‹ Histoire de la paroisse de l'Ange-GardienChapitre 12 sur 35 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

I^eltrede M. l'abbé Douville. — M. Chs, Faucher-Chateauvert^ curé d'office. — Mgr Hubert, curé de Château- Ri cher et de l'Ange- Gardien. — M. Raimbault. Détails sur sa vie. — Sou arrivée à l'Ange-Gardien. Ses élèves. — M. Painchaud. — Travaux dans l'église. — Ordinations à l'Ange- Gardien. — Départ pour Nicolet.

Pendant que nous étions occupés à recueillir les matériaux de l'histoire de PAnge-Gardien, M. l'abbé J.-A.-R. Douville, supérieur du Séminaire de Nicolet, nous fit l'honneur de nous adresser la lettre suivante que nous publions ici avec sa permission :

3 décembre 1900.

RÉîv. M. R.-E. Casgrain,

Curé de V Ange- Gardien.

Cher Monsieur,

Vous êtes le successeur d'illustres personnages dans cette belle paroisse de 1* Ange- Gardien, entre autres, du vénérable M. J. Raimbault, qui a été 35 ans curé de Nicolet et supérieur du Séminaire.

C'est à ce dernier titre que je m'adresse à vous aujourd'hui, pour obtenir un renseignement que je serais très flatté d'avoir.

Il se chantait autrefois dans votre église une prose en rhonnaur des Anges Gardiens, attribuée à M. Raimbault, dont la première strophe était :

FeliceSy concentibus Dicite solemnibus Angelot um gloriam !

J'ai le texte complet des 22 strophes ; mais je n'ai pas le chant, en usage dans votre église, quand on chantait cette prose à la messe de la fête patronale. Mgr Plessis semble dire, dans une de ses lettres à M. Raimbault, qu'il était tout-à-fait de son goût. Ce chant ne doit pas être perdu et vous devez l 'avoir quelque part dans vos archives de paroisse, dans .quelque bouquin peut-être.

Serez-vous assez bon d'en faire la recherche et de m'en faire une copie? Vous me feriez un sensible plaisir, en me rendant ce service, comme aussi en me disant tout ce que la tradition peut vous faire connaître sur cette prose, surtout si on l'attribue à M. Raimbault.

En attendant une réponse favorable, je demeure, mon cher monsieur, avec une parfaite considération Votre dévoué serviteur,

J.-A.-R. D0UVII.1.E, Ptre,

Sém. de Nicolet.

Cette lettre de M. le Supérieur du Séminaire de Nicolet nous a fait regretter davantage la

disparition des vieux livres de chant qui contenaient la prose en question, ainsi que la musique qui l'accompagnait. Toutefois nous sommes heureux de pouvoir la citer, car elle est la meilleure introduction que nous puissions choisir pour le chapitre de notre histoire, qui traite de l'administration de M. Raim-

bault

A la mort de M. Hubert, M. Chs Faucher- Chateauvert fut nommé curé d'office et continua de desservir la paroisse ainsi que celle du Château jusqu'à l'automne suivant.

Le ler de septembre, comme nous l'avons vu plus haut, Mgr Jean-François Hubert, évêque de Québec, étant gravement malade, résigna son siège en faveur de son digne coadjuteur, Mgr Denaut, et demanda et obtint la cure de Château-Richer encore unie à celle de l'Ange-Gardien, pour aller y terminer ses jours. Il s'y rendit le 20 du même mois, accompagné de M. Raimbault, chapelain des Ursulines, qui devait lui servir de vicaire.

L'honneur que l'évêque de Québec faisait aux habitants de Château-Richer et de l'Ange- Gardien, en venant demeurer au milieu d'eux, était loin d'être amoindri par la présence du

jeune lévite qui l'accompagnait M. Raimbault appartenait à cette phalange de .prêtres exilés de France par la révolution, qui, semblables à laVague de l'océan déferlant sur le rivage, envahirent tout le littoral de l'Amérique du Nord, depuis les grèves brumeuses du Cap Breton, jusqu'aux rives ensoleillées du Golfe du Mexique. Les uns simples missionnaires, comme les 'de Calonne, les Desjardins, les Sigogne, etc., etc., pour ne nommer que les plus célèbres,se répandirent dans toute l'Acadie et le diocèse de Québec, tandis que d'autres, devenus évêques, tels que les Cheverus, les Flaget, les Brute et les Dubourg etc., occupèrent les sièges, nouvellement érigés par Rome, dans les villes de Boston, Bardstown (aujourd'hui Louiseville), Vincennes, et Gaiveston. De concert avec Mgr Carroll, archevêque métropolitain de Baltimore, ils établirent la hiérarchie catholique dans les Etats- Unis.

