PEINTURES DU MAITRE EXISTANT ENCORE ACTUELLEMENT
Le crucifiement. — Au milieu de la composition, le Christ est mis en croix entre les deux larrons. Un bourreau est occupé à fixer par des liens le mauvais larron sur l’instrument de supplice. Sous le bras droit du Christ, la sainte Vierge, debout , vue de profil , vêtue d’une robe violette , d’un manteau bleu foncé et la tête couverte d’un voile noir, les mains croisées sur la poitrine, lève le regard vers son Divin Fils. Au pied de la croix, on voit sainte Madeleine, à genoux ou plutôt affaissée, la tête appuyée sur le bois de la croix , qu’elle tient embrassée.
Sous le bras gauche de la croix est un chanoine à genoux, vêtu d’une soutane, d’un rochet, ayant sur le bras l’aumusse de pelleterie grise et blanche. S’appuyant sur lui de la main gauche et lui montrant de la droite J.-C. crucifié, on voit S‘ Jean revêtu d’une tunique bleue et d’un manteau rouge.
Au premier plan , on voit le cortège des soldats et des bour-
reaux quittant le lieu du supplice pour retourner à Jérusalem. Sous la croix du bon larron, des soldats se retournent vers le Christ avec des gestes de dédain , tandis que, dans le fond, de l’autre côté du tableau, des bourreaux jouent aux dés la tunique du Christ.
Il y a dans ce tableau une richesse de composition, une fermeté de modelé et un sentiment dans les expressions que l’on retrouve rarement dans les autres peintures du maître. La figure de la sainte Vierge, celle de sainte Madeleine et de saint Jean sont particulièrement réussies. L’un des guerriers du premier plan est trop enfoncé dans sa monture, qui semble considérablement ensellée.
Ce tableau est bien conservé ; il y a toutefois une déchirure dans la toile, visible dans le rochet du donateur et dans la draperie de saint Jean.
Toile : H., 1,70. L., 1,17. (Cathédrale de S‘-Paul , à Liège. )
Le crucifiement. — Répétition du tableau précédent, et, sans doute , le premier en date.
Hormis la dimension de la toile, qui est plus petite, sa forme arrondie par le haut et la tête du donateur, ce tableau est de tous points semblable à celui qui vient d’être décrit. Ici le donateur a une tête chauve et grisonnante, tandis que, dans le tableau précédent, elle est, au contraire, couverte d’une perruque noire et abondante, comme on la portait généralement au temps de Bertholet. Le type de la physionomie est entièrement différent et représente un autre personnage. Ce dernier est, sans doute, le seigneur de Rosen, prévôt de la collégiale de Smean, donateur du tableau.
Toile : H., 1,45. L., 94. ( Sacristie de l’église S4-Jean, à Liège. )
L’Adoration des Mages. — Sur le premier plan , la sainte Vierge est assise tenant l’enfant Jésus sur les genoux. Les mages viennent se prosterner devant lui et déposer leurs dons aux pieds de Marie. Derrière celle-ci, appuyé sur un bâton, le pied gauche posé sur un fragment d’architecture, on voit saint Joseph. Les rois sont accompagnés d’une suite nombreuse, parmi lesquels on remarque des jeunes gens venant adorer le Messie, et, derrière eux, également dans l’attitude de la prière, sont deux vieillards. Plus loin encore, debout près d’une colonne brisée, on remarque deux hommes, dont l’un est couvert d’une sorte de bonnet phrygien et dont l’autre, la tête garnie d’une chevelure abondante et le corps enveloppé d’un manteau , doit être le peintre lui-même.
Entre les colonnes brisées et un temple que l’on voit au second plan se trouvent des cavaliers dont l’un porte une bannière. Enfin, au dernier plan, on aperçoit une multitude de petites figures, des cavaliers, des chameaux, etc., qui s’étendent jusqu’aux rochers fermant la perspective à l’horizon.
Au-dessus de la composition plane, les ailes éployées, les bras étendus , un ange qui tient de la main droite l’étoile qui a guidé les mages, et qui forme une sorte de gloire lumineuse autour du messager céleste.
Ce tableau a perdu son harmonie primitive. Beaucoup de glacis ont disparu. La peinture n’est pas l’une des meilleures du maître , quoi qu’elle soit l’une des plus finies.
C’est le tableau que Flémalle a fait pour les héritiers de Jean de Fanson, doyen de St-Denis, et qui a été placé comme tableau d’autel dans l’une des chapelles de cette collégiale.
