‹ Histoire de la peinture au pays de LiegeChapitre 22 sur 71 · RAME Y. PINGEB · texte numérisé non relu

RAME Y. PINGEB

Bois : H., 1,13. L., 1,3.

(Appartenait, au moment où cette note a été écrite, à Mme de Favereau de Grand Han. )

Il existe encore deux portraits attribués, avec raison selon nous, au même artiste : ce sont les portraits de Jacques Herlet, bourgmestre de Liège en 1583, et de sa femme, Gertrude Hock.

Ils sont peints sobrement et avec facilité, d’une bonne couleur d’ailleurs. L’homme est revêtu d’un pourpoint noir, dont les manches de damas gris sont ornées de dessins noirs. La tête est énergique. Les cheveux sont courts, ainsi que la barbe et les moustaches , qui sont peints avec une grande habileté.

Sur le fond brun , sur lequel la tête se détache , on voit les armoiries du bourgmestre Herlet, et, d’un côté, on lit les mots ÆTATIS-SVE 45 , et, de l’autre, A0 1585.

De la main gauche il tient des gants ; la droite est appuyée sur la garde de son épée.

La dame est revêtue d’une robe noire ; la tête et les mains , comme dans le portrait d’homme , sortent d’un col et de manchettes en fraise. La tête est couverte d’un bonnet en dentelle ; une grosse chaîne en or, dite châtelaine , semble lui enserrer la taille , et les bouts apparaissent entre ses mains.

Sur le fond du portrait on lit la même date que sur le pendant avec ÆTATIS-SVE 41.

Ces deux portraits, de grandeur naturelle, sont peints jusqu’à mi-corps. Ils sont conservés par un membre de la famille de la dame, M. Aug. Hock.

Le bourgmestre Herlet , mort un an après la date indiquée sur son portrait , a été , ainsi que sa femme , morte en 1598 , enterré dans l’église S4-André. Ils y avaient fait peindre un retable d’autel qui portait leurs armes, et sur les volets duquel on voyait leurs portraits (1). Il est probable que ce travail était également dû au pinceau de Ramey.

(i) Voy. Loyens, Recueil des Bourgmestres de la noble cité de Liège, p. 325.

Au nombre des artistes qui ont suivi l’école de Lombard , il convient encore de citer Lambert Suavius, peintre et graveur dont les écrivains ont si souvent confondu le nom avec celui de Lombard. D’autres , peu connus , et dont il ne nous est pas possible de citer un seul travail : N. Pesser, Henri d’Yseux, Pierre Balen, Louis Hach, tous deux élèves et gendres de Lombard , et Pierre Dufour , dit Salzea.

Ce dernier appartenait à une famille assez distinguée. Né vers 1545 , il fut admis fort jeune à l’école de Lombard, et, après la mort du maître, on lui confia différents travaux importants. C’est lui qui exécuta les tableaux du maîtreautel de la collégiale de S1- Jacques.

On cite d’autres de ses peintures. Il avait fait en 1578 , pour la cathédrale Sl-Lambert, dans la dernière chapelle du côté de Notre-Dame-aux-Fonts, un grand triptyque. Sur le tableau central était représenté le Christ au jardin des Oliviers , et sur les volets les portraits de Jean de Staff, chanoine de la cathédrale et abbé d’Amay, et celui de Wilthem , également chanoine et archidiacre d’Ardenne, sans aucun doute les donateurs de cette peinture.

Dans la même cathédrale, Dufour avait peint pour le mausolée du prince-évêque Gérard de Groisbeck, mort en 1581 , un triptyque dont le panneau central représentait la Résurrection et l’un des volets le portrait du prince défunt, et le second un autre personnage entouré de ses enfants ; ce personnage était sans doute parent de Gérard de Groisbeck.

Enfin , on voyait encore du même artiste , à la collégiale de S^Barthélemy , un saint Michel , et à l’église S^Etienne, une Déposition de la Croix , peinte en 1610.

Pierre Dufour a joui de son vivant d’une grande réputation; mais, ayant manqué d’économie, il semble avoir été réduit, à la fin de ses jours, à accepter la place de concierge de l’hospice du petit Sl-Jacques , sur Avroy. Il eut à son tour pour élève Jean de Bologne ou Jean Bologne (i).

(î) Nous avons trouvé dans le manuscrit déjà cité du chanoine Hamal, juge compétent en matière d’art, la note suivante relative à Dufour :

« Je puis assurer que les ouvrages de ce peintre sont fort

Enfin , Dominique Lampson ou Lampsonius , fut élève de Lombard ; l’intimité des rapports qu’il eut avec ce peintre , ceux qu’il eut avec Yasari méritent une mention spéciale. Nous allons faire connaître ce que l’on sait de sa biographie.

