‹ Histoire de la paroisse de l'Ange-GardienChapitre 7 sur 35 · I.*ANGE-CARDIEN · texte numérisé non relu

I.*ANGE-CARDIEN

I^a cure de l'Ange- Gardien séparée de celle du Château.— Travaux d'amélioration.— Tableaux.— Autels. —Acquisition d'une terre,— Legs,— Procès Boulard et Dufoumel.— Mort de Mgr de I^val.— Caractère de M. Dufournel.— Ordonnance de l'Intendant Raudot— Visites épiscopales. Dernièïes années.— Mort de M. Dufoumel.

Peu de paroisses,en Canada, peuvent,croyonsnous, citer dans la liste de leurs curés, un nom tel que celui de Messire Louis-Gaspard Dufournel 1 lequel, pendant la période de soixante-trois ^^-s, desservit presque toujours seul et sans interruption la paroisse de VÀnge-Gardien, où il mourut après avoir atteint l'âge extraordinaire de quatre-vingt-quatorze ans.

Si notre humble travail n'avait pas d'autre but qvie celui de perpétuer la mémoire de ce *^i^nfaiteur insigne de la paroisse de l'Ange-

Gardien, nous le croirions encore utile, car^ malgré ses défauts, et le peu d'intérêt qu'il puisse offrir au public, il pourrait tenir lieu du monument que jusqu'à présent on a négligé de placer sur la tombe de ce prêtre vénérable.

Nous regardons cette partie de notre travail comme un acte de reconnaissance.

M. Dufournel naquit en France, en 1663, d'une famille assez considérable, comme son nom l'indique. On voit, d'après une clause de son testament, qu'il y possédait certains biens. Ordonné prêtre en 1687, îl arriva au Canada dans le cours de la même année, et, d'après les notes qui nous ont été fournies par M. Pierre- Georges lîoy, M. Dufournel fut d'abord desservant de la paroisse du Cap-Santé en 1688.

Il y demeura pendant quatre ans. En 1692 il devint curé de Champlain.

Au mois d'octobre 1694, au moment de partir pour l'Europe, Mgr de Saint- Vallier, nomma M. Louis Gaspard Dufournel curé de l'Ange- Gardien pour remplacer M. François Jolliet de Montigny qu'il venait de choisir pour grandvicaire.

Depuis son établissement jusqu'en 1693, la petite cure de l'Ange-Gardien avait toujours été unie à celle du Château, parce que les 31 familles qu'elle renfermait ne pouvaient pas

seules subvenir à l'entretien d'un curé. Mais comme MM. de Montigny et Dufournel avaient du bien de famille, ils purent l'accepter après que Mgr de Saint- Vallier l'eut détachée de la paroisse voisine.

Toutefois, si pauvre qu'elle fut, la paroisse de l'Ange-Gardien offrait cependant d'assez grands avantages, et en l'acceptant, M. Dufournel se vit mieux partagé,sous certains rapports, que la plupart de ses confrères. En effet, il y trouva, en arrivant, une bonne église en pierre et un excellent presbytère, dus à la générosité de Mgr de Laval, et surtout il y rencontra une population paisible, remplie de respect et de docilité, à laquelle il s'attacha de suite. Non seulement il se dévoua tout entier au bien spirituel de son petit troupeau, mais de plus, comme il aimait la beauté de la maison de Dieu, il consacra son patrimoine à orner et à embellir le petit temple confié à sa garde.

C'est à M. Dufournel que l'église de l'Ange- Gardien doit ces trois retables dont les six colonnes corinthiennes couvertes de sculptures, supportant un entablement également très riche, forment, avec les autels, un ensemble si harmonieux, si bien proportionné, qu'il attire l'attention de tous les étrangers et leur cause une agréable surprise.

Nous voudrions connaître le nom de l'architecte qui a exécuté ce beau travail ; et nous aimerions à donner des détails sur les améliorations faites par M. Dufournel, pendant les soixante et trois années que dura son administration, mais malheureusement tous les feuillets du livre des délibérations, antérieurs à 1760, ont disparu, et il ne nous reste pas un seul compte, ni même une seule ligne d'écriture du bon curé, à part ses actes dans les registres.