Rien de plus beau, de plus poétique même, que cette phase du catholicisme en Amérique.

Elle rappelle involontairement la scène de la pêche miraculeuse du lac de Génézareth ; et il nous semble entendre le divin Maître répéter à ces nouveaux apôtres la parole qu'il adressait à St-Pierre : Duc in altum.

Nos lecteurs nous sauront gré de leur donner ici une esquisse rapide de la vie de M. Raimbault, avant son arrivée en Canada. Nous puisons largement dans l'ouvrage de M. l'abbé Bois les renseignements qui vont suivre.

M. Jean Raimbault naquit le 4 février 1770 à Saint-Aignan, une des paroisses de la ville d'Orléans. Son père, Etienne Raimbault, était un ancien militaire qui vivait du produit de sa ferme. Sa mëre, Françoise Doucet, était une femme très pieuse, et l'enfant suivit son exemple, sans jamais se démentir.

Après avoir terminé ses études classiques au collège de Meung, où, suivant le témoignage de M. l'abbé Desjardins, il remporta les succès les plus éclatants, M. Raimbault entra au séminaire d'Orléans et fut chargé de l'enseignement de la philosophie, à un âge, où d'autres peuvent à peine en commencer l'étude. Mais bientôt la révolution vint l'arracher à ses modestes fonctions.

M. Raimbault préféra quitter le séminaire, plutôt que de prêter le serment à la constitution civile du clergé, qu'on exigeait même des étudiants en théologie.

Après avoir étudié la chirurgie pendant quelque temps à Orléans, il fut contraint de prendre du service militaire ; mais grâce à ses

connaissances médicales, on le nomma, à son insu, assistant-chirurgien de son régiment, et.le 6 octobre 1793, M. Raimbault partait d'Orléans avec son corps d'armée. Revêtu d'un uniforme bleu ciel à parements de velours noir et à galons jaunes, coiffé d'un chapeau à la Henri IV, décoré d'une cocarde rouge et noir, notre jeune chirurgien dut suivre son régiment qui partait pour la Belgique. Bientôt on arriva à Philippeville, place forte située dans la province de Namur.

Dans le même régiment se trouvait M. Vincent Fournier, qui avait, lui aussi, étudié la théologie sous la direction des messieurs de Saint-Sulpice à Orléans. M. Raimbault s'ouvrit à lui pour effectuer son projet d'évasion.

Dans la nuit du 24 décembre 1793, sous prétexte d'aller à la messe de minuit, les deux jeunes amis tentèrent une première fois de traverser la frontière, sans pouvoir y réussir. Cependant, comme ils sortaient souvent, l'un en sa qualité de pourvoyeur, et l'autre comme assistant-chirurgien du régiment, ils réussirent, sans éveiller de soupçons, à ourdir un nouveau plan d'évasion. Nous continuons de citer l'abbé- Bois.

" Le 26 décembre il purent se rendre à un village situé sur les confins de la province de

Liège, et entrèrent dans l'église du lieu, qui avait été épargnée ; on y chantait le salut du Saint-Sacrement. C'était déjà pour eux une grande consolation. Leur présence, et surtout leur uniforme,créèrent quelque sensation parmi les rares assistants, mais leur maintien respectueux rassura bientôt ces bons chrétiens.

Le prêtre officiant leur parut pieux, ils devinèrent à son maintien qu'il n'était pas un intrus, et se décidèrent à aller le trouver, dans la sacristie, pour lui confier leur projet.

Le prêtre leur montra d'abord quelque défiance. Leur uniforme, leur qualité de fugitifs ne les recommandaient guère à une personne surveillée incessamment, et il refusa de les aider. Ils lui avouèrent alors qu'ils étaient séminaristes, et qu'ils désiraient aller à l'étranger continuer leurs études théologiques. Le bon prêtre se laissa persuader, et les accueillit dans sa maison avec une franche hospitalité. Ils y passèrent la nuit. Le lendemain, de grand matin, le brave curé, après leur avoir donné quelques provisions, les conduisit au fond de son jardin, d'où il leur indiqua un sentier détourné qui les conduisit sur la route de Liège, où ils arrivèrent quelques jours après. Le 17 janvier 1794, 22 jours après

avoir quitté le régiment, ils entrèrent à Bruxelles.

Nos jeunes exilés furent accueillis avec beaucoup de bienveillance, dans une sorte de séminaire de cette ville, où s'étaient réfugiés, quatorze évêques émigrés et un grand nombre de prêtres français.

Le 28 juin suivant, M. Raimbault se rendit à Anvers avec son compagnon, M. Fournier^ qui le quitta pour se rendre en Allemagne.

