PL. II
ï SAII250 ODILff . ( Maaxail )
liégeoise, et comme on connaît la date à laquelle ce travail a été exécuté , il est d’un intérêt considérable pour l’histoire de l’art.
Cette châsse, faite à Liège en 1292 ( 1) , quelques années après la translation des reliques de Ste Odile de Cologne à l’église du couvent des Croisiers, à Huy, se compose de panneaux en bois de chêne, couverts de peintures, lesquelles, malgré de nombreux outrages qui sont plutôt le fait de l’incurie que celui du temps , se trouve encore en général dans un très-bon état de conservation.
La longueur de la châsse est de 1,08; sa hauteur actuelle est de 0,34.
Dans son état primitif, cette hauteur était plus considérable, tous les panneaux étant coupés au bas des figures qui y sont représentées. L’une de ces planches, brutalement sciée en deux, forme actuellement les deux versants de la partie supérieure de la châsse (2).
On trouve dans les manuscrits et quelquefois sur les
( 1) « L’an de grasce MCCLXXXXII, fut mys le corp sainte Odilie en che fietre par qui Dieu fist mult de miracle , et che fut en le temp ke leuesque Johan, fils al conte de Flandre, fut mors, et que messire Ghuis , frere al conte de Heynau, fut eliet, et que meystre Symon de Louaing estoit doiens à nostre Dame, et messire Robiert estoit abbes delle Noufmoustier , et que ly avoueis Walteir le joines astoit mors , et ke Henry ly Hardys astoit mayeur de Huy, et astoyent eskeuinz de Huy, sire Johan Fanchon, sire Bertelos de Horrion, Henri le Soris, Johan Porcheas. Gille de Fanchon, Johan de Montroal, et sire Hubin ly Cherriers , et encontre cheste saincte corps fut à procession tote y universiteit de Huy. » Document sur parchemin qui se trouve dans la châsse.
Voir sur ces peintures: le Beffroi , notice de J. Helbig, tome II , p. 30-36.
(2) Cet acte de barbarie fut commis en 1829, par un menuisier de Looz, que l’on chargea du soin de recouper la châsse afin de la réduire aux dimensions de l’autel dans lequel on voulait la placer. L’opération dénote assurément chez ceux qui l’ont faite autant de respect pour les reliques de la sainte que pour l’œuvre d’art qui ornait la flerte.
murs de meilleures peintures de cette époque; ainsi, la proportion des figures, contrairement à la tendance générale des artistes du XIIR siècle , est fort courte , celles-ci ayant à peine six longueurs de tête. Mais à côté des défauts, il y a des qualités véritables, et l’on doit rendre justice à la clarté et à la simplicité de la composition, à la netteté avec laquelle l’artiste exprime sa pensée, enfin, à la grâce naïve qui se manifeste dans l’attitude et le geste de plusieurs des personnages.
L’aspect de ces peintures et leur harmonie rappelle les émaux de la même époque. Les tons sont intenses, mais peu variés ; les groupes sont peints sur fonds rouges ou vert foncé, uniformes et sans diaprages. Les tons locaux sont posés dans toute leur force sur les parties qu’ils doivent couvrir, et sur ces tons, les formes, contours ou plis des draperies , sont dessinées au moyen de traits énergiques , pleins et fermes. Le trait est brun rouge, si ce sont les têtes ou les mains , noir si ce sont les draperies qu’il s’agit de redessiner. L’apprêt de la peinture est une couche de craie.
Les sujets de peintures sont naturellement empruntés à la légende de Stü Odile , l’une des compagnes de Ste Ursule. Ste Odile était à la tête de l’une des onze cohortes de vierges qui suivirent Ste Ursule dans son pélèrinage et lui restèrent fidèles jusque dans le martyre. L’histoire de Ste Odile offre donc beaucoup d’analogie avec celle de la sainte dont la poétique légende a si souvent inspiré les peintres du moyenâge. Voici les différentes scènes reproduites dans les peintures conservées, — il y en a plusieurs de perdues, la châsse ayant été mutilée, — en suivant l’ordre des faits (1) :
1° Arrivée de Slc Odile et de ses compagnes à Rome; elles y sont reçues par le pape et deux évêques.
2° Scène dont l’explication n’a pu être trouvée dans la légende des onze mille vierges : Une femme couronnée est dans un bateau ; elle est accompagnée de plusieurs jeunes filles et semble appeler à elle une troupe de jeunes vierges
(î) Les planches I et II donnent une réduction, au quart de l’original , des peintures de la châsse de Ste Odile.
qui s’avancent vers le bateau ; la première d’entre elles tient ün vase à la main.