Nous trouvons, à ce propos, à la page 34 du grand cahier des comptes et délibérations la note suivante écrite de la main de M. Raimbault, curé de l'Ange-Gardien, de 1797 ^ ^805.

D'après le relevé des comptes, il paraît que Touvrage du retable, tel qu'il était en 1800, consistant en six colonnes et leur entablement, les deux statues et le tableau avaient coûté :

Sols tournois.

Pour le menuisier 659. 14

Pour le sculpteur 873. 14

Pour la ferrure 123.

Total 1656.8

La façon du tabernacle 239.9

La dorure aux frais de M. Dufournel 1300. doré en

La bâtisse de l'Eglise en 1677, 1000.

Le vieux presbytère avait ^té vendu 12.

Quant au tabernacle du maître-autel, que M. Dufournel fit dorer en 1753, et que l'on croit dû à sa générosité, c'est un très beau morceau de sculpture, du style de la renaissance. Il faisait l'admiration du Cardinal Taschereau

qui ne manquait jamais d'aller l'examiner lors de chacune de ses visites pastorales à l'Ange- Gardien. Pendant la récréation du soir, il disait à feu Messire Marquis, alors curé de la paroisse et qui nous l'a souvent raconté : « Allons à l'église, je veux revoir votre tabernacle, c'est un des plus beaux de mon diocèse. Il faut le conserver à tout prix, on ne fait plus de pareils ouvrages aujourd'hui. »

C'est aussi grâce à la générosité M. Dufournel que furent érigées les deux chapelles qui servent chaque année à la procession de la Fête- Dieu et qui sont situées à quelques arpents de chaque côté de l'Eglise. Celle de l'ouest, voisine de la maison d'école, est dédiée à S. Roch. tandis que l'autre, située à l'est est sous le vocable de Notre-Dame de Toutes Grâces. Par une clause de son testament, M. Dufournel laissa la somme de 100 livres à chacune d'elles, pour leur ornementation.

Ces deux petites chapelles ont été restaurées en 1821, par les soins de M. Germain dit Langlois, alors curé de l'Ange-Gardien, Il n'existe

aujourd'huijdu moins dans notre diocèse,qu'un très petit nombre de ces pittoresques chapelles, dont quelques-unes datent de la domination française. Nous avons lieu de croire qu'en obéissant aux recommandations de feu son Eminence le Cardinal Taschereau, souvent répétées par notre digne archevêque Mgr Bégin, ces reliques de notre pieux passé continueront d'être conservées avec soin.

Un mot maintenant sur les trois grands tableaux qui se trouvent dans l'église de l'Ange- Gardien.

Celui du maître-autel est fort ancien. Mgr de Laval y fait allusion, dans son ordonnance de 1671, quand il recommande aux marguil- 1ers de l'Ange-Gardien de commencer au plus tôt à bâtir une église, n'y ayant, dit-il, qu'un petit logement très méchant où la pluie et la neige peuvent gâter le tableau et tout ce qui est sur l'autel.

Si ce tableau n'a pas une grande valeur artistique, il nous parait très intéressant au point de vue historique. Il représente V Ange- Gardien^ et au bas on voit le blason des ducs de Bretagne. Il porte : cP Hermine^ aux Armes de France^ broché sur le tout^ avec la devise si connue d'Anne, duchesse de Bretagne, femme de Louis XII, Potius mort quàm fœdari. Nous

lisons dans le tableau généalogique de Mgr de Laval, publié par Pabbé Gosselin, que la maison de Laval fit alliance avec la maison des ducs de Bretagne par le mariage de Hamond de Laval avec Helsarde de Bretagne. Ce tableau, apporté de France par Mgr de Laval, aurait-il appartenu à l'une ou à l'autre de ces deux illustres familles ?