Resté seul, sans ressources, M. Raimbault résolut de passer en Angleterre ; après bien de péripéties, déguisé sous un costume de matelot, il parvint à débarquer à Harwich près de Colchester. De là il partit à pied pour se rendre à Londres. Chemin faisant, un bon bourgeois lui donna des habits et des chaussures, pour remplacer la pauvre défroque de marin endossée sur les bateaux d'Anvers.

Enfin, le 12 juillet 1794, il arriva à Londres.

Le gouvernement de la Grande Bretagne avait voté des sommes considérables, pour amé* liorer la position des émigrés français. La généreuse hospitalité que l'Angleterre exerça envers eux, excita l'admiration universelle.

Dans toute l'étendue du royaume,les citoyens rivalisant de zèle, imitaient le noble exemple que le roi, la cour, les ministres d'Etat et tous

les grands personnages du pays donnaient au monde entier.

Par un contraste, auquel il ne s'attendait pas, M. Raimbault s'aperçut bientôt que non seulement, comme exilé français, mais surtout, <:omme prêtre catholique, il pouvait compter SUT les bonnes dispositions du peuple anglais.

M. Raimbault demeura onze mois en Angleterre ; s'efïorçant par son travail à ne pas être à charge à ses autres compatriotes et à se suffire à lui-même. A Londres, il enseignait le français, et donnait des leçons de musique.

*' J'ai manqué depuis peu, dit-il dans une de ses lettres, une place bien agréable, dans une académie situé à une lieue de Londres, dans le plus beau site. Elle était de 25 guinées par an, et la table, etc., mais il fallait veiller €t conduire les enfants à l'église protestante, et je l'ai refusée."

Parmi ses élèves, M. Raimbault avait un jeune gentilhomme anglais du nom de Murrogh, auquel il donnait des leçons de français. Instruit par quelques paroles, échappées au cours de la conversation, de l'état de gêne où se trouvait son digne professeur, le jeune homme lui offrit, avec beaucoup de délicatesse, quelques secours, mais M. Raimbauit s'excusa, disant, qu'il ne croyait pas devoir accepter.

Cependant Télève admirait de plos en plus l'égalité d'âme, la droiture, la variété des connaissances et la piété de son professeur. Il dévouait que cet homme, d'un esprit si omé> joint à de si belles manières, pouvait se faire un brillant avenir en Amérique, en s'y livrant à l'enseignement. Plein de cette pensée, il lui proposa de faire un voyage aux Etats-Unis.

L*abbé Raimbault avoua alors à son élève qu'il était catholique et de plus ecclésiastique. A cet aveu, M. Murrogh redoubla ses instances, tant pour lui faire accepter ses services, que pour le décider à se rendre au Canada, dans le but de servir son Eglise.

Avant de prendre une décision finale, M.

Raimbault alla consulter M. l'abbé Bourret^ agent des Sulpiciens à Londres. Celui-ci lui apprit qu'il venait de recevoir une somme d'argent de M. Octave Plessis, curé de Québec,, demandant, au nom de Mgr Jean-François Hubert, évêque de Québec, de lui envoyer an moins douze prêtres qui consentiraient à se consacrer au ministère paroissial. L'abbé Bourret ajoutait que l'argent qu'il lui ferait toucher, devait servir à défrayer le coût de la traversée de ceux qui se décideraient à passer au Canada. Il n'y avait pas à hésiter : M* Raimbault accepta les offres qu'on lui faisait^

■et avertit M. Murrogh de son prochain départ pour le Canada. Celui-ci, avec une générosité digne de l'éducation d'un gentilhomme anglais, s'empressa de lui ménager un passage sur un des vaisseaux marchands consignés à son associé à Québec.

Muni de lettres de recommandation les plus flatteuses, M. Raimbault s'embarqua à Plymouth, le ler juin 1795, et arriva à Québec, le 6 juillet suivant. Pendant la traversée, le jeune abbé fut traité avec les plus grands égards.

Aussi, M. Raimbault conserva, pendant toute sa vie, un profond attachement pour son élève. Il ne manquait jamais l'occasion de faire son ^loge, et de louer en même temps la libéralité du peuple anglais envers ses compagnons d'exil.

A son arrivée à Québec, il reçut, à bord du vaisseau, la visite de son ami l'abbé Louis- Joseph Desjardins qui le conduisit au Séminaire. Les prêtres de cette vénérable maison l'accueillirent avec le respect qu'ils n'ont cessé de témoigner à ceux que l'infortune leur amène, et le présentèrent à Mgr Denaut, consacré à Montréal quelques jours auparavant, (29 juin 1795), et qui se trouvait à Québec pour prêter son serment d'office.

Le nouveau prélat honora l'abbé Raimbault

•de la confiance la plus entière, et il l'amena avec lui à Longueuil, afin de le préparer à Tecevoir les saints ordres.

