CHAPITRE XR
iS6î 1 1S73
relise— Prospérité de la pamssscL— Mailadie an cmé-— H. J08L Gînrd nommé desserrant. — ^Résîsiutioa de M. Pafcuu — H. Cfas Beanmont. TÎn^-nniènie cnxé. — Caiact^ic de IL Beanmont. — II donne sa démission. — Sa moxt.
Imm^iatement après Jes funérailles de M.
Leduc, M. Étienne-Édouaid Parent, curé de Château-Rîcher, fut nommé par Mgr Baillargeon pour lui succéder à PAnge-Gaidîen,
Ordonné par Mgr Signay en 1829, ^ l^^ge de 30 ans, M. Parent fut nommé vicaire à la Cathédrale de Québec, où il demeura pendant trois ans. Mgr Signay lui confia ensuite la belle cure du Cap St-Ignace qu'il desservit jusqu'à 1840; la maladie le força de prendre trois années de reix)s. Rendu à la santé, il f x^t nommé par Mgr Turgeon curé de Chfttcau- Richer, en 1843, H arriva à rA«R^^»An\ien le ler novembre 1861. Le premier acte d'administration de M» IV
rent fut l'introduction des poêles dans l'église de l'Ange-Gardien. C'était un véritable bienfait. Il y avait déjà plusieurs paroisses qui en possédaient dans leurs églises, mais telle était la routine qu'on n'osait pas le faire partout encore : on allait jusqu'à alléguer que les fabriques ne pouvaient faire une pareille dépense... et le pays était couvert de forêts !
M. Parent fit ensuite terminer l'intérieur du presbytère tel qu'il est aujourd'hui, et dépensa une somme d'au delà de ;^550 pour des travaux d'amélioration dans l'église.
Lors de sa visite épiscopale, le 23 juin 1866, Mgr Baillargeon alloua les comptes.
Ceux de l'année 1869 montrent une grande augmentation dans la recette : au lieu d'une centaine de louis, elle se monte à au delà de ;^500. Mgr Baillargeon, pendant sa visite le 3 juillet 1870, en témoigna hautement sa satisfaction.
La paroisse traversait alors une époque de grande prospérité. Les récoltes étaient excellentes, et les ouvriers avaient un bon salaire. Une source de grands revenus pour les habitants de toute la côte de Beaupré était la culture des arbres fruitiers. Les pommiers et surtout les pruniers donnaient des profits extraordinaires. On nous cite à ce propos le fait
d'un cultivateur de l'Ange-Gardien, du nom P. Mathieu, qui dans une seule année, réalisa la somme de $400.00 par sa récolte de prunes. Celles-ci étaient d'une qualité particulière, petites, mais d'une saveur exquise, qui se vendaient au marché de Québec à un prix plus élevé que les autres. Les habitants avaient en outre doublé le profit qu'ils retiraient de leurs sucreries. Jusque-là, suivant l'ancienne méthode, ils recueillaient l'eau d'érable dans de méchants « cassots » d'écorce ou dans des auges de bois, qui donnaient à l'eau une couleur terne et par là produisaient un sucre de qualité inférieure. Mais profitant de l'exemple des cultivateurs de la côte sud, ils firent l'acquisition d'ustensiles modernes et améliorés. Bientôt ils luttèrent avec avantages et obtinrent sur le marché un prix raisonnable. Et peu d'années,, ils réalisèrent un tel profit, qu'on lui a donné le nom de récolte du printemps.
En un mot, si petite qu'elle fut, la paroisse de l'Ange-Gardien, avec son modeste revenu^ suffisait au bon curé, qui d'ailleurs avait un beau patrimoine ; car M. Parent appartenait à l'une de nos meilleures familles de la ville de Québec, alliées à celle des Painchaud. Les habitants de l'Ange-Gardien disaient ^ notre petit curè^ âest un bourgeois ! £ Sans recherche
dans ses habits, il était d'une exquise propreté. Tout dans son presbytère, respirait l'ordre parfait : rien de surprenant si l'église et la sacristie étaient surtout l'objet de ses soins. Il possédait personnellement de superbes ornements sacerdotaux, il avait même des étoffes précieuses qu'il tenait en réserve pour eu faire confedlionner au besoin. On peut voir dans la sacristie de St-Pierre, Ile d'Orléans, une chasuble du plus grand prix, qu'il a léguée à la fabrique de cette paroisse; en un mot, il avait à un haut degré l'amour de la maison de Dieu.
