LIVRE IV
usagers 9 avait intenté un procès dans les cinq ans prescrits par la loi du a 8 août 1792, pour , au terme de cette loi , réven-»
diquer les deux parts des rentes emphytéotiques dues aux usagers en conséquence de cet arrêt de 1 697 ; mais ce procès n^a point été terminé: de sorte qu'aujourd'hui les droits des usagers sur cet immeuble sont éyidemmentperdus sans ressource ,
Les prés possédés actuellement par les usagers, lesquels avaient fait jadis partie de la baronnie du Château^ et sur le loyer desquels on prend aujourd'hui le traitement des vicaires de la paroisse, n'ont point été cédés comme cantonnement de droits d'usages. Ils sont le résultat d'un échange fait en 1696 entre le Roi et les usagers. Nous en parlerons à l'article de la baronnie de l'Angle^
Quant au bourg de Néhou et au château çhef-lieu de la première des trois baronnies nouvelles y nous avons peu de documens sur leur état ancien et sur le temps de ieur décadence. Le château^ si
56 HISTOIRE p£ IfEHOU.
Ton en juge parla richesse et la puissance de9 seigneurs qui Tont possédé , par la, solidité de ce qui en reste et par l'étendue qu'il semble aroir occupée, était très^ considérable. Il existait sans doute eu^ core dans toute sa splendeur en i366 , au temps où Richard de la Haye le céda au I^oi: car depuis Néel, son fondateur , jusqu'à cette époque , il arait toujours été babité par les seigneurs de Néhou. Pas-* sant, peu de temps après y sous la domi-»
nation des Anglais , qui en firent une for^ teresse et qui s'y maintinrent avec dea alternatives de bon et de mauvais succès jusqu'en i45o , il est probable qu'il fut bien maltraité et que les dépendances en furent bien dégradées pendant cet intervalle , si toutefois ce ne fut pas làTépoque de sa démolition. Nous penchons d'autant plus volontiers vers ce dernier sentiment ^ qu'une prisée , ou estimation de cette ba-.
ronnie, qui fut faite au mois de janvier 1473 , vingt-trois ans après le départ des.
Anglais, laquelle se trouve aux archive^ du château de §t-Sai:iLYeuv et dont nou%
tivitÊ iv. Sy
possédons une copie y ne parte plus que des ruines de ce château de Néhou. Voici cequ^on lit textuellement dans cette pièce:
éuidicl tieu ek Néhou a motte , ou soulloii nsfoirunbetetfort chastely et sont les fossés doubles pleins éteau tout à l'entour de la dicte motte , cftr. Or , nous ne voyonà dans ^histoire , pendant les vingt-trois ans qui précédèrent la confection de cette prisée> aucun fait auquel on puisse rattacher la démolition de ce château , ni aucune cir-^ constance dans laquelle se soit t)*ouv^e roccasion de le démolir. Tout porte donc à croire qu'il fut assiégé pendant le temps de la domination anglaise; et que, s^l ne Alt pas entièrement démoli dans ces conjonctures y c*est au moins à cette époque qu'il faut rapporter sa décadence.
Au moment où fut faite la prisée de 4473 j outre que ce château possédait encore des détails qu^il ne possède plus au-»
jourd^hui, on voyait tout auprès , entre ses ruines , la chaussée et le pont duBoell^^ un vaste étang, du contien de trois ^er^ gées» A coté des ruines du château y exis-
58 HISTOIRE DE NEHO0
tait un colombier de cent pieds de tour et de soixante pieds de haut. Plus loin , auprès de rétang, se trouvaient 25o vergées ( 5o hectares ) de terre , nommées les Plaines à Launey-Benest y lesquelles 25o vergées de terre étaient plantées et couvertes d'aunes et de saules y et qui aujourd'hui ne forment plus qu'un marais.
On sait que le château de Néhou fut bâti dans un lieu marécageux , et qu'on pouvait facilement en inonder les approches. C'était un des meilleurs moyens de défense dans le moyen âge. On y remarque cependant encore aujourd'hui , au côté du couchant , des retranchemens , qui servaient de ce coté à en défendre l'accès 9 dans ces temps oii l'artillerie n'était point employée dans l'attaque des places fortes. Une partie du donjon existait encore dans le siècle dernier. C'était une grosse tour carrée , qui s'élevait jadis à une grande hauteur. Mais, minée peu à peu par le pied à force d'en extraire la pierre de taille dont elle était construite , elle s'écroula tout-à-coup , pendant
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tlaut une tempête > le lundi d^avaût les Cendres^ en Tannée i^7i. Ce ch&teàu n'oâre plus aujourd'hui qu'un amas dé décombres ^ars autour du reste de ses murs quVmbrasse le lierre séculaire ; (foi frappent encorepar kur solidité ^ et qui sont encore capables de braver les orales {tendant plusieurs siiècles.
