‹ Histoire de la paroisse de l'Ange-GardienChapitre 23 sur 35 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

M. Roger Boily vingt-deuxième curé de l' Ange-Gardien. — Missionnaire aux Escoumains. — Procès à propos d'un chemin. — I^ettre de Mgr Taschereau. — M. Boily résigne. — Il se rend à Manitoba. — Sa mort. — Eloges. — M. Narcisse Gauvin, vingt-troisième curé. — Travaux à l'église. — Bénédiction de cloches. — M. Gauvin résigne.— M. Joseph Marquis, vingt-quatrième curé. — Conférences agricoles. — Curé de St- Nicolas. — Agent de colonisation. — Ses travaux. — Sa maladie.— Sa mort. — M. H. -A. Vaillancourt, vingt- cinquième curé

Plusieurs de nos leéleurs, en parcourant cette nouvelle notice, vont probablement s'écrier que notre travail n'est qu'une suite ennuyeuse de panégyriques des plus anodins, et que nous imitons certains biographes qui font des héros des plus simples mortels. Toutefois, nous nous en tenons à l'exaéle vérité. D'ailleurs, une partie de ce qui suit est un extrait du Courrier dn Canada.

Nous avons passé les dernières années de nos études au collège de Ste-Anne-de-la-Pocatière, sous la surveillance de messire Roger

Boily, qui était alors maître de salle ; et nous avons été à même d*admirer sa patience, sa bonté, sa profonde piété. Ses compagnons d'étude l'appelaient en riant le divin Roger. Il était le modèle accompli du bon écolier.

Entré au collège à un âge où la plupart des élèves ont fini leurs études, ce fut à force de travail qu'il put apprendre assez de latin pour <:ommencer l'étude de la théologie. Si ses vertus faisaient l'admiration de ses maîtres, sa lenteur les décourageait. Mais en revanche, tout son travail était fait avec le plus grand soin et finissait par produire de bons résultats. Ordonné prêtre à Québec, le i8 octobre 1857, il continua de demeurer au collège de Ste- Anne-de-la-Pocatière, en qualité de premier maître de salle, chargé en même temps d'aller faire les offices du dimanche dans la paroisse de St-Onésime. Quoiqu'il fut de haute stature et d'apparence robuste, M. Boily ne jouissait pas cependant d'une forte santé, et après quelques années de séjour au collège de Ste-Anne, d'après l'avis du médecin, il fut envoyé sur la rive nord du St-Laurent, en qualité de missionnaire des Escoumains. Bientôt, il dut recourir i. son jeune frère, Pierre, récemment ordonné prêtre, pour l'aider dans sa petite mission.

Mais il lui fallut enfin prendre un repos com-

plet, et se retirer chez ce même frère, auquel il s'efforça d'être utile, autant que le délabrement de sa santé pouvait le lui permettre.

En 1873, Mgr Taschereau lui conseilla d'essayer de prendre soin de la petite cure de l'Ange-Gardien. Après beaucoup d'hésitation, M. Boily y consentit et en prit possession le 2a mai 1873.

Quoiqu'âgé de 48 ans seulement, il paraissait en avoir soixante, et les gens de l'Ange- Gardien, croyant voir arriver un homme dans la force de l'âge, ne furent pas peu surpris, envoyant apparaître presqu'un vieillard.

Malheureusement pour le nouveau et faible curé, il s'éleva dans la paroisse, peu de mois après son arrivée, une grande difficulté à propos de l'ancien chemin qui longe le bas de la côte. Les uns prétendaient qu'il était inutile et qu'il fallait le fermer; les autres, au contraire, soutenaient qu'il était absolument nécessaire : histoire des deux chèvres du bon Lafontaine . . . Après maintes réclamations de part et d'autre, l'affaire fut portée en cour et créa une grande animosité chez toute la population de l'Ange-Gardien. La paroisse jusque là si heureuse et si paisible, perdit beaucoup de sa réputation ; les rancunes qui surgirent alors ne s'éteignirent qu'avec la nouvelle gêné-

ration : le tout pour un chemin inutile, remplacé aujourd'hui, par la voie ferrée.

Pour calmer les esprits, Mgr Taschereau adressa aux gens de l' Ange-Gardien la magnifique lettre pastorale qui suit :

ELzêAR-ALKXANDRB Taschkrkau, par la miséricorde de Dieu et la g^âce du Saint-Siège Apostolique, Archevêque de Québec.

Aux fidèles de la paroisse de T Ange-Gardien » salut et bénédiction en Notre-Seigneur.

Nous nous rappelons, N. T. C. F., que le printemps dernier, il y a eu parmi vous des dicussions assez vives, au sujet d'un certain chemin qui, après avoir été longtemps abandonné, aurait été redemandé par un certain nombre d'entre vous.

Après de longues discussions, cette affaire a été portée devant les tribunaux, et enfin jugée par l'autorité compétente.

Nous apprenons, avec douleur, que la même question est agitée de nouveau et menace de soulever les mêmes discordes, au grand détriment de la charité qui doit régner entre vous, et au grand dommage temporel de la paroisse, qui va se trouver de nouveau exposée à de grands frais dans ces procès toujours ruineux.

C'est pourquoi, N. T. C. F., nous venons vous exhorter et vous conjurer, au nom de Notre-Seigneur, au nom des liens de charité que Dieu a établis entre vous, au nom aussi de vos intérêts temporels, de vous en tenir purement et simplement au jugemçnt

si sage, si prudent et si juste, qui a été rendu par le tribunal auquel vous en aviez appelé vous-mêmes.

Notre devoir pastoral nous oblige de vous rappeler que toute injustice envers le prochain déplaît au Dieu de toute justice ; et qu'au jugement il demandera un compte rigoureux à chacun de vous de ce qu'il aura fait ou dit contre son prochain. Car, N. T. CF., nous sommes tous les enfants de Dieu, créés à son image et appelés à le posséder éternellement dans le ciel ; c'est en cette qualité que Dieu nous aime et veut que nous nous aimions les uns les autres pour son amour. Le bien ou le mal que nous faisons au prochain. Dieu le regarde comme fait à lui-même. Si donc, dans cette circonstance, quelqu'un d'entre vous agit par passion, par haine, par vengeance, par orgueil ou par quelqu 'autre mauvais motif caché au fond de son cœur, il n 'échappera certainement pas au jugement de Dieu et le mal qu'il veut faire à son prochain retombera sur sa tête. Vous savez, N. T. C. F., que ceux qui plaident doivent réparer tout le tort fait inutilement au prochain. Vous savez aussi que ceux qui emploient de mauvais moyens pour arriver à leurs fins sont coupables devant le bon Dieu, qui réprouve tout ce qui n 'est pas selon la vérité, selon la droiture, selon la charité, selon la justice.

Examinez donc bien toutes choses avant de vous engager dans de nouvelles procédures, qui finiront probablement comme la première fois ; et afin de ne pas vous faire illusion, demandez- vous à vousmêmes ce que vous en penseriez si vous étiez sur le point de comparaître devant le bon Dieu.

Sera la présente lettre pastorale lue au prône de la

paroisse de l'Ange- Gardien, le premier dimanche après sa réception.

Donné à Québec, sous notre seing, le sceau de TArchidiocèse et le contre-seing de notre soussecrétaire, le dix -sept septembre mil huit cent

soixante et quatorze.

f E.-A., Arch. de Québec.

I/. S. Par Monseigneur

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