Quant aux deux tableaux qui ornent les autels latéraux, nous croyons qu'ils sont dus au pinceau du frère Luc, récollet, de Québec. — Voici ce que dit à ce sujet le père Leclerc : « Le frère Luc Lefrançois était excellent peintre. Il s'occupa de la décoration des églises ; il fit le grand tableau au grand-autel de l'église des Franciscains et celui de la chapelle. Il enrichit l'église de la paroisse d'un grand tableau de la Sainte-Famille, celle des RR. PP. Jésuites d'un tableau de l'Assomption de la Sainte- Vierge et acheva celui du maître-autel qui représente l'adoration des rois. Les églises de VAnge- Gardien^ du Château-Richer à la Côte Beaupré, celles de la Ste-Famille dans l'Ile d'Orléans, et de l'Hôpital de Québec ont été pareillement gratifiés de ses ouvrages. Le Frère Luc avait fait profession le 8 octobre 1645 et mourut à Paris le 17 mai 1685. *

Si cette date est exacte, les deux tableaux de

PAnge-Gardien ont du être placés dans l'église vers 1680 par le Séminaire de Québec, qui était alors chargé de cette cure. Ils sont de valeur médiocre ; le coloris n'est pas mauvais, mais le dessin manque de correction.

On nous pardonnera cette digression qui nous a été suggérée par les travaux d'améliorations entrepris par M. Dufournel.

Non content d'embellir à ses propres frais l'église de l'Ange-Gardien, M. Dufournel voulut de plus augmenter les revenus de la cure et il fit l'acquisition des terrains aujourd'hui possédés par la Fabrique, entre autres la prairie qui se trouve située au pied de la Côte vis-àvis l'église et qui s'étend jusqu'au fleuve.

Par son testament il lègue toutes ces propriétés à la Fabrique de l'Ànge-Gardien pour l'usage du ciiré.

De plus il donna une somme de deux cents livres à chacune des chapelles latérales de l'église pour leur ornementation.

Tous ces différents dons, ainsi que son inépuisable charité, ont bien mérité à M. Dufournel le titre de Bienfaiteur insigne de l ^Ange^ Gardien^ qui lui a été décerné par Messîre P. R. Hubert, l'un de ses succeseurs, et qui a été inscrit par lui dans nos registres à propos d'une fondation, comme nous le verrons plus tard.

M. Dufournel s'était identifié avec sa paroisse. Il ne vivait que pour elle.

A ce propos, les registres nous fournissent un trait caractéristique du bon curé et qui supplée grandement aux détails qui nous manquent sur l'administration de sa paroisse : Depuis 1694 jusqu'en 1722, c'est-à-dire pendant 28 ans, il ne se rencontre pas un seul acte qui ne soit signé de sa main. On ne saurait mieux, ni même aussi bien observer la résidence.

M. Dufournel nous paraît avoir été un homme d'une volonté de fer : ce qu'il avait une fois entrepris, il le poursuivait jusqu'au bout.

Nous en avons la preuve dans le fameux procès qui eut lieu en 1705 au sujet de la dîme. Il fallait toute l'audace d'un homme accoutumé à se faire obéir par une population respectueuse et docile pour oser entreprendre de changer un état de choses' qu'un intendant tel que Talon avait réglé avec l'approbation du roi. Cependant il n'hésita pas. Voici ce qu'on lit à ce sujet dans le « Droit paroissiale^ par P. B. Mignault, p. 160.

En 1705, les Curés de Beauport et de l'Ange- Gardien, Messires Boulard et Dufournel annoncèrent à leurs paroissiens, un dimanche, au prône, que dorénavant, ils prétendaient qu'ils

leur payassent la dîme non seulement des grains, comme il a été pratiqué jusqu'à présent, mais encore de tout ce que la terre produit par la culture ou sans culture, et des bestiaux, comme foins des bas prés (de grève), fruits, lin, chanvre, moutons et autres choses : Le Sieur Dauteuil, procureur-général du roi, s'émut de cette annonce et fit assembler extraordinairement le conseil supérieur de Québec. Il lui présenta une remontrance, alléguant l'annonce faite par Messires Boulard et Dufournel, et conclut à ce qu'il fut ordonné aux dits sieurs Curés de venir en personne rendre compte au conseil de quelle autorité ils avaient fait la dite publication.

Le conseil supérieur ordonna aux sieurs Boulard et Dufournel de comparaître, ce qu'ils firent le ler février 1706 ; le conseil rendit son jugement en ces termes :

« Le Conseil a ordonné et ordonne que les dîmes seront levées et payées par les habitants aux dits sieurs Boulard et Dufournel et autres curés du pays,' conformément à l'usage qui a été observé jusqu'à présent, et fait défense à tous curés de les demander et aux habitants de ce pays de les payer autrement, jusqu'à ce que le roi en ait ordonné ; ordonne le dit conseil que le présent avis sera lu, publié et affi- (7)

ché, partout où besoin sera à la diligence du dit procureur-général. »

Le clergé porta appel de cet arrêt du conseil supérieur de Québec, au conseil d'état du roi. Le jugement de ce tribunal fut prononcé le 12 juillet 1707, et la dîme resta irrévocablement fixée au 26 èrae minot.