Au mois de novembre 1871, M. Parant, alors âgé de 72 ans, crut devoir demander un prêtre pour l'aider. M. Napoléon Laliberté, aumônier de l'archevêché, vint lui porter secours. Par son affabilité, sa politesse, celui-ci se fit tellement aimer, que quoiqu'il n'ait passé que trois semaines à l'Ange-Gardien, son souvenir y est resté. Le 4 décembre, M. Joseph Girard, professeur au Séminaire de Québec, fut nommé vicaire.
Un concours de circonstances malheureuses vinrent assombrir les derniers mois de M.
Parent à l'Ange-Gardien. Le 19 mai suivant, 1872, il offrit sa démission à Mgr Taschereau. Quelques semaines après, il quittait la paroisse
^t alla se retirer à St-Pierre Ile d'Orléans, chez M. Tardif, instituteur, où il mourut deux ans après, dans le cours du mois de mai.
On vit alors combien M. Parent était aimé à l'Ange-Gardien. La paroisse entière voulut assister à ses funérailles, et il fallut deux bateaux pour traverser tous ceux qui voulurent lui rendre leurs derniers hommages. Il avait été 7 ans curé de la paroisse.
M. Jos. Girard continua à desservir la cure jusqu'à la St-Michel, en attendant l'arrivée de M. Charles Beaumont.
M. Charles Beaumont était déjà très favorablement connu à l'Ange-Gardien, lorsqu'il y fut nommé curé en 1872, par Mgr E.-A.
Taschereau.
Les habitants de cette paroisse avaient souvent eu occasion de le voir et d'apprécier ses mérites ; car durant son séjour à St-Joachim, où il était curé, M. Beaumont venait régulièrement, en qualité de voisin, prêter son concours à M. Parent.
D'ailleurs, ils n'ignoraient pas que, plusieurs années auparavant, en 1854, une démarche avait été faite par plusieurs prêtres, entre
autres, MM, Gosselin, Tardif, Parent et Me- Gauran, qui, dans une lettre colle<5live, avaient demandé à Mgr Baillargeon que M. Beaumont fut nommé à TAnge-Gardien comme successeur de M. Asselin. Mais près de vingt ans s'étaient écoulés depuis cette époque, et quelques-uns des paroissiens trouvaient que M. Beaumont était trop vieux ; que d'ailleurs, il y avait assez^ longtemps que leur paroisse était desservie par des vieillards, et ils essayèrent de faire signer une requête à l'évêque, afin d'obtenir que M. Napoléon Laliberté, aumônier de l'archevêché de Québec, leur fut donné comme curé.
Nous avons dit plus haut, qu'au mpis de novembre 1871, M. Napoléon Laliberté était venu passer quelques jours à l'Ange-Gardien pour porter secours à M. Parent, alors malade. Par sa politesse, son affabilité, ses manières engageantes, son bel extérieur et sa tenue irréprochable, sans fierté, M. Laliberté avait, en ces peu de jours, conquis tous les cœurs dans la paroisse. Dans chaque maison, nous racontait M. François Laberge, le soir, à la veillée, on ne parlait que de M. Laliberté ; que c'était là le curé qu'il leur fallait, en un mot ce fut un véritable engouement. Avouons que leur admiration ne pouvait tomber sur un sujet plus digne. Cependant, la plupart des parois-
siens refusèrent de signer la requête ; et on peut dire que tous virent, avec plaisir, M. Beaumont venir prendre possession de la cure de l'Ange-Gardien ; ils ne pouvaient pas raisonnablement désirer être desservis par un plus digne prêtre.
