M. FRANÇOIS BOUCHER, DIX-SEPTIÈME CURÉ
Son ordination. — Départ pour la Rivière Rouge. ^Son rappel. — Nommé curé de T Ange-Gardien. —Ses missions au Saguenay. — Souvenirs. — I^ettre de Mg^r Sig^nay.— Construction du presbytère. —Zèle du curé pour l'éducation.— ler maître d'école à l'Ange-Gardien. — Départ de M. Boucher. — Cambray à l'Ange-Gardien.
Nous avons eu l'avantage de connaître personnellement le révérend messire François Boucher, pendant les dernières années de sa vie, alors qu'il était curé de St-Ambroise, et d'apprécier ses belles qualités. Si M. Boucher n'occupe pas par la science ou des talents brillants, une place au premier rang parmi ses illustres prédécesseurs, les Hubert, il ne mérite pas moins de leur être comparé par sa profonde humilité, son zèle courageux, et surtout par son inépuisable charité, dont il ne cessa de donner des exemples journaliers, pen-
dant les onze années qu'il passa au milieu de la petite population de l'Ange-Gardien.
M. François Bouclier naquit à St-François de la Beauce, le 12 mars 1803, du mariage de Pierre Bouclier et de Catherine Perras.
Placé au Séminaire de Québec pour y faire ses études classiques, il en sortit à l'âge de 19 ans, pour s'oflPrir à Mgr Provencher et se dévouer aux missions lointaines de la Rivière Rouge. Mgr Provencher, qui venait d'être consacré évêque aux Tiois-Rivières, par Mgr Plessis, le 12 mai 1822, accepta les services de M. Boucher, qui n'était encore que minoré, et l'emmena avec lui pour lui faire partager ses pénibles travaux. Ce fut dans ses courses continuelles, au milieu des nations sauvages, que le jeune missionnaire dut faire ses études théologiques, et se préparer aux saints ordres. Le 16 août 1829, ^^ f^^ promu au sacerdoce, par Mgr Provencher, dans l'humble cathédrale de Saint-Boniface.
Que de fois, nous l'avons entendu faire le récit de ses missions, et des consolations qu'il éprouvait au milieu des fatigues et des privations qu'il avait à endurer. La docilité des jeunes sauvages à écouter la parole du missionnaire, et à recevoir la grâce de la conversion, leur fidélité à suivre ses conseils, afin de la
conserver, étaient surtout ce qui avait fait la plus forte impression dans son esprit. Tant que le jeune sauvage, disait-il, demeure seul dans les bois, il est aisé de faire de lui un bon chrétien et de le maintenir tel ; mais qu'il est difficile de le conserver, quand une fois, il est entré en commerce avec les blancs, dont il prend bientôt tous les défauts en perdant luimême ses bonnes qualités. C'est pourquoi, le bon M. Boucher avait pris en horreur tous les traders et les agents des différentes sociétés commerciales qui se partageaient alors le territoire du Nord-Ouest. Ils ont, disait-il, anéanti, en quelques années, l'ouvrage des missionnaires. Le métis et le sauvage ne peuvent résister aux attraits des boissons enivrantes. Dès qu'il y ont goûté une fois, ils oublient de suite les principes de la religion chrétienne.
Aussi, M. Boucher mettait-il tout en œuvre pour empêcher les blancs de pénétrer au milieu des tribus indiennes, et il préférait plutôt envoyer les vieux sauvages aux postes des diverses compagnies, pour y faire la traite, afin de ne pas exposer les jeunes à contracter le vice de l'ivrognerie. D'une taille et d'une force herculéenne, il en imposait à tous ; blancs, métis et sauvages n'osaient lui résister.
M. Boucher demeura dix ans dans les missions du Nord-Ouest.
En 1833, Mgr Signay le rappela à Québec, afin de profiter de son expérience et de sa connaissance des langues sauvages, pout l'envoyer évangéliser les peuplades indiennes disséminées le long de la côte Nord du fleuve Saint- Laurent, et dans la région située en arrière du Lac St-Jean.
A cet eflPet, le 27 novembre 1833, il lui confia la petite cure de l'Ange-Gardien, avec la charge d'aller visiter chaque année, pendant l'été, les « postes » du Roi, dans la seigneurie de Mingan et ceux du Haut Saguenay. Afin de lui faciliter l'exercice de ce ministère, l'évêque s'engagea de lui fournir tous les ans, sans qu'il s'en occupât, un remplaçant qui prendrait soin de la paroisse.
M. Boucher vint de suite prendre possession de sa paroisse ; et le 29 du mois de novembre 1833, il signe son premier adle dans nos registres.
A la grande joie des paroissiens, le premier prêtre chargé de remplacer M. Boucher, pendant sa première mission chez les sauvages du Saguenay, fut M. Baillargeon, alors curé de Québec, qui aimait beaucoup à venir passer quelques jours à l'Ange-Gardien, pour se repo.
ser des fatigues du ministère, dans la grande paroisse de Notre-Dame de Québec. Pendant les onze ans, du séjour de M. Boucher à l'Ange- Gardien, la paroisse vit passer tour à tour les prêtres suivants, qui furent chargés de la desserte de la paroisse :
Chs- François Baillargeon . 1834
F. - H. Belle-Isie "
G.-M. Besserer "
J.-B. Marauda "
Ph.-Aug. Parent ''
Chs Bégin *'
P. Villeneuve "
J.-D. Daulé "
Chs Chiniquy — ! . . . . 1835