Il serait curieux de connaître l'attitude de Mgr de Laval vis-à-vis de M. Dufournel durant le cours de ce procès. Les prétentions de ce dernier étaient un démenti formel à la déclaration du vénérable évêque datée du 10 mars 1664, savoir que la dîme ne se prenait que sur le grain ; et elles semblent justifier certaines rumeurs répandues partout jusqu'en France lesquelles avaient amené, comme nous l'avons dit, une révolte générale contre la dîme, mais

L'illustre vieillard était alors retiré au Séminaire de Québec où loin des bruits de la terre, en proie à de grandes souffrances, il achevait de se sanctifier. Le 8 mai 1708, il terminait sa laborieuse carrière. Jamais prélat, dit Mgr Têtu, ne fut plus vivement regretté. La colonie tout entière s'émut de cette perte immense. Mais nulle part les regrets ne furent plus profonds ni plus sincères que dans la Côte de Beaupré, parmi les censitaires de Mgr de Laval,

En enlevant ce saint évêque, la mort les privait d'un grand bienfaiteur dont l'humilité profonde et la noble simplicité rehaussaient à leura yeux Péclat du grand nom qu'il portait. Il était pour eux le modèle du seigneur bénévole, toujours prêt à venir en aide au plus humble de ses censitaires. Leurs églises, leurs presbytères, la ferme modèle de St-Joachim, les moulins, etc., entièrement dus à son inépuisable générosité, témoignaient hautement de l'intérêt qu'il n'avait jamais cessé de leur manifester.

D'ailleurs, comme il avait souvent vécu au milieu d'eux, ils avaient été à même de connaître et d'admirer ses hautes vertus.

Tous les curés de la Côte de Beaupré accompagnés de leurs paroissiens se firent un devoir d'assister à ses funérailles, et M. Dufournel^ suivi des habitants de l'Ange-Gardien, était à la tête du cortège funèbre. Suivant l'annaliste des Ursulines, les curés de trente lieues à la ronde s'étaient rendus à Québec pour cette circonstance solennelle.

Deux siècles se sont écoulés depuis : et le souvenir de Mgr Laval est toujours vivant dans chacune des nombreuses familles de la Côte de Beaupré. Il contribue beaucoup à rendre faciles et agréables les rapports qu'elles

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ont avec les Messieurs du Séminaire de Québec, les seigneurs actuels. Ceux-ci, de leur côté fidèles aux traditions laissées par Mgr de Laval regardent les censitaires comme faisant partie de leur maison. La direction des fermes, les charges, les emplois s'y transmettent de père en fils ; et comme dans les familles de la haute noblesse française, les domestiques, après trente ou quarante ans de service, sont assurés de se voir entourés de soins pendant leur vieillesse.

Mais revenons à l'Ange-Gardien.

M. l'abbé Bois, dans sa biographie de M.

Raimbaut, dit, en parlant de M. Dufournel :

« Dans ses entretiens avec les paroissiens, M. Raimbaut rappelait souvent le souvenir de M. Dufournel et les austérités de sa vie d'anachorète. Oui, il devait être un homme austère, doué d'une énergie extraordinaire, un de ces vieux rigoristes qui ne se pardonnaient rien. D'ailleurs, sa jeunesse cléricale s'était écoulée au milieu des luttes du jansénisme, et il nous semble, que pour lui comme pour un si grand nombre de prêtres de cette époque, la doctrine de Port-Royal avait eu beaucoup d'attrait, et que, sans l'embrasser, il en avait subi l'influence.

S'il était sévère pour lui-même, M. Dufour-

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nel était' aussi inexorable pour revendiquer ses droits et ceux de sa paroisse.