Le bourg de Néhou souffrit sans doute {aussi beaucoup à Toccasion et pendant lu temps de Inoccupation des Anglais { du tnoins, âous n^en voirons aucune mention depuis cette époque. On n^a pas de ren* Beignemens sur son importance , mais il est pricA>able qu'il ne fut jamais bien coà<* indérable, puisqu^l a été détruit eafig qu^aucunsmotiumens^ aucunes histoires mi aucunes traditions nous aient trans^ mis le moindre détail sur sa dèstrtictiotté Kémmoins , on Irouye d^^ restes de fbn* dations et des pans de murailles très-so* tides tout le long du chemin ^ -presque depuis le pont du Boèlle jusqu'à Téglise de Ste-4!^olombe et dans les prairies ad-* jacenteSi» à droite et à gauche de k route;
60 HISTOIRE DB NEHOU.
Ceci , joint à tout ce qui en est dit dans nos archives du moyen âge, ne .laisse aucun doute sur ^existence passée de ce bourg. Mais ^ quoiqu'il ne remonte pas à une longue suite de siècles , aon histoire se perd dans la nuit des temps; et, ce n'est pas sans des sentimena involontaires de mélancolie , au souvenir de ce que ce lieu fut autrefois , qu'on marche au* jourd'hui sur ces débils , qui n'offrent pas même des ruines y et qui ne rappel- . lent à l'esprit que des idées de solitude . et d'anéantissement. I
ILs'y tenait autrefois un marclié le Dimanche^ lequel par conséquent n'était guèreconsidéi*able. Le roiPhilippe-le-Bel le fit transporter au hindi, par une ordon- . nance que nous possédons 9 et qui fut rendue à Paris en l'an iaS^j le mercredi apré$ fa fête Ste Luce^ Vierge.
Ce marché a existé à r^chon pendant jong^temps 5 mais noujs ignorons en quel temps, .il a cessé. Nous trouvons dans 4e partulaire de.Montebourg une charte qù U e»l f^t mention de (a memre de qLii*pots9
, WVHÈm ^ L/ 61 ou deNéhou ; d'où Ton peut conclure que le marchéemtftU 4bki moins à cette ëpoq ue.
Or^dans cette charte, il est question d*un Airangement fait sous Tépiscopat deGuiKlaume de Tournebut, qui fut Évéque de Q>utance8 depuîe 1182 Jusqu^An' 11^99.
D'un autre cote, nous trouvcms dea actes lait» il j a deux siècles qui en parlent de même. Il y aurait donc apparence que le inarcU de Nëhau y aurait été tenu pendant près de cinq oent&ans» par donèéquent, selon toutes les apparences, long*' tesnpè encore après que ie bèurg n'a plus existé, ou du moins depuis qu'il à .perdu son importajàce;.
64 ' m^oiiffe DB iiéHOu«
des^ £ik de Fruneoisy ayant ^ufé €»
i533*^io&Ur8) baron de Mouy^ fit passer dans cette ikmlla k seigneurie d'Amfré- Tille et labaroDùie de FAngle. Elle fnt possédée par Antoine de Moùj , leur fils, qui la possédait enôore «n 1 553. Elle fût ensuite vendue par ce seigneur ou par son 'fils à Messire Nicolas de Briroy , sei-^ gnepr de Fierville, auquel des aveux furent! rendus en i60&^t en t6o8. En 1617 et en 1624 9 nous la trouvons possédée par Mèssire Robert de Ptennes , seigneur de Beuieeville, à cause de la dame Diane de Thieuville, son épouse. Dix-neuf ans plus tard, c'est-à-dire en i643, eile appartenait à 'Gilles de Cauvel, seigneur du Saussay^ à cause de la demoiselle Francise de Briroy ^ son épouse. Blh fut ensuite achetée, par Jacques d'Harcourt ^ qui la possédait en i6^â , et qui la revendit au bout de dix ans à Robert Le PijgeoB^ seigneur de MagnevîUe^de la famille du-^ quel elle a passé par héritage à MM. de QuerqueviUo ^ {ensuite à M\ de La €M^ monnière^ propriétaire actuel, ' '
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La baronnie de l'Angle aétc long-temps sans posséder de châteail ou de manoir •eigneurial. Ceoe fut que plus d'un siècle après son établissement que les barons firent construire celui qui existe encore aujourd'hui. II fut dans le principe le chef-lifu de la baronnie; mais depuis long^temps il ne sert plus qu'à loger les fermiers de la terré qui a retenu le nom de Baronnie , quoiqu'elle ne soit qu'une
j très-faible partie de la baronnie primitive.