Dominique Lampson.

Dominique Lampson est né à Bruges, l’an 1532. On connaît peu de chose de sa jeunesse; on sait seulement qu’il était attaché à la maison du cardinal Pôle , avec lequel il demeura assez longtemps en Angleterre. Celui-ci étant mort en 1558, Lampson revint en Belgique , et se fixa pour le reste de ses jours à Liège. Il était savant, poète latin distingué, grand amateur des beaux-arts, et, à la suite de ses relations avec Lambert Lombard , il devint peintre. Il avait la charge de secrétaire auprès du prince-évêque Robert de Bergh, et occupa successivement les mêmes fonctions sous les évêques Gérard de Groisbeck et Ernest de Bavière. Tout en vaquant aux devoirs de sa charge , il devint l’élève de Lombard et demeura son ami. Celui-ci avait, de son côté, une opinion très-haute des talents de Lampson. Voici comme il s’exprime à cet égard dans une lettre adressée à Vasari :

« Ce qui me porte quelquefois à m’effacer , c’est que lui (Dominique Lampson), encore fort jeune, par la bienveillance de l’Être suprême, distributeur de tous les biens, a reçu un vase rempli des dons les plus variés. Bon , bienveillant , connaissant les langues grecque et latine , il parle et écrit le toscan comme s’il avait habité l’Italie toute sa vie. Il est bon poète latin , pénétré des maximes de Platon , d Aristote et d’Épictète ; il est amateur des arts libéraux ; il

inférieurs à ceux de Lombard , surtout la Résurrection du mausolée de Groisbeck et le Christ au jardin des Oliviers , dans la chapelle de la cathédrale, deux peintures que j’ai souvent examinées. »

chante dune voix harmonieuse et pratique la musique gaillardement, et,. quant à sa qualité de secrétaire, on peut le comparer aux plus habiles de sa profession. Je n’en connais pas d’aussi expert à former de beaux caractères , non-seulement en français, en latin et en italien , mais aussi en grec. Je ne m’étonne pas autant des grandes vertus et aptitudes qu’il possède que de son grand jugement dans notre art, dans lequel, s’il le pratiquait, il serait à la hauteur de plusieurs fameux maîtres vivants. Le peu que l’on voit de lui est dessiné dans de belles proportions , avec des couleurs justes et bien mises à leur place. A la pointe d’argent, il dessine d’une manière si douce et si fondue que cela paraît être peint, et il en est de même de ses dessins aux crayons rouge et noir. Je dirais volontiers de lui ce que Politiano disait de Léon Battista Alberti : Quelle est la chose qu’il ignore? (1) »

(i) ... . « Che vi fa talvolta ritarmi in dietro, di che egli, « homo di poco età , per la begnignità di quel sommo giove, dis- » tribuitor d’ogni bene, habbia havuto un vaso tanto pieno de » diversi ingenii , bono et benigno, al quale non manca la cogni- » tione délia lingua greca nè latina ; el toscano parla et scrive « che pare habbia pratticato l’Italia toutta la vita sua, bonissimo » versiflcator latino, infumato dell’ sententie di Platone, AriS' » totele et Epicteto , et amatore di tutte l’arti liberali , la musica » galliardemente , et con una dolce armonia canta : et quanto al » l’officio di segretario si pùo paragionarlo ad uno de ’ primi che » si trovi. Io non ho mai visto cosi espediente a formar de ’ belli » caratteri , non solo latini , francesi et italiani et grechi , et non » mi maraviglio tanto di tutte queste sue belle virtù insieme, ma » ancho del suo gran iudicio dell’arte nostra, la quale s’egli pra- » ticasse non sarebbe inferiore a molti famosi oggidi, et il poco » che si vede di suo si puô dire ben fatto con bella proportione , » et li colori messi in luoco lor appertenente, et délia ponta d’ar- » genta supra la mistura d’osso brusato mena la grafica cosi » dolce e fumato che pare colorito et di lapis rosso et niegro » parimente. Io quasi direi di lui corne il Politiano di Leon » Battista Alberti, quai cosa gli è incognita ? «

(Gaye Carteggio, t. III, p. 173 et suiv.)