Un certain Mathurin Huot ayant refusé de laisser prendre sur sa terre le bois de chauffage auquel le curé àe l'Ange-Gardien avait droit, M. Dufournel traduisit son paroissien rebelle devant l'intendant et obtint l'ordonnance qui suit :

Jacques Raudot, conseilr du Roy en ses conseils ; Intendant de Justice police et finances en la Nouvelle-France.

Le Sieur Dufournei. curé de l' Ange-Gardien, ayant fait venir pardevant nous Mathurin Huot pour estre condamné à luy fournir tous les ans du bois de chauffage suivant la clause portée par le contrat de vente au profit de René Le Tartre, d'une habitation size en la Coste de Beaupré par les marguillers de la paroisse de la d. Coste en conséquence d *une ordonnance du sieur l 'ancien évesque de Québec, lors évesque de Pétree, Vicaire Apostolique dans ce pais, la d. ordce. du vingt-huit May mil six cent soixante et onze, le dit contrat de vente du trois avril mil six cent soixante et douze approuvé par Monsgr. lors évesque de Québec le dix Avril mil six cent soixante et dix-huit, nous demandant de lui assurer ce d. chauffage à perpétuité ainsi qu'il en est porté par le d. contrat de vente et qu'il soit fait deffense au d. Huot de défricher les terres après que le d. bois aura esté coupé afin que revenant du taillis il soit assuré de son chauffage. Le d. Huot soutenaiît au contraire qu'il n'est obligé à son Chauffage à perpé-

tuité qu*en autant qu'il y aura du bois sur- la d. terre et que la clause portée par le d . Contrat de Vente» quoiqu'il y soit dit que son habitation fournira du bois à perpétuité, ne peut pas s'appliquer autrement, estant relatif à l 'ordonnance du Sr. Evesque qui porte en termes formels le pouvoir de prendre le bois de chauflFage pour l'esclésiastique qui aura soin de la d. paroisse à perpétuité tant qu 'il y aura du bois sur la d. habitation. Veu la d. ordonnance de Monsgr. l'Bvesque du vingt huit May mil six cent soixante onze déposée chez Genaple, notaire, le vingt cinqe. jour de Janvier (?) et le contrat de vente du trois avril mil six cent soixante et douze a costé duquel la probation du d. Seigneur evesque

Tout veu et considéré :

Nous ORDONNONS que le contrat de vente de mil six cent soixante et douze sera exécuté selon la forme et teneure et en conséquence que le d. Sr. Dufournel et ses successeurs en la cure de l 'Ange-Gardien prendront dans l'habitation de Mathurin Huot le bois dont ils auront besoin pour (?) ou pour leur chauffage uniment et concurremment avec le dit Huot,

ses hoirs et ayant cause et ce à

perpétuité en prenant pour luy son chauffage aussy dans le d. endroit, deffenses à lui faites de brûler du bois sur le lieu et d'en prendre au delà du d. chauffage pour le vendre à peine de tout dépens, dommages et intérêts envers le d. Curé.

Mandons, &c., fait et ordonné à Québec, en nostre hostel, le vingte. jour d'août mil sept cent sept.

Pour copie Raudot.

Pendant le cours de sa longue carrière, qui lui permit de connaître tous les évêques de Québec sous la domination française, M.

Dufournel ne reçut que très rarement la visite épiscopale ; et il est étrange qu'il ne se trouve aucun document à ce sujet, ni dans nos archives, ni dans les registres de l'archevêché.

Après une absence de treize ans, Mgr de Saint- Vallier put enfin revenir dans son diocèse, et le 17 août 171 3, il revoyait avec grand bonheur sa ville épiscopale. Huit jours après, il partit, accompagné de deux prêtres, pour aller donner la confirmation dans les paroisses des environs de Québec. Quand il arriva à l'Ange-Gardien, il se trouva que M. Dufournel n'avait encore jamais reçu la visite de l'évêque, quoiqu'il fut curé de cette paroisse depuis dixneuf ans. Près d'un quart de siècle s'était écoulé depuis qu'on y avait administré la confirmation.

Mgr de Saint- Vallier n'a laissé aucune note dans nos registres pour indiquer son passage à l'Ange-Gardien en 1713.

Quant à son successeur, Mgr Dosquet, il ne tarda pas, dit Mgr Têtu, à éprouver la funeste influence de notre climat qui était absolument contraire à sa santé. Aussi, se voyant incapable de visiter les paroisses, il confia ce soin à M. de

lyOtbinière, qui était archidiacre du Chapitre, et, le 21 février 1730, il adressa un maûdement aux curés pour leur faire connaître tous les pouvoirs qu'il lui avait donné à cette fin.

