CHAPITRE XII
Gérard Douffet (l).
Gérard Douffet (dit Chevaert) est né à Liège, le 6 août 1594 , dans une maison qui se trouvait vis-à-vis de l’église des Dominicains, et qui avait été achetée par son père deux ans avant la naissance du peintre.
Son père s’appelait Gérard Douffet (dit Radelet) et sa mère avait pour nom de fdle Marie Spineux ou Espineux.
Gérard fut mis de bonne heure à l’école, où son génie naturel pour la peinture se manifesta de la même manière que s’annonce chez beaucoup d’enfants un esprit distrait et
( 1 ) L’orthographe de ce nom varie , comme celle de beaucoup de noms propres à cette époque. Dans un acte relatif à l’achat et à la vente de la maison du peintre, et qui nous a été obligeamment communiqué par son possesseur , M. le chevalier de Corswarem, à Hasselt, le nom de l’artiste est écrit indifféremment Douffet , Douffeit ou d'Ouffet. — Le tableau représentant Y Invention de la Croix , qui se trouve à Munich, est signé Qer. Dovffet. Nous reproduisons un fac simile de cette signature.
irréfléchi , c est-à-dire en dessinant des figures sur les marges de ses cahiers. Il ne porta pas fort loin l’étude des humanités.
Sa vocation pour l’art s’annonçant de plus en plus, son père le mit en apprentissage chez un peintre qui demeurait dans le voisinage et qui se nommait Jean Tauler. Bientôt le jeune élève fit des progrès , et les leçons de Tauler paraissant insuffisantes , Gérard fut envoyé à Dinant , chez un maître du nom de Perpète , dont les travaux ne sont pas parvenus jusqu’à nous. Il paraît que Douffet l’aidait tout en recevant ses conseils , et faisait chez son nouveau maître preuve d’une aptitude et d’une ardeur au travail qui décidèrent son père à s’imposer les sacrifices nécessaires au développement de ce jeune talent ; il voulut le confier à quelque peintre célèbre.
Rubens jouissait déjà alors d’une grande réputation. Revenu d’Italie vers la fin de l’année 1608, il s’était, fixé à Anvers et avait épousé la fille de Jean Brandt, l’un des échevins de cette ville. Ce fut aux leçons de Rubens que Douffet fut confié. Il partit pour Anvers à l’âge de dix-huit ans , et , pendant deux ans , il reçut les conseils et copia les œuvres du célèbre peintre d’Anvers. Il semble toutefois que ce guide ne répondait pas entièrement à ses aspirations, car bientôt il conçut le projet de se rendre en Italie ; mais , avant de donner suite à cette pensée , il revint à Liège.
De retour dans sa ville natale et animé du désir de montrer les progrès qu’il avait faits pendant son absence, il peignit une Judith, d’après la gravure d’un tableau de Rubens et les souvenirs qu’il avait conservés de l’œuvre originale. Cette peinture, exposée dans l’église du petit St-Martin, fut acquise par Marcellis, chanoine de Sl-Lambert, et, quelque temps plus tard, elle passa entre les mains d’Arnould de Selys, chanoine au même chapitre. Douffet peignit encore un Prométhée (1) , et fit les portraits de son père et de sa mère , ainsi que de plusieurs autres personnes.
(i)]Ce tableau appartient actuellement à M. le docteur Hurault, à Liège.
Il partit pour l’Italie en 1614. Arrivé à Rome, il se mit aussitôt à copier les statues antiques , les toiles des grands maîtres de la renaissance, et, chose à noter, il s’attacha particulièrement à l’étude d’un tableau de Jean de Maubeuge, le maître de Lambert Lombard. Tout en le laissant épiis des études assidues, le caractère agréable et gai du jeune artiste le mit bientôt en relation avec bon nombre de personnes distinguées. Leur société lui fit comprendre Combien l’instruction qu’il avait reçue était insuffisante et combien il manquait de lecture. Il s’efforça courageusement de réparer les lacunes de sa première éducation par la lecture de bons livres et l’étude du latin. Doué d’une mémoire heureuse et de beaucoup d’intelligence, il réussit à acquérir une partie de ce qui lui manquait. Il récitait couramment des tirades entières des meilleurs auteurs et passait luimême pour tourner assez bien un vers. Enfin, il s’adonna à la lecture des livres d’histoire et de philosophie , cherchant ainsi à cultiver de plus en plus son esprit, sans renoncer ni à l’étude de son art , ni aux plaisirs de la société qu’il voyait à Rome.