Les lettres de recommandation qu'il apportait avec lui, son prestige personnel, sa réserve, méritaient au jeune abbé cette faveur de Pévêque.

Le 19 juillet 1795, il reçut les ordres mineurs et le sous-diaconat, et le 25 du même mois il fut fait diacre et le lendemain il fut élevé à la dignité du sacerdoce.

C'était la première ordination que faisait Mgr Denaut

Par une gracieuse attention du bon évêque, M. Raimbault prit quelques semaines de vacances ; et en compagnie de l'abbé Perinault, vicaire de Longueuil, il fit une excursion sur la rivière Chambly. Le calme des belles campagnes qu'il traversait, l'aisance de la population et surtout l'esprit de foi et de piété qu'il remarquait partout, produisirent chez lui une impression si profonde, que plus tard, devenu supérieur de Nicolet, il faisait ses délices de préparer les jeunes prêtres au sacerdoce, afin, disait-il, de s'acquitter d'une dette de recon^ naissance qu'il avait contractée, vis-à-vis du clergé canadien, au jour de son ordination.

A la fin de ces heureuses vacances, il fut

placé au séminaire de Québec, où il s'adonna àl'étude de la théologie à l'enseignement, avec tant d'ardeur, que bientôt sa santé en souffrit* Au bout d'un an, il dut quitter cette maison pour se livrer au ministère pastoral. Ce fut alors que Monseigneur Hubert, avant de prendre possession de la cure du Château-Richer, obtint que l'abbé Raimbault l'y accompagnerait en qualité de vicaire.

Mais, cependant, Mgr Hubert était déjà si mal, que le premier dimanche qui suivit son arrivée au Château, il ne put pas même monter en chaire pour annoncer à ses paroissiens sa prise de possession de la cure. Il chargea son digne vicaire de le remplacer, et voici en quels termes M. Raimbault exposa à ses auditeurs, les arrangments quee Mgr Denaut venait de prendre, pour la desserte de leur paroisse.

C'est un modèle du genre : Nous continuons de citer l'abbé Bois :

« Le respectable prélat qui a conduit pendant un temps, hélas ! trop court, ce vaste diocèse, avec tant de sagesse et de succès, après en avoir remis l'administration dans les mains d'un digne successeur, a choisi cette paroisse pour sa retraite. Tandis que tout son troupeau regrette la perte de son pasteur, qui a prodigué sa santé pour le gouverner, vous

seuls, portion privilégiée, vous avez à vous^^ féliciter de le posséder au milieu de vous et de l'avoir à votre tête, comme votre pasteur particulier. Vous Pavez vu, il y a peu de temps, venir rendre les derniers devoirs à un frère dont le nom rappellera toujours à votre souvenir, un curé plein de zèle et d'ardeur pour votre salut ; et, c'est pour succéder à ce digne frère, et perpétuer parmi vous l'esprit de paix, de charité et de religion, qu'il vient maintenant prendre la conduite de cette paroisse.

« Hélas ! pourquoi ses forces ne lui permettent-elles pas de suivre les élans de son ardeur, pour votre satisfaction ; et de s'adonner aux travaux du saint ministère !

« Vous sentiriez bientôt les effets de son zèle^ de sa sollicitude pastorale et de cette aiBFection qu'il vous porte, et dont sa démarche ne vous laisse aucun lieu de douter. En retour de cette prédilection qu'il vous témoigne, il vous demande le secours de vos prières. Il veut que vous demandiez au ciel que sa volonté s'accomplisse à son égard, pour la santé ou la maladie, pour la mort ou pour la vie.

« Mais, tandis que sa conformité et sa résignation aux ordres de la Providence ne lui permettent pas de rien demander davantage

pour lui, vous devez, vous, mes frères (et j'aime à croire que le vœu que je vais vous dicter, est aussi conforme à vos sentiments, qu'il l'est à votre propre intérêt,) vous devez, dis-je, implorer le secours du ciel et demander au Seigneur, avec instance, qu'il rende à votre pasteur les forces du corps qu'il a perdues, en travaillant au gouvernement de cette Eglise, afin qu'il devienne en état de travailler de nouveau à guérir les infirmités spirituelles de son troupeau ; c'est le vœu particulier que j'adresserai à l'autel, dans le saint sacrifice de la messe, toutes les fois que je l'offrirai dans cette église.

• En attendant qu'il plaise au Seigneur de lui rendre la vigueur et la santé, vous trouverez, dans mon faible ministère, toute l'assistance qu'il dépendra de moi de vous donner.