Le 12 décembre de la même année, Mgr Dosquet annonça par un mandement à ses diocésains qu'il allait faire lui-même la visite pastorale de son diocèse. Il se rendit, ajoute Mgr Têtu, jusqu'à Ville-Marie, où il retourna encore l'année suivante.

Nous ne pouvons pas supposer que le bon évêque ait négligé la Côte de Beaupré, dans cette visite de son diocèse ; mais nous n'avons rien trouvé de certain à ce sujet. En 1742, lorsque Mgr de Pontbriand fit sa première visite pastorale à l'Ange-Gardien, il y avait déjà 47 ans que M. Dufournel y avait été nommé curé ; il était âgé de 79 ans, et c'était le sixième évêque qu'il voyait passer sur le siège de Québec.

A cette époque le presbytère de l'Ange- Gardien était devenu presqu'inhabitable. M.

Dufournel s'adressa à Mgr de Pontbriand pour obtenir l'autorisation de le faire réparer, et reçut de l'évêque le document suivant :

MANDEMENT POUR BATIR UN PRESBYTÈRE, AUX HABITANTS DE I** ANGE- GARDIEN.

Nous, Henry du Breii. de Pontbriand, parla permission divine et la grâce du St Siège, Kvêque de Québec et conseiller du Roi en tous ses conseils, etc., aux habitants de T Ange-Gardien, salut et bénédiction.

La nécessité de faire bâtir un presb3^ère vous est assez connue N. T. C. F. , pour que nous nous dispensions de vous en apporter les raisons. M. Dufournel a donné un terrain suffisant à la charge de reculer son écurie et de faire un chemin, deux articles extrêmement faciles pour lesquels nous vous permettons de travailler le dimanche.

Nous souhaitons que le presbytère soit de 45 ou 46 pieds de dehors sur 36 de large également de dehors en dehors. C *est dont sont convenus dix-huit d *entre vous en se taxant eux-mêmes à vingt livres d'argent, non compris les matériaux. Si vous le faites de cette grandeur, nous voulons bien nous engager à vous aider d'une somme de cinq cents livres et nous vous accorderons la permission de prendre 400 dans le coffre de la Fabrique, et pour rendre la dite somme> il sera fait une quête dans la 3e semaine du carême; nous accordons aussi la permission de prendre la pierre de l'ancienne église et de travailler les jours du dimanche, grâces qui vous soulageront beaucoup mais que nous ne vous accorderons point si le presbytère n'est pas dans les proportions marquées ci- dessus. Vous devez donc N. T. C. enfants, commander un plan et faire authoriser des syndics qui fassent une répartition afin que chacun puisse être contraint juridiquement, si mieux n'aimez vous porter tous de

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lîonne volonté à cet ouvrage. Nous ordonnons que le confessionnal soit racommodé également que les marchepieds de l'autel.

Donné dans le cours de nos visites le 27 sep. 1749, sous notre seing, le sceau de nos armes et la signature de notre secrétaire.

Au lieu de bâtir un nouveau presbytère M.

Dufournel se contenta de réparer l'ancien.

Le vieux curé, entouré du respeél de ses paroissiens, supportait allègrement le poids des nombreuses années déjà accumulées sur sa tête, et quoique plus qu'octogénaire, se contentant de répéter la plainte du vieil Horace :

Eheu fugaces^ Postume labuniur anni^ il persistait à se dire jeune, et prétendait n'avoir pas encore besoin d'un assistant

Mais en consultant nos registres, à la date du 10 juin 1749, on voit apparaître, pour la seconde fois depuis 1694, c'est-à-dire depuis 55 ans, une signature autre que celle de Messire Dufournel. • M. Poulin, chanoine de la Cathédrale de Québec, signe un acte de baptême.

Jusque-là tous les actes sans exception, sont écrits et signés de la main du vieux curé.

Quel plus bel éloge peut-on faire du vénérable M. Dufournel que de pouvoir tirer de nos registres cette preuve irrécusable de son assi-

<iuité constante auprès du petit troupeau confié -à ses soins ?