3° Arrivée de Ste Odile et de ses compagnes dans les environs de Cologne ; la sainte est dans un bateau ; elle est couronnée et tient à la main une croix, son attribut spécial. Les vierges sont attaquées par les Huns , et elles tombent frappées par les glaives, les flèches et les poignards de leurs bourreaux. Ste Odile se voit deux fois sur cette composition. Après l’avoir représentée en bateau, au milieu des jeunes filles, l’artiste nous montre Ste Odile refusant la main du farouche Africanus , prête à recevoir la mort de la main d’un guerrier armé d’une cotte de maille, qui déjà tient son glaive au-dessus de la tête de la sainte. Au milieu du panneau, trois petites âmes sont reçues par deux anges nimbés. Ce sont celles de Stc Odile et de ses sœurs, S. S. Ida et Ima.
Les compositions qui suivent sont relatives à la translation des reliques de Ste Odile ( î ).
4° On y voit d’abord le frère Jean Novelanus deEppa, qui, suivant les injonctions de Ste Odile, laquelle lui est apparue toute rayonnante tenant en main le signe de la rédemption, s’est rendu à Cologne pour y rechercher , dans le jardin du riche bourgeois Arnulphe, les restes de la sainte. Il est représenté retirant du sépulcre les reliques et les remettant à Arnulphe et à sa femme.
5° Enfin, on voit la châsse contenant les reliques de Ste Odile, transportée processionnellement par les Croisiers en habit de chœur, la tête couverte de l’aumusse. Auprès de la châsse s’accomplit le miracle de la guérison d’une femme estropiée.
6° et 7° Les deux compositions peintes aux deux faces de la châsse ont souffert considérablement. Toutefois on en reconnaît les sujets. L’une représente les vierges recevant
(î) Voir, sur la translation des reliques de Ste Odile : Petit discours de la translation du corps de madame S. Odile , vierge et martyre et patronesse des Croisiers. Jadict composé par Jean Banelt, croisier de Huy. A Liège, Christian Ouverx, 1664, et Histoire de la translation de Sainte Odile , vierge et martyre. Liège, MDCCLXV.
la bénédiction du pape Cyriaque au moment de leur martyre, ce pape les ayant accompagnées dans leur voyage à Cologne, suivant la légende de Ste Ursule. L’autre représente sainte Odile, étendant en signe de protection et de patronage son manteau sur ses deux sœurs , Ima et Ida.
La construction des grandes églises qui s’élevèrent au pays de Liège dans le cours du XIIIe siècle, et notamment de Su Lambert et de Sl-Paul, devait nécessairement donner une impulsion énergique à la peinture sur verre. Cependant la seule mention que font les chroniqueurs liégeois à cet égard, c’est que , l’an 1289 , Gérard de Bersés, grand chantre de Saint- Lambert, fit faire la grande verrière de la cathédrale qui se trouvait au-dessus du portail vers le palais épiscopal. L’évêque Jean d’Enghien (1274-1282) avait fait faire le vitrail de la fenêtre qui éclairait le vieux chœur. Alors furent achevés presque tous les vitraux de l’église cathédrale. Thibaut de Bar, évêque, fit faire pourtant encore, en 1310, la troisième verrière du côté méridional de l’église, donnant vers l’église de Notre-Dame-aux-Fonts. A cette même époque , on travaillait à la statuaire du portail donnant vers le palais épiscopal , et qui fut surnommé le beau portail. Pour cet ouvrage , on s’est beaucoup servi de sculpteurs allemands , que l’on faisait sans doute venir du chantier de la cathédrale de Cologne (î).
Une peinture murale, œuvre de plus grand style et de plus haute valeur au point de vue de l’art que la châsse de
( î ) A ce temps maismes ovroit-ons fort entour le beat portai qui siiet vers le palais , si en païat le prévôt Buchars II livres de gros; et li archidiach de Condroz, qui estoit nommé Guilheaume et fut fils al comte d’Avergne, en païat cent liards de gros. Vos deveis savoir et entendre que li prevoste et archidiach dovaient les dites sommes d’argent, por faire les béais portais vers le palais et vers l’escole. Chel fist Engorans le Behengnon (bohémien?) très suffisants ouvriers , et voloit-ons dire qu’il n’avoit de pareille en monde; et cheli vers la chapelle Nostre-Damme en le cloistre al porte de Mostier, fist Jehans de Collogne, et li grans desurdit, vers le palais , fist Pire li Allemans.