Il réussit bientôt à faire le portrait d’une manière remarquable , et ce fut dans ce genre qu’il montra aussi plus tard une supériorité incontestée. Il en peignit plusieurs à Rome, mais on ignore quels furent les autres travaux auxquels il se livra dans cette ville.
Après avoir demeuré sept ans à Rome , Douftet voulut voir Naples. Dans cette intention, il prit, accompagné de plusieurs Liégeois , passage sur une galère qui faisait partie d’une escadre en partance pour Naples. L’escadre fut bientôt assaillie par une violente tempête, et le vaisseau sur lequel se trouvait notre peintre fut obligé de relâcher à Malte. Après avoir visité la ville et l’île , Douffet retourna à Rome , où le manque de ressources l’obligea à faire un nouveau séjour assez prolongé pour pouvoir y peindre deux tableaux et plusieurs portraits. Ces travaux furent assez bien rémunérés pour lui permettre d’entreprendre, avec deux de ses amis, le voyage qui devait le ramener dans sa patrie.
Il partit avec Tilmant Woot de Trixhe et Michel Houbar,
peintres tous deux. Leur voyage ne se passa pas sans aventures , et leur retour au pays de Liège ne devait pas se faire par la voie la plus directe. Déjà à Pesaro, dans la délégation d’Urbin, Houbar tomba malade. Ses deux compagnons voulurent attendre son rétablissement pour continuer leur route ensemble ; mais , au premier essai que Houbar fit de ses forces renaissantes, il fut contraint, par une rechute, à s’arrêter et à laisser partir sans lui ses deux amis.
Il fut convenu que ceux-ci l’attendraient à Venise, et, pour lui faciliter le trajet qu’il devait faire, ils lui abandonnèrent la moitié de la bourse commune, dont probablement Douffet avait fait les frais. Celle-ci , au surplus , n’était pas considérable ; les deux Liégeois entrèrent à Venise sans un sou vaillant. Leur position allait devenir fort embarrassante lorsque , dès leur arrivée , la fortune leur fit rencontrer un compatriote , Pierre des Ursins , dont ils avaient fait la connaissance à Rome. Il leur fit bon accueil, malgré leur dénûment, et les conduisit dans une hôtellerie, en répondant de leur dépense. Dès le lendemain, il revit ses compatriotes et les mit en rapport avec un riche négociant flamand , qui commanda son portrait à Douffet. Celui-ci en fit bientôt d’autres et peignit un tableau pour un noble vénitien, qui paya largement. L’hiver étant survenu sur ces entrefaites , les deux artistes continuèrent à travailler à Venise, et ils ne revinrent à Liège qu’au printemps de l’année 1623. Après une absence de plus de huit ans , Douffet eut encore la joie de revoir son père , qui ne mourut que deux années plus tard.
Peu de temps après leur retour, Woot se mit en rapport avec les P. P. jésuites; il travailla pour eux d’abord, et, plus tard , il entra dans leur ordre. Il fit pour leur église quatre tableaux, représentant l’apparition de la sainte Vierge à saint Ignace, saint Louis de Gonzague, saint Stanislas et saint François Borgia. De son vivant, cet artiste eut quelque réputation.
Quant à Douffet , son renom avait précédé son retour. On lui demanda bientôt des portraits, et il en fit de remarquables. Avant son départ pour l’Italie, il s’était épris d’une jeune fille nommée Catherine d’Ardespine, qui demeurait dans le voisinage de la maison paternelle. Il avait fait le portrait
de Catherine pour l’emporter avec lui , et , en retour , il lui avait laissé le sien. Il l’épousa en 1628. De cette union est né , l’année suivante , Gérard Douffet , troisième du nom , qui s’adonna à l’architecture , sans toutefois s’y distinguer.
