‹ Histoire de la peinture au pays de LiegeChapitre 15 sur 71 · Paysage représentant les travaux d’une minière · texte numérisé non relu

Paysage représentant les travaux d’une minière

Ce panneau est de plus grande dimension que le précédent. Sur le premier plan, à gauche, se trouve une forge abritée sous de grands arbres. Au centre du terrain , l’artiste a représenté les différents travaux qui se rattachent à l’industrie du fer , extraction et lavage du minerai , etc. Une femme à cheval , un chariot , achèvent de donner une certaine animation à ce premier plan. Au centre du tableau , au milieu des arbres , s’élève un joli moulin; le ruisseau qui l’alimente va se perdre dans une grande rivière qu’on aperçoit à droite. Un sentier passe près du moulin et disparaît dans un bois au-dessus duquel un château montre ses toits aigus et ses tours élancées. Le fond du tableau est occupé par des rochers couronnés de ruines ; à droite , au bord du fleuve, l’artiste a peint une jolie petite ville entourée de hautes murailles.

Ce tableau a un cachet de nature locale qui frappe tout d’abord ; il a été peint évidemment lorsque Blés n’avait pas encore quitté les bords de la Meuse; on n’y voit, en effet, aucun caractère étranger aux sites , aux mœurs de son pays. Il nous paraît que l’embouchure du Bocq, à Yvoir , a été le motif dont s’est inspiré notre artiste en peignant ce tableau.

Bois: H., 82; L., 1,12. (Galerie degl’Ufflzi, à Florence.)

11. Paysage où se trouvent représentées différentes scènes de la parabole du Samaritain. — A gauche , une forêt

qui se termine au bord du cadre par un gros arbre creux ; un terrain raviné et semé de blocs de rochers, enfin un grand chemin qui se dirige vers un village, tel est l’aspect général du premier plan. Plus loin, nous trouvons les motifs favoris de Blés , le ruisseau , le moulin et le sentier qui va se perdre sous les grands arbres du verger qui l’entoure. Ces arbres , parfaitement groupés , recouvrent une colline qui s’étend jusqu’à un village situé à droite dans le tableau. Au sommet de la colline s’élève un haut rocher aux formes bizarres ; il est couronné de constructions d’un aspect un peu étrange : c’est la Ville sainte ; elle semble inaccessible; des défenses nombreuses en rendent l’approche très-difficile. L’artiste s’est plu à en hérisser le chemin, qui s’aperçoit au milieu des roches, d’obstacles de toutes sortes ; tantôt c’est un pont jeté sur des précipices , tantôt il faut gravir des échelles, pénétrer dans des gorges, passer sous des portes défendues d’une façon formidable. Quelques petits personnages semblent néanmoins lutter contre toutes ces difficultés du chemin. Au fond du tableau , on aperçoit une large rivière; elle coule d’abord entre des collines peu élevées, semées de quelques habitations , puis les rives se rétrécissent, le fleuve serpente entre de hauts rochers, et, tout dans le fond, une petite ville fortifiée, dominée par un château-fort , dessine sa pittoresque silhouette dans l’horizon vaporeux du tableau. Il est impossible de ne pas reconnaître ici, de même que dans le tableau de Florence, le caractère, l’aspect général de Bouvignes.

Différents épisodes de la parabole du Samaritain animent ce paysage, en formant pour ainsi dire une triple image. Au premier plan, le bon Samaritain verse le baume sur les blessures du voyageur étendu sur le sol et dépouillé de ses vêtements. A gauche , sous les arbres de la forêt , on voit deux soldats armés portant les dépouilles du voyageur ; puis le prêtre et le lévite qui s’éloignent. Un grand nombre d’animaux peuplent, en outre , la forêt : ce sont des licornes , des hippopotames , des ours, etc. On aperçoit dans le grand chemin le bon Samaritain emmenant le blessé sur sa mule ; il se dirige vers le village. Là se trouve le troisième épisode : il a déposé le voyageur dans une hôtellerie sur la place , et il fait , avant de s’éloigner , ses dernières recommandations à l’aubergiste. D’autres petites figures animent encore çà et là le paysage.

On retrouve dans ce tableau les mêmes qualités et les mêmes défauts que dans les précédents, c’est-à-dire un grand sentiment de poésie dans certaines parties , une perspective parfaitement

comprise, des arbres bien groupés. D’un autre côté, ce sont toujours les rochers bizarres de Blés et une verdure trop noire. Mais ici un défaut plus important frappe de prime-abord : ce défaut est le manque d’unité, la multiplicité des scènes, des détails, sans lien entre eux. Il semble, en effet, que l’on trouverait trois ou quatre jolis paysages en découpant ce grand panneau.

Bois : L., 1,10 ; H. , 83.

(Collection de M. Perpète, Henri , à Dinant.)

I». La pêche miraculeuse. — La mer est sillonnée de navires ; l’un d’eux nous donne une idée assez complète de la manière dont était construit un vaisseau dans la première moitié du XVIe siècle. Au premier plan, deux petites barques sont montées par des pêcheurs qui tirent leurs filets ; le Sauveur est assis à l’extrémité de l’une d’elles. Une grande ville, placée au bord de la mer, occupe tout le côté droit du tableau ; de nombreuses églises, des tours, enfin une vaste enceinte en ruine donnent à cette ville un aspect assez pittoresque. Le groupe du Sauveur et des pêcheurs forme le sujet principal du tableau. Ici Blés , se dépouillant de son originalité , a voulu chercher une imitation des grands maîtres italiens; mais, ignorant complètement l’étude des raccourcis et le dessin de la figure , il n’a peint que des personnages dont l’exécution incorrecte et triviale nous fait sourire. Au total , le ton général de ce tableau , la silhouette de la ville , les petites figures rappellent seuls Blés le paysagiste. Nous croyons que cet artiste fit très-peu de marines; M. Michiels n’en cite qu’une dans le catalogue qu’il a donné des oeuvres de Blés. Le monogramme du peintre, la chouette, est placé sur un récif au premier plan de ce tableau.

Bois: H., 1.65; L. , 1,10. (Musée de Namur.)

13. S* Hubert. — A gauche, une forêt peuplée d’un certain nombre d’animaux, comme cerfs, loups, etc. S‘ Hubert, accompagné de ses chiens et revêtu d’un costume de chasseur , est agenouillé au centre du tableau. Derrière le saint est un groupe de trois valets de chasse ; l’un tient un cheval blanc , un autre sonne de la trompe. Le fond du tableau est disposé dans la manière habituelle du peintre; on y voit une large rivière coulant entre des rochers escarpés , une petite ville entourée de murailles, et, en face d’elle, sur les rochers, un château-fort. Ce tableau, comme le précédent, n’offre aucun mérite. Une chouette est perchée sur un arbre au premier plan.

Bois : H. , 40 ; L. , 60.

(Musée S1 Maurice, à Nuremberg.)

1Æ. Tentation de St Antoine. — Ce tableau est conçu dans le même esprit que l'Enfer clu Dante; il ne lui cède point en inventions burlesques. Saint Antoine, agenouillé au pied d’un gros arbre, au centre du tableau , tient un Christ dans la main ; une sorte de matrone, le chef orné de puissantes cornes de cerf, lui présente deux femmes qui ont pour tout vêtement des coiffures indescriptibles. Entre les branches de l’arbre au pied duquel repose le saint est une chaumière remplie de diables qui lutinent de pauvres animaux , compagnons ordinaires de Saint Antoine. On voit encore à droite, sur le devant du tableau, une cuisine alimentée de membres humains. Une grande oreille, à la broche, a été détachée , sans doute , d’une tête frappante d’horreur qui est posée sur le sol. Celle-ci occupe le tiers de la hauteur du tableau; d’affreux lézards entrent par la bouche et les yeux, tandis qu’une fracture du crâne nous montre, au lieu de cervelle, une nichée de chouettes. A gauche est l’entrée des enfers au milieu d’une ville en flammes ; un animal monstrueux en sort : c’est une espèce de phoque coiffé d’un capuchon ; des diables vont et viennent par sa bouche et ses oreilles en faisant les cabrioles les plus comiques. On aperçoit dans les branches de l’arbre, au centre du tableau, une tête plantée au bout d’une longue perche, et, sur un autre arbre, au bord du cadre , à droite , le monogramme de Blés , la chouette.

Bois : H. , 0,80 ; L. , 1 mètre.

(Musée Correr , à Venise , n° 161. )

1^. La Tour de Babel. — La tour de Babel s’élève au centre du tableau. Un large chemin, construit en spirale, va se perdre au sommet de cette tour, dans le fond bleu du ciel ; des ouvriers, des chariots et des chameaux sont jetés çà et là sur cette voie. Partout règne la plus grande activité : les travailleurs préparent les matériaux et les transportent; la plupart sont drapés à l’antique ; un petit nombre porte des costumes du temps. Quelques groupes de tailleurs de pierres sont parfaitement dessinés; les figures ont généralement un caractère étrange qui ne peut se rattacher à aucune école. Un géant entièrement nu est assis au milieu de cette foule , à laquelle il montre du doigt la tour ; le dessin en est mauvais, sauf la tête, qui est très-énergique et peinte avec soin : le pinceau de Blés se reconnaît au seul aspect de cette tête. Dans le fond du tableau , on voit, à droite, une rivière aux bords escarpés et une île couverte de quelques habitations; à gauche, un paysage montueux avec des ruines. Le fond du tableau est bleuâtre , tandis que les premiers plans sont

d’un bistre très-foncé. Bien que nous n’ayons pas trouvé le monogramme du peintre, l’authenticité du tableau ne nous paraît pas douteuse.

Bois : H., 0,50. L., 0,75.

(Académie des Beaux-Arts , à Venise, n° 370.)

16. Sainte Famille dans un paysage. — Ce tableau est la plus jolie production que nous ayons rencontrée dans toute l’œuvre de Blés. La Vierge est assise au premier plan ; elle tient sur ses genoux son divin fils, qui bénit saint Jean-Baptiste enfant. Ce groupe est tout classique : le dessin des figures et l’agencement des draperies dénotent une étude consciencieuse des grands maîtres italiens. Saint Joseph est assis au pied d’un arbre au second plan; il tient les mains l’une dans l’autre; sa figure, assez triviale , contraste avec le profil si régulier de la sainte Vierge. A l’arrière-plan , nous trouvons des vergers et une large rivière avec un moulin d’un aspect très-pittoresque. Cette rivière, encaissée entre des rochers, va se perdre à l’horizon; là on aperçoit une petite ville remplie de somptueux édifices ; mais le souvenir de Bouvignes est bien effacé dans la mémoire de l’artiste, car on y chercherait vainement une ressemblance avec sa ville natale.

A gauche, au-dessus des vergers, Blés a placé des rochers aux formes bizarres ; ils sont, comme toujours , couronnés de vieux châteaux. Le bistre domine encore dans la couleur des terrains ; les arbres y sont aussi d’un vert foncé ; enfin, le fond du paysage est d’un bleu trop uniforme. Nous n’avons pas trouvé le monogramme du peintre.

Le cadre qui entoure ce tableau mérite une mention spéciale. 11 se compose d’un fronton supporté par deux riches colonnes qui reposent sur un large soubassement. Au centre du fronton, on a sculpté en demi-bosse le Père éternel entouré d’anges ; la frise et le soubassement sont chargés d’ornements et de petites figures dorées qui se détachent sur un fond noir. C’est, nous a-t-on assuré , le cadre primitif du tableau. Sa richesse et son élégance nous prouvent l’estime dont jouissait cette peinture à l’époque où elle fut faite. Ajoutons que ce tableau provient de la collection Amerbach, fondée par le jurisconsulte badois Amerbach , ami d’Erasme et contemporain de Holbeinetde Blés. Augmentée considérablement par son fils , cette collection fut achetée par la ville de Bâle en 1661 , après la mort du petit-fils de son fondateur. (Musée de la ville, à Bâle, n° 161.)

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