Jean d’Outremeuse : Chroniques, vol. Y, feuillet 53.
Stc Odile, mais malheureusement moins bien conservée, a été découverte , il y a quelques années, dans l’une des anciennes églises de Maestricht.
Cette peinture couvre la paroi d’une travée de la basse nef occidentale de l’ancienne église des Dominicains, édifice converti actuellement en magasin , où se trouvaient , sans aucun doute , d’autres peintures. Celle qui est aujourd’hui débarrassée du badigeon sous lequel elle était cachée depuis longtemps est assez endommagée pour qu’il devienne difficile de se rendre compte des qualités remarquables qui s’y manifestaient comme style, comme composition et comme coloration.
Cette fresque, qui, d’année en année, se dégrade davantage, et que nous avons encore vue dans un état meilleur de conservation, se compose de trois zones dont les figures, à mesure qu’elles se rapprochent du sol , sont dessinées dans des proportions plus petites.
Dans la région supérieure , l’artiste a peint , de grandeur colossale , la figure du Christ et de la Sainte Vierge assis sur un même trône. La Vierge est tournée vers son divin fils , les mains jointes, dans l’attitude de la prière. Elle est revêtue d’une robe blanche et d’un manteau violet clair, Le Sauveur tient de la droite le globe terrestre, tandis qu’il étend la gauche vers la Sainte Vierge dans une attitude majestueuse. De chaque côté de ce groupe, qui se détache sur un fond bleu , se trouve un ange. Les pieds des deux figures principales sont posés sur des nuages qui forment la séparation entre la région supérieure et lazône qui se trouve en-dessous.
Ici des figures , à peu près de la moitié de la grandeur naturelle, succèdent à ce groupe de proportions surhumaines ; les différents épisodes de cette riche composition sont peints sur fond rouge. Elle se rapporte aux 10,000 martyrs. Quelques parties sont encore dans un bon état de conservation. Les figures sont peintes avec énergie et l’aplomb d’un artiste qui est sûr de son pinceau. Un groupe de chevaliers armés de cottes de maille est surtout remarquable ; les têtes sont expressives , redessinées par des contours ressentis en brun rouge tracés avec beaucoup de liberté. On y trouve
des têtes d’un beau caractère et d’une expression bien sentie. Au-dessous de cette composition se lit encore en partie une longue inscription qui la sépare de la zone inférieure.
Dans cette dernière région , la disposition varie de nouveau. Elle est subdivisée par des arcatures recouvertes de toits, et les champs où se trouvent les figures sont encadrés par une architecture de fantaisie, comme on la retrouve parfois dans les miniatures des manuscrits, mais surtout dans la peinture murale du XIIIe et du XIVe siècle. Cette arcature est peinte en grisaille, mais les sujets légendaires qui y sont représentés, et qui pour la plupart représentent des scènes de la vie de Saint Thomas d’Aquin, sont peints en couleur sur fond rouge. Comme nous venons de le dire , les proportions des figures sont inférieures à celles des figures de la zone médiane.
Un plancher, placé à cette hauteur du bâtiment et qui plonge dans l’obscurité tout ce qui se trouve plus bas, ne permet malheureusement pas de distinguer grand chose aux sujets représentés. Sur l’arcade du mur sont peintes des figures superposées, renfermées dans des encadrements d’architecture.
Cette peinture, de même que celles qui ornent la châsse dont nous venons de donner la description, a le grand mérite, au point de vue de l’histoire, d être datée. En effet, on y a retrouvé le millésime de 1337 ( 1 ).
L’ordre des Dominicains semble avoir eu un goût particulier pour la peinture. De même quà Maestricht, on a retrouvé , il y a quelques années , une série de peintures dans une église du même ordre à Aix-la-Chapelle, datées de 1420 (2). Nous verrons au XVIIe siècle combien les
( 1 ) Voir sur cette peinture la communication faite par M. J. H. L. Van der Schaaf à l’Académie de sciences de Hollande, séance du 13 mai 1867, et imprimée dans le Nederlandsche Spectator. Elle a été découverte sous le lait de chaux par M. de Stuers, qui en a pris des dessins en 1866, immédiatement après avoir remis cette fresque au jour.
(•2) L’une des peintures de l’église des Dominicains d’Aix-la- Chapelle est une épitaphe à la mémoire d’une dame de Namur ,
rapports entre les Dominicains de Liège et BertholetFlémalle étaient fréquents et intimes. Enfin , en Italie, Jean de Fiesole, Fra Bartholomeo et leurs disciples , étaient dominicains.
