‹ Histoire de la paroisse de l'Ange-GardienChapitre 24 sur 35 · C.-A. Mardis, Ptre · texte numérisé non relu

C.-A. Mardis, Ptre

Sous-secrét.

Comme on le prévoyait, M. Boily ne put faire face à l'orage. Sa santé déjà, si faible, y succomba tout à fait ; et il supplia Mgr l'archevêque Taschereau, de lui permettre de se retirer du saint ministère. Au mois d'octobre suivant, 1874, il quitta l'Ange-Gardien pour aller demeurer chez son frère, M. Pierre Boily, alors curé des Eboulements.

Malgré son court séjour à l'Ange-Gardien, M. Boily y a laissé un profond souvenir.

L'éloge de ce saint prêtre, publié dans le Courrier du Canada en 1896, peu de jours après sa mort, nous dispense de donner de plus amples détails sur sa vie. Nous citons textuellement :

« Nous avons le triste devoir d'annoncer à nos leéleurs, le décès du Rév. Roger Boily, ptre, ancien curé, décédé, le dix du mois courant, âgé de 72 ans.

« Ce vénérable prêtre était bien connu de tout le comté de Charlevoix, surtout à la Baie St-Paul, où Pon peut dire qu'il comptait autant d'amis que de paroissiens. En effet, c'est à la Baie qu'il est né, et c'est à la Baie qu'il a vu s'écouler la plus grande partie de sa vie.

« Feu M. Roger Boily fit ses études au <:ollège de Ste-Anne ; et il fut ordonné prêtre le ï8 octobre 1857, étant âgé déjà de 32 ans, «t ayant dépensé plusieurs années dans l'enseignement.

« Employé d'abord comme prêtre professeur au collège de Ste-Anne-de-la-Pocatière,il devint missionnaire aux Kscoumains ; puis la maladie le força d'abandonner le ministère actif. Plus tard, il devint curé de l'Ange-Gardien ; mais les forces lui faisant absolument défaut, il dut encore abandonner ce poste et se retirer chez son frère, feu Rév. Pierre Boily, décédé, curé des Eboulements. En 1895, il se rendit à St- Joachim-de-la-Broquerie, dans la province de Manitoba, en promenade chez un de ses frères «t plusieurs neveux établis en cet endroit L'automne derniei, il pensait revenir au milieu de nous ; mais se trouvant trop faible, pour entreprendre le voyage, il avait remis la partie au printemps prochain, lorsque la mort est

venue, en quelques jours, trancher le fil de ses jours.

« Tous ceux qui ont connu intimement ce vénérable prêtre se rappelleront longtemps ses qualités personnelles et ses vertus sacerdotales. Sa grande piété, la douceur de son caraélère, cette affabilité dans tous ses rapports avec les personnes qui l'approchaient, sa politesse exquise le rendaient cher à tous. Les douleurs qui l'ont assailli, pendant les vingt-cinq dernières années de sa vie, ne lui ont jamais arraché un cri de douleur, n'ont jamais assombri l'aménité de son caraélère. Cette période de sa vie a été une prédication constante de patience et de résignation à la volonté de Dieu.

« Les nombreux amis de feu M. Roger Boily, regrettent infiniment que ce saint prêtre soit mort si loin du sol natal, et qu'ils n'aient pas la consolation de voir sa dépouille mortelle reposer au milieu d'eux.

« Un service funèbre a été chanté ce matin, dans l'église de la Baie-St-Paul pour le repos de l'âme du vénérable défunt.

tt II était oncle du Rév. Edouard Boily, vicaire à la Malbaie, et de M. Roger Boily, marchand, de la Baie-St-Paul.

t Nous présentons nos condoléances et l'expression de nos sympathies à ces messieurs

déjà assez affligés par la mort récente de leur

jeune frère.

Depuis longtemps déjà, il était préparé à la mort et il la désirait. Voici ce qu'il écrivit au mois d'avril 1896 Je reproduis exactement :

« Le Révérend Roger Boily, prêtre de l'archi-

diocèse de Québec .... décédé le se

recommande aux prières de ses charitables confrères et les remercie de l'avoir entretenu pendant si longtemps. Il se recommande à tous ses confrères des archidiocèses de Québec et de St-Boniface, des diocèses de Chicoutimi et Rimôuski ainsi qu'à tous ses parents et amis. De plus aux sociétés des prêtres adorateurs, société des messes diocésaines de Québec, à la société de secours de St- Joseph, à la Congrégation de Ste-Anne-de-La-Pocatière, aussi de tous ceux qui auront la charité de prier pour lui et le bon Dieu le leur rendra. Il paraît que dans le ciel on rend cent pour

un,

« Roger Boily, Ptre.

Ce 23 avril 1896.

« La mort ne l'a donc pas surpris ; au contraire, il l'attendait de pied ferme. Il a vécu

comme les saints et, comme eux, il n'a pas craint la mort.

« Son service funèbre a eu lieu à l'église de St-Joachim et sa sépulture au cimetière paroissial, mais à un endroit spécialement déterminé par lui avant sa mort.

« Ses funérailles ont été particulièrement touchantes et solennelles. Dimanche soir, 13 décembre, la levée et le convoi du corps à l'église furent faits par M. le curé de St-Joachim. Le lendemain, le Rév. M. Giroux, curé de Ste-Anne, célébra la messe de requiem, à l'issue de laquelle il fit l'éloge du regretté défunt. L'éloquent prédicateur nous a dit les principales vertus qui ont fait le caractère distinctif de la vie du Rév. M. Boil} . Son grand esprit de foi, son humilité profonde, son admirable charité. Puis il exhorta ses auditeurs à marcher sur les traces de celui qui leur avait donné de si beaux exemples de vertus, pendant le séjour qu'il fit au milieu d'eux. L'assistance était nombreuse. On remarquait M.