' On sait que les barons de l'Angle n'ont presque jamais fait leur séjour à Néhou:
\ ceci explique facilement l'absence d'ua
' manoir seigneurial pour cette baronnie pendant la première période de son exis* tence.
Une grande partie des terres qui la composaient ont été fieffées ou rendues à des particuliers^ à charge qu'elles se.
, raient par eux tenues sous la prévôté de l'Angle , que les acquéreurs en rendraient aveu au seigneur, et qu'ils lui paieraient une ou plusieurs rentes seigneuriales. Il n'en tre pas dans notre plan de dire le temps
66 HISTOIRE DE NBHOV:
où chaque dëmembremeiit delabaronnie a été ikit; il faudrait d'ailleurs pour cela des recherches minutieuses dans les papiers de famille y lesquelles n'auraient le plus souvent aucun résultat satisfaisant* Il nous suffit de dire que les terres sortiea de la baronnie ou prévâté de rAnglei, étant les plus fertiles de la paroisse^ ont été probablement des premières qui j aient été mises en culture. Les personnea qui désireraient sur ces terrains de plus.
longs détails, peuvent consulter les re-^ gistres des pleigesde la baronnie ( le sieur Jean Noël, habitant de la commune y pos^ sède un' de ces registres ). Ce qu'il y a de certain y c'est qu'une grande partie de a terres dont il s'agit était cultivée bien an.-^ térieuren:^ent à l'établissement de la ba-*<. ronni.e de l'Angle^
Comme celles de la baronnie du. Chêi-m. teau , les terres dont a été formée la ba-* ronnie de TAngle avaient été grevées de droits d^usages concédés à des particulier»
par les anciens seigneurs de I^éhou, dont ceux de l'Angle étaient Ie9 représeixtautSi
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en tierce partie. Ces droits deTaient être exercés dans le bois du Parc et dans les marais, du côté du Hecquet; mais cet exercice ne s^est pas fait régulièrement et librement. Beaucoup de procès eurent lieu à cette occasion par les habitans contre les seigneurs^ notamment en 16G9 , 1688, 1718) 1721 et 1768; mais la plupart de ces procès n'ont pas eu de résul-^ tat(«^; et ce ne fut qu^en 1800 > oh une transaction fut faîte entre les usagers et les représentants des anciens seigneurs , que toutes les contestations furent finies.
Quant à leurs droits sur le marais , les usagers en ont touiours usé» et même ils ont tenté de les outrepasser en 169^ , épo-
: que où ils firent un échange de ces terrains avec le Roi. Le harasde Sa Majesté étant au Quesnoy j, à St-Sauveur , le^ prairies de sa baron nie du Château étaient
\ trop éloignées pour pouvoîren faire usage.
Ilétaitdonc expédient defaireun échange avec les habitans-usagers de Néhou , et
(i) Métn. deBelepiire*
68 BISTOIRS DB iriQOT.
de leur cédçr un morceau des prairiea.de la baronnie du Château^ afin d'en obtenir un autre morceau plus rapproché du ha* ras. À cet effet , M. Foucault j intendant de la Généralité de Caen , yint à Néhou^ fit assembler les habiUns,. etleurproposa l'échange sus-mentionné, au dire d*ex-* pertsi II fut décidé que les habitans de Nébou abandonnaient au Roi un morceau des prairiea de la barpnnie de TAngle ^ et que Sa Majesté donnait en échange une portion des prairies de sa baronnie du Château. Cest de cet échange que sont provenûs les prés sur le loyer desquels on paie les vicaires de laparoisse* On voit que dans cet accord les usagers agissaient comme propriétaires. Cependant ils n'avaient que des droits d'usages.
Aussi I le baron de l'Angle les attaqua , en sa qualité de seigneur tréfoncier. Il prouva qu'il était le propriétaire de ces terres , et fit défense au fermier de la partie dévolue aux habitans de Néhou de payer en leurs mains ^ avant que le tiers du prit du loyer ne liii eût été versé. On
lut Moorda donc le tiers de; leTenuB, et il laissa les deux autres tierspourremplir les usages* Lors de la transaction de 1 800, an céda à son successeur le pré de là Tannerie pour son droit de propriété ; le reste est demeuré la propriétédesusagers.