Aidé du secours du ciel et de vos prières, que vous ne me refuserez pas, guidé par les conseils de votre sage pasteur, que je me ferai un devoir de consulter, dans tout ce qui concernera l'administration de cette paroisse, je m'efforcerai de répondre à la confiance dont il m'honore, et de vous procurer tous les secours spirituels que vous avez droit d'attendre de mon ministère ...»

En lisant cette belle page, on comprend

aisément, comment M. l'abbé Raimbault avait su de suite se concilier Pestime de Mgr Denaut, ainsi que la bienveillance de tous ceux qui l'approchèrent à son arrivée au Canada.

On y découvre à l'instant l'homme supérieur, dont l'âme élevée, les sentiments délicats, l'éducation littéraire soignée, comme celle d'un rhéteur, laissent entrevoir la place distinguée qu'il devait occuper bientôt, dans les rangs de notre clergé.

En se rendant au Château, Mgr Hubert espérait que l'air de la campagne lui rendrait assez de forces, pour lui permettre de travailler encore dans ce petit coin de la vigne du Seigneur ; mais à peine y eût-il passé quinze jours, que le pauvre évêque, se sentant plus mal, se fit transporter pour la dernière fois à l'Hôpital-Général. C'est là qu'il mourut le 17 octobre suivant, à l'âge de cinquante-huit ans et six mois, après trente-et-un ans de prêtrise et douze ans d'épiscopat.

Après la mort de Mgr Hubert, l'abbé Raimbault déclara à Mgr Denaut, qu'il préférait n'avoir qu'une seule cure à desservir, et lui demanda celle de l'Ange-Gardien, ce qu'il obtint sans peine. L^e 16 novembre suivant, il prit possession de cette paroisse.

C'était une charmante solitude que le près-

bytère antique de P Ange-Gardien, avec son verger planté sur le versant du coteau et son petit jardin cultivé avec soin. La modeste église rappelait au digne curé la pauvreté et la foi vive de nos premiers colons, tandis que la population laborieuse, économe, aux mœurs douces et pacifiques, aux habitudes champêtres, luiapportaitjCommeun parfum venu de France, le souvenir des familles patriarcales au sein desquelles s'était écoulée son heureuse enfance.

En un mot, l'abbé Raimbault se trouva parfaitement heureux. Plus tard, devenu supérieur de Nicolet, il se plaisait à répéter à ses collègues du séminaire, que le séjour de l'Ange-Gardien lui avait fait oublier les chagrins de l'exil.

Pour utiliser les nombreux loisirs que lui laissaient les travaux du saint ministère, M. le curé Raimbault voulut réunir autour de lui un bon nombre d'élèves qu'il désirait préparer pour le sanctuaire. Le premier et le plus illustre parmi eux, fut M. Chs-Frs Painchaud, fondateur du collège de Ste-Anne de la Pocatière. L'éloge de M. Painchaud n'est plus à faire. La pléiade brillante d'hommes si distingués et dans l'Eglise et dans l'Etat, qui lui doivent leur éducation classique, proclame hautement son nom, comme une de nos plus

pures gloires nationales. Mais il ne faut pas oublier que c'est à M. Raimbault, curé de l'Ange-Gardien, que revient l'honneur d'avoir formé ce grand bienfaiteur de notre pays.

Le ler février 1801, était un jour de grande réjouissance pour les paroissiens de l'Ange- Gardien. Monseigneur Plessis, qui venait d'être consacré évêque,le 25 janvier précédent, voulut, pour honorer M. l'abbé Raimbault, venir faire une ordination (c'était sa première) dans l'église de l'Ange-Gardien. M. Charles- L. Hot fut ordonné prêtre, et M. Chs-François Painchaud fut tonsuré le même jour, à la demande de M. Raimbault.

Outre M. l'abbé Painchaud, M. le curé de l'Ange-Gardien avait encore d'autres élèves du sanctuaire tels, que : MM. François-Mathias Huot, Louis Marcoux et Joseph-M. Bélanger, qui tous trois devinrent prêtres et honorèrent le sacerdoce.

M. Mathias Huot était un enfant de l'Ange- Gardien. Il fut le second prêtre que cette paroisse a donné au diocèse de Québec. Né le 25 février 1784, il était fils de François Huot et de Ursule Cantin ; ordonné le 11 octo-

bre 1807, il fut d'abord envoyé comme missionnaire à Caraquet et à Miramichi, puis nommé curé à Ste-Anne des Plaines, en 181 3.

" Vers la mi-janvier, dit M. Pabbé Charles Beaubien, M. François-Mathias Huot prit possession de la cure du Sault-au-Récollet. M.

