‹ Histoire de la paroisse de l'Ange-GardienChapitre 11 sur 35 · EN DATTB DU 5 OCTOBRE I · texte numérisé non relu

EN DATTB DU 5 OCTOBRE I

Le cinq Octobre Mil sept cent quatre-vingt-trois, Nous Vicaire- Général du Diocèse de Québec, dans notre visite de la paroisse de T Ange-Gardien, annoncée par notre mandement du 26 Septembre 1783 et publié le 2 Octobre suivant, après avoir vérifié que depuis plus de si:t ans, une certaine fondation de douze messes à perpétuité, faite par M. Dufournel, ancien curé et bienfaiteur de la dite paroisse, ne s'acquittait point, avons convoqué, au presbytère, M. Hubert, curé actuel, les marguillers, tant anciens que nouveaux, et les principaux habitants de la paroisse, où, étant, nous avons lu les testament et codicille tous deux en datte du 12 Février 1753, du dit feu Sr. Dufournel et tous étant convaincu par la teneur du dit codicile, que l'intention du Sr. testateur, avait été que les dites 1 2 messes fussent acquittées à la charge de la fabrique et non du curé, avons ordonné et ordonnons ce qui suit :

I® Le marguiller en charge, à perpétuité, fera acquitter chaque année, les 12 dites messes, trois en l'honneur du St-Sacrement, trois en l'honneur de la

Tr. S. Vierge, trois en l'honneur des SS. Anges, et trois pour les fidèles trépassés.

2® Cette fondation sera écrite sur un tableau qui restera toujours affiché dans la sacristie.

3° Pour liquider les arrérages de 77 ou 80 messes, qui n'ont pas été acquittées, nous croyons entrer dans les vues du testateur, en permettant, faute de prêtres qui puissent les acquitter, d'employer la rétribution à acheter un calice neuf, et nous ordonnons au marguiller en charge de le faire incessamment, aux dépens de la fabrique.

4° Pour aider la fabrique à supporter cette charge de douze messes, le dit Sr. P.-R. Hubert, curé actuel, s'est offert de se désister, en faveur de la fabrique, de l 'usage et propriété de 4 perches de prairie, dont est fait mention dans les testament et codicile, enclavées dans la terre de Denis Quentin, et nous, après avoir mûrement réfléchi sur les intentions du testateur et sur les lois du droit suivies en pareil cas, nous avons authorisé et authorisons le dit Sr. curé de l 'Ange- Gardien à faire la dite cession, en son nom et au nom de ses successeurs, dont acte sera dressé devant notaire, aux frais de la fabrique, et transcrit de mot à mot sur les registres de la Fabrique, ainsi que la présente ordonnance.

Fait à TAnge-Gardien jour et an que dessus.

Ainsi signé : Grave, vicaire-général.

Transcrit par nous, curé, soussigné

P.-R. Hubert, ptre.

Curé,

M. Hubert s'empressa d'exécuter l'ordonnance de M. le grand-vicaire Gravé, et il fit

faire à Québec, par M. François Raovoyzé, un beau calice d'argent, ainsi qu'on peut le constater par les comptes de l'année 1784, où on lit ce qui suit à la page 28 :

" pour un calice neuf, par ordre de M. le grandvicaire, payé 300 Ibs, 18 sols."

Ce calice que l'on conserve avec soin, est tien facile à reconnaître ; il porte les initiales : de M. Renvoyzé F. R. (i).

Après avoir rectifié plusienrs erreurs commises par M. Dolbec, dans les comptes et dans les registres, M. le Grand Vicaire Gravé termina sa visite juridique en laissant la note suivante : ,

Nous, Vicaire Général du diocèse de Québec, soussigné, faisant une visite juridique, selon notre mandement du 26 sept. 1783, publié A la grand 'messe, le 3 octobre suivant, jour de la Fête de la paroisse ; après avoir fait la dite Visite, le 5 octobre suivant, et avoir remisau 70Ctfj!>i' '.'■ ...nu. !i -l.-s . ..mines de la F.ilirique.contenudatr- 1-- ]ir.:^(;iil rtgisLrc.ayant convoqué, le 8 du présent mois, tous les marguillers. complnbles, avons lu k-s susdits comptes en présent* il..