Nous avons déjà eu l’occasion de faire ressortir combien ce serait se faire une idée inexacte du rôle de la peinture , à l’époque dont nous nous occupons, si, comme de nos jours , on ne la croyait destinée qu’à la production de travaux, sorte d’articles de luxe, ne s’exerçant que dans un domaine restreint et nettement déterminé. Pendant les beaux siècles du moyen-âge, les arts du dessin, soumis hiérarchiquement, comme nous l’avons dit, au grand art de l’architecture, n’apparaissent pas isolés les uns des autres. Le même artiste cultive souvent plusieurs arts à la fois, et son génie s’exerce fréquemment sur des travaux qui, aujourd’hui, seraient du ressort de l’industrie. Ainsi, nous voyons de bonne heure la broderie en couleur remplir les contours tracés sur l’étoffe par la main de l’imagier expérimenté, donner une sorte de modelé à ses figures, produire, au moyen de l’aiguille, les nuances délicates et les effets variés de la peinture. Aussi la broderie ne tarda pas à devenir un art véritable, dont heureusement de nombreux monuments existent encore , et qui , sous le nom très-juste de acupictura , créa de petits chefs-d’œuvres , opus acu pictuyn , où la brodeuse semble avoir à sa disposition les ressources de la palette et fixe sur la soie et les étoffes les mêmes histoires, les mêmes légendes que le peintre retraçait sur les murs des oratoires ou sur le velin des manuscrits.
Ce serait sortir de notre sujet que de vouloir indiquer, même d’une manière très-succincte, les développements considérables, ainsi que l’application fréquente, que reçut alors l’art charmant de la peinture à l’aiguille. C’est surtout dans les couvents de femmes, dans les gynécées des palais et des manoirs que l’art de la broderie avait de nombreux et de fervents adeptes. Ses produits, le plus souvent, étaient
Maria de Fraidcoin, morte à Aix pendant l’exposition des reliques de l’année 1426. Voir Das Heilighum zu Aachen , par le chanoine F. Bock, Coin et Neuss , 1867.
consacrés à l’ornementation des autels, des vêtements sacerdotaux et à la décoration des sanctuaires , sous mille formes différentes. Toutefois ils étaient aussi fréquemment destinés à des usages domestiques, à l’ornementation des vêtements de personnages de haut rang, à relever la valeur symbolique des insignes royaux, etc. Dès le début de cette histoire, nous avons déjà, en parlant des deux saintes Herlinde et Relinde, pu les faire connaître comme miniaturistes et comme brodeuses. Cet exemple n’est assurément pas isolé , et une foule de textes historiques établissent que, dès cette époque, mais surtout aux siècles -suivants , l’art de la broderie était en très-grand honneur. Nous rappellerons ici que la reine Adélaïde, femme de Hugues Capet , s’était acquis une sorte de célébrité par l’ornement magnifique brodé de ses royales mains pour l’église de Saint-Martin-de-Tours. Les auteurs contemporains ont donné une description détaillée de ce travail tout historié de figures grandioses, ainsi que d’une broderie du même genre faite par cette reine pour l’abbaye de SMDenis. L’histoire cite le nom de beaucoup d’autres brodeuses de haut lignage, entre autres de l’impératrice Mathilde, qui, un siècle après la reine Adélaïde, brodait la célèbre tapisserie de Bayeux, conservée encore de nos jours à la fois comme un document historique de premier ordre, racontant dans ses détails les plus pittoresques l’histoire de la conquête de l’Angleterre par les Normands, et comme un monument remarquable de l’art de la broderie au XIe siècle.
Si, pour ce qui regarde le pays de Liège, il est à regretter que les documents écrits fassent défaut, il n’en est pas moins certain que, depuis les deux sœurs dont nous venons de rappeler les travaux, l’art de Yacupictura fut cultivé avec autant de soin et tout autant de succès que dans les pays voisins. Si nous n’avons pas de textes à citer, nous avons au moins des monuments à renseigner, et, pour l’époque à laquelle nous sommes arrivés , nous avons à enregistrer un travail d’une grande valeur artistique , dont l’origine liégeoise serait difficile à révoquer en doute.
Nous pouvons d’autant moins omettre d’en faire mention que, parmi beaucoup d’autres sujets, elle reproduit une scène
/msapatëDivç? ds, ua6L
pl m
Da Liaea.
que, ainsi que nous l’avons dit plus haut, déjà au dixième siècle , la peinture avait tracée sur les murs dans le chœur de la collégiale de S‘-Martin, à Liège, où l’on conserve encore le monument que nous allons décrire.