Douffet travailla beaucoup à Liège pour les particuliers , faisant tour à tour des tableaux et des portraits. Il fut aussi occupé pendant longtemps à des travaux commandés par Ferdinand de Bavière. Parmi les toiles les plus importantes qu’il produisit alors , il faut citer Y Invention de la Sainte Croix , grande composition que lui commanda Dom Charles Hardy , religieux du monastère de S‘-Laurent, pour l’église de cette abbaye (î).
Voici comment cette oeuvre est conçue :
Sainte Hélène, sous les traits d’une matrone liégeoise de quarante à cinquante ans, la couronne en tête, revêtue d’une robe noire violacée avec un camail de drap d’or , des sous-manches et un manteau blancs , assise sur un cheval gris-pommelé, occupe le centre de la composition. Elle étend la main droite vers la croix que trois hommes cherchent à dresser auprès d’un mort qui revient à la vie au contact de l’instrument du salut ; auprès de lui , un second cadavre est encore couché à terre. Ils ont été apportés sur un brancard, et un homme qui soutient le corps sur lequel s’opère en ce moment le miracle de la résurrection se bouche le nez. A la droite du tableau , un vieillard incrédule, revêtu d’un riche pourpoint de velours rouge, tient un livre. Il paraît saisi d’étonnement à la vue du prodige qui s’accomplit sous ses yeux. Derrière lui est un nègre, coiffé d’une toque avec une plume jaune.
Sur le premier plan, auprès de sainte Hélène, deux jeunes filles et un jeune seigneur sont à genoux, adorant l’instrument de la Passion ; enfin , derrière ce groupe , formant partie du cortège de la sainte impératrice , on voit une troupe de guerriers à pied, armés et la tête couverte de salades; au-dessus d’eux sont des cavaliers également revêtus de costumes et d’armures appartenant au siècle où vivait le peintre.
(1) V. planche IX.
Au second plan, on voit des spectateurs ; le fond du tableau est formé par des arbres et le ciel.
Les ligures sont de grandeur naturelle. La hauteur de la toile est de 2 mètres 75; sa largeur de 3 mètres 30. Elle est signée :
GER.DOWFET\mwm
Lorsque ce tableau fut placé au fond de l’église de l’abbaye, le cadre portait cette inscription : Amor et delicium generis humani crux , et au-dessous on lisait cette autre légende :
Inventæ iconismum Crucis, Helence imperatrici , Crucis inventoria posuit a0 1624; obiit 1637 martii 21 .
IVDICII eMerglt IVstltlaeqVe basls.
Ce tableau est composé avec clarté ; sa couleur est vigoureuse , mais elle a un peu noirci, surtout dans les ombres. Les têtes portent en général le type liégeois bien caractérisé et l’ensemble manque de noblesse. L’exécution technique est large et savante.
Doulfet peignit d’autres toiles de grande dimension. En 1627, il exécuta, pour le seigneur Charles Caroli, une grande composition que celui-ci fit placer dans le chœur de l’église des P. P. Mineurs, à Liège, en mémoire de sa dame, Alyde Gabriel , morte en 1627 et inhumée au pied de cette épitaphe, où, plus tard, le donateur fut également enterré.
Ce tableau a pour objet la glorification de saint François d’Assise. Son importance nous porte à en donner également la description.
La composition est divisée en deux régions et fractionnée en différents épisodes qui nuisent à l’unité de l’ensemble. Dans la partie inférieure, à droite du tableau, un escalier donne accès à un caveau voûté ; par la porte ouverte du caveau, on voit le pape Nicolas Y prosterné devant le corps de saint François , qui, revêtu du costume de l’ordre fondé par lui , est dressé contre le mur. Deux religieux franciscains ont accompagné le pape en l’éclairant au moyen d’une torche. Cette scène est traitée comme un épisode indé-
pendant du reste du tableau, et les personnages y ont la dimension de figures de second plan.