Huot s'y distingua par sa tendre dévotion à la Sainte Vierge,en obtenant l'érection canonique de la confrérie du Carmel, par l'établissement des quarante heures, et par des travaux importants faits pour la restauration de l'église . . . Sentant les atteintes d'une grave maladie, il quitta le Sault au mois de mars 1827, pour aller chercher quelque soulagement à l'Hôpital- Général de Québec. Ce fut inutile ; le mal augmenta, et il mourut le 6 août 1827, à Tâge de 43 ans. » Suivant son désir, il fut inhumé dans l'église de l'Ange-Gardien, dans le chœur, du côté de l'épitre. Mgr Baillargeon, alors curé de cette paroisse, présida à ses funérailles. Il existe à l'Ange-Gardien un portrait de ce bon curé, conservé dans la famille de M.

Mathias Côté, son petit neveu.

Deux autres jeunes étudiants, Henry Hardinge et P. Schuyler, l'un anglais, l'autre américain, étaient venus se joindre à nos fervents ecclésiastiques, afin de profiter des leçons de français que leur donnait M. le curé Raim-

bault. Vifs, pétulants, avec des goûts de sportmen, Henry Hardinge, et son compagnon Schuyler offraient un contraste frappant avec les habitudes timides et réservées de leurs camarades canadiens. Mais telle était l'influence du bon abbé sur eux, que malgré la différence de religion, les jeunes Hardinge et Schuyler, par leur bonne conduite, firent, comme leurs compagnons catholiques, l'édification de la paroisse et la joie du vénérable prêtre chargé de leur procurer une bonne et saine éducation. Le Doéleur E. Dionne, dans sa Vie de M, Painchaud^ nous donne sur M. Hardinge les détails suivants :

« Hardinge était fils du révérend Henry Hardinge, recteur de Stanhope, comté de Durliam, en Angleterre. Il était né le 30 mars 1785.

« A peine âgé de six ans, il entrait comme enseigne dans l'armée anglaise.

«Il suivit bientôt son régiment à Québec.

Ici, on le confia à M. Raimbault, curé de l'Ange-Gardien, afin de lui donner une éducation française.

« Sou éducateur ne tarda pas à distinguer les éminentes qualités dont il était doué ; et il répéta à plusieurs reprises : ce jeune homme fera un grand chemin . . .

« Repassé dans son pays, Hardinge continua à servir dans l'armée, et, durant la guerre de la Péninsule, son mérite se fit connaître dans plusieurs engagements, entre autres, à Badajoz et à Busaco. Il contribua à la viéloire des Anglais à Albuera, et nous le retrouvons, couvert de gloire, à Salamanque, à Vittoria, à Nivelle, à Nive et à Orthes. Il fut blessé à Vittoria, et perdit une main à Ligny, sous Bliicher.

« Durant la paix qui suivit, Hardinge remplit plusieurs positions importantes. Il fut successivement greffier d'ordonnance en 1823 ; secrétaire de la guerre en 1828 ; secrétaire en chef d'Irlande, avec un siège dans le cabinet en 1830 et en 1834; encore secrétaire de la guerre en 1841 ; gouverneur général de l'Inde en 1844 ; maître général de l'Ordonnance en 1852, et enfin commandant en chef des forces britanniques à la fin de la même année. Trois années plus tard, il atteignait le haut grade de feld-maréchal. Hardinge se retira de la vie publique en 1856 et mourut le 24 septembre de la même année, à South Park, à l'âge de 71 ans.

« Sir Henry n'oublia pas M. Raimbault.

Toutefois il ne fit jamais plus que de lui envoyer, un jour, ses compliments, par l'intermé-

diaire d'un citoyen de Québec, qui Pavait rencontré en Angleterre.

— Dites à M. Raimbault ajouta-t-il, que c'est grâce à l'instruction qu'il m'a donnée, que je dois etr grande partie ma promotion, et d'avoir pu figurer dans l'état-major du général Bliicher pour diriger l'opération ou, du moins, aider la décision de la bataille de Waterloo.

« Deux fois M. Raimbault lui avait écrit : la première fois, pour le féliciter de son entrée dans le ministère, en lui recommandant le gendre du seigneur de Nicolet : M. Kenelm Chandler, lequel, étant passé à Londres, désirait une charge publique en Canada, pour le mari de sa fille ; la seconde, au départ de sir J. Kempt, administrateur, qui s'était offert de remettre lui-même la note de son ami M. Raimbault. Les deux missives restèrent sans réponse.

« — Ces grands personnages, disait en riant le bon M. Raimbault, craignent de se compromettre.