Toile : H , 1,71. L., 1,14. (Cathédrale de Liège. )
Les Adieux de St Pierre et de St Paul. — Des soldats romains se saisissent des deux apôtres. Saint Paul, entraîné par les soldats , cherche à répondre par une dernière étreinte à la main que saint Pierre avance vers lui. Dans le lointain, on aperçoit une multitude de figurines divisées en deux groupes; derrière saint Pierre, on voit, au dernier plan, le martyre de cet apôtre crucifié la tête en bas, tandis que, de l’autre côté, on voit le supplice de saint Paul, qui, à titre de citoyen romain, devait être exécuté par le glaive. Dans le fond du tableau apparaissent les monuments de la ville de Rome.
Ce tableau, assez largement peint, est d’un effet peu agréable. La tête de saint Paul manque de noblesse, et l’avant-bras droit de saint Pierre est assez mal dessiné. Le ton général a été fin, mais les ombres ont repoussé. Cette peinture a subi quelques retouches.
( Ce tableau provient , sans doute , de Pancienne collégiale de St-Pierre. )
Toile: H., 1,85. L., 1,2. (A la cathédrale de Liège.)
S1 Charles Borromée intercédant pour les pestiférés. — Le
saint est à genoux , en prière devant une croix élevée sur plusieurs degrés au milieu d’une place publique; il est en habit de cardinal et revêtu du rochet.
Au premier plan se trouve une femme avec ses enfants ; près de ce groupe, un pestiféré est étendu sur un matelas. Un groupe de plusieurs figures en oraison et une femme élevant son enfant
pour le recommander aux prières du saint se trouve un peu plus loin. Le fond est formé par les maisons d’une rue.
Tableau d’une couleur assez vigoureuse , mais d’une composition diffuse et d’une exécution assez faible. Œuvre médiocre.
(Provient de l’église de Notre-Dame-aux-Fonts. )
H., 1,97. L., 1,7. ( A la cathédrale de Liège. )
L’Invention de la Croix. — L’impératrice Hélène fait élever la sainte Croix, et, au milieu de la composition, trois soldats romains sont occupés à dresser l’instrument de la Passion. Un mort, que l’on voit au premier plan en raccourci, encore enveloppé de son linceul, revient à la vie au contact de la croix. Sur le premier plan, à gauche du spectateur, une femme à genoux, les mains jointes, semble frappée de surprise à la vue de ce miracle.
Derrière Ste Hélène se trouve l’évêque Macaire de Jérusalem, une jeune fille et un enfant vu du dos. Dans la région supérieure, deux anges se détachent sur un ciel gris et nuageux ; 1 un aide à soulever la croix, l’autre est en adoration; ce dernier est particulièrement gracieux et bien dessiné.
Ce tableau, d’une ordonnance claire, est d’une bonne harmonie, qui serait plus agréable encore si la peinture n’avait souffert.
Figures presque de grandeur naturelle.
Toile: H. , 3,40. L. , 1,98.
(Tableau donné par Hinnisdael, prévôt de la collégiale de Ste-Croix , pour le maître-autel de l’église , où il a figuré pendant longtemps.)
( A l’église de Ste-Croix , à Liège. )
Fuite en Égypte. — La sainte Vierge, un genou en terre, tient l’enfant Jésus sur l’autre genou. Derrière elle, saint Joseph, debout, prête l’oreille à un ange qui, les ailes éployées, lui indique la direction que la sainte famille doit prendre pour échapper aux émissaires du roi Hérode. On voit des cavaliers sur les montagnes du fond. Œuvre médiocre.
Bois : H., 68. L., 53. (Au musée communal de Liège.)
Au même musée se trouve une esquisse fort médiocre attribuée au maître et représentant S^-Catherine.
Le massacre des Innocents. — Jolie esquisse d un ton fin, peinte avec fougue. — Fond d’architecture.
(Elle a appartenu à Fisen, élève de Bertholet.et appartient aujourd’hui à M. Moulan, à Liège.)
Tableau fait en collaboration par Bertholet Flémalle , Douffet et Goswin. — Au milieu de la composition, sur le premier plan, on voit la femme de Douffet vêtue d’une robe de satin blanc, d’une sorte d’écharpe en soie bleue, les épaules couvertes d’une dentelle noire transparente ; elle tient à la main une branche de rosier ; son mari , derrière elle , la main gauche appuyée sur celle de sa femme , présente de la droite au peintre Bertholet une petite statue de Bacchus en bronze. Les deux artistes sont coiffés de la perruque à la mode au temps de Louis XIV et portent de petites moustaches. Douffet est vêtu d’un manteau noir, tandis que son confrère Bertholet est habillé avec beaucoup plus de luxe. Il est revêtu d’une chemisette et d’une sorte de veste blanche , d’un manteau de couleur cramoisie orné de galons d’or. Sa tête se détache sur un vase blanc aux anses duquel est lié une large guirlande de fleurs. Bertholet supporte cette guirlande de la main droite et l’indique de l’autre , comme pour faire comprendre que c’est à leur auteur que revient le prix que Douffet lui offre.