(i> MM. FrançoU Ri^nvoyiS, Louis Amiot, ï seviUe, François r,esi.éf ance. et A. LBfraace, t connuade Qn6bec. ont fourni, depuis unsièclcertffl grand nombre de vases sacré» d'arfifçnt sohde uwlT* iotre diocèse. Par leur solidité, et leur valeur inta ces vases sacré/l' cm portent de beaucoup auT IM . niSnie genre, importes dans notre pays depufa'jl

chacun des marguillers et les avons déchargés detoutes dettes envers la dite Fabrique de l' Ange- Gardien.

Fait à la dite paroisse de l'Ange-Gardien le 8-

octobre 1783.

Grave, Vie. -général.

Ainsi cette visite juridique de M. Gravé dura six jours.

Après l'ordonnance de M.Gravé, la fondation

de douze messes par M. Dufournel a toujours-

été fidèlement acquittée, comme le prouve la

note suivante insérée dans les registres par M..

Hubert :

Requiescat in pace.

Nota — Le marguiiler avait payé dojize schelins pour rétribution de douze messes à l'intention de M. Dufournel, cy -devant curé de cette paroisse, des quels douze schelins je me suis chargé pour faire acquitter les dites douze messes, ce que j'ai fait à Québec : C'est, selon l'ordonnance de M. Gravé, vicaire-général, en datte du 5 Octobre 1783, faisant la visite annoncée le 2 oct. de la même année.

La dite ordonnance se trouvera, en original, avec les papiers, titres, contrats, testaments, etc., de cette église oii je l'ai remis, ainsi qu'une autre or^o^. nance du dt. Sr. vicaire- général, relative à la visite dans l'église et cimetière

Les douze messes fondées par feu M^. 'C>uioy^Y n'ont été acquittées à Québec, que par impos^\;y^. .

de le faire cette année (1784) icy, vu que je n'ai pu m'en charger.

A l'Ange-Gardien, le lï Février 1784.

Nous pouvons ajouter que, depuis cette époque, chacun des curés de l'Ange-Gard ien s'est acquitté de ce devoir. En 1870, lors de sa première visite pastorale, feu Son Eininence le cardinal Taschereau a pris la peine de parcourir tous les comptes depuis 1 784 pour vérifier la chose.

Nous ne saurions passer outre, sans rendre à la mémoire de M. P.-R. Hubert un nouveau témoignage de son zèle. Sans lui, et sans le soin minutieux qu'il apportait à tout ce qui * intéressait la petite paroisse de l'Ange-Gardien, il est probable que la fondation des 12 messes de M, Dufourne! aurait fini par être mise en oublt.

En outre, c'est à M. Hubert que nous devons la conservation du testament de M.

Dufournel. Nous avoii.s eu soin de le faire imprimer à la fin de cet ouvrage.

Enfin, c'est, sous l'aiiministration de Mi- Hubert, que la paroisse obtint de Rome ïe privilège de deux indulgences plénièresà perpétuité. Voici ce qu'il écrit à ce sujet : " On a reçu icy cette année, par la voye de Mrs du Séminaire de Québec, deux indulgences plé-

tiières, une pour le 2 octobre, et pour le jour de Noël, qui sont accordées par N. S. P. le Pape Pie VI, à perpétuité, en date du 19 septembre 1784. Signé, Siephanus Borgia^ &c. En cas que la bulle vint à être égarée ou autrement perdue, j'atteste de l'avoir reçue et l'avoir fait viser par M. Gravé, vicairegénéral, le 24 juin 1785. .

P. R. Hubert, Ptre., Curé.

Voici la copie authentique de cette bulle dont nous conservons l'original dans nos archives :

Ex AUDiENTiA SSmi. habita per nje infrûm S. CoN- GNis de Propaganda Fide secretarium.

SSmus. Dominus noster Plus Divina Providentiâ PP. Vli omnibus et singulis utriusque sexûs Christi fidelibus qui vere pénitentes, confessi, et sacra communione refecti Ecclesiam Parochialem sub titulo SS. Angelorum Custodum Quebecens. Diecesis in America Septentrionali dévote visitaverint die 2 Octobris, ac aliâ die infra annum ab ordinario semel tantum designandâ, ibique per aliquod temporis spatium pias ad Deum preces afFuderint pro Sancta Fidei propagatione, quâ die predictarum id egerint, Plenariam Indulgentiam, singulis annis in perpetuum lucrandam, et applicabilem quoque per modum suffragii, animabus in Purgatorio detentis, misericorditer in Dno. concedit, atque impertitur.