Dans la région supérieure, établie au moyen d’une architecture de fantaisie , un moine en surplis exorcise une femme enchaînée, qui se jette en arrière avec des contorsions violentes. Tandis qu’elle est tenue par deux hommes et qu’un troisième la frappe de verges, un petit démon sort de sa bouche. Devant l’exorciste, un acolyte tient un livre ; derrière cette scène se trouve un groupe de spectateurs, la plupart vêtus de costumes orientaux, parmi lesquels on remarque un petit nègre. Ils se trouvent en-dessous d’une sorte de baldaquin supporté par des colonnes torses.
Dans la région inférieure, au premier plan, un grand nombre de personnages viennent visiter le tombeau de S1 François, qui est gardé par un soldat armé d’une hallebarde. Au centre, un malade presque nu, soutenu par une jeune fille, vient demander sa guérison à la tombe du saint. Derrière lui , descendant les marches d’un escalier qui conduit de la région supérieure à la partie inférieure de la composition, apparaissent d’autres visiteurs. Un cardinal, conduit par un moine et suivi par un chien , descend vers la tombe du saint; derrière ce groupe apparaissent d’autres figures, entre autres un homme portant une croix de procession. Plus haut, un soldat en armure empêche un blessé, dont le bras est en écharpe, d’approcher ; enfin , au sommet de l’escalier, un pèlerin indique la sépulture miraculeuse à deux femmes dont on ne voit que les têtes, le reste des figures se perdant dans le cadre. Au premier plan, à gauche du tableau, une femme est couchée à terre avec son nourrisson ; elle tend la main vers le cardinal pour lui demander l’aumône.
Ce tableau, aujourd’hui de forme carrée, avait dans sa lorme originale les angles de la partie supérieure coupés.
Les figures sont à peu près de grandeur naturelle. La toile a une hauteur de 3 mètres 64 cent, sur une largeur de 3 mètres 7 cent.
Lorsque cette peinture ornait le chœur de l’église des trères Mineurs, son cadre portait les inscriptions suivantes :
Pauperumque Patriarches Francisco hanc seraphici sepulchri iconem inviolati offertus indicem erga conjugem Dom tam Aleidem Gabriel vitâ functam anno 1625. Septembris 24. Hon.bilis vir Carolus Caroli superstes ponebat anno 1627 qui obiit 21 junii 1658.
Verê sVM VnICâ paVpertate DIVes.
Ce tableau est remarquable comme harmonie. Il est d’une couleur grise, vraie, vigoureuse sans exagération; il est peint avec ampleur et fermeté ; le dessin en est généralement correct. La composition , qui en fait une sorte de tableau d’apparat, est assez décousue, à la vérité, mais elle est agencée avec art et prouve chez le peintre une certaine abondance d’idées. Les têtes sont, en revanche, froides d’expression et souvent vulgaires dans les types, notamment dans la femme couchée au premier plan.
En somme, c’est, parmi les tableaux parvenus jusqu’à nous, l’œuvre capitale du maître, auquel elle fait le plus grand honneur. Elle a des affinités avec les peintures de Bertholet et de Carlier, dans ce que ces artistes ont fait de mieux.
Douffet peignit, en 1640, aux frais de Walthère de Liverloo, riche négociant liégeois, et de sa femme, le tableau du maître-autel de l’église Stc-Catherine , à Liège. C’était un triptyque. Le panneau central représentait le martyre de S te Catherine, tandis que, sur l’un des volets, on voyait la sainte discutant avec les docteurs, et sur le second, elle apparaissait traînée par un bourreau , en même temps qu’un agneau, au pied d’une idole. Enfin, lorsque ces volets étaient fermés , on voyait les portraits des donateurs , Walthère de Liverloo et Jeanne de Fossé, à genoux devant un prie-Dieu, peints de grandeur naturelle. Ils étaient saisissants de ressemblance et passaient pour être des meilleurs travaux de Douffet. Cet autel, orné d’ailleurs de belles sculptures sur bois d’une grande richesse, était l’un des principaux ornements de cette église, où les donateurs avaient leur sépulture.