M. Beaumont était l'homme pacifique par excellence : jamais il ne sut se faire un seul ennemi. Humble jusqu'à la timidité, il semblait avoir pris pour devise le verset de l'Imitation Ama nesciri et pro nihilo reputari^ évitant avec soin, tout ce qui pouvait attirer sur lui l'attention du public. Par exemple, il ne voulut jamais se laisser photographier. Avec tout cela, il était très sociable et son plus vif plaisir était de se trouver en compagnie de quelques confrères, soit au petit Cap, soit à son presbytère ; rien n'égalait alors sa douce gaité ; sa joie devenait enfantine et faisait les délices des écoliers, qui lui demandaient tantôt une histoire, tantôt une chanson, et qui, dans leur enthousiasme, l'appelaient « le bon petit Père Beaumont. • Les membres les plus distingués du clergé se faisaient un honneur de le visiter. Et Mgr Baillargeon et le cardinal Taschereau l'honorèrent de leur amité. Quand il les recevait chez lui, sa cordialité était le principal apprêt de sa table, laquelle, toute
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simple qu'elle fût, satisfaisait les convives les plus délicats.
M. Beaumont prit possession de la cure de l'Ange-Gardien au mois d'octobre 1872. Dès le mois suivant, il tint une assemblée de paroisse, pour rendre les comptes de l'année précédente. Il accuse une recette de $1,084.- 56 et une dépense de $890.25, laissant en caisse une balance de $194.31.
Pour donner une idée de la sagesse de son administration, dans l'assemblée qu'il tint trois mois après, au mois de mars 1873, îl accuse une recette de $775.84, contre une dépense de $295.18, laissant une balance de $480.66 en caisse !
C'était fort encourageant, et le marguiller en charge, feu M. Nicholas Mathieu, père de notre estimable sacristain actuel, disait « Notre curé n'a jamais besoin d'argent, il en trouve partout ». Malheureusement, sur ces entrefaites,M. Beaumont tomba assez dangereusement malade. Craignant de ne pouvoir plus longtemps administrer sa paroisse tout seul, au lieu de demander un aide temporaire, il pria Mgr Taschereau — de lui permettre d'abandonner sa cure. Connaissant le mérite du bon curé, l'archevêque y consentit avec beaucoup de regret.
Au mois de mars 1873, c'est-à-dire, moins de six mois après son arrivée, M. Beaumont se retira du saint ministère au grand chagrin de ses paroissiens. Toutefois, il voulut continuer de demeurer au milieu d'eux, et il acheta une maison voisine de l'église avec l'intention d'y finir ses jours.
Par l'entremise du cardinal Taschereau, il obtint de Rome le privilège d'avoir chez lui un oratoire public, où les paroissiens étaient admis. Avec une industrie peu commune, M.
Beaumont avait confeélionné de ses propres mains tout le mobilier et même tous les ornements sacerdotaux devant servir à sa modeste chapelle. Tout était pauvre, mais parfaitement convenable. D'ailleurs, il ne faisait en cela que retenir pour son usage une partie des nombreux ouvrages qu'il avait faits pour les missions . pauvres, préludant ainsi à V Œuvre des Tabernacles de notre diocèse, qui rend aujourd'hui de si grands services. En cela, il était secondé par son homme de confiance, M.
Ambroise Baillargeon, qui utilisait ses loisirs eu fabricant, sous sa direélion, des chandeliers de bois, des pupitres, des chaises, des tables pour les églises pauvres.
Pendant les seize années que M. Beaumont vécut encore à l'Ange-Gàrdien, entouré de la
vénération de ses anciens paroissiens, il ne cessa de leur être utile par ses bons conseils, et de les édifier par sa profonde piété. Plein de discrétion, ne s^immisçant jamais dans la direction de la paroisse, il sut cependant rendre de grands services à chacun de ses successeurs : c'est-à-dire MM. Boily, Gauvin et Marquis. Dans le fameux procès à propos d'un chemin, dont il sera fait mention plus tard, M. Boily fut heureux de se prévaloir des avis de M. Beaumont, dont la modération parvint peu à peu à calmer les esprits, sinon à faire disparaître entièrement les rancunes et les animosités des parties en cause.
