‹ Histoire de la peinture en ItalieChapitre 21 sur 66 · PLAFOIND DE LA CHAPELLE SIXTINE · texte numérisé non relu

PLAFOIND DE LA CHAPELLE SIXTINE

une cause de refroidissement, où en trouverons-nous un exemple plus saisissant que dans ces personnifications de la Divinité ?

C'est un reproche que nous n'adressons cependant pas à Michel- Ange ; de son temps les traditions du paganisme étaient singulièrement mêlées aux théories de l'art chrétien, et il eût été bien étonné sans doute d'entendre nos scrupules sur ce sujet.

Admettant donc que ce vieillard enrobe couleur lilas, qui flotte dans les airs supporté par des génies, est une personnification du Créateur, nous reconnaissons qu'en effet il est impossible de pousser l'art plus loin. Mais nous n'allons pas jusqu'à nous écrier avec l'auteurque nous venons de citer : « Quelle rapidité !... le Créateur passe, et, sans daigner s'arrêter, il crée l'homme I » C'est le poète et non l'artiste qui parle ainsi, car la rapidité est toute dans l'imagination, aussi bien que le procédé sommaire de la création .

A côté de la Création de l'homme, se trouve dans un plus petit compartiment la Création de la femme , admirable aussi, mais qui n'offre pas la même sublimité ; la figure d'Eve, pleine de naïveté et de grùce, prouve que Michel-Ange eût excellé dans ce genre s'il ne l'eût considéré comme au-dessous de sa dignité.

Dans le troisième grand compartiment est la chute de l'homme et son Expulsion du paradis. C^ii^ peinture offre une particularité qui mérite d'être mentionnée : le serpent qui entoure de ses replis l'arbre de la science représente dans sa partie supérieure une femme fort belle, une espèce de sirène ou de divinité océanique. Ce Satan à tête de femme avec un corps de serpent est une ancienne tradition qui remonte au huitième, peut-être même au septième siècle; oh le retrouve assez fréquemment dans les miniatures qui illustraient les anciens manuscrits, et aussi dans les peintures murales ; entre autres exemples, il y a au CampoSanto de Pise une fresque de Pieiro d'Orvieto, où le ientateur — je devrais dire la séductrice — a les traits d'une jeune femme. Michel- Ange a donc suivi la tradition, tout en tirant parti de cette invention pour donner un pi us beau mouvement au groupe.

Les figures si célèbres des prophètes et des sibylles sont entre les fenêtres. Ici rien ne portait obstacle au libre développement du talent de Michel-Ange ; il pouvait concentrer toutes ses forces pour produire ces demi-dieux de l'Église romaine et atteindre la vérité, car la forme humaine est celle des prophètes et des sibylles. Pour être dans le vrai, il lui suffisait de donner à ces figures l'expression de majesté, d'autorité, qui convient à des

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personnages à qui Dierf lui-même a parlé, ou par la bouche desquels il a parlé.

Les peintures de Michel-Ange dans la chapelle Sixtinc ne sont pas des tableaux isolés, n'ayant entre eux d'autre rapport que celui d'être tous des sujets religieux. Ces fresques forment un ensemble qu'on ne peut trop admirer, sous le rapport de la conception aussi bien que de Texécution.

D'abord, la Création du monde ; puis la Création de l'homme, celle delà femme, la Chute d'Adam et d'Eve, le Déluge. Des deux côtés de la porte d'entrée, Michel -Ange voulait peindre la Chute dé Satan. Ce sujet n'a pas été exécuté, j'en Ignore la raison. Les prophètes et les sibylles sont les personnifications de l'ancienne loi; ils annoncent le Fils de Dieu qui doit établir la loi nouvelle. Immédiatement au-dessus des fenêtres sont les personnages qui composent la généalogie de la Vierge ; à chacun des quatre angles, il y a un sujet de l'histoire des Juifs qui, par des traditions mystiques, se rattache à la rédemption ; ces sujets sont : David coupant la iéte de Goliath, Judith ceWe dUHolopherne, la Punition d'Aman, V Idolâtrie du serpent d'airain. — La Création d'Èoe occupe le centre même du plafond ; c'est la place qui est toujours donnée à ce sujet dans le cycle des typesscripturaux, en allusion à la iNTai^^ûnce du Christ, qui ne participe de la nature humaine que par la femme. Enfin, le Jugement dernier .-l'accomplissement des siècles.

Les célèbres tapisseries Arazzi i, dont les dessins furent faits par Raphaël , complètent la pensée de Buonarotli ; les sujets sont pris dans les Actes des Apôtres.

On voit à quelle hauteur s'élevait la peinture, ce qu'elle exigeait de science, de génie, pour concevoir de tels sujets, de connaissances pratiques pour les exécuter.

Lorsqu'on examine les fresques des artistes qui ont orné la chapelle Sîxtine, et qu'on les compare aux œuvres de Michel-Ange, ce grand peintre apparaît comme un aigle qui plane au-dessus de tous ses rivaux, et Ton a peine à concevoir qu'un artiste ait, presque à son premier essai, surpassé les meilleurs peintres qui l'avaient précédé, tt ouvert une route nouvelle à ses émules. « En voyant ces peintures, personne ne pense pouvoir imiter ou atteindre Michel- Ange j c'est un géant qui terrasse tous ceux qui; l'approchent, tandis que Raphaël, bien qu'on ne puisse jamais songer

1 Ainsi nommées parce qu'on les fabriquait àArras.

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