Cette broderie, longue à peu près de trois mètres , haute de 175 millimètres, sert de parement, praetexta , à la partie supérieure d’un antipendium d’autel. On n’a pas de renseignements historiques sur l’origine de ce travail, mais le style du dessin et le costume des figures le feront classer parmi les œuvres du milieu du XIVe siècle. La broderie est encore assez intacte, hormis dans la partie centrale, où elle est usée jusqu’au canevas par le frottement. Dans sa fraîcheur primitive, la coloration a dû être d’une splendeur extrême; actuellement beaucoup de tons ont passé, et le fil d’argent qui a été employé avec une grande profusion a noirci. La broderie est exécutée au passé , de manière que les points se dirigent dans le sens des formes , en fil de soie sur fond de toile. Le contour des compositions a été tracé à l’encre avec beaucoup de soin. Tous les épisodes de la légende du saint se détachent sur fond d’argent , dont le dessin , sorte de damas , varie à chaque scène. Comme dans les peintures contemporaines, les figures sont redessinées par un contour vigoureux qui rehausse l’éclat des couleurs juxtaposées. L’ensemble des compositions raconte, dans une suite de scènes séparées les unes des autres par des arbres et des détails d’architecture , la vie de St-Martin de Tours et quelques-unes de ses apparitions après sa mort, à peu près comme les peintures de la châsse de Ste-Odile racontent la légende de cette sainte. Le dessin, très-exact, que nous donnons réduit au tiers de la broderie nous dispensera d’une longue description , nous permettant d’indiquer seulement les sujets dans leur ordre chronologique tels qu’ils ont été tracés par la main de l’artiste.
Aux deux extrémités de cette sorte de frise, on voit un ange, sous une arcade ogivale, dont le premier joue de la viole et dont le second agite un encensoir. Dans la première scène, on voit St-Martin, encore catéchumène , partageant avec le pauvre le manteau qui le couvre ; dans la partie
supérieure , sur un nuage , apparaît le Christ, montrant le fragment de manteau dont la charité de Martin l’a revêtu. Après cet épisode si populaire, on voit le saint catéchumène régénéré par les eaux du baptême , qu’il reçoit ici par immersion, et, plus loin, s’étant refusé par humilité à devenir diacre, il devient exorciste et reçoit l’étole des mains de Sl-Hilaire, évêque de Poitiers. On voit ensuite le jeune lévite ressuscitant des catéchumènes morts avant d’avoir pu obtenir le sacrement du baptême. Immédiatement après ce miracle , St-Martin est représenté au milieu des habitants de la ville de Tours, qui lui font violence et l’obligent à devenir leur évêque. Viennent ensuite les principaux faits de la vie du saint. Il dit la messe, et, au moment de l’élévation , un ange prend la sainte hostie de ses mains. Se rendant à Chartres ,« il convertit les habitants idolâtres d’un village en ressuscitant par ses prières un enfant qui venait de mourir, le fils unique d’une pauvre veuve; St-Martin , retourné dans son pays natal , convertit sa mère à la foi chrétienne. Il fait abattre un arbre que les païens regardaient comme sacré. Il visite l’empereur Valentinien, puis il se rend à Trêves, auprès de l’empereur Maxime. L’impératrice voulut l’accueillir de la manière la plus distinguée et le servit de ses mains. C’est peut-être elle qui offre un peu plus loin une aumônière à St-Martin. Plus loin, il meurt au milieu de ses disciples, qui lisent les prières des agonisants , et son âme pure est reçue au ciel, à la grande confusion du démon qui avait cherché à troubler encore le saint dans ses derniers moments. A sa mort , il apparut à St-Ambroise , de Milan , et à SLSéverin , à Cologne ; mais la seconde figure représentée sur la tapisserie n’étant pas nimbée , il est très-probable que la scène qui y est reproduite est relative à une autre vision. Son corps est transporté à Tours. Plus tard , à l’approche des Normands , les reliques du saint furent transportées à Auxerre, puis reportées de nouveau à Tours. Il apparaît, accompagné de St-Brice, à Eracle, évêque de Liège , et ils lui prédisent une prompte guérison de sa maladie. La prophétie s’accomplit, et, en reconnaissance de ce fait miraculeux,
- Si -
Eracle fait ériger une église à Liège et la consacre à St-Martin.
Les différents épisodes de la vie du saint sont retracés avec beaucoup de clarté et l’ensemble de cette curieuse broderie est conçu comme aurait pu l’être à cette époque une peinture murale de très-petite dimension.