Il travailla ainsi jusqu’en 1646. A cette époque, Douffet, qui était du parti des Chiroux, et qui, par conséquent, tenait pour
les bourgmestres Charles de Méan et François de Liverloo, en opposition au colonel Jaymaert, fut obligé de s’éloigner de la ville , pendant que les factieux avaient le dessus. Bientôt cependant il revint à Liège et put reprendre son travail.
Vers l’an 1648, Douffet fit un tableau, représentant le Sacrement de l’Ordre ou la mission de S1 Jacques-le-Majeur, pour l’autel de la chapelle de l’hospice du petit Sl-Jacques , au pont d’Avroy, œuvre qui lui avait été commandée par les administrateurs de cet hôpital.
Après ces différents travaux , il fit encore une Adoration des Bergers, qui lui fut demandée , par le commandeur de l’Ordre Teutonique , pour l’église de Bilsen; une Descente de la Croix, pour le maître-autel de l’église de Cornelis- Munster, près d’Aix-la-Chapelle; un Crucifiement, pour la cathédrale St-Lambert , à Liège ; un S1 Pierre , pour l’église des P. P. Mineurs, à Huy. Il fit aussi quelques peintures pour Maximilien-Henri de Bavière, prince de Liège, qui avait Douffet en haute estime. Enfin, l’une de ses dernières œuvres fut une Élévation en Croix, qu’il peignit pour Arnould de Hoensbroeck, chanoine de Liège, et qui figura dans une chapelle de la cathédrale Sl-Lambert.
Douffet fit un grand nombre de portraits , genre dans lequel, comme nous l’avons dit, il réussissait à merveille. Beaucoup de notabilités du pays de Liège ont posé devant lui. Il a fait le portrait du sire de Liverloo, celui du père et de la mère de ce patricien commerçant; il a fait le portrait de Curtius de Grand Aaz, de Gerinx, chanoine de Sl-Martin, de Tonnar, chanoine de Sl-Paul , de Selys, chanoine de S‘-Lambert et prévôt de Maeseyck, et de beaucoup d’autres personnages. Il fit aussi un certain nombre de petits tableaux pour les amateurs.
Il mettait beaucoup de soin et de conscience dans son travail, peignait lentement et effaçait souvent, pour les recommencer, des parties qui eussent satisfait tout autre que lui. Douffet était doué d’un caractère qui lui a concilié l’estime de ses contemporains ; généreux, bienveillant envers ses confrères, dont il aimait à vanter les talents, il conserva les relations les plus amicales avec plusieurs d’entre eux ,
et entre autres avec Bertholet Flémalle, qui avait été son élève. Indépendamment de Flémalle, il avait eu pour disciples Gérard Goswin , Lambert Campo et les deux frères Delcour.
Dans les dernières années de sa vie , Douffet souffrait beaucoup de la goutte et ne pouvait sortir qu’appuyé sur des béquilles. Il vendit sa maison paternelle en 1655 ; il habita une maison rue d’Amay, et, après sa mort, survenue en 1660, il fut enterré dans l’église des Frères Prêcheurs , auprès de son père et de sa mère. Cette église, où devait, quinze ans plus tard , aussi être inhumé Bertholet Flémalle, dont elle contenait déjà plusieurs tableaux , fut , comme on sait , démolie , et de ses débris on a bâti un théâtre sur la place quelle occupait.
Nous avons dit ailleurs que la plupart des œuvres des peintres liégeois ont été, ou détruites, ou bien dispersées loin du pays pour lequel elles avaient été créées. L’histoire des peintures de Douffet est une preuve nouvelle de ce fait.
Il n’est pas sans intérêt de la connaître.