Quelle que fût la culture de l’esprit de Lampson et son aptitude aux beaux-arts, il faut, dans cet éloge, faire une large part à l’amitié de Lombard, de même qu’il convient d’y tenir compte de l’excès de la flatterie qui, au XVIe siècle, était l’une des formes du style épistolaire. Malgré la rareté des travaux de Lampson, on a cependant conservé une de ses peintures les plus importantes. C’est le tableau du maître-autel de l’église de St-Quentin, à Hasselt (1) , où il figurait encore en 1804, époque à laquelle il a été déplacé et mis sur l’une des parois du transept.

Si ce tableau ne répond pas entièrement aux éloges que Lombard donne à son élève , il prouve cependant que celui-ci était initié à son art et ne redoutait pas d’aborder les sujets les plus difficiles. Il représente le Calvaire. Le Christ est étendu sur l’instrument de la rédemption; le corps est un peu contourné , même maniéré. A sa droite , le bon larron , par un mouvement violent , se tourne vers le divin supplicié , tandis qu’à la gauche , le mauvais larron , vu de côté , expire dans l’agonie du désespoir. Au bas de la composition, sous la croix du bon larron, la Ste Vierge tombe évanouie dans une attitude devenue presque traditionnelle parmi les peintres italiens de la renaissance. Elle est entourée des saintes femmes et de S‘ Jean , qui lui prodiguent leurs soins.

De l’autre côté se trouve un groupe de cavaliers , vu du dos en partie ; l’un d’eux, S1 Longin , vient de donner le coup de lance. Ils semblent regarder avec un étonnement anxieux le drame qui s’achève.

La composition est savante et n’est pas sans inspiration. Lampson y montre son érudition : le titre de la croix , comme la tradition le comporte , est écrit en hébreu , en grec et en latin. Le dessin est assez correct et la couleur harmonieuse. Mais le modelé est faible, les formes manquent

(1) M. de Corswarem, correspondant de la Commission royale des monuments, a, le premier, fait connaître ce tableau dans le Journal des Beaux-Arts du 11 avril 1868.

d’accent , et dans le style il y a un grand pas fait vers le maniérisme de la décadence.

Cette grande toile mesure 3,75 de hauteur sur 2,68 de argeur; elle a souffert assez notablement, surtout dans les ombres, qui sont peintes très-légèrement.

Le tableau fut livré par Lampson en 1576; il est donc très-probable qu’il a été peint en 1575 , c’est-à-dire précisément l’année où le secrétaire de Gérard de Groisbeck se faisait inscrire dans la corporation des peintres et des orfèvres de Liège (î). La date de la livraison du tableau est établie par un document que les marguilliers de l’église de Sl 2-Quentin adressèrent aux magistrats de la ville de Hasselt, à l’effet d’obtenir un subside pour le payement d’une somme de cent florins due depuis deux ans à Dominique Lampson , pour le tableau d’autel figurant au chœur de leur église. La requête est datée du 28 juin 1578 (2).

Il semble fort probable que Lampson travailla , sous la direction de Lombard , aux volets du retable qui figurait autrefois sur le maître-autel de la collégiale de Sl-Denis , à Liège, où son frère, Nicolas Lampson, protonotaire apostolique , était chanoine et doyen ; toutefois , nous n’avons que des présomptions à cet égard.

Nous croyons aussi pouvoir lui attribuer un portrait de Lombard, fort joli dessin fait à la plume, et qui est l’original du portrait gravé dans l’ouvrage publié par Lampson en 1572, sous le titre : Elogia in effigies picto-

(1) Y. les Hommes illustres de la nation liégeoise , par L. Abry , p. 175.

(2) La requête commence en ces termes : « Die Kerkmeesters » van Sinte Quintus parochie binnen Hasselt gheven te ken- » nen , etc. Hoe dat Mr Dominicus Lampson der fabrijken » vuerschr. over twee jaeren nest geleden een geshilderde » taffell op den hoghen altaer binnen S^Quientens choer gele- » vert heeft , waer dy fabrike schuldich is Mr Lampsonie » voerghenaempt hondert guldens brabans , » etc. Nous devons la communication de ce document à l’obligeance de M. le chevalier de Corswarem, membre correspondant de la Commission royale des monuments.

rum celebrium Germaniae Inferioris , Carminé. Anvers , in-4°. Ce dessin, conservé à l’Académie de Dusseldorf, après avoir fait partie de la collection de Krahe , était , à la vérité , attribué , dans l’inventaire de cette dernière , à Georgio Ghisi, mais nous ne savons sur quelle autorité. Dans ce portrait, la tête de Lombard a le même type énergique et intelligent qu’offre le portrait gravé par Hubert Goltzius, et qui figure en tête de l’opuscule publié par Lampson (l) sous le titre de : Lamberti Lombardi apud Eburones pictoris celeberrimi vita. Bruges, Hub. Goltzius, 1565, in-8°.