De son côté, M. J. Marquis, devenu curé de l'Ange-Gardien en 1888, trouva en M. Beaumont, dont il était l'ami depuis de longues années, un conseiller prudent et sage, qui l'aida à rétablir l'équilibre dans les finances de la paroisse.
Quant à M. le curé Gauvin, pendant les quatorze années qu'il desservit la paroisse, sa santé toujours chancelante l'obligea de recourir presque continuellement à la bienveillance de M. Beaumont pour se faire aider ; et il en usa largement, comme le prouve les nombreux actes de nos registres signés par lui.
On peut dire, en toute vérité, que M. Beaumont
se constitua volontairement le desservant désintéressé du curé. Avec cette charité discrète qu'on lui connaissait et sans la moindre ostentation, M. Beaumont se prêta à rendre à la paroisse tous les services que requérait le salut ministère. Eu uu mot, il était le modèle du plus charitable de tous ses confrères.
Pendant ce temps, il se livrait à un travail des plus importants et des plus arides, avec la patience d'un bénédictin : il fit un tableau de la ■ Filiation de toutes les familles de la Côte de Beaupré, Ce travail forme un cahier de 325 pages ; son utilité est telle qu'il servit de suite à réhabiliter plusieurs mariages invalides par suite des différents degrés de consanguinité, qu'on n'avait pas déclarés, et dont on n'avait pas obtenu dispense. Comme presque toutes les familles de l'Ange-Gardien sont unies par des liens de parenté, il faut continuellement avoir recours au travail de M. Beaumont, au moyeu duquel il est désormais très facile âe découvrir les différents degrés de parente. M. Beaumont avait déjà fait un travail aiiialogue pour certaines paroisses de la Beauce.
En 1878, lors de l'élargissement de l'église, M. Beaumont rendit aux paroissiens de l'Anx^c- Gardien un service bien important, l'.u ses conseils il réussit, de concert avec M. ('.rcj;oirc
Tremblay, curé de Beauport, d'empêcher la démolition du chœur de leur petit temple et à conserver ainsi, un des plus intéressants souvenirs historiques de la côte de Beaupré, (voir la gravure frontispice).
Il continua encore pendant quelques années à édifier ses anciens paroissiens par sa profonde et aimable piété. Détaché de tout, M. Beaumont était prêtre dans toute l'acception de ce mot : il ne s'intéressait qu'aux choses qui se rattachaient à sa sublime vocation. Dieu sembla le récompenser dès ici-bas, en lui accordant une admirable sérénité d'âme, qu'il conserva pendant toute sa vie. Aussi, peut-on lui appliquer avec la plus parfaite exaélitude, les deux vers si connus du bon Lafontaine :
Approche-t-il du but, quitte-t-il ce séjour,
Rien ne trouble sa fin : c'est le soir d'uu beau jour !
M. Beaumont s'éteignit doucement, le 3 septembre 1889, à l'âge de 69 ans. Suivant l'abbé Tanguay, il était né à Charlesbourg, le 30 novembre 1820; fils de Jacques Beaumont et d'Agathe Pageau ; ordonné à Québec le 23 juin 1844; il devint successivement curé de Saint-Ferréol, de Ste-Hénédine, de St-Joachim et de St-Michel.
Ses obsèques eurent lieu à Charlesbourg, le
5 septembre 1889, au milieu d'un grand concours de prêtres. Aucune notice n'apparut alors dans nos journaux sur la vie de ce prêtre si estimable, A défaut de toute autre, nous voulons, au nom des paroissiens de l'Ange- Gardien, déposer celle-ci, comme une fleur tardive, sur la tombe de leur vénéré curé.