. M. le chanoine Poulin demeura pendant tout l'été avec M. Dufournel, et à la St-Michel, il fut remplacé par M. Devoble.

Ce dernier, après avoir passé deux ans auprès du vieux curé, céda la place à M. Mercier qui semble avoir fait toutes les fonctions curiales pendant six mois.

A partir du mois de mai 1752, M. Dufournel, quoique âgé de plus de 89 ans, demeure seul pour desservir la paroisse, et signe tous les aéles, écrits toutefois par une main étrangère.

Enfin, au mois de novembre suivatft, Mgr de Pontbriand confia la desserte de TAnge-Gàrdien à M. Basile Parent, qui s'installa comme vicaire auprès de M. Dufournel. Quoique très faible, celui-ci conservait encore toutes ses facultés intellectuelles.

Et pour preuve, c'est qu'au mois de février suivant. 1753, il fait venir son notaire, M. Crespin, demeurant au Château-Richer, et lui dicte son volumineux testament, qui ne contient pas moins de vingt pages, que nous publions en entier dans notre appendice.

Non seulement le vénérable curé était sain «d'esprit, suivant l'expression du notaire Cres-

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pin, mais de plus il avait assez d'énergie pour pouvoir célébrer un mariage le matin du même jour, 12 février 1753, ainsi qu'on peut le constater dans les registres !

Le testament de M. Dufournel est, après le procès-verbal de M. Ango de Maizerets de 1664, cité plus haut, et l'ordonnance de Mgr de Laval de 1671, le document le plus important de nos archives. Il établit la Fabrique de l'Ange- Gardien légataire universelle de M. Dufournel et renferme la clause importante obligeant là dite fabrique de faire dire chaque année douze messes basses et cela à perpétuité.

M. Dufournel vécut encore quatre ans après avoir ainsi fait son testament ; ayant toujours auprès de lui comme vicaire, M. Joseph-Basile Parent. Ce dernier, si nous en jugeons par son écriture et le soin avec lequel il rédigeait tous les actes, était un homme de beaucoup d'ordre ; et son séjour de quatre années auprès d'un vieillard austère, dans une paroisse aussi petite que l'Ange-Gardien était alors, indique un grand désintéressement.

Enfin, le 30 mars 1757, s'éteignit doucement comme la lampe du sanctuaire, faute d'huile, le vénérable Louis-Gaspard Dufournel, l'insigne bienfaiteur de l'Ange-Gardien. Il était âgé de quatre-vingt-quatorze ans et six mois*

Faute de monument érigé à sa mémoire dans notre église, nous nous faisons un devoir de reconnaissance de publier Pacte de sa sépulture, tel que consigné dans nos registres :

*'L'an mil sept cent cinquante-sept, le trente mars, est décédé Messire Gaspard Dufournel, curé de cette paroisse, âgé de quatre-vingt-quatorze ans et six mois et quinze jours, après s'être confessé et avoir reçu le Sacrement de TExtrême-Onction. Son corps a été inhumé le premier d'avril, dans le sanctuaire de cette église, du côté de l 'Evangile, avec les cérémonies accoutumées, en présence de Michel Huot, Augustin Tremblay et autres qui ont déclaré ne^ sçavoir signer

Kn foy de quoy j 'ai signé :

Parent, ptre.

Aucun prêtre n'assista aux funérailles du vieux curé, aucun éloge funèbre ne fut prononcé devant sa dépouille mortelle, aucun épitaphe n'a encore été placé dans le sanctuaire de l'église de l'Ange-Gardien, pour indiquer l'endroit exact où repose son corps, mais sa mémoire est toute vivante dans les œuvres qu'il a. laissées après lui. Son nom a résisté à l'oubli ; il est connu et conservé dans toutes les familles de la paroisse, et après un siècle et demi, elles le transmettent aux enfants de chaque génération avec le même soin jaloux que celui de leurs ancêtres. Espérons que

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bientôt, dans ce même sanctuaire, près de l'autel où, pendant soixante et trois ans^ il a célébré les saints mystères, les paroissiens de PAnge-Gardien élèveront à la mémoire de leur insigne bienfaiteur, Louis-Gaspard Dufournely un monument digne de ses bienfaits et conforme à leur reconnaissance.

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