétés :
‘ Primo : une copie authentique d'une concession donnée et “ accordée par monsieur TALON, ci-devant Intendant dé la Nou- ‘ velle France, etc...
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“ Secundo : un contrat passé devant Taillandier, notaire à ‘# Boucherville, le premier juillet mil sept-cent deux, de vente “ faite par Pierre Boncher, Ecuier, Seigneur de Boucherville et “ de Gros-Bois, et Demoiselle Crevier, son épouse, aux sieurs # Charles Lesieur et Julien Lesieur, frères, d'une partie de lu Sei- “ gneurie de Gros-Bois, de la contenance de trois quarts de lieue “ot sept arpents de front sur deux lieuos de profondeur, à com- ‘ mencer à sopt arpents aude:sus de la Æiviére Machiche, et trois “ quarts de lieue audessous, pour, et moiennant le pris et somme “ de huit cents livres,
‘ Tertio : un acte de Foy et Hommage rendu entre les
“ mains de Monsieur BEaon, ci-devant intendaut, le dix-sept. # Février mil sept cent vingt-trois, par Charles Lesieur, proprié- ‘ taire, avec Simone Blanchet, veuve de Julien Lwsieur, son frè- ‘re, et ses enfants mineurs de la dite moitié du Fief et Seigneu- ‘ rie, dans laquelle sont rapportés la concession et le contrat de ‘ vente ci-dessus, et qui accorde aux dits Charles Lesieur, et hé- ‘“ritiers de Julien Lesieur, le droit de chasse et de pêche dans “€ l'étenduo de la dite moitié du ficf et seignourie, qui est sans ‘ justice, le droit de haute, moienne et basse justice, étant attri- ‘ bué dans toute l'é:endue du dit fief et seignourie de Gros Bois “au Sr, Boucher, de Grand-Pré, ainsi qu'il appert dans l'acte de ‘ foi et hommage rendu entre les mains du dit Intendant, par le “ dit Sr, de Grrand-Pré, lo dix-sept Février mil sept cent vingt- “ trois, raporté à l'acte de Foi et Homage qu'a rendu entre nos ‘ mains Conrad Gugy, Ecuier, acquéreur du Sr, de Grand-Pré, le
“ vingt-six Janvier de cette année, régistré au Régistre No. 1 des “ Fois et Homages, folio 52 : qui sont tous les Titres que les dits “ comparans ont dit avoir à nous représenter ; nous suplians “ qu'il nous plaise les recevoir à la Foi et Homage de la moitié “ du dit Fief et Scigneurie relevant en plein fief de Sa Majesté, ‘ et à l'instant s'étant mis à devoir de vassaux, têtes nues, sans “ épées et éperons et un genouil en terre uuraient dit à haute et “ intelligible voix qu'ils rendaient et portaient entre nos mains “]a Foiet Homage qu'ils sont tonus de rendre, et porter an ‘ Château St-Louis de Québec, à cause du dit Fief et Seigneurie, “ à laquelle Foi et Homage nous les avons reçus et recevons par ‘# ces présentes, sauf les droits du Roi en autre chose et de l’au- “trui en Toutes ; et les dits comparans ont fait et souscrit entre ‘nos mais le serment de bien et fidèlement servir Sa Majesté, et.
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“ de nous avertir et nos successeurs s'ils aprenaient qu'il se passe ‘quelque chose contre son service, et se sont obligés de fournir ‘{ Jeurs aveux et dénombrement dans le tems prescrit par les lois, ‘‘ coutumes et usages de cette Province ; Dont et du tout ils nous <° ont requis acte que nous leur avons accordé et ont signé avee
‘ nous niosi signé sur le Régistre :
Ferp, HALDIMAND,
‘4 En témoins de quoi nous leur avons fait expédier et déli- ‘{yrer ces présentes que nous avons signées, à icelles fait aposer # le cachet de nos armes et contre-signer par le greffier du Papier « Terrier,
“# Fenp, HALDIMAND, ”
# Par ordre de son Excellence,"
Dans la transmission des biens nobles, l'aîné possédait toujours à lui seul la première moitié de l’hériture paternel, et la econde moitié se divisait à parts égales entre les autres enfants.