Cette peinture est largement traitée ; elle est d’un coloris vigoureux. La tête de Douffet est pleine d’énergie et de vie ; celle de sa femme est lumineuse et bien modelée. Le portrait de Bertholet est traité plus timidement et n’a pas le relief des deux autres.
Ce qui est assez étrange, c’est que les deux peintres paraissent être du même âge et avoir de trente à quarante ans. Douffet était cependant de vingt ans plus âgé que son confrère. Sa femme aussi paraît fort jeune.
Les fleurs, peintes avec beaucoup de sûreté et un certain éclat, sont des lis , des tulipes , des anémones , des chèvre-feuilles , des bluets, etc., sur un fragment d’architecture ; au premier plan, on voit quelques fruits, un citron, une grenade, des prunes, etc.
On n’a pas de données historiques précises sur cet intéressant tableau. D’après une tradition ancienne, reproduite par'Villenfagne , ce tableau aurait été fait par les trois peintres dans l’intention d’une joûte amicale dont la petite statue antique de Bacchus devait être le prix. Le tableau lui-même était l’objet du concours. — Douffet offre à son ancien disciple la statuette en prix, pour l’art qu’il a montré dans les deux portraits de Douffet et de sa femme, et Bertholet, dont le portrait a été peint par Douffet, indique de la main les fleurs peintes par Goswin, comme seules dignes du prix disputé. L’examen du tableau ne dément pas la tradition quant à la part qu’il faut faire
à chaque peintre. Dans l’un des coins du tableau se trouve un monogramme assez compliqué que nous reproduisons.
On y voit les lettres D et G représentées dans deux sens différents pour la symétrie ; au milieu se trouvent encore les lettres O et S.
Il y a là les lettres principales pour former les noms de Douffet et de Goswin ; mais il est au moins étrange qu’il n’y figure ni B ni F. Cependant la part que Bertholet a dans ce tableau est incontestablement la plus importante.
Fig. de grandeur naturelle.
Toile : H., 1,30. L., 2.
(Ce tableau faisait partie de la collection de M. C. Desoer et appartient à son petitfils , M. Desoer de Soliôres. )
L’exaltation de la Ste Croix. — Sainte Hélène , revêtue d’un riche costume, tient la croix d’un côté; un évêque (Cyriaque?),en costume pontifical, la tient de l’autre. Devant l’instrument de la Passion, un groupe, composé d’un homme et de deux jeunes filles à genoux, dont l’une , vêtue de blanc , est en adoration. Derrière ceux-ci on voit, sur le second plan et dans la pénombre, un jeune homme avec une chevelure rousse tenant à la main un calice, et un autre à tête barbue levant un livre. Au-dessus de ces derniers personnages plane un ange revêtu d’une draperie grise , également en adoration devant la sainte croix. A côté de celle-ci , dont la partie supérieure est entourée de rayons lumineux, on voit deux têtes de chérubins ailés.
Ce tableau est d’une harmonie assez sombre, qui ne permet pas de bien l’apprécier dans la place qu’il occupe actuellement. Les parties lumineuses sont d’une charmante couleur grise et perlée qui lui donne un aspect plein de finesse. Il est d’ailleurs peint grassement, et c’est, comme pinceau, l’une des meilleures productions de l’artiste conservées à Liège. Le groupe du premier plan, où l’on voit les deux jeunes filles à genoux, est particulièrement réussi. Il est dans un assez bon état de conservation.
Toile : H., 4,8. L., 2. Figures de grandeur naturelle.
(Dans le transept de l’église de S^Barthélemy , à Liège.)
Pelopidas s’arme en secret avec ses compatriotes pour chasser les Lacédémoniens du château de Gadmée.
Cuivre. (Musée de Dresde.)
La générosité de Scipion (l). Scipion fait connaître aux parents et au fiancé de sa jeune captive qu’il donne en dot à celle-ci la rançon qui avait été offerte pour elle. La jeune fille est à genoux pour remercier Scipion de son action généreuse.
(Musée de Berlin.)
Dessins. — Les dessins de ce maître, comme ceux de presque tous les artistes liégeois du dix-septième siècle, sont fort rares.
Un épisode de la peste. — Un pestiféré, enveloppé dune draperie, est étendu de toute sa longueur au premier plan; une femme assise auprès de lui tient un linge devant la bouche pour se préserver de la contagion. Du côté opposé à cette femme, deux enfants semblent pleurer le défunt; dans le fond de la composition , on voit un enterrement.
Beau dessin , largement traité , ombré de bistre et rehaussé de blanc.
(Appartient à la bibliothèque de l’Université, fond Capitaine.)
(i ) Le savant docteur Wagen, auteur du catalogue du musée de Berlin, met Flémalle dans l’école hollandaise, ce qui semble difficile à justifier.