« M. Painchaud, fondateur du Collège de Sainte- Anne de la Pocatière, avait été le compagnon d'études et de jeux du jeune Hardinge. M. N.-E. Dionne, ajoute qu'il avait toujours

conservé une grande estime pour son illustre ami.

a — Si jamais il m'était donné de passer en Europe, disait un jour, M. Painchaud, j'irais sans hésiter un instant, frappef à la porte de Harry (c'est ainsi que M. Painchaud appelait M. Hardinge) et lui demander l'hospitalité; je sais que je n'aurais pas besoin d'intermédiaire pour arriver à lui ; je sais qu'il se souvient de nous, comme en 1798, bien qu'il y ait quarante ans que nous ne nous soyions pas vus, et peut être plus de vingt qu'il ne m'ait pas écrit. Je connais son cœur : ni' le temps ni les distances ne peuvent le refroidir. »

Cependant il ne faut pas croire, qu'en se chargeant de l'éducation de tous ces jeunes gens, M. le curé Raimbault négligeât les intérêts de sa paroisse. Loin de là. On peut en juger en lisant le portrait suivant que nous en a laissé M. l'abbé Bois : " M. Raimbault dit-il, vivait au milieu de ses paroissiens et de ses ses élèves, en se montrant toujours le modèle du prêtre. Plein d'ardeur pour le travail ; toujours réservé, digne, modéré dans ses conseils, il savait leur inspirer l'amour de

la religion ; faire respecter ses préceptes et en même temps la rendre aimable.

Sa parole onctueuse et pressante portait l'émotion et la conviction. Au reste, on sait que l'abbé Raimbault était un des prédicateurs les plus distingués de son temps.

Tous ces détails nous ont fait oublier quelques faits d'un intérêt local.

D'abord, le 15 juillet 1798, Mgr Denaut vint à l'Ange-Gardien, pour y administrer le sacrement de confirmation. Neuf années s'étaient écoulées depuis la dernière visite épiscopale faite par Mgr Hubert.

Quelle douce satisfaction pour M Raimbault, d'avoir l'occasion de recevoir sous son toit, le bon évêque qui, trois ans auparavant, l'avait accueilli avec tant de bienveillance, au presbytère de Longueuil, pour lui conférer les saints ordres !

Dans cette visite, Mgr Denaut confirma 71 garçons et 62 filles.

A cette époque, M. Raimbault fit faire plusieurs travaux considérables pour la réparation de l'église. La générosité des paroissiens ne se démentit pas ; ainsi, par exemple, on voit

par les comptes, qu'au printemps 1799, ils donnèrent une quantité considérable de sucre d'érable, afin d'aider à la Fabrique à payer ces améliorations.

Nous lisons à ce sujet dans le livre des délibérations la note suivante :

« Le quatre octobre mil huit cent-un, après l'annonce faite au prône de la messe paroissiale, les marguillers, tant anciens que nouveaux, assemblés dans la sacristie de l'église, pour examiner un plan qui leur devait être proposé, pour la décoration de l'église, qui <:ousiste à reculer le retable jusqu'à trois ou quatre pieds du rond-point, en séparant les <îeux ailes et n'y laissant que deux colonnes, pour transporter les quatre autres colonnes, •dans les deux chapelles ; à faire une boisure tout autour du sanctuaire, qui réponde aux bases des colonnes du maître-autel ; à placer les deux anges dans le sanctuaire, où il sera jugé le mieux ; à ranger droit le balustre, plancheyer le sanctuaire ainsi que les chapelles . . . ont approuvé le plan ci-dessus, à condition, que le marguiller en charge, et les deux marguillers en exercice au banc-d'œuvre, qui seront autorisés à passer les marchés et les actes nécessaires, n'entreprennent rien, qu'à fur et à mesure qu'il y aura, dans le coffre-fort,

de quoi subvenir aux ouvrages entrepris ; et autorise, en conséquence, les marguillers de l'œuvre à passer les marchés et conventions en se concertant avec Monsieur le curé, pour l'exécution du dit plan ; et ont signé le présent acte, les marguillers présents, en présence de Joseph Parent et Jean Raimbault, curé, comme témoin.

marque marque marque

de + Gabriel de + René de + Jacques Huot * Huot Garneau

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de + Simon de + René de -|- Magloire

Hébevt Mathieu (le grand) Marois

Nous soussignés certifions les marques cidessus véritables.

Jh. Parent.

Jn, RAIMBAUI.T,

Curé^

On voit par cette note que l'aspect du sanctuaire fut notablement changé.

Par une disposition du testament de M.

Dufournel, la fabrique était obligée d'allumer deux lampes dans les chapelles. M. Raimbault crut devoir obtenir de Mgr Denaut une modication de cette clause du testament.