Sous un pareil système les seigneuries se trouvaient bientôt extrê- © mement morcelées, car on sait que les familles canadiennes sont ordinairement très nombreuses.
La généalogie des fiefs devient, pour cette raison, un peu difficile à suivre.
Jean-Baptiste Provanché, par son mariage avec Marie Joseph L. Duchène, Pierre Toutant, par son mariage avec Françoise Lesieur, et Jean-Baptiste Rivurd-Laglanderie, par son mariage avec Marie-Anne Lesieur, entrèrent tour à tour dans le partage de la seigneurie LESIEUR ; muis ils vendirent ensuite leurs droits à d’autres héritiers, Cependant Jean-Baptiste Lemaître ayant épousé Catherine L. Dnchène, garda la part d’héritage qui lui revenait et la transmit tout entière à éa fille Charlotte, qui était devenue seule héritière, par suite de la mort soudaine de ses deux frères.
Joseph Gadicu dit St-Louis, qui épousa Charlotte Lemaitre, ne se contenta pas de garder sa part de seigneurie, il en acheta plusieurs autres, et devint ainsi l’un des propriétaires les
‘us importants du fief Gros-Bois. Il transmit cet héritage à Antoine St-Louis, et celui-ci à sa fille Marie Frédéric (Dame Veuve JEAN-B, CHARLAND) qui en‘a joui jusqu’à sa mort.
Les aînés de la famille LESIRUR avaient conservé, pendant
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trois générations, lour titre et leurs droits de seigneurs, lorsqu'Edouard Lesieur, fils d'Antoine et arrière-petit-fils de Charles, se vit dépouillé de ses biens nobles, qui furent vendus par ordre de justice, Et, quelque temps après, Charles Lesieur (1), le deruier de cette familie qui ait possédé une part de la seigneurie, vendait aussi ce qui lui revenait à Benjamin Dumoulin, déjà acquéreur de la part d'Edouard Lesieur,
Il restait encore la famille Duchène pour représenter les anciens propriétaires, mais Paul Duchène étant mort sans enfants, sa veuve, Françoise Belair, vendit comme les Lesieur ce qu'elle possédait de la seigneurie à Benjamin Dumoulin, Toute la partie du fief Gros-Bows achetée par Charles et Julien Lesieur, ge trouvait ainsi entre les mains d'Antoine St-Louis et de B, Du, moulin ; mais ce dernier possédait le titre de seigneur primitif,
Modeste Richer dit Laflèche, ce hardi spéculateur dont les succès étonnèrent tant notre population, et dont le nom fut si célèbre pendant un certain temps, voulut, dans ses années dé gloire, se donner le relief d'un titre de seigneur, et il acheta toute la part de seigneurie que possédait M. Dumoulin; mais lorsqu’arriva la catastrophe qu'avaient préparée ses transactions hasardeuses, les biens seigneuriaux qu'il possédait furent saisis et vendus par le shérif, C'est alors que B. C. À. Guay en fit l'acquisition,
Il y a un instant, le nom de Madame Paul Lesieur-Ducni- NE est venu sous notre plume; nous n'avons fait que le mentionner, nous voulons y revenir maintenant, Madame Duchène jouissait d’une grande considération à Yamachiche; elle était d'un caractère distingué et avait reçu une éducation remarquable, C'était une sœur des Belair, de Maskinongé, riches marchands qui se sont fait un nom par leur esprit d'entreprise et aussi par leur prodigalité, Elle échangea son titre de seigueuresse contre celui de maîtresse d'école de son village; on est surpris de cette détermination, surtout lorsqu'on sait qu'elle était en possession de la magnifique ferme des Duchène, aujourd’hui la propriété de M. George Horace Proulx. Peut-être trouvait-elle son plaisir dans l’enseignement ; on affirme du moins qu'elle tenait son école sur un haut pied,
(1) Charles et Edouard Lesieur avaiènt épousé des demoiselles Godefroi de Normanville, des Trois-Rivières,
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Et maintenant, pour interrompre la monotonie de notre récit, qu'on nous permette d'insérer ici une fraîche peinture du temps de Madame Duouène. Ce récit est extrait d'un intéressant régistre de famille que tenait feu le major P. J. Heroux, et que son fils, Elie Héroux, écr, aucien maire d'Yamachiche, a eu l'obligeance de nous communiquer.