Datum Roma ex edibus ejusdem S. Congnis, die et anno predictis.

Stephanus Borgia, s. Congis.

[L. S.] de Propda Fide Secrius.

Sur le verso on lit :

Vidimus, publicari permisimus et diem Natalem

Dni nostri Jesu-Christi designavimus in quâ juxta

tenorem brevii poterunt fidèles designati lucrari

indulgentam plenariam.

Quebeci, 24 Junii 1785

Gravé, Vie, Gêna lis.

Le 27 juillet 1787, était pour les paroissiens de l'Ange-Gardien un grand jour de fête. Mgr Jean-François Hubert, en tournée pastorale, était au milieu d'eux et administrait la confirmation à un grand nombre d'enfants. Vingt ans s'étaient écoulés depuis la dernière visite épiscopale, faite par Mgr Briand, le 22 juin

Pendant ce laps de temps, surtout pendant l'administration de M. Dolbec quelques abus et quelques désordres s'étaient introduits ; mais depuis, grâce à la vigilance du nouveau pasteur, tout était rentré dans l'ordre. La plus grande régularité régnait partout dans la paroisse ; De plus, l'église avait été restaurée. Cette

visite à l'Ange-Gardien et au Château-Richer, apporta une heureuse diversion aux graves préoccupations qui pesaient alors sur Tévêque <le Québec. Il put, pendant ces quelques jours passés au milieu de la population paisible de la côte de Beaupré, oublier les chagrins cuisants que lui causait alors la conduite ambitieuse de l'un de ses prêtres, l'abbé Bailly de Messein, curé de la Pointe-aux- Trembles. On sait que ce dernier, étant précepteur des enfants de Lord Dorchester, s'était attiré les bonnes grâces de ce gouverneur et avait réussi à se faire nommer coadjuteur de l'évêque de Québec. Le 12 juillet précédent, Mgr Hubert avait été contraint de lui donner la consécration épiscopale dans sa Cathédrale à Québec. Dans pareilles circonstances, quelle consolation, disons mieux quel légitime orgueil, pour l'évêque de Québec, de trouver chez son frère, le curé de Château- Richer, un prêtre sans ambition, pieux, zélé, en un mot le type achevé du brave curé de campagne, travaillant sans bruit, sans ostentation et ne recherchant que la gloire de Dieu et l'avancement spirituel et temporel de ses paroissiens.

Lors de cette visite de Mgr Hubert, la paroisse de l'Ange-Gardien rie comptait que

478 personnes, comme on le constate par le tableau suivant fait par M. Hubert :

" Selon le dénombrement des personnes de cette paroisse, fait en Janvier 1790, par ordre de Monseigr révêque de Québec, à la demande de Mylord Dor- -chester, il y a :

12 hommes au-dessus de 60 ans

28 femmes item

74 mariés ou veufs depuis 16 à 60 ans

63 femmes item

63 garçons depuis 16 à 60

58 filles item

31 garçons depuis 8 à 16 ans

24 filles item

74 garçons au-dessous de 8 ans

51 filles item

478 personnes. A l' Ange-Gardien, ler Fév. 1790.

P. R. Hubert.

Nous trouvons au bas de la même page une note curieuse de M. Hubert, qui ne fait pas réloge de l'esprit d'entreprise des anciens habitants de l'Ange-Gardien :

** En 1780, le 22 Octobre, un dimanche, au prône, j*ai représenté aux habitants de l'Ange-Gardien la nécessité d'avoir dans leur salle un poêle, pour leur usage et pour y faire le Catéchisme en hyver, ce qui, malgré mes raisons, n 'a point eu lieu, ayant trouvé qu'excepté cinq, tous s'y opposaient, ou plutôt n'ont pas daigné seulement répondre à ma demande. ' '

P. R. Hubert, Curé.

Nous croyons qu'il sera plus agréable à noslecteurs de nous abstenir de tout commentaire.