Voici ce qu'il a consigné lui-même dans nos registres à ce sujet :

« Ayant témoigné à Monseigneur Denaut, lors de la visite épiscopale dans cette paroisse, en 1798, le désir que j'avais de changer cette disposition du testament de Monsr Dufournel, ancien curé de cette paroisse, qui porte qu'il y aura, dans les chapelles, deux lampes qui seront allumées tous les dimanches et fêtes d'obligation; par son autorité canonique et d'une manière qui fût agréable à la paroisse, Sa Grandeur me voulut bien répondre de vive voix,, qu'elle ratifierait tout moyen juste, qui serait adopté de concert avec les habitants que l'on consulterait à ce sujet : En conséquence, dans nne assemblée de 1803, la même que celle où il fut question du cimetière, mais dont je n'ai fait aucun acte, parce qu'il ne s'agissait que d'une mesure provisoire, et qui devait être soumise à l'approbation de Monseigneur dans sa visite prochaine ; je fis considérer aux habitants que la vapeur de l'huile de trois lampes ne pouvait que nuire à l'ornement de l'église, comme il était évident par les tableaux, qui s'étaient trouvés gâtés et recouverts d'une crasse noire avant leur réparation ; que les peintures qu'on pourrait mettre dans la suite sur la voûte et ailleurs, seraient bientôt endom-

magées ; que cette vapeur pénétrait même dans les armoires de la sacristie et avait sali plusieurs ornements ; et que l'efPet en serait encore plus sensible sur les dorures qu'on pourrait introduire ; qu'employer une somme équivalante à la consommation de l'huile pour ces deux lampes, à l'ornement des chapelles ou de l'église était suivre implicitement l'intention du testateur, qui était sommairement de décorer l'église. C'est pourquoi je, soussigné, lors curé, étant chargé de l'entretien de ces lampes, à raison de la prairie vis-à-vis du presbytère dans les fonds, dont je jouissais suivant la coutume ; je m'offris de remplacer cette dépense par une autre, équivalante pour la décoration des chapelles, et que j'évaluai à un louis environ par an ; que cependant les lampes pourraient être allumées aux fêtes les plus solennelles, pendant les offices, en cire ou suif, pourvu toutefois que ce moyen fut soumis à Monseigneur, en temps convenable et approuvé par Sa Grandeur, sans prétendre engager, jusqu'à la dite approbation, aucun de mes successeurs dans la cure de cette paroisse. Je déclare qu'il m'a paru que ma proposition fut unanimement admise par l'assemblée et que je n'ai eu connaissance d'aucune réclamation ni opposition quelconque. -Fait ce 23 janvier 1850. 1

En outre, la paroisse doit à M. Raimbault l'acquisition des deux autels latéraux qui ornent les chapelles.

Nous lisons à ce sujet, dans le deuxième livre des comptes et délibérations, la note suivante, écrite de sa main :

« En 1803, 1^ Fabrique de St-Laurent de Plsle d'Orléans, ayant dessein de vendre de gré à gré deux tabernacles dorés, qui n'étaient point de proportion avec les petits autels de la dite église, je soussigné, curé de cette paroisse, fis part aux habitants, par forme d'avertissement au prône de la messe paroissiale, de cette occasion favorable d'acquérir deux tabernacles pour nos petites chapelles qui en manquaient. Le résultat de cet avertissement fut si satisfaisant, par les contributions volontaires que chacun s'empressait d'offrir, que les marguillers et moi ne balançâmes point d'aller faire des propositions au curé et marguillers de St-Laurent. Le marché fut conclu et les tabernacles, avec leur garniture de croix et six chandeliers de bois argentés, et leur couverture d'indienne, achetés pour prix de soixante et douze louis, dix-huit chelins quatre deniers, cours de cette province, comme fait foi la quittance, signée du curé et des marguillers, conservée dans les papiers de la

Fabrique. Les contributions gratuites excédèrent même la dite somme, de sorte que loin de rien prendre au coffre pour le paiement des dits effets, sept louis, quinze chelins, trois deniers qui en provenaient, furent versés dans le dit coffre de la Fabrique.

« J'ai cru devoir mentionner ici, par un adle exprès la générosité des habitants de cette paroisse, dans cette occasion et dans quelques autres dont je formerai un tableau ci-après, afin que Monseigneur l'Illustrissime et Révérendissime Evêque de Québec en aye connaissance et que sa Grandeur veuille bien y avoir égard, comme je l'ai fait espérer aux marguil- 1ers et tenir quittes les habitants de quelques dépenses faites au compte de la Fabrique en différentes fois et mentionnées à leur date dans les différents comptes rendus par les marguil- 1ers et que je rapprocherai ci-après. Ce 21 janvier 1805.»

Voilà certes un beau témoignage en faveur de la générosité des paroissiens de l'Ange- Gardien. Mais ce qui n'est pas moins admirable, c'est qu'aujourd'hui, à une intervalle de cent ans, leurs petits-fils ont voulu lutter dignement, et, au moyen d'une souscription volontaire de $600.00 ont doté leur jolie église de six superbes vitraux peints.

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