Dans cette biographie de Lombard, il est à regretter que Lampson se soit attaché aux dissertations érudites, aux considérations sur l’esthétique de l’art plus qu’au simple récit des faits relatifs à la vie de l’artiste. Malgré les appréciations fort étendues et fort élogieuses , on n’y trouve presque aucun détail sur les travaux de Lombard , dont un seul, une grisaille assez insignifiante, peinte en Italie, est désigné par le sujet qu’elle représente. Quoi qu’il en soit , cet opuscule est cependant ce que nous avons de plus explicite sur la vie de Lombard.

Indépendamment de cette biographie, des Elogia que nous venons de citer, et que Lampson publia de son vivant , un choix de poésies latines, réunies après sa mort à celles de son frère, ont été imprimées sous ce titre : Bomini Lampsonii ac Nicolai Lampsonii fratrum selecta poëmata. Leodii , 1626, petit in-8°.

Lampson était artiste , savant , mais surtout il était bel esprit. Il fut en rapport épistolaire avec beaucoup d’hommes célèbres de son temps, notamment avec Vasari, auquel il a donné bon nombre de renseignements sur les artistes contemporains vivant au pays de Liège et dans les Pays-Bas. Ces lettres paraissent être perdues, perte regrettable, car, bien qu’il soit probable que Vasari en ait donné la substance, elles renfermaient sans doute des indications sur

(î) Quelques travaux de Lambert Lombard , par J. Helbig, Annuaire de la Société d' Émulation de Liège , année 1867.

nos artistes , négligées peut-être par Vasari , qui avait son point de vue spécial.

On a conservé une longue lettre de Lampson , adressée au célèbre Titien, et qui témoigne des rapports nombreux qui, surtout en ce qui concernait les arts , existaient alors entre l’Italie et les Pays-Bas. Datant de Liège au 13 mars 1567 , l’écrivain s’excuse auprès de son illustre correspondant du désordre de sa lettre, sur les occupations nombreuses et d’une nature fâcheuse que donnaient dans ce moment, à lui et à son patron l’évêque de Liège , le soulèvement des protestants à Hasselt (î). En effet, cette ville dut alors soutenir un siège , et fut fort maltraitée par le cardinal , évêque de Liège ; ces circonstances devaient d’autant plus affecter son secrétaire , que celui-ci avait épousé la fille d’un riche bourgeois de la ville rebelle , et que , comme nous venons de le voir, il y avait à cette époque même des relations relatives à son art.

Lampson était lié d’amitié avec J uste Lipse , et , en cherchant à détacher ce savant de l’Université de Leyde , il a beaucoup contribué à le ramener à la foi catholique.

Dominique Lampson est mort, à Liège , en 1599. Il a été enterré dans l’église de Sl-Denis; au-dessus de son tombeau, son frère , doyen de la collégiale, fit placer cette épitaphe :

Ad Dei Omnipotentis Honorem Et

Dominici Lampsonii Varia scientiâ et functione publicâ Clari ,

In hac Ecclesia sepulti ,

Suique memoriam Nicolaus Lampsonius Ejusdem Ecclesiae Decanus ,

Ejus f rater pos : anno CIO . 10 C. III SIC erat hoC Latè notYs LaMpsonIVs anno,

Ipsâ defVnCtVs qVâ sanCtVs aLeXIVs horâ (2).

(î) Y. Carteggio de Gage, tome III, p. 248.

(2) V. Bibliotheca Belgica de T. F. Foppens, p. 249.

Il ne saurait y avoir de témérité à attribuer à l’un des élèves de Lombard resté inconnu les miniatures sur velin qui ornent un évangéliaire de l’ancienne collégiale de S1- J ean-l’Évangéliste , à Liège. Ce beau manuscrit a été calligraphié , en 1564 , par Robert Quercentius (Duchêne?), de Cambrai , successivement secrétaire des princes-évêques Georges d’Autriche, Robert de Bergh et Gérard de Groisbeck, et enfin chanoine de la collégiale précitée.

Quercentius dit , dans la préface de ce livre , qu’il a été chargé de transcrire cet évangéliaire par ses vénérables confrères à titre de première résidence, et qu’il regarde comme une récompense suffisante de son travail la magnificence avec laquelle les chanoines l’ont fait orner de peintures. Celles-ci ont été exécutées en 1565.