Paré, M. P. P. et tous les fidèles de St-Joachim venus pour rendre un dernier hommage à la mémoire de celui qui nous laisse un si bon

souvenir.

Dans le cours de sa visite pastorale à l'Ange- Gardien, le 2 juin 1874, Mgr Taschereau, api;ès avoir approuvé les comptes, termine comme suit la note qu'il a insérée dans nos registres :

' * Ordonnons de faire abattre l 'ancien presbytère qui menace ruine et peut en tombant causer des accidents sérieux.

*' t E. A., Arch. de Québec.*'

On avait évidemment mal renseigné Mgr l'archevêque, puisque, dans un examen subséquent, les murs du presbytère furent trouvés si solides, qu'on résolut de n'en démolir que la moitié : c'était déjà trop : car on a pu mettre à profit la partie épargnée au point d'en faire l'excellente et solide maison qui sert aujourd'hui de logement au sacristain de la paroisse. Toutefois, quelque temps après, on remplaça ce qui avait été inutilement abattu, par un hangar en bois qui coûta $600.

Au milieu d'octobre 1874, M. Narcisse Gauvin succéda à M. Boily. Dès l'été suivant, à l'instigation de leur nouveau curé, les habitants de l'Ange-Gardien présentèrent une requête à Mgr l'archevêque Taschereau, afin d'obtenir « que leur église fut élargie de qua-

torze pieds de chaque côté ». M. le grand vicaire Cazeau accorda la permission, et l'entreprise fut confiée à M. lyouis Larose.

Comme il avait été décidé que l'on conserverait la voûte, ainsi que le toit, on commença par élever un mur de chaque côté de l'église, à l'affleurement de celui des chapelles latérales. Ensuite, on rasa l'ancien mur, qui fut remplacé par cinq colonnes, de chaque côté, pour supporter la voûte et la couverture ; puis, on recouvrit le tout au moyen d'un second toit.

L'église de l'Ange-Gardien est à peu près la seule, qui puisse se vanter d'avoir deux combles.

Mais, comme dit la chanson, « l'appétit vient en mangeant ». Après l'élargissement de l'église, il fallut démolir l'ancienne sacristie. Nous ne raconterons pas ici les scènes comiques qui eurent lieu à propos de cette nouvelle entreprise. Nous laissons la tâche à celui de nos successeurs, qui voudra continuer notre travail.

Contentons-nous de dire qu'une bonne et spacieuse sacristie a remplacé l'ancienne. Heureusement, là se borna le zèle des démolisseurs.

La fabrique dépensa pour ces travaux une somme de $8,000.00.

Eu 1878, Mgr l'Archevêque Taschereau fit

la visite épiscopale, et ordonna que la liste des dettes passives lui fut présentée. Au reste Sa Grandeur approuva les comptes.

Dans la visite suivante, le 14 juin 1882, Mgr Taschereau inscrivit la note suivante :

" Vu et alloué, etc., etc., etc. Nous avons vu, avec plaisir, que la dette passive a diminué depuis notre dernière visite ; malgré les travaux considérables et réparations faites depuis cette époque.'*

De $8,000.00 la dette était réduite à $6,000.-

En 1886, pendant le voyage de Mgr Taschereau à Rome, où il était allé recevoir le chapeau de cardinal, la visite épiscopale à l'Ange- Gardien fut faite par Mgr Lorrain, qui constata, avec plaisir, encore une réduction de $1,950.00 sur la dette passive.

Au mois de juillet 1886, eut lieu la bénédiction solennelle des trois cloches, données à la paroisse de PAnge-Gardien, par des personnages influents du comté de Montmorency.

La première, Marie-Ange^ du poids de 1300 Ibs, fut donnée par MM. Valin et Desjardins, tous deux députés du comté de Montmorency.

La seconde, Louùe-Alexandrine^ du poids»

de 925 Ibs, donnée par MM. Augustin Bélanger et François Huot, marguillers du banc.

La troisième, Anne-Joséphine^ du poids de 652 Ibs, donnée par MM. Théophile Bureau et Pierre Côté, tous deux de l'Ange-Gardien.

La bénédiction fut faite par messire Adolphe Legaré, curé de Beauport.

Cet événement religieux, qui ne regardait que la paroisse de PAnge-Gardien, fut suivi d'un autre, qui intéressait toute la côte de Beaupré. En 1889, eut lieu l'inauguration du chemin de fer de Québec à Ste-Anne de Beaupré. Tout le monde connaît aujourd'hui le résultat de cette entreprise, qui permet de transporter, tous les jours, pendant la belle -saison, des milliers de pèlerins, venus de tous les points de l'Amérique du Nord.

A part cet intérêt général, le nouveau chemin de fer offre à toute la population de la côte de Beaupré, et surtout à la classe ouvrière, des avantages inappréciables. Chaque jour, un train spécial part le matin de Ste-Anne, pour transporter les ouvriers aux différentes manufactures. Un autre part chaque soir, de Québec, pour les ramener à leurs demeures.

Il y a loin de là, aux primitifs « attelages de

chiens •, dont tous les ouvriers faisaient usage

auparavant, pour se rendre à leur travail, et

qui servent encore quelquefois aujourd'hui.

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