Le tableau de l’Invention de la Ste Croix fut vendu à l’électeur palatin Jean-Guillaume, qui, à l’époque où il formait . la galerie de Dusseldorf, devenue célèbre depuis , offrit , paraît-il, la somme de deux mille écus pour la toile du peintre liégeois. Chose triste à consigner, les religieux de la riche abbaye de Sl-Laurent ne surent pas résister à cette offre. Ils vendirent le tableau donné par Dom Charles Hardy en l’honneur de Dieu et par dévotion pour la Ste Croix. C’était aliéner à la fois un monument de la piété et du talent de deux enfants du pays. La somme payée pour le tableau fut employée à des réparations d’un goût fort douteux au chœur de la chapelle.
Le tableau peint pour l’église des F. F. Mineurs en l’honneur de S1 François , donné par Charles Caroli, en pieuse mémoire de sa femme, subit le même sort. Jean Guillaume, qui, sans doute, avait une prédilection pour les peintures de Douffet, fit offrir par son émissaire habituel en ces sortes de négociations , le peintre Van Douven , la somme de dix mille francs aux Frères Mineurs , qui lui abandonnèrent
également cette peinture, principal ornement de leur église. Il paraît que ce trafic peu édifiant d’une œuvre d’art offerte en mémoire de la femme du donateur se fit sans l’opposition des membres de la famille de ce dernier (1).
Les deux toiles les plus importantes de Douffet passèrent ainsi à la galerie de Dusseldorf. Lorsque, en 1799, à la mort de Charles-Théodore, l’électorat échut en héritage à Maximilien-Joseph de Bavière , celui-ci, qui habitait Munich , préféra y faire transporter la galerie. Se prévalant de la guerre qui éclata en 1805 entre la France et la Prusse, il réalisa son projet, croyant assurer ainsi sa galerie contre les risques de la guerre. Aujourd’hui , c’est à la Pinacothèque de Munich que se trouvent ces tableaux , ainsi que deux beaux portraits du même peintre.
Une tentative d’acheter le tableau de l’hospice du Petit- S‘-Jacques paraît aussi avoir été faite (2). C’est le seul tableau important de Douffet qui soit resté dans sa ville natale.
(1) Ce tableau fut remplacé par une copie. Voici, en effet, ce qu’on lit à ce sujet dans le Voyage littéraire de deux Bénédictins , tome II, p. 194 :
« Ils nous firent remarquer (les Cordeliers) une excellente copie d’un tableau inestimable qui représentait le pape rendant visite à S‘-François. Ils nous dirent qu’ils avaient eu autrefois l’original, mais qu’un prince d’Allemagne, passant à Liège, en fut si charmé , qu’il en offrit dix mille livres et qu’ils ne purent le lui refuser. »
Les deux bénédictins visitèrent la ville de Liège en 1718.
Cette copie, très-médiocre et de proportions réduites , se trouve encore actuellement à l’église S‘-Antoine, à Liège.
( 2) Abry , auteur contemporain , assure que les administrateurs de l’Hospice vendirent cette toile à l’électeur Jean Guillaume. Mais ce tableau est resté au petit SMacques, et, lors de la suppression de celui-ci , il doit avoir été restitué à la Commission administrative des Hospices civils, car il se trouve actuellement au parloir de l’Hospice des femmes incurables.
Abry se trompe encore quant à la date à laquelle ce tableau aurait été peint, et qu’il fixe à l’année 1650. Il a été gravé par Natalis en 1648, et doit, par conséquent, être d’une époque antérieure.
Quant au triptyque donné à l’église de Ste-Catherine par Walthère de Liverloo , il fut brûlé dans le bombardement de la ville, ordonné pendant les fêtes de la Pentecôte, en 1691 , par le marquis de Boufflers , général de Sa Majesté trèschrétienne Louis XIV. Tout le quartier de la ville où se trouvait cette église , ainsi que l’ancien hôtel-de-ville nommé la Violette, furent la proie des flammes.
On ignore ce que sont devenus les tableaux peints par Douffet pour la cathédrale Sl-Lambert , ainsi que d’autres de ses travaux.