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CHAPITRE IV

Les peintres Bénédictins de l’abbaye de S^Laurent.

L’abbaye de Saint-Laurent, dont l’église et les vastes constructions, dominant l’un des sites les plus pittoresques des bords de la Meuse , touchaient aux portes mêmes de la ville de Liège, fut fondée dans la seconde moitié du Xe siècle ; son origine remonte au règne de l’évêque Eracle, mort en

971. Ce prince jeta les fondations de quelques bâtiments d’habitation du monastère et de l’église, dont il ne termina toutefois que la crypte. Les constructions furent continuées sous Notger; mais bientôt après lui, Reginard fit abattre l’église , probablement encore inachevée , et il en bâtit une autre dont la dédicace solennelle fut faite , le 3 novembre 1034, par Pelegrin, archevêque de Cologne.

Dès l’établissement de ce monastère, les religieux s’adonnèrent à l’étude des sciences et des arts, suivant la constante tradition de leur ordre. Leur librairie fut bientôt célèbre par son importance , et nos bibliothèques publiques et particulières en ont recueilli de nombreux débris. Déjà au XIIe siècle, d’ailleurs, l’abbé Wazelin s’était signalé par son habileté à peindre les miniatures; son mérite comme musicien et ses nombreux talents lui avaient fait une véritable célébrité de son vivant.

Mais, sans doute, longtemps avant cet abbé, l’art de l’enlumineur tlorissait dans le monastère. La bibliothèque royale de Bruxelles possède un évangéliaire du Xe siècle , provenant de l’abbaye de Saint-Laurent, et que, selon toutes les probabilités, on doit attribuer à l’un de ses religieux. Il est orné de quatre miniatures représentant les évangélistes et couvrant la page entière de ce petit in-f°. Il s’y trouve , de plus, un certain nombre d’initiales de grand style dont les rinceaux d’or , d’un goût charmant , se détachent sur des fonds de couleurs variées.

Les figures des évangélistes offrent d’assez bons types de l’art déchu de cette époque en train de chercher une voie nouvelle. Le dessin est incorrect et le style est d’une grandeur un peu sauvage, tandis que les tons de la coloration sont doux et même faibles. Deux de ces figures se détachent sur des fonds pourpres , dont l’un est constellé d’or et les deux autres dorés entièrement. Les lumières des draperies aussi sont striées d’or dans le goût des émaux, ce qui produit un effet assez précieux, tandis que les têtes aux grands yeux, aux demi-teintes et aux ombres verdâtres, rehaussées çà et là de touches de vermillon, produisent, au contraire , un effet étrange et un peu barbare. Les saints évangélistes

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