CHAPITRE XIX
Edmond Plumier.
Cet artiste est né à Liège, en 1694. Il est de tous les peintres qui ont vécu dans la principauté de Liège au XVIIIe siècle celui dont le talent a le plus marqué; c’est peut-être aussi celui sur lequel on a le moins de renseignements biographiques. Au début de sa carrière , il fut élève d’Englebert Fisen, et, après avoir été initié aux éléments de son art , il se rendit à Paris , où il étudia à l’école de Nicolas Largillière, dont la manière exerça sur celle du jeune peintre liégeois une influence décisive. Cependant, en sortant de l’atelier de Largillière, Plumier ne crut pas son éducation d’artiste terminée : il partit pour Rome et se mit pendant quelque temps sous la discipline du peintre Augustin Masucci.
Revenu à Liège, l’un de ses premiers ouvrages fut le portrait du prince-évêque Georges-Louis de Rerghe. Il fit un assez grand nombre de portraits pour les familles patriciennes et notamment pour celle des comtes d’Oultremont , où son talent était très-apprécié. Il exécuta aussi pour les
églises plusieurs grands tableaux d’autel , et pour l’hôtel-deville des plafonds et des tapisseries dont nous trouvons dans les comptes communaux l’indication suivante :
Années 1719 à 1720, au sieur Plumier, peintre, pour une peinture du plafond de la chambre du Conseil, 500 florins.
» 1721 à 1722, pour le tableau posé sur la cheminée
de la chambre d’en haut de l’hôtelde- ville, 750 florins.
» 1724 à 1725, pour le portrait de S. A. S., 320 florins.
» 1725 à 1726, pour les figures qu’il ajoute aux
paysages de Jupin , 800 florins (î).
Ses tableaux religieux les plus connus sont : une Descente de la Croix , qu’il fit pour le maître-autel de l’église de S^Remacle-au-Pont , où il se trouve encore, après avoir été enlevé par les armées de la République française, en 1794, et restitué en 1815.
Un Saint Benoit enlevé au ciel , peint pour l’église Sl-Jacques, et qui passait pour le chef-d’œuvre du peintre. Il a été, comme le précédent, emporté pour être placé au muséum de Paris , mais n’a plus reparu depuis.
Le Martyre de sainte Catherine , pour le maître-autel de l’église du même nom. Ce tableau devait partager le sort des deux précédents; il avait été enlevé par le peintre Defrance pour être expédié à Paris ; mais , à la suite des démarches faites par les paroissiens de Ste-Catherine , on le laissa à Liège.
Une Adoration des Mages, pour le maître-autel de l’église abbatiale de SLLaurent ; un Purgatoire , pour l’église Sl-Thomas ; le Christ en Croix avec sainte Madeleine , pour l’église Ste-Ursule.
Plumier a dans la composition une certaine verve, beaucoup d’habileté et de sûreté dans la brosse et de l’élégance dans le dessin. Dans la manière, il subit l’influence
fi) V. les Extraits des comptes communaux de la ville de Liège, publiés par S. Bormans , archiviste de la province.
de son temps; son coloris est souvent plus recherché que vrai.
Il est mort, dans la paroisse de Sl-Nicolas, le 27 décembre 1733. Plumier laissa un fils , Jacques-Théodore Plumier, qui fut aussi peintre et dont le nom est mentionné dans les comptes précités, à l’année 1759-1760, pour un travail sans importance. Nous ne connaissons aucune production de ce peintre, mort le 4 mars 1766.