Cependant, au commencement de l'année 1793, M. Hubert commençait à sentir les atteintes de la maladie qui devait bientôt l'enlever à l'estime de ses paroissiens. L'évêque de Québec, malgré le petit nombre de prêtres qu'il avait à sa disposition, lui envoya à la fin de mai 1794, M. L.-L. Bédard, jeune prêtre qu'il venait d'ordonner, quelques jours auparavant. M. Bédard demeura un an avec le digne curé de l'Ange-Gardien, et à l'automne de 1795, fut remplacé par M. Charles Faucher. Toutefois M. Hubert luttait avec énergie contre le progrès de la maladie çt ne laissait à peu près rien à faire à ses vicaires, comme le témoigne le registre ; car, pendant ces trois dernières années, presque tous les actes sont encore rédigés et signés par lui. Enfin, le 6 novembre, le bon curé, d'une main visiblement affaiblie et toute tremblante, écrit son dernier acte et abandonne le soin de ses deux cures à son vicaire, M. Faucher. Il languit encore trois mois et il s'endormit dans le Seigneur, au presbytère du Château-Richer, le 14 février

Mgr Jean-François Hubert vint présider à ses obsèques qui eurent lieu le lendemain dans l'église de Château-Richer comme le prouve Pacte suivant rédigé par l'évêque lui-même :

" Le quinze janvier, mil sept cent quatre vingtdix-sept, par nous, soussigné, Evêque de Québec, a été inhumé dans l'église de cette paroisse, sous le marchepied de l'autel du Sacré-Cœur, le corps de Messire Pierre René Hubert, curé de cette paroisse et de l'Ange- Gardien, décédé hier, muni de tous les sacrements, âgé de cinquante-deux ans et quatre mois. Etaient présents Messire Desjardins, Vicaire Général, M. Robert, Supr. du Séminaire de Québec, M. Gaillard, curé de Ste Anne, M. Faucher, vicaire de cette paroisse, et plusieurs autres.

f Jean Francs, Evesque de Québec^ Robert, Ptre, Bernard Gaii,i,ard, Desjardins, Chs. Faucher, Ptre, Curé d'office.

En mourant M. Hubert emportait avec lui les regrets de toute la Côte de Beaupré, où il avait passé les trente années de sa vie sacerdo^ taie. Les habitants du Château et de PAnge- Gardien surtout le pleurèrent sincèrement; car les vingt années de son ministère au milieu d'eux, comptent parmi les plus heureuses et les plus prospères de ces deux paroisses.

Cependant, il ne faut pas oublier comme nous Pavons dit en 1777, à Pépoque où M. Hubert en fut chargé par M. Briand, bien des abus s'y étaient introduits, bien des scandales y avaient été donnés. Les guerres de la Conquête, le séjour des troupes anglaises et françaises dans ces paroisses, et surtout l'interruption forcée des visites épiscopales y avaient amené comme partout ailleurs, un grand relâchement dans les mœurs.

Sans bruit, sans ostentation, mais avec cette énergie calme, persévérante, irrésistible, qui mène toujours au succès, M. Hubert parvint, en peu de temps, à rétablir l'ordre, la discipline et même la piété ; en un mot, il fit de ses deux cures un poste si enviable, que Mgr Hubert, évêque de Québec, s'étant démis de son évêché, demanda d'y être nommé curé, jugeant que c'était la plus belle retraite que la Providence put lui ménager pour y terminer ses jours.

A ses belles qualités, M. Hubert joignait un grand amour pour les études ecclésiastiques, et malgré le prix énorme des livres à cette époque, il avait su se faire une assez belle bibliothèque. Nous lisons à ce sujet dans V Histoire des Ursulines de Québec: "Messire P.-René Hubert, curé de Château-Richer et

de P Ange-Gardien nous constituait héritières de son Grand Dictionnaire de Trévoux, en 3 volumes in-quarto, estimé à 72 livres. C'était bien alors, continue l'annaliste, un vrai trésor qu'un dictionnaire aussi considérable."

Enfin si nous ajoutons que M. Hubert favorisa la vocation de deux prêtres, celle de l'un de ses paroissiens, M. Pierre Huot, et celle de son jeune frère, M. Jacques Hubert, nous pourrons affirmer qu'il est une des figures remarquables du clergé canadien, et la paroisse de l'Ange-Gardien peut, à bon droit, s'enorgueillir de l'avoir eu pour curé.

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