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Cependant, il y avait quatorze ans, que M.
le curé Gauvin desservait la paroisse de l'Ange- Gardien. Sa santé avait toujours été chancelante.
En 1888, elle lui fit complètement défaut; et il dut abandonner le saint ministère, pour aller demeurer à Québec. M. Gauvin réside actuellement chez les révérendes Sœurs de la Charité, au milieu de confrères retirés comme lui.
Messire Joseph Marquis, successeur de M.
Narcisse Gauvin, arriva à l'Auge-Gardien au mois d'octobre 1888. Son premier acte porte la date du 30 de ce mois.
Né à St-Gervais, le 12 juillet 1843, M- Marquis fut ordonné le 20 octobre 1870. Immédiatement après son ordination, il fut envoyé à la Baie-St-Paul, comme vicaire de M. Néirée Gingras, avec lequel il demeura trois ans. Sa santé toujours délicate l'obligea ensuite de prendre quelques mois de repos et il se retira à Québec, à l'Hôpital du Sacré-Cœur qui venait d'être fondé par Mgr Taschereau ; En 1875 il devint chapelain de ce monastère.
Au mois d'octobre 1887, il fut nommé curé
d'Armagh, dans le comté de Bellechasse. Il n^ demeura qu'un an.
Le cardinal Taschereau, reconnaissant le mérite de l'ex-chapelain de l'Hôpital du Sacré- Cœur, lui confia la paroisse de l'Ange-Gardîen^ en lui disant : « C'est une cure de récompense que je vous oflFre ».
Qouiqu'il n'ait été que cinq ans curé de cette paroisse, M. Marquis, cependant, y a rendu des services importants. Sa piété, son zèle éclairé, son tact exquis, joints à une grande discrétion, lui permirent de travailler solidement et efficacement à l'édification de ses ouailles.
En outre, M. Marquis était un agronome distingué. Dès le premier hiver après son arrivée, il entreprit de donner, aux cultivateurs de l'Ange-Gardien, une suite de conférences sur l'agriculture et la tenue des fermes. D'un ton simple et familier, mais toujours digne, ces conférences attirèrent non seulement tous les paroissiens, mais de plus un bon nombre de cultivateurs des paroisses environnantes. Tous furent surpris d'entendre un curé leur donner, sur leur état, des conseils si sages, et des avis si pratiques. Leur étonnement et leur admiration grandirent encore, lorsqu'ils le virent, le printemps suivant, joindre l'exemple au
précepte, en travaillant de ses propres mains, à l'amélioration de la terre de la fabrique. Aussitôt bon nombre d'entre eux voulurent l'imiter et entreprirent de faire de la culture améliorée. Les bons résultats ne se firent pas attendre. Le plus tangible parmi ceux-ci, furent les gros bénéfices qu'ils retirèrent de la beur rerie établie depuis quelques années dans la paroisse. Non seulement elle leur donna dès lors un produit d'une qualité supérieure, mais de plus, le rendement en fut doublé. Il en fut ainsi sous d'autres rapports.
Rien de plus persuasif que les espèces sonnantes : l'abbé Marquis devint l'oracle de la classe agricole du comté de Montmorency, et bientôt sa réputation d'agronome attira l'attention du département de l'agriculture. Mais, sur ces entrefaites, la cure de Saint-Nicolas étant devenue vacante, Mgr l'archevêque de Québec pria M. Marquis d'en prendre la direction. L'obéissance seule lui fit accepter ce changement. Pour lui, comme pour bien d'autres, la paroisse de l'Ange-Gardien était le terme de toute ambition ; il la quitta avec regret.
Devenu curé de Saint-Nicolas en 1893, M.
Marquis continua de s'occuper d'agriculture et de colonisation. Son mérite reconnu parvint
aux oreilles de nos ministres, et ce fut à cette époque que la position d'agent de la colonisation lui fut offerte par le gouvernement. Des aptitudes spéciales, des études approfondies et plusieurs années d'expérience le désignaient d'avance pour occuper ce poste. Il l'accepta après avoir reçu l'assentiment de Mgr l'archevêque de Québec.
« L'abbé Marquis >, écrivait plus tard, le rédaéleur d'un journal de Québec, « a rendu des services inappréciables à la classe agricole. Ses conférences et ses études étaient fort remarquables par le style, et tellement empreintes de sincérité et d'enthousiasme, qu'elles apportaient la conviction dans l'esprit de ses auditeurs ou de ses leéleurs. C'est l'un des hommes qu'il est bien difficile de remplacer »...
« Il a été un véritable apôtre de la colonisation, n'épargnant' rien pour faire valoir les avantages qu'offre notre pays à ceux qui désirent se livrer à l'agriculture. »
D'un caraélère doux, affable et bienveillant, l'abbé Marquis accueillait les colons avec cette bonté sincère qui fait naître la confiance. Ce fut là, la raison du succès qui ne cessa d'accompagner les conférences qu'il donna, pendant huit ans, dans presque toutes nos paroisses.
Rien ne put toutefois lui faire oublier celle
de P Ange-Gardien ; et il vint s'y fixer en 1896,. après avoir fait l'acquisition d'une demeure près de l'église. Quoique M. Marquis cherchât toujours à s'effacer,sa présence dans la paroisse, fut d'une grande utilité à son digne successeur, M. l'abbé Vaillancourt, et une source d'édification pour les paroissiens. Sans jamais s'imposer, il savait venir à point, pour rendre les services que requérait le saint ministère ; nous avons nous-même plusieurs fois profité de sa' bienveillance à ce sujet.
Le nouveau genre d'occupation auquel il dut se livrer, parut d'abord favorable à la santé du bon abbé ; mais les voyages pénibles qu'il eut à entreprendre, pour aller donner ses conférences aux colons du Saguenay et de la Gaspésie, épuisèrent ses forces et amenèrent la maladie qui devait bientôt l'emporter. Au mois de décembre 1900, au retour d'une excursion chez les colons du Lac St-Jean, il dut se mettre entre les mains des médecins. Mais tout fut inutile : son mal était sans remède.. Il nous a été donné d'assister ce bon confrère dans ses derniers jours. Jamais nous ne pourrons oublier sa patience et sa résignation au milieu des souffrances atroces qu'il eut à endurer.
Le 3 février 1901 on crut devoir le trans-
porter à l'Hôtel-Dieu pour y subir une opération chirurgicale aux intestins ; mais on s'apperçut aussitôt qu'elle serait inutile. M. Marquis s'éteignit doucement le lendemain dans la paix du Seigneur, assisté par son ami le Rév. M. Fillion, chapelain du monastère, en présence de plusieurs autres confrères.
Sa dépouille mortelle fut transportée à Saint- Gervais, sa paroisse natale, ovl l'inhumation eut lieu le jeudi 7 février, au milieu d'un grand concours de prêtres, de ses parents et de ses anciens paroissiens de l'Ange-Gardien, accourus pour lui rendre un dernier hommage de respect et d'amitié. Il était âgé de 57 ans. (i)
Il ne sied pas de faire ici l'éloge de messire A.-H. Vaillancourt. notre prédesseur immédiat et le vingt-sixième curé de la paroisse de r Ange-Gardien. Contentons-nous de dire, que l'habilité avec laquelle il administra la paroisse, pendant les cinq années qu'il y demeura, lui mérita d'être placé sur un plus grand théâtre. En 1898, Mgr l'archevêque de Québec, repo-
.(i) En venant prendre possession de la cure de T Ange- Gardien, M. Marquis avait amené avec lui un vieil ecclésiastique français appartenant au diocèse de Versailles, connu sous le nom de Tabbé Patient, il mourut à l'Ange- Gardien le 4 décembre et fut inhumé dans cette paroisse.
sant en lui la plus entière confiance, voulut qu'il prit la direction de l'importante paroisse de St-Calixte de Sommerset, où il fallait entreprendre la construdlion d'une église et d'un couvent, ainsi que la réparation du presbytère.
Les succès qui, là comme ailleurs, accompagnent l'administration de M. l'abbé Vaillancourt, n'ont pas encore réussi à lui faire oublier l'Ange-Gardien. En retour, on peut dire sans crainte, que toute la population de cette paroisse lui est demeurée profondément attachée.