Les miniatures sont, en effet, très-remarquables, et offrent sous beaucoup de rapports une analogie frappante avec la manière de Lombard. C’est le même caractère dans les têtes, le même style de draperies; il y a encore des affinités avec ce maître dans l’ordonnance des sujets, et même dans la coloration. La tonalité des miniatures cependant est plus brillante que ne l’est en général celle des peintures du maître.

Les miniatures sont au nombre de six et représentent les sujets suivants :

1° La Nativité.

2° S1 Jean écrivant à Patmos, accompagné de l’aigle tenant en son bec l’écritoire et la plume.

3° La Résurrection.

4° La descente du S1 Esprit.

5° La Sie Cène.

6° La Pêche miraculeuse .

Ces compositions, dont les unes prennent toute la page du volume in-folio, les autres les deux tiers, ont une largeur approximative de 145 millimètres sur une hauteur qui varie de 153 à 210 millimètres, y compris leur encadrement.

Les compositions ont toute la gravité des peintures de Lombard, et elles sont exécutées avec un soin qui ne laisse

rien à désirer ; quant aux encadrements, ils reflètent le goût du temps, ceux de deux dernières miniatures étant formées par les ornements d’architecture un peu baroques , dans le style de la renaissance. Les quatre premiers, au contraire, sont de charmants caprices, où des animaux, des singes en grand nombre, des paons et d’autres oiseaux, des papillons et des insectes, se jouent parmi les fleurs sur des fonds d’or , dans le style des encadrements du célèbre livre d’heures d’Anne de Bretagne. Tout cela est touché avec une délicatesse, un esprit et une finesse qu’on ne retrouve que dans les plus jolis livres de cette époque.

Il est encore à remarquer que plusieurs de ces peintures ont des fonds de paysage très-riches et très-compliqués, notamment dans la miniature consacrée à Sl-Jean et dans celle qui représente la pêche miraculeuse. On y aperçoit des perspectives étendues et accidentées, des villes et des chàteaux-forts s’étageant sur des rochers et des montagnes ; des monastères au bord des rivières aux eaux limpides , des ponts et des tours de défense, comme dans les tableaux de Patinier ou de Blés, mais comme on ne les trouve guère dans ceux de Lombard.

Un auteur liégeois, cependant, n’a pas hésité à lui attribuer ces peintures sur velin (i) , et , quoique cette opinion puisse s’accepter, nous croyons cependant ne pouvoir l’adopter.

En effet, dans les dessins encore nombreux que l’on a conservés de Lombard, il n’en est aucun qui soit traité avec la délicatesse et le fini extrême de ces miniatures; les encadrements particulièrement, les animaux, fleurs et autres détails , les fonds de paysage des compositions historiques témoignent d’une habileté que l’on ne trouve pas dans les autres productions du pinceau de notre artiste ; elles semblent accuser la main exercée d’un miniaturiste qui s’est consacré spécialement à ce genre de peintures. Il faut ajouter encore que la date de 1565 fait rapporter ces miniatures à l’année

(1) Notice sur un livre d’Évangiles conservé dans l’église de Smean-Èvangéliste , à Liège, par L. M. Polain , Bulletin de l'Institut archéologique liégeois , 1. 1 , p. 343 et suiv.

qui a précédé la mort de Lombard. S’il devait être considéré comme l’auteur, il faudrait qu’il eût conservé jusqu’alors toute la sève et la fraîcheur de son talent.

Mais nous avons découvert, dans la première composition, la Nativité, sur un fragment d’architecture, dans l’ombre, au soubassement d’un ' que nous considérons comme

temple , la marque -*• le monogramme du miniatu¬

riste auquel on doit ces peintures. Les lettres du monogramme ne se rapportant en aucune façon au nom de Lombard , nous croyons qu’il faut renoncer à lui attribuer ces miniatures , dont l’artiste est encore à retrouver.

Il existe d’ailleurs un autre manuscrit de la main de Robert Quercentius, intitulé: Liber missarum pontificalium ex proescripto insignis Ecclesiae Leodiensis in pergameno confectus jussu illustrissimi Roberti à Bergis, anno 1560, également enrichi de très-belles miniatures, qui, sans doute, sont de la main du même artiste. Il était conservé autrefois dans le trésor de la cathédrale Sl-Lambert, et a appartenu depuis à M. Krüger de Minden. Nous ne savons ce qu’il est devenu depuis la dispersion